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 ANTIQUITE

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Gorak



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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Jeu 16 Jan - 22:39

Albatur a écrit:
Gorak a écrit:
Des archéologues américains ont découvert, en effectuant des fouilles sur le site d'Abydos au sud du Caire, la tombe d'un pharaon égyptien jusqu'alors inconnu : celle de Senebkay, qui a régné sur l'Égypte il y a près de 3 700 ans.

J'adore le paradoxe de la phrase, pharaon inconnu mais on connait son nom et la date de son règne, donc pas inconnu alors.

Par recoupements, je pense. Un peu comme des pièces de puzzle éparpillées qu'il faut rassembler. On avait le nom mais pas la preuve qu'il ait existé.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Jeu 23 Jan - 19:24


Phidias




Célèbre et illustre sculpteur de l'antiquité il est né à Athènes en 490 avant J.C, et meurt à Olympie en 430 avant J.C.
L'oeuvre de Phidias marque l'apogée de l'art athénien du Vème siècle avant Jésus-Christ, surnommé "l'Age d'or" de la sculpture attique. Il se consacrera à la sculpture sous la direction de l'Athénien Hégias et d'Agéladas d'Argos.
On connaît mal ses premières oeuvres. Périclès lui confiera la supervision de la construction de l'Acropole d'Athènes, édifiée entre 447 et 432 avant Jésus-Christ grâce au butin de la bataille de Marathon.
On dispose de peu de détails sur la vie de Phidias. Né à Athènes peu après la bataille de Marathon, il est l'élève d'Agéladas et apprend la technique du bronze à l'école d'Argos, en même temps que Myron et Polyclète. Il semble avoir véritablement commencé son activité en 479 et l'avoir terminée en 432.

Phidias sculptera personnellement l'Athéna Promachos (statue d'environ dix mètres de hauteur, est aujourd'hui détruite) , et la statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos (d'une hauteur de quinze mètres) couverte d'or et d'ivoire et qui prendra place à l'intérieur du temple. Les barbares feront main basse sur l'oeuvre, dont on ne connaît que de vagues copies, pour s'emparer de l'ivoire, des bois plaqués d'or et des ornements précieux.
Les sculptures du Parthénon, en particulier les frises représentant les combats des Centaures et des Lapithes et la frise intérieure des Panathénées comptent parmi les chefs d'oeuvre du sculpteur athénien.
Vers la fin de sa vie, Phidias réalisera pour Olympie, une statue chryséléphantine de Zeus largement décrite par Pausanias.


Cette oeuvre est la troisième des Merveilles du monde, qui sont décrites dans l'ouvrage "De septem orbis miraculis" attribué à Philon de Byzance (IIIème siècle avant J.C).
Les barbares réserveront à cette oeuvre, couverte d'or et d'ivoire, le même sort qu'à la statue d'Athéna Parthénos. Il n'en reste que le soubassement et les tambours des colonnes écroulées. Le musée construit, auprès des ruines, conserve d'importants fragments des sculptures, malheureusement anonymes, qui en proviennent.

Le style de Phidias, le meilleur représentant du premier classicisme, se caractérise par une représentation réaliste de l'anatomie humaine, mais idéaliste par son idéal de majesté et de sérénité. Selon l'expression d'Edmond Lévy, il réalise ainsi « une synthèse subtile de la puissance archaïque et de l'harmonie classique ». Il a aussi créé une statue d'Athéna en or et en ivoire, fierté du Parthénon.
Ses bas-reliefs sont remarquables par la rigueur de leur composition, et leur souci de rythme : se détachant du statisme des grandes frises orientales, Phidias introduit dans les scènes des contrepoints (personnages retournés, à contre-courant) et joue sur les lignes courbes, divergentes et convergentes. Il réussit à bien détacher et étager ses personnages, donnant l'impression d'une multitude d'individus et non d'un amas peu discernable. La minutie des représentations (on voit les veines saillantes du cheval de Séléné sur le fronton oriental représentant la naissance d'Athéna) fait de chacun des sujets de véritables sculptures.
On lui prête également une légende : Phidias participait à un concours de sculpture d'une statue d'Athéna qui serait disposée à Athènes, à quatre mètres du sol. Tous les artistes présentèrent leurs œuvres, et Phidias, déjà très célèbre, la découvrit en dernière. Ce fut un tollé, les Athéniens trouvant difforme et laide la statue proposée par Phidias. Il leur demande alors de hisser cette statue sur le réceptacle prévu à cet effet. Une fois disposée, les déformations de la statue disparaissaient pour laisser l'illusion d'une Athéna aux formes parfaitement respectées. Ce fut évidemment et unanimement cette statue qui fut choisie par les Athéniens.

Quand il rentre à Athènes en 433, il est victime d'une manœuvre destinée à discréditer, à travers lui, son protecteur Périclès. Il est d'abord accusé d'avoir volé une partie de l'or de l'Athéna Parthénos. Après avoir été disculpé par une pesée des éléments en or, il est de nouveau accusé, cette fois d'impiété : il s'est en effet représenté, avec Périclès, au beau milieu de l'amazonomachie, sur le bouclier de la déesse. Jeté en prison, il est ensuite, en 430, exilé à Olympie où il mourra.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Jeu 23 Jan - 20:44

Signalons à ce sujet une très belle peinture d'un de mes peintres préférés, Alma Tadema :

Phidias showing the frieze of the Parthenon to his friends


Une oeuvre qui nous rapelle que ce vaste ensemble était peint et rehaussé de couleurs vives et éclatantes.
Après, perso, je préfère Praxitèle, souvent considéré comme celui qui a introduit le mouvement et la vie dans le marbre.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Lun 3 Mar - 18:15


SPARTE : une société parfaite, disciplinée et égalitaire.

Les Spartiates, d'origine dorienne, vivaient au milieu de peuples qu'ils avaient soumis par la force : ainsi les Laconiens leur payaient tribut et les Hilotes étaient leurs esclaves. Aussi s'étaient-ils donné une organisation toute militaire.


Lycurgue était le chef et le législateur des Spartiates. Il se préoccupa d'en faire de bons soldats et pour cela, il chercha à maintenir une stricte égalité entre tous les citoyens : il bannit le luxe et la propriété privée ; il institua les repas communs où tous les Spartiates mangeaient à la même table, sans distinction de rang ou de forune. Le seul plat était un brouet noir, mélange assez grossier de viande, de graisse et de sel.

Un jour, un roi de Syracuse voulut en goûter :

" Votre plat est mauvais, s'écria t-il.
- Vous le trouveriez bon, répondirent les Spartiates, si vous aviez fait comme nous les exercices de la course et de la lutte."

Les Spartiates étaient bâtis pour la guerre.

Depuis leur enfance, on les faisait vivre en commun ; ils étaient habitués à tous les exercices physiques : course à pied, lutte, chasse... ils apprenaient à supporter toutes les douleurs du corps. Ils allaient nu-pieds, avec le même vêtement, hiver comme été. On les frappait à coups de verges pour les endurcir.
La ruse et le vol étaient permis ; mais gare à ceux qui se laissaient surprendre car la moindre maladresse était très sévèrement punie. On raconte d'ailleurs qu'un enfant ayant volé un renardeau, le cacha sous sa robe ; il se laissa ronger le ventre, sans pousser un cri, pour ne pas trahir le secret de son larcin.

Telle était l'éducation des jeunes Spartiates où il n'y avait pas de place pour les enfants nés difformes ou chétifs. Ils étaient impitoyablement mis à mort. Et les mères spartiates donnaient l'exemple du plus ardent patriotisme en allant elles-mêmes sacrifier leurs propres enfants qui ne répondaient pas aux critères.

Les Spartiates apprirent ainsi à aimer leur patrie plus qu'eux-mêmes.

Avant le combat, une mère disait à son fils : "Reviens dessus ou dessous", ce qui signifie, reviens vainqueur ou mort.

Cette législation rigoureuse fit des Spartiates un peuple de redoutables guerriers, renommés dans toute la Grèce pour leur courage et leur amour du devoir.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Lun 3 Mar - 21:02

Je me demande si on a pas un peu enjolivé tout ça...
La rigueur des spartiates est entrée dans la légende, c'est devenu un cliché, un peu comme la décadence de Rome, traitée ou célébrée par de nombreux artistes.
Il y a certainement un fond de vérité, mais le reste a parfois été enjolivé pour servir de référence ou de modèle.
La société spartiate n'était pas égalitaire, du moins elle l'était pour les citoyens mâles libres, pas si nombreux... Et même au sein de cette classe, le pouvoir restait l'apanage de quelques grandes familles. A la fin de la guerre du Péloponnèse, Sparte victorieuse se retrouve devant un afflux de richesses inattendu qui va bouleverser sa structure sociale et creuser de profondes inégalités.
Comme Athènes avec sa démocratie réservée en fait à une minorité, Sparte réservait son égalitarisme à une poignée. Dans ces deux cités, il ne faisait pas bon ne pas être un citoyen.
Seule différence notable : les femmes étaient plus libres et moins confinées à Sparte, on les encourageait à avoir une vie saine et active, à sortir et mener une activité physique.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Lun 3 Mar - 22:31

Ce qu'il y a de fascinant à Sparte, c'est que jamais un régime totalitaire ne sera parvenu à créer un peuple de purs guerriers à ce point.

Des jeunes gens, de 7 à 21 ans, arrachés à leurs mères et conditionnés, entraînés, formés, pour parvenir à être des soldats parfaits, sans états d'âmes.

Ils ne savaient que tuer. Mais n'avaient aucune notion d'art, de philosophie ou d'esthétique. A tel point que, aujourd'hui, j'ai rarement vu une ville aussi moche que Sparte... il n'y a même pas un monument, quelques ruines, rien qui rappellerait une quelconque splendeur passée comme à Athènes.

Lycurgue a réussi sa société parfaite mais au prix d'une déculturation totale de son peuple. Comme tu l'as rappelé, le seul élément qui différencie les Spartiate des Athéniens, c'est la liberté toute relative de la gente féminine. Effectivement, au nom de cet égalitarisme - tout aussi relatif - hommes et femmes étaient placés sur une même échelle.

Sparte était redoutable au combat. Pour le reste, toutefois, Athènes lui est supérieur. Une civilisation ne se définit pas forcément par sa capacité militaire et heureusement.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Lun 3 Mar - 23:03


Léonidas aux Thermopyles

Au cours de la deuxième guerre médique, le roi des Perses, Xerxès, envahit la Grèce avec une armée considérable. Il se disposait alors à franchir les Thermopyles, défilé de montagnes qui devait lui ouvrir la route des plaines du Péloponnèse. Sparte ordonna au roi Léonidas de défendre coûte que coûte ce défilé et d'arrêter avec 300 de ses meilleurs guerriers toute l'armée des Perses. Bien que la résistance parût vaine, Léonidas n'hésita cependant pas un seul instant :

"Sparte, dit-il, nous a confié un poste, nous devons y rester."

Avant le combat, Xerxès essaya de le corrompre une dernière fois : "Si tu veux te soumettre, lui fit-il dire, je te donnerai l'empire de la Grèce." Et Léonidas répondit : "J'aime mieux mourir pour ma patrie que de l'asservir."

Xerxès lui envoya un ultime message : "Rends tes armes."

Léonidas lui répondit : "Viens les prendre !"

Le combat s'engagea alors. Les 300 Spartiates se défendirent comme des lions, mais ils furent écrasés par le nombre. Ils périrent tous sur le champ de bataille. On leur éleva un tombeau en leur mémoire avec cette inscription : "Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois."

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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Mar 4 Mar - 20:08

Pour en revenir à la (relative) liberté octroyée aux femmes à Sparte, on n'était pas loin d'un certain eugénisme : on encourageait les femmes à mener une vie libre et active, à exercer une activité physique dans le but pensait-on de donner le jour à des enfants sains et robustes.

Sinon, effectivement, il semble bien que Sparte échappa à cette faiblesse incroyable des grecs pour la beauté et l'esprit. A Athènes, la grande rivale, on considérait que la beauté du corps reflétait celle de l'âme. Il fallait donc entretenir son corps comme on entretenait son esprit, "un esprit sain dans un corps sain". Une philosophie de l'équilibre, de l'harmonie entre le corps et l'esprit, se sublimant dans la beauté.
Les citoyens, les hommes libres se devaient d'être beaux et instruits d'où les heures d'exercice au gymnase et la place primordiale de la musique, de la littérature et de la philosophie. Une sorte d'homme "complet" dont rêva la Renaissance des siècles plus tard.
On est loin des "bourrins" de Sparte... "Il ne faut pas un entraînement physique excessif comme les exercices épuisants des Spartes qui en font des brutes" dira Aristote.
Lucien de Samosate va plus loin :" Ce que nous cherchons avant tout et par tous les moyens, c'est d'assurer au citoyen une âme vertueuse dans un corps solide, persuadés que seuls de tels hommes sauront se conduire honnêtement à la paix comme à la guerre et maintenir la cité heureuse et libre".
Le nu masculin grec n'est donc pas érotique à la base, mais bel et bien social et moral : la beauté du corps est sensée refléter celle de l'âme.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Mar 4 Mar - 21:11


La Retraite des Dix-Mille

Alors qu'Athènes était le théâtre de révolutions, la Perse était en proie à la guerre civile : deux frères, Artaxerxès II et Cyrus le Jeune se disputaient le trône.

La bataille de Cunaxa, en 401 av. JC, coûta la vie à Cyrus. Et 10.000 mercenaires grecs qui avaient combattu pour lui se trouvèrent dans une situation affreuse : ils étaient à près de 2500 km de leur pays, sans guide ni conducteur, et sans que personne ne vienne leur fournir des vivres.

Dans l'abattement où ils étaient, un jeune Athénien, Xénophon, se rendit auprès des officiers et les engagea à choisir des commandants parce que, disait-il, "une armée sans chef est un corps sans âme." Les officiers suivirent son conseil et le choisirent pour chef.


Alors commença cette belle retraite qui dura huit mois, depuis les bords du Tigre jusqu'à ceux de la Mer Noire. Les Grecs eurent à se battre contre les populations sauvages des montagnes et à lutter contre la faim, la soif et tous les obstacles de la nature. Enfin, arrivés à un endroit élevé d'où ils aperçurent la Mer Noire, ils s'écrièrent : "Thalassa, Thalassa !" (La mer, la mer !) et les soldats se jetèrent dans les bras les uns des autres en pleurant de joie. Mais leur expédition dura quelques mois encore, puis Sparte les prit à sa solde.

Les vétérans avaient franchi, à pied, en 250 jours un espace de 1150 lieues.

Xénophon a relaté cette expédition dans son ouvrage intitulé "L'Anabase".
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Mer 5 Mar - 21:57

Les invasions barbares, mythes et réalités

C'est un sujet sur lequel abondent les clichés, idées reçues et raccourcis plutôt brusques. Tentons d'y voir plus clair...

On dit "les invasions barbares" et aussitôt, une foule d'images nous vient en tête : des hordes sauvages assoiffées de sang, ivres de massacre, et qui déferlent sur un empire romain en pleine décadence pour n'en laisser que ruines fumantes. Stop.

Tout d'abord, tous les "barbares" sont loin de l'être : ils ont un commerce, un artisanat, une métallurgie (supérieure à celle des romains d'ailleurs). Ils gravitent autour de cet empire qui les fascine et beaucoup rêvent de s'y installer, de profiter de sa civilisation évoluée, pas de le détruire. Plus d'un chef barbare s'est ennorgueilli d'un grade dans les prestigieuses légions romaines où on les employait comme auxiliaires. Ces "barbares" avaient aussi leurs marchands qui ne demandaient pas mieux que de négocier avec leurs homologues romains. Ils voulaient bel et bien s'intégrer à la civilisation romaine, pas la détruire.
Mais derrière ces peuples là, il y en avaient d'autres, plus durs, plus farouches et fuyant des terres hostiles et gelées, des climats terribles et des conditions de vie épouvantables. Surgies des profondeurs de l'Asie pour la plupart, ces peuplades se mirent en quête "d'espace vital" et entamèrent une formidable migration, poussant devant elles les peuples les plus proches de la frontière romaine. Les grandes invasions venaient de débuter. Les Huns poussaient devant eux les Alains qui finirent par pousser les Wisigoths et les Ostrogoths qui poussaient les Vandales...

Le deuxième cliché concerne la notion de temps : on a toujours l'impression d'un empire romain s'écroulant en deux secondes...
Les invasions barbares se sont étalées sur des siècles, ponctuées par une succession et une alternance de défaites et de victoires, de périodes de paix et de guerre. Si l'Empire est passé parfois par de sales moments, certains empereurs comme Galien, Dioclétien, Aurélien ont réussi à les repousser durablement, à leur infliger de sévères défaites et à ramener une certaine stabilité et l'unité. Sans parler d'Aétius, "le dernier des romains" qui réussît à vaincre et repousser Attila en personne. Les civilisations mettent longtemps à mourir en général et il faudra des siècles pour que l'empire disparaîsse complètement.

Non, tous les barbares n'ont pas combattu Rome. Beaucoup ont combattu... leurs "frères" barbares...
Beaucoup de peuplades ont signé avec l'Empire des feodus : des traités qui leur donnaient de larges parcelles de terres fertiles en frontière de l'Empire, à charge pour eux de les défendre. Bien des peuplades ainsi inféodées jouèrent le jeu et se battirent aux côtés des romains pour défendre ce qui était devenu leur terre. Plus fort encore avec la dynastie des empereurs illyriens : une succession d'empereurs énergiques et combatifs, les "fils du Danube", venus des Balkans, de Bulgarie et de l'ex-Yougoslavie d'aujourd'hui et qui fîrent plus pour l'Empire en quelques décennies que quantité d'empereurs romains "fils de la Louve" avant eux. Ces Galien, Aurélien, Dioclétien (qui mettaient un point d'honneur à se faire apeller Galianus César, Aurélianus César ou Dioclétianus César) se sont montrés plus romains que les romains, se battant farouchement pour sauver ce qui pouvait encore l'être. A l'époque, on trouvait des conseillers impériaux, de hauts fonctionnaires et des généraux efficaces répondant aux noms de Genséric, Vologèse, Mérobaud, Vadomar ou Richomer... et se proclamant fièrement romains.

Enfin, si l'Occident finît par s'effondrer devant les barbares, l'Orient lui s'en sortît bien mieux et préservera son héritage gréco-romain pour devenir le puissant et étincelant empire byzantin où l'on parlera grec et où seront enseignées, malgré un christianisme tout-puissant, toutes les lumières de la pensée hellenistique et latine. Sans oublier l'Afrique romaine qui, en raison de l'éloignement géographique, restera longtemps tranquille avant de quand-même tomber sous les coups des Vandales.

Dernier cliché, celui d'un empire romain en pleine décadence, un "bas-empire" qui, pour ceux qui y vivaient, n'était ni haut ni bas mais l'Empire, tout simplement. Si le monde romain était entré dans un profond déclin, frappé de surcroît par une grave crise économique, il continuait à briller dans bien des domaines. Dans l'art, l'époque n'est pas avare de chef-d'oeuvres, surtout dans l'art funéraire avec des sarcophages magnifiques et une statuaire superbe. Philosophie et littérature ne sont pas en reste avec de grands penseurs comme Plotin, Porphyre, Libanios, Jambique de Chalcis, Thémistios qui rivalisent d'esprit avec les grands penseurs chrétiens. Même si les routes sont moins sûres, on continue à visiter le Muséum d'Alexandrie, à envoyer un fils doué faire des études de droit à Antioche ou Athènes et on trouve toujours quantité de livres et pièces de théâtre... Il y a toujours des jeux et selon Salvien, "les bordels ne désemplissent pas". Bref, on vit.

Les invasions barbares ne furent donc pas un simple jeu de massacre avec d'un côté des sauvages primitifs et sanguinaires hurlant et massacrant et de l'autre des romains décadents et abrutis par le luxe, l'ennui et les orgies. Ce fût une longue période ponctuée de victoires et de défaites des deux côtés, de périodes de paix et de guerre avec des alliances, des intégrations, des trahisons, des hommes de grande valeur et des incapables, de beaux et de mauvais jours...
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Mer 5 Mar - 23:16

Voyageur Solitaire a écrit:

Les invasions barbares ne furent donc pas un simple jeu de massacre avec d'un côté des sauvages primitifs et sanguinaires hurlant et massacrant et de l'autre des romains décadents et abrutis par le luxe, l'ennui et les orgies. Ce fût une longue période ponctuée de victoires et de défaites des deux côtés, de périodes de paix et de guerre avec des alliances, des intégrations, des trahisons, des hommes de grande valeur et des incapables, de beaux et de mauvais jours...

La ruine de l'Empire est un processus très long, s'étendant sur des siècles, retardée par l'oeuvre réformatrice de Constantin mais il y a un mouvement de fond qui va vers une décadence inéluctable. Le mal était très profond. Bien sur, les causes de cette décadence furent nombreuses. Mais on peut au moins en citer quatre principales :

La première tient à l'organisation même du pouvoir impérial qui donnait à un seul homme une autocraie absolue. L'empereur, entouré de ses fonctionnaires, comme un despote de l'Orient, avait fini par gouverner d'après son "bon plaisir". Aucune des anciennes institutions qui avaient assuré si longtemps la liberté de la République n'était restée debout.

La seconde est la disparition progressive de la classe moyenne. Dans les villes, les petits propriétaires faisaient partie du sénat ou curie : d'où leur nom de curiales. Un honneur qui était payé bien cher ! Car les curiales étaient garants de l'impôt et si la famile, la guerre ou tout autre fléau empêchait les habitants d'acquitter l'impôt, aussitôt on saisissait les biens des curiales et même on s'empârait de leur personne.
Ce qui fait que, à terme, plus aucun citoyen n'avait l'ambition de devenir curiale. Ils aimaient mieux se faire colons ou soldats. Un grand nombre alla d'ailleurs vivre chez les barbares. Et ainsi disparut peu à peu la classe des petits propriétaires.

La troisième est la dépopulation qui fut causée par celle de la classe moyenne, mais aussi les guerres civiles et celles contre les barbares. Mais c'était alors un mal remontant de plus loin. César déjà se plaignait "du terrible manque d'hommes" et Sénèque écrivait : "Qui veut voir des déserts, qu'il aille dans la Lucanie ou le Brutium !"

Enfin, la dernière est une réorganisation de l'armée. Les officiers comme les soldats firent défaut. Et les empereurs furent obligés d'appeler les barbares aux armées. Du coup, ceux-ci s'aperçurent de leur force et finirent par ne plus obéir. Leurs chefs, qui étaient aussi rois de leur nation, prennaient peu à peu la place des fonctionnaires romains, et l'Empire se désagrégea progressivement jusqu'à ce que l'empereur ne fut devenu plus qu'un fantôme dont l'autorité - nominale - disparût.

Théodose, dont le règne s'étendit de 379 à 395, fut véritablement le dernier empereur romain. Il réunit pour la dernière fois l'Orient et l'Occident sous sa seule autorité. Il tenta d'endiguer la ruine de l'empire en lui donnant une ferme administration. Et comme Constantin, il s'appuya sur le christianisme comme nouvelle force politique pour y parvenir. Après sa mort, le monde romain fut définitvement coupé en deux : d'un côté, l'empire d'Occident et de l'autre, l'empire d'Orient. Ce dernier, grâce à la forte situation de sa capitale, Constantinople, résistera encore dix siècles avant d'être détruit à son tour par les Turcs en 1453.
Alors que l'empire d'Occident succomba au bout d'un siècle : un chef des Hérules, Ododacre, mit fin à son existence en déposant le dernier empereur Romulus Augustule, un enfant de 10 ans, en 476.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Jeu 6 Mar - 1:14

Au début de son histoire Rome s'était fortifiée en s'ouvrant aux étrangers, elle avait encouragé l'immigration. Mais quand les peuplades nomades sont arrivées en nombres, et qu'elles ont voulues s’intégrer, les romains pour des raisons plus que complexes n'ont pas pu les assimiler, comme avec les autres étrangers.
Cette incapacité à faire de l'immigration un atout à causer sa perte, et je pense l'une des raisons essentielles sur le long terme de la chute de l'Empire Romain.
On l'a très bien vu avec les innombrables conflits qui ont opposés les "barbares" et les Romains tout au long du Bas-Empire et de l'Empire tardif.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Jeu 6 Mar - 18:53

Il était difficile et même impossible d'assimiler tant de gens : il s'agissait cette fois de tout un monde qui se mettait en marche depuis les profondeurs de l'Asie, de la Silésie ou de la Vistule.
Les plus proches de la frontière furent assimilés par les feodus dont j'ai parlé et se montrèrent souvent plus romains que les romains pour défendre cette terre devenue la leur. Mais ceux qui arrivaient derrière étaient d'une toute autre trempe...

Ce que l'on apelle "bas-empire" n'a d'ailleurs plus grand-chose de romain : c'est un monde majoritairement chrétien depuis Constantin, avec une bonne part de "barbares" romanisés et intégrés, souvent convertis. Ce n'est plus la Rome de Romulus et Remus, d'Auguste, Néron ou Trajan, c'est un autre monde, y compris dans l'art et la pensée. C'est un système monarchique à l'orientale où l'empereur est Divus et Dominus, émanation de Dieu sur terre. Caligula en avait rêvé (et il en est mort), mais ni Auguste, Vespasien, Trajan ou Antonin le Pieux ne s'y seraient reconnus. Cruel symbole : La cour impériale sera transférée à Ravenne, puis à Milan, Rome deviendra une ville souvenir tandis que les dieux de l'Olympe sont morts et leurs temple abandonnés. Tous les plus grands penseurs, idéologues et artistes fuient déjà pour se mettre à l'abri des formidables remparts de Constantinople.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Jeu 6 Mar - 19:24

les invasions étaient en effet plutôt une partie de "pousse toi là que je m'y mette" car chaque peuplade étaient elle même dégagée par une autre plus belliqueuse. A la fin nous ont a "hérité" des burgondes (qui ont fini leurs courses dans l’actuelle Bourgogne (Nommé au début Burgondie car dérivée du mot Burgonde), et des plus connus pour nous : les Francs.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Jeu 6 Mar - 20:13

Les "barbares" sont quand-même allés très loin : les Vandales ont fini par s'emparer de l'Afrique romaine, plutôt éloignée de leur patrie d'origine pour s'y tailler un royaume.
Epaulés par les Alains, les Goths et les Suèves qu'ils avaient soumis, ils fondèrent un véritable royaume barbare dans cette Afrique romaine riche et prospère et tranquille jusque là. Se transformant en un peuple de marins, ils attaquèrent les rivages de la Sicile, de la Sardaigne et de la Corse, leurs navires s'élançant de leur nouvelle capitale, Carthage (qui venait de remplacer Bejaia dans l'actuelle Algérie).
Minoritaires, ils ne se mêlent pas aux populations romaines et berbères locales, de peur d'être absorbés. Ils s'emparent des riches terres fertiles, se taillant d'immenses domaines et laissent en place la plupart des lois romaines et des cadres, fonctionnaires et lettrés romains.
Juste retour des choses, c'est l'Empire Byzantin, l'ancien empire romain d'Orient qui récupère ces terres en 534. Gélimer, dernier roi vandale d'Afrique est déposé et expédié à Constantinople où il sera exhibé, couvert de chaînes, devant la foule massée à l'hippodrome.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Jeu 6 Mar - 20:43

Albatur a écrit:
les invasions étaient en effet plutôt une partie de "pousse toi là que je m'y mette" car chaque peuplade étaient elle même dégagée par une autre plus belliqueuse. A la fin nous ont a "hérité" des burgondes (qui ont fini leurs courses dans l’actuelle Bourgogne (Nommé au début Burgondie car dérivée du mot Burgonde), et des plus connus pour nous : les Francs.

Oui, il y a eu une poussée violente de certains peuples. Il faut quand même bien le reconnaître. Si aujourd'hui l'historiographie hésite à parler d' "invasion", c'est uniquement pour éviter que l'on fasse certains parallèles avec notre époque récente... politiquement correct oblige...

Mais les Goths, Huns, Vandales, etc. n'étaient pas vraiment les "gentils invités" que l'on voudrait nous faire croire... ils ont profité d'un Empire sur le déclin pour piller tout ce qu'il y avait à piller et s'installer comme en pays conquis.

Je vois mal un de ces barbares frapper tranquillement à la porte d'un monastère et demander s'il peut emporter quelques calices sacrés, en ajoutant "s'il vous plait"...  lol!
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Ven 7 Mar - 18:38

VIVRE AVEC LES BARBARES :

Imaginez un grand propriétaire gallo-romain dans sa villa, où se trouvaient réunis tout le luxe et le confort que la civilisation gréco-romaine avait pu créer : de vastes thermes avec piscines, des étuves, des appartements d'hiver et d'été, des salons de repos, etc.

Et voici que tout à coup, une bande de guerriers barbares fait irruption sur son domaine, s'y installe et loge dans sa villa. Difficile de cohabiter quand on a des voisins bruyants, brutaux et qui sentent mauvais... voici ce qu'en disait Sidoine Apollinaire, dont la villa était occupée par des Burgondes :

"Qui ? Moi, chanter en vers..., quand je vis au milieu des hordes chevelues, assourdi par les sons de la langue germaine, obligé d'avoir l'air de louer quelquefois ce que chante, bien repus, le Burgonde aux cheveux graissés d'un beurre rance ? Veux-tu savoir ce qui brise ma lyre ? Effrayée par les rauques accents des Barbares, Thalie dédaigne les vers de six pieds depuis qu'elle voit des patrons qui en ont sept. Heureux tes yeux, heureuses tes oreilles, heureux même ton nez ! Car il ne sent pas dix fois le matin l'odeur empestée de l'ail ou de l'oignon. Tu n'as point à recevoir avant le jour, comme si tu étais le vieux père de leur père ou le mari de leur nourrice, ces géants auxquels suffiraient à peine la cuisine d'Alkinoos."

(Sidoine Apollinaire, Poèmes, XXIII)
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Mer 12 Mar - 0:35


Jules César, conquérant ou "boucher" de la Gaule ?

César fit huit campagnes pour soumettre la Gaule, entre 58 et 50 av. JC.

A l'origine, il ne fit que répondre à l'appel des Eduens qui implorèrent son secours contre les Germains d'Arioviste. Mais son ambition dévorante l'amena, après avoir refoulé les Germains de l'autre côté du Rhin, à une mise en coupe réglée de l'ensemble de la Gaule au prix d'une hécatombe qui ferait passer le général romain au TPI de La Haye aujourd'hui pour "crimes contre l'humanité"...

Il attaqua ainsi les Nerviens, chez eux, et tua plus de 50.000 de leurs guerriers sur 60.000 et soumit tout le pays entre la Meuse et l'Escaut.

Il chercha ensuite à punir les Vénètes, tribu gauloise d'Armorique, qui avaient insulté ses émissaires. César pénétra dans leur pays, dont il vendit une grande partie de la population comme esclaves.

A nouveau, les Germains tentaient de repasser le Rhin. César se porta à leur rencontre et en tua plus de 100.000.

Il y eut encore la répression des Bretons conduit par leur chef Cassivellaunos et de la révolte des Eburons d'Ambiorix, sans oublier la guerre de Vercingétorix qui finit égorgé dans sa cellule, à Rome.

La Gaule finira par se soumettre et même adopter les coutumes romaines, mais cela valait-il le prix de tout ce sang versé ?
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Mer 12 Mar - 17:24

Comme toujours, il ne faut pas trop juger le passé avec notre mentalité actuelle.
Les romains, comme les autres peuples d'ailleurs, n'avaient pas les mêmes repères moraux, les mêmes schémas de pensée que nous.
Aujourd'hui, on condamne l'esclavage, on trouve révoltant la gladiature, c'est à dire le spectacle d'hommes forcés de s'entretuer pour le plaisir des foules. On prône la liberté, l'égalité, la dignité de tout être humain.
Les romains et autres peuples de l'Antiquité (et de bien d'autres époques) raisonnaient autrement. Un romain tomberait de sa chaise en entendant proclamer que tous les hommes sont égaux ou que la gladiature, la torture ou l'esclavage sont des abominations. Ces gens vivaient avec d'autres schémas de pensée dans un autre univers mental. Pour eux, il était logique, normal, que certains soient libres et d'autres non, la notion d'égalité leur était inconnue et j'irai même plus loin, ne pouvait être concevable.
Même chose pour la guerre : les romains étaient des guerriers, se voyaient en conquérants, Rome en maîtresse des nations, les vainqueurs avaient tous les droits et les vaincus n'avaient qu'à se soumettre. C'est le fameux adage "Malheur aux vaincus !" A l'époque, on se battait pour gagner et peu importait le nombre de morts ou les carnages, il n'y avait pas de Conventions de Genève ou d'ingérence humanitaire et la fin justifiait les moyens.
Les Grecs ont "inventé" la démocratie, la philosophie, les grandes idées, mais tenaient leurs femmes recluses et méprisaient les non citoyens et encore plus les "barbares", c'est à dire tout ce qui n'était pas grec.
Même chose dans le domaine sexuel où tous ces peuples avaient là aussi d'autres normes que les nôtres, d'autres tabous.
A l'époque, on ne vivait pas longtemps, à 30 ans on était vieux et on pouvait mourir d'un rhume, d'une indigestion, d'une appendicite ou d'un accouchement. Dans toutes les familles, une mère était sûre de perdre au moins un ou deux enfants en bas âge. La mort était très présente et la vie fragile, alors on vivait, pleinement, intensément, sans trop se poser de questions existentielles. Quand on avait la chance d'être né libre, on se disait que c'était déjà pas si mal. Sans oublier le poids de la religion : c'était comme ça, c'était l'ordre du monde voulu par les dieux et aussi immuable que les étoiles dans le ciel. Ceux qui osaient remettre en question cet ordre des choses passaient pour des fous au mieux, au pire se retrouvaient persécutés et suppliciés.

Je n'incite pas à excuser ou justifier certains actes, mais encore une fois, il faut éviter de voir ces époques avec notre mentalité du XXIème siècle. Ces gens raisonnaient autrement, leur univers mental n'était pas le nôtre. Soyons sûrs que si nombre de leurs façons de faire nous semble monstrueuse, révoltante ou incompréhensible, l'inverse serait tout aussi vrai.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Mer 12 Mar - 17:52

Il n'empêche que le César n'a pas fait dans la dentelle dans sa conquête...

Ceci dit, les Celtes non plus ne faisaient pas de cadeau quand ils partaient au combat. Et ils étaient tout autant impitoyables avec les vaincus. Il y avait même une coutume celte, qui s'appelait la "récolte de la Morrigu", et qui consistait à couper toutes les têtes des cadavres ou des agonisants après la bataille et les planter sur des pieux à l'entrée de la hutte du chef. Et c'était à qui aurait le plus de crânes... une sorte de concours "morbide"...

Et puis, les Celtes non plus n'étaient pas des anges... quand ils ont saccagé Rome, ils n'ont pas épargné femmes et enfants. Ils ont aussi pillé et brûlé la ville, forçant les survivants à aller se réfugier sur le Capitole. Les Romains n'ont jamais oublié ni pardonné et considèraient dès lors, les Gaulois comme de "dangereux ennemis" à abattre.

Alors, après tout, Jules César n'était ni plus ni moins cruel qu'un autre chef de guerre de cette époque.

D'ailleurs, la révolte gauloise de Vercingétorix a été déclenchée après que trois marchands romains se fussent faits égorger dans une cité du pays averne.

D'autres moeurs. Tu as raison, VS. Encore qu'aujourd'hui, nous sommes nous aussi mal placés pour leur faire des leçons de morale quand on voit le nombre d'atrocités que nous commettons à notre époque... alors qui sont les plus "barbares", au fond ? Eux ou nous ? Wink

De toute façon, les Gaulois, qui étaient braves au combat, même César l'a toujours reconnu, ne pouvaient rien faire face aux Légions. Les Celtes allaient au combat quasiment nus ou à peine protégés d'une cuirasse et ils allaient s'écraser contre les lourds boucliers de fer des légionnaires romains.

De plus, la Gaule celtique n'était pas assez unie, disciplinée, face aux Romains pour être en mesure de leur résister à long terme. En outre, la civilisation des Romains, avec leurs thermes et tout le confort "moderne" pour l'époque a subjugué bien des Celtes, surtout ceux vivant à côté de la province de Narbonnaise, et qui avaient déjà des contacts étroits avec eux.

Tôt ou tard, la Gaule serait devenue romaine, de toute façon. Jules César n'a fait qu'accélérer les choses...
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Sam 15 Mar - 2:07



JULIEN L'APOSTAT

Chef des armées romaines en Gaule, Julien s'était établi à Lutèce, au palais des Thermes, dont les vastes jardins s'étendaient sur la rive gauche de la Seine. Julien aimait s'y promener, s'entretenant avec ses amis des belles pensées léguées par les anciens philosophes.

Un jour, Julien se présenta au camp, situé derrière son palais, près de l'endroit où est maintenant le palais du Luxembourg. Ses soldats l'entourèrent : ils lui mirent sur la tête le collier d'un de ses officiers, d'un centurion. Ensuite, ils le hissèrent sur un bouclier et le déclarèrent empereur au milieu des acclamations et des cris de joie.

Il fut un grand travailleur. La nuit, il dormait seulement quelques heures, sur une peau d'ours, puis, bien avant le jour, il se levait pour s'occuper des affaires de l'Empire ou pour lire ses livres favoris.

Il fut aussi un vaillant guerrier. Il marcha contre les Barbares qui commencaient à envahir la Gaule. Et ses soldats chantaient en l'accompagnant : "En avant, heureux César, la fortune guide tes pas !". Il battit les Alamans à Argentorate (Strasbourg) et leur roi alla implorer son pardon à genoux.

Au printemps 361, Julien dut quitter Lutèce. Il se rendit en Asie pour combattre les Perses, ennemis acharnés de Rome. Il fut tué sur les bords du Tigre, en l'an 363. Toute la Gaule versa des larmes sur sa mort.

Julien ne pouvait souffrir les premiers chrétiens qu'il trouvait ignorants. Et les chrétiens dirent beaucoup de mal de lui. Mais il n'en fut pas moins un prince bienfaisant et l'empereur aimé des Gaules.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Sam 15 Mar - 10:28

Un sacré empereur, assez atypique sur beaucoup de points.
Tout d'abord, c'est un miraculé : il fût l'un des rares survivants d'une effroyable purge au sommet de l'Empire et envoyé en résidence surveillée à Lutèce (future Paris). Une ville qu'il appréciait énormément avec en particulier la Seine , "dont l'eau est fraîche et très agréable à boire..."
Esthète et intellectuel, passionné de culture grecque, il n'avait rien d'un guerrier. Il stupéfiera d'autant plus tout le monde en remportant quantité de victoires sur les barbares, apprenant sur le tas. Au bout du chemin, il accèdera au pouvoir impérial. Il opérera de profondes réformes dans l'administration et la justice et fera un sérieux ménage dans les services.

Mais si Julien est entré dans l'histoire comme "l'empereur apostat", ce n'est pas pour rien... Converti de force au christianisme dans sa prime jeunesse pour avoir la vie sauve, il dévorait en cachette les oeuvres des grands philosophes du passé et se pétrissait de culture grecque et hellénistique. Parvenu au pouvoir, il entreprît de lutter contre les "galiléens", c'est à dire les chrétiens. Julien n'était pas mauvais homme et considérait les chrétiens comme simplement "égarés". Il n'y eût donc pas de persécutions, mais une série de sanctions, de brimades, d'interdictions. Les chrétiens se virent par exemple interdire d'enseigner, les hautes fonctions leur furent refusées, certaines cérémonies interdites. Dans le même temps, les fidèles des anciens cultes se voyaient comblés d'honneurs et de privilèges par un empereur qui virait mystique, de surcroît entouré de conseillers idéalistes et revanchards qui rêvaient de restaurer les choses comme "avant", comme si le christianisme n'avait jamais existé.
Malheureusement, ces braves gens n'avaient pas compris que le monde avait changé, qu'une ère nouvelle s'ouvrait et que le christianisme n'était plus une secte d'illuminés, mais un véritable pouvoir qui imprégnait tout les leviers de commande de l'Empire et toutes les couches sociales. Une sourde opposition apparût alors, de plus en plus forte.
Sur ces entrefaites, l'empereur partît guerroyer en Orient contre les redoutables Parthes. Les débuts furent victorieux, mais l'équipée tourna vite au désastre. Surpris par une attaque, l'empereur en personne se battait avec courage et vaillance quand un javelot le transperça. Beaucoup de témoins affirmèrent que le trait partît "d'on ne sait où" et un témoignage avoue cruellement que "l'on aimerait être vraiment persuadé que le trait partît des rangs ennemis..."

Julien mort, son rêve un peu fou et chimérique mourût avec lui. Ses décisions furent abolies, les fonctionnaires et enseignants chrétiens retrouvèrent tranquillement le chemin de leurs bureaux et écoles...
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Sam 15 Mar - 12:01

Il était un peu nostalgique d'un monde qui n'existait déjà plus et qu'il rêvait de faire renaître, en fait.

Avec ses soldats, ses fonctionnaires, ses conseillers, il entendait ressusciter la gloire de l'ancienne Rome.

Peut-être même avaient-ils compris que leur monde était en train de disparaître mais voulaient juste retarder l'échéance fatale...

"Encore un instant, Monsieur le bourreau".
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Sam 15 Mar - 12:32

Julien reste ambigu et assez difficile à cerner : intelligent, fin et cultivé et d'un autre côté, ce projet chimérique, ces conseillers dont certains "fou des dieux" comme le dit avec humour l'historien Lucien Jerphagnon, cet aveuglement, ce déni de la réalité...
A la fin, Julien semble avoir viré carrément mystique, persuadé que les dieux auxquels il croyait si fort arrangeraient tout à partir du moment où on avait leur bénédiction. Il semble bien que dans les derniers temps, l'empereur ait décroché de la réalité et du monde qui l'entourait.

A noter la biographie Julien l'apostat du regretté Lucien Jerphagnon que j'ai mentionné plus haut et surtout son Histoire de la Rome antique, fabuleux ouvrage où l'on voit tout, on sait tout et on comprend tout, de la Rome petit village des origines à la fin de l'Empire romain d'Occident. Indispensable.
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MessageSujet: Re: ANTIQUITE   Sam 15 Mar - 13:08

Voyageur Solitaire a écrit:

A la fin, Julien semble avoir viré carrément mystique, persuadé que les dieux auxquels il croyait si fort arrangeraient tout à partir du moment où on avait leur bénédiction. Il semble bien que dans les derniers temps, l'empereur ait décroché de la réalité et du monde qui l'entourait.

Il était dans son monde à lui... je ne le comprends que trop bien. C'était un rêveur, tout simplement.

Citation :
A noter la biographie Julien l'apostat du regretté Lucien Jerphagnon que j'ai mentionné plus haut et surtout son Histoire de la Rome antique, fabuleux ouvrage où l'on voit tout, on sait tout et on comprend tout, de la Rome petit village des origines à la fin de l'Empire romain d'Occident. Indispensable.

Je vais essayer de la trouver sur Amazon ou Chapitre, tiens.
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