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 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871)

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cdang

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MessageSujet: Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871)   Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Icon_minitime1Mer 21 Déc - 14:04

Lewis Carroll : Alice au pays des merveilles (1865) et De l'Autre Côté du miroir (1871)

Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice_13 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice_14

Histoire externe

Charles L. Dogson est professeur de mathématiques au collège de Christ Church (université d'Oxford). Il écrit sous son nom plusieurs ouvrages de mathématiques ainsi que des textes poétiques dans des périodiques locaux. C'est en 1856 qu'il adopte le pseudonyme de Lewis Carroll, transformation de ses prénoms Charles (Carolus en latin) et Lutwige (Ludovicius).

Le 4 juillet 1862, il fait une promenade en barque avec le doyen du collège, George Lidell, accompagné de ses trois filles : Alice, Lorina et Edith. À la demande des enfants, il improvise un conte et Alice lui demande de le coucher par écrit. Il produit un manuscrit illustré qu'il offre à Alice en 1864, puis publie une version enrichie d'une centaine de pages en 1865 aux éditions Macmillan et illustrée par John Tenniel. En 1867–1868, il rend visite à l'illustrateur Richard Doyle et l'idée mûrit de publier une suite à Alice. Cette suite, De l'Autre Côté du miroir, paraît en 1871.

Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Lewis_10 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice_16 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Soeurs11
1. Charles Dogson dit Lewis Carroll. 2. Alice Pleasance Lidell. 3. Edith, Lorina et Alice Liddell. Photographies de Charles Dogson.

Alice au pays des merveilles (Alice's Adventures in Wonderland, 1865)

Autre traduction du titre : Les Aventures d'Alice au pays des merveilles.

Lewis Carroll a écrit:
Dans cette après-midi dorée,
 Sur l'eau nous glissons à loisir ;
De petits bras tiennent les rames
 Qu'ils ont bien du mal à saisir,
De faibles mains en vain prétendent
 Nous guider selon leur désir.

Las ! Les Trois Sœurs impitoyables,
 Sans soucis du brûlant soleil,
De moi exigent une histoire,
 Alors que j'incline au sommeil !
Se pourrait-il que je résiste
 À ces trois visages vermeils ?

[…]

Ainsi l'histoire merveilleuse
 Fut créée petit à petit…
Tous ces événements bizarres
 Ont pris une forme et sont bien finis ;
Tandis que le soleil se couche,
 Nous voguons vers notre logis.

Prend cette histoire, chère Alice !
 Place-la, de ta douce main,
Là où les rêves de l'Enfance
 Reposent, lorsqu'ils ont pris fin,
Comme des guirlandes fanées
 Cueillies en un pays lointain.

Synopsis

Alice, une petite fille de sept ans et demi, joue dans le jardin lorsqu'elle voit passer un lapin portant un gilet et consultant une montre à gousset. Intriguée, elle le suit et tombe dans un terrier. Après une chute interminable dans un puits dont les parois sont garnies de meubles, elle atterrit dans une salle dont les portes sont fermées à clef. Elle vient de pénétrer dans un monde étrange, merveilleux et absurde. Cette aventure n'aura été finalement qu'un rêve.
Citation :
« Alice, ma chérie, réveille-toi ! lui dit sa sœur. Comme tu as dormi longtemps !
— Oh, quel rêve bizarre je viens de faire ! » s'exclama Alice.
Et elle se mit à raconter, autant qu'elle le pouvait se les rappeler, toutes les étranges Aventures que vous venez de lire.
[…]
Finalement, elle se représenta cette même petite sœur devenue femme. Elle était certaine que, dans les années à venir, Alice garderait son cœur d'enfant, si aimant et si simple ; elle rassemblerait autour d'elle d'autres petits enfants, ses enfants à elle, et ce seraient leurs yeux à eux qui deviendraient brillants et avides en écoutant mainte histoire extraordinaire, peut-être même cet ancien rêve du Pays des Merveilles. Elle partagerait tous leurs simples chagrins et prendrait part à toutes leurs simples joies, en se rappelant sa propre enfance et les heureuses journées d'été.

Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice110 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice210 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice310 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice410 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice510
Illustrations de John Tenniel (1865).

De l'Autre Côté du miroir (Through the Looking-Glass, and What Alice Found There, 1871)

Autres traductions du titre : La Traversée du miroir, Ce qu'Alice trouva de l'autre côté du miroir.

Synopsis

Par une après-midi d'hiver, Alice fait une partie d'échec avec sa sœur puis joue avec sa chatte Dinah. Elle imagine la « Maison du Miroir » : le miroir trônant sur la cheminée ne serait qu'une vitre laissant paraître une maison. La partie visible de cette maison serait identique à la sienne mais à l'envers. Par jeu, elle essaie de franchir le Miroir et celui-ci se transforme en une sorte de brouillard. De l'autre côté du miroir, les pièces d'échec s'animent et parlent mais ne voient pas Alice.

Elle sort de la maison pour visiter le jardin. Elle arrive sur un terrain divisé en parcelles carrées formant un vaste échiquier. Elle rencontre la Reine Blanche qui lui explique qu'elle est un pion mais qu'elle peut devenir une reine si elle atteint le huitième case de cet échiquier. Commence alors un voyage absurde où les rencontres s'enchaînent sans aucune logique.

Lewis Carroll a écrit:
Un bateau, sous un ciel d'été,
Sur l'eau calme s'est attardé,
Par un après-midi doré…

Trois enfants, près de moi blottis,
Les yeux brillants, le cœur ravi,
Écoutent un simple récit…

Ce jour a fui depuis longtemps.
Morts sont les souvenirs d'antan.
Dispersés par le souffle du vent,

Sauf le fantôme radieux
D'Alice, qui va sous les cieux
Que le rêve ouvrit à ses yeux.

Je vois d'autres enfants blottis,
Les yeux brillants, le cœur ravi,
Prêter oreille à ce récit.

Ils sont au Pays Enchanté,
De rêves leurs jours sont peuplés,
Tandis que meurent les étés.

Sur l'eau calme vouant sans trêve…
Dans l'éclat du jour qui s'achève…
Qu'est notre vie, sinon un rêve ?

NB : ce poème, qui clos le livre, forme en anglais l'acrostiche d'Alice Pleasance Lidell.

Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice610 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice710
Illustrations de John Tenniel.

Commentaire

Ces contes sont une succession de situations absurdes. Il n'y a pas vraiment de fil conducteur, on passe d'une situation à une autre comme du coq à l'âne. Ces œuvres sont manifestement l'origine du nonsense, l'humour anglais absurde. Sans Alice, pas de Monty Python… Terry Gilliam a d'ailleurs réalisé un film nommé Jabberwocky en 1977 d'après le poème figurant dans De l'Autre Côté du miroir.

Dans le premier conte, Alice est confrontée à des animaux parlant tenant des discours sans queue ni tête et à des changements de taille ; elle en perd son identité et essaie de se souvenir qui elle est. Mais lorsqu'elle essaie de réciter des poèmes et des comptines, elle les travestit et s'aperçoit d'elle-même qu'elle se trompe sans toutefois pouvoir corriger ses erreurs. L'histoire est totalement décousue, il ne faut y chercher aucune logique.

Le second conte m'intéresse beaucoup plus. Dans le fond, il est assez similaire au premier mais la structure en « partie d'échecs » me semble totalement innovante. L'échiquier forme une superstructure qui donne corps aux transitions brutales ; par exemple, sautant une rivière (qui sépare donc deux cases), elle se retrouve instantanément assise dans un train à discuter avec un moucheron, puis alors que le train saute une rivière (il a alors traversé la case et s’apprête à passer dans une autre), elle se retrouve instantanément assise sous un arbre pour continuer sa discussion avec le moucheron (chap. 3 Insectes du Miroir).

Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice_10 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice_11 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Alice_12
Illustrations de John Tenniel

Cette structure en partie d'échecs permet de se demander ce qui se passerait si on jouait la partie différemment et, de fait, fait envisager une lecture libre des chapitres. En fait, pour moi, le livre ouvre ni plus ni moins la voie aux livres-jeux, les livres dont vous êtes le héros : « Si vous voulez vous diriger vers le nord, rendez-vous au e3 ». Voire même, Alice incarne un pion, un personnage d'échecs ; or, un siècle plus tard, Gary Gygax et Dave Arneson créent un jeu, Donjons & Dragons, dans lequel on incarne une figurine de jeu de guerre. Et il est établi que Gygax s'est inspiré de Lewis Carroll : on sait qu'il a mené une campagne se déroulant dans le pays des Merveilles, et l'épée vorpale est tirée du poème Jabberwocky figurant dans De l'Autre Côté du miroir
Citation :
« Or, comme il ruminait de suffêches pensées,
Le Jabberwock, l’œil flamboyant,
Ruginiflant par le bois touffeté,
Arrivait en barigoulant !

« Une, deux ! Une, deux ! D'outre en outre,
Le glaive vorpalin virevolte, flac-vlan !
Il terrasse le monstre, et, brandissant sa tête,
Il s'en retourne galomphant.
L'illustration de John Tenniel montre Alice affrontant un dragon dans une composition qui sera reprise pour la couverture de la version « Holmes » de D&D (1977). Cette illustration est également citée dans le film de Tim Burton (2010).

Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Jabber10 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Couver12 Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Jabber11
1. Le Jabberwocky par John Tenniel (1865). 2. Couverture de Donjons & Dragons version « Holmes » par David C. Sutherland III (1977). 3. Jabberwocky sur l'Oraculum par Delmot Power dans le film de Tim Burton (2010).

Les œuvres sont émaillées de jeux de mots parfois intraduisibles, et les notes de traduction sont particulièrement appréciables. Comme l'écrivait Charles Dogson dans son ouvrage Symbolic Logic (1896) :
Charles Dogson a écrit:
Je soutiens […] que tout écrivain a le droit absolu d'attribuer le sens qu'il veut à tout mot, ou à toute expression, qu'il entend employer.
C'est d'ailleurs un « cas d'école » intéressant en traduction. Par exemple, Humpty Dumpty est une comptine anglaise très connue datant de 1797 mais probablement inconnue de la plupart des enfants français jusque dans les années 1980. La comptine est une devinette : pourquoi personne ne peut recoller les morceaux d'Humpty Dumpty après sa chute ? Parce que c'est un œuf.
Jean Gattégno a écrit:
Cette devinette, ou plutôt sa réponse, a conduit Jacques Papy à choisir, pour le traduire, le terme de « Gros Coco ». On relèvera qu'Antonin Artaud, pour sa part, avait choisi « Dodu-Mafflu » et Henri Parisot « Heumpty Deumpty ».
Un magnifique exemple illustrant les notions de sourcisme, de ciblisme et d'euphonie en traduction.

Dans le même ordre d'idée, les personnages Tweedeldum et Tweedeldee ont été traduits par Bonnet Blanc et Blanc Bonnet.
Jean Gattégno a écrit:
Les deux personnages […] sortent tout droit d'une comptine […] inspirée, semble-t-il, d'une épigramme du XVIIIe siècle, dans laquelle le poète John Byrom (1692–1763) renvoyait dos à dos les compositeurs Händel et Bononcini, par une formule qui signifiait clairement qu'ils étaient interchangeables. Le choix fait par Jacques Papy, s'il nous éloigne de « l'anglicité » du texte de Carroll, est en revanche fidèle à son sens.

Un dernier exemple : les jeux de mots sur le nom des insectes :
Jean Gattégno a écrit:
horse-fly (« taon », littéralement « mouche du cheval ») ; dragon-fly (« libellule », littéralement « mouche-dragon ») ; butter-fly (« papillon », littéralement « mouche-à-beurre »). Le Moucheron lui oppose des insectes « fantaisie » correspondant, par l'addition d'un mot-préfixe au mot fly placé en facteur commun : rocking-horse-fly (mouche du cheval à bascule) ; snap-dragon-fly (snap-dragon est un jeu de Noël, consistant à saisir des raisins secs dans du punch brûlant), et bread-and-butter-fly (mouche à tartine beurrée).

Les ouvrages contiennent quelques éléments typographiques intéressants, comme de longs points de suspension, un calligramme en forme de queue de souris et un texte à l'envers (puisque l'on est dans le monde du Miroir) : le début du fameux poème Jabberwocky.

Pour les enfants, je conseillerai l'édition d'Alice illustrée par Rébecca Dautremer (Gautier-Languereau, 2010) [1], malheureusement il n'y a pas la suite. Pour un adulte, une édition avec les notes de traduction me semble indispensable ; à titre personnel, j'ai la traduction de Jacques Papy présentée et annotée par Jean Gattégno (Gallimard, 1990, 1994, 2016) qui regroupe les deux contes [2]. La première traduction d'Alice (Henri Bué, 1869) étant tombée dans le domaine publique, on peut la lire sur Wikisource :
https://fr.wikisource.org/wiki/Alice_au_pays_des_merveilles

Pour l'analyse du conte, je laisse la parole à Jean Gattégno (préface à l'édition Gallimard de 1990, 1994 et 2016) :
Jean Gattégno a écrit:
Ainsi Carroll propose-t-il à ses lecteurs un type de conte profondément renouvelé dans sa forme [, un conte embrouillé]. […] Car si la forme change, c'est parce que le conte carrollien poursuit un autre objectif, ou plutôt répond à une autre nécessité : tout centrer sur l'enfant et l'enfance.

Le conte, qu'il fasse ou non apparaître des fées, est essentiellement pédagogique et, quand il s'adresse aux enfants, vise à leur permettre de trouver leur place dans une société d'adultes dont ils devront un jour être membres à part entière. Carroll, dans ses contes, ne rompt pas clairement avec la tradition qui fait des valeurs adultes l'étalon et la clef à la fois des difficultés d'intégration de l'enfant ou de l'adolescent. Il en instaure pourtant une autre, où les valeurs de l'enfance deviennent le nouvel étalon. Le regard d'Alice, pour le dire brièvement, est la mesure du monde des adultes qu'il lui est donné de découvrir.

Disant cela, je ne renvoie pas seulement à la dimension qu'Aragon avait relevée : peinture critique d'une certaine société victorienne, celle qui dans les bonnes familles entoure et enferme le petit enfant dans les rets des conventions, des bonnes manières et d'une morale fondée sur le strict respect des valeurs adultes. La satire de l'éducation victorienne […] va plus loin qu'un regard amusé : les adultes […] peuvent y voir la critique d'une éducation empreinte de snobisme, mais les enfants y verront la condamnation de toute forme d'éducation. Il en va de même pour le procès du Valet de Cœur : « la condamnation d'abord, le jugement ensuite ! » est à la fois, pour un adulte, la mise en évidence des risques que fait courir à la justice l'oubli des « vraies valeurs », et, du point de vue d'un enfant, la contestation des comportements répressifs des gouvernantes ou maîtres d'école, pour qui il faut d'abord obéir, ensuite comprendre.

[…]

En fait, ce que Carroll donne à voir, par un renversement qui surprend moins aujourd'hui qu'il a pu le faire en 1865, c'est certes une gallerie de personnages dans laquelle se mire une société typée, mais c'est surtout l'univers qui appartient en propre à Alice et qui en est « l'autre côté », qu'il s'agisse des valeurs sociales ou morales, du fonctionnement des codes langagiers ou même de psychologie. Ce qui apparaît à Alice « absurde » (nonsense) : les « morales » de la Duchesse, les maximes de la Reine Rouge, et même les conseils avisés de Gros Coco (Humpty-Dumpty) ou du Cavalier Blanc, constitue la vision enfantine d'un monde d'adultes, face auquel c'est l'enfant qui détient la sagesse, la justice et la vérité.

[…]

Si les contes tendent tous à faciliter l'intégration de l'enfant à la société adulte, en la présentant comme un processus difficile mais dont l'issue est en quelque sorte garantie, les deux voyages d'Alice s'écartent légèrement de ce modèle. Certes, le terme de l'histoire est bien la « victoire » d'Alice sur les difficultés qui l'ont assaillie, et Alice rejoint bien le monde des adultes qui voulaient l'opprimer, affirmant d'un revers de la main sa supériorité sur la Reine de Cœur dans le premier voyage, devenant l'égale des Reines Rouge et Blanche dans le second. Mais la relation qu'au cours de ses voyages Alice entretient avec la société adulte, dont la plupart des personnages qu'elle rencontre constituent des portes-parole, est fort différente. Alice, du seul fait de son apparition dans un monde qui ne l'attendait pas, en devient le centre réel. […] passant d'une scène à l'autre, Alice donne l'impression de créer, plutôt que de découvrir, chacun des épisodes de ses aventures. Quelque chose se passe, ou plutôt commence, quand Alice entre en scène, comme si son regard avait le pouvoir de déclencher le mécanisme d'une boîte à musique […]. Mieux encore, elle crée les personnages qu'elle va rencontrer et presque les événements qui vont leur arriver : […] les emprunts à des comptines dont le texte est connu d'Alice comme de ses lecteurs enfants permettent une forme de programmation du déroulement des événements. […]

Les aventures d'Alice ne sont donc pas seulement des voyages initiatiques dont « grandir » serait le thème central et au cours desquelles, descendant en soi, l'héroïne découvrirait le sens du monde extérieur. Elles représentent, et constituent pour elle, un monde dont elle est le centre, la reine en vérité. Pour elle comme pour le lecteur, le « sens » du conte est autant une découverte de soi — de l'Enfance — que de la société adulte avec laquelle il lui faudra, comme tout enfant, à tout le moins coexister. Ainsi s'explique que l'on trouve […] une peinture de l'enfance aussi riche que vraie. Alice découvre certains aspects du monde des adultes, mais nous, lecteurs, nous découvrons à travers ses aventures des traits permanents de l'enfance, la représentation de la « personnalité enfantine » et sa construction dans le temps.


Dernière édition par cdang le Lun 19 Mar - 12:51, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871)   Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Icon_minitime1Jeu 22 Déc - 20:37

Un article très sympa, très vivant. Il va falloir que je le relise après les fêtes ^^. Surtout que, honte à moi, je n'ai jamais lu Alice.

Juste en passant, Jacques Papy est assez connu dans le monde de la traduction puisqu'il a travaillé sur de nombreux Lovecraft (et fut pas mal critiqué pour ses traductions "écourtées") et sur quelques Howard - raison pour laquelle je le connais.

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MessageSujet: Re: Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871)   Alice au pays des merveilles et De l'Autre Côté du miroir (Lewis Carroll, 1865, 1871) Icon_minitime1Jeu 22 Déc - 22:12

Honte à moi également, je ne l'ai jamais lu non plus. Cela fait 2 ans que je souhaite lire ces ouvrages, malgré quelques réticences (le livre a déplu à des proches). J'ai failli le lire mais avais renoncé quand je me suis aperçu que l'édition de ma bibliothèque ne comportait pas les illustrations d'époque, un pré-requis indispensable pour moi.
Est-ce que l'édition de Papy les contient ?
En tout cas, merci pour cet article avec ces références précises.
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Honte partagée, puisqu'il m'a fallu attendre la fin de mes 44 ans pour moi-même les lire.

Oui, l'édition mentionnée (la première image en est la couverture) contient le gravures de John Tenniel. Sinon, comme elles sont dans le domaine public, on peut les trouver sur Wikimedia Commons
https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:John_Tenniel
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Je voudrai mentionner l'édition illustrée par Benjamin Lacombe aux éditions Soleil, coll. « Métamorphose » (2016). Magnifique ouvrage, grand format (20,5 × 28,3 cm) couverture rigide et dos toilé, superbes illustrations (et le prix qui va avec, 30 EUR).

Mais la langue d'Henri Parisot est je trouve moins accessible que celle de Jacques Papy, alors je lis à mes enfants celle de Papy en leur montrant les illustrations de Lacombe.

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