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 XVIIème ET XVIIIème SIECLES

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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeMar 2 Juil - 12:47

Et ben... Instructif tout ça. Vraiment intéressant à lire.

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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeMar 2 Juil - 15:08

Dans toutes les monarchies de l'époque, on trouve ce genre d'intermédiaire incontournable, qui assure la liaison entre le souverain et les autres.

Dans l'empire Ottoman, c'était le grand ennuque noir, le Kislar Aga. Maître du harem, il venait après le vizir dans la hiérarchie impériale et participait au Conseil chaque semaine. Il était le seul à pouvoir accéder auprès du sultan à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, le seul également à pouvoir le toucher. Il servait aussi de messager et d'intermédiaire entre le sultan et sa mère, la Validé Sultane. Pour atteindre le sultan ou la Validé, il fallait passer par lui. On se doute qu'un tel personnage était très sollicité de toutes parts, surtout à coups de Bakchichs… Les femmes du harem passaient par lui également pour entrer en contact avec le monde extérieur. Ou pour qu'il s'arrange pour glisser un mot au sultan en faveur d'une telle ou d'une telle, de manière à attirer l'attention du maître…

A Versailles, on n'hésitait pas à dire que "pour dormir avec le roi, il fallait d'abord coucher avec son valet de chambre"...
L'Histoire a retenu également le dévouement de Jean-Baptiste Cléry, qui sera le dernier valet de chambre de Louis XVI. Il viendra de lui-même demander l'autorisation de servir son maître à la prison du Temple et deviendra un ami et soutien du roi prisonnier. Le jour de l'exécution du roi, c'est lui qui le réveille à cinq heures, lui fait sa toilette et sert la dernière messe célébrée pour le souverain.
Comme Madame Campan qui avait fidèlement servi Marie-Antoinette, Cléry survivra à la Révolution et mourra en 1809, en Autriche.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeMar 2 Juil - 17:08

Evidemment, il fallait quand même mettre les formes. Il y avait tout un protocole à respecter.

Mais ce que je veux dire, c'est qu'il était plus facile d'entrer à Versailles et d'apercevoir le roi que d'entrer à l'Elysée aujourd'hui et demander à parler au président.
Il suffisait, pour cela, de louer une épée et de remettre un billet pour le roi à un garde. Et si on avait un peu de chance, il fallait se mettre sur le passage du souverain, tout en s'inclinant et en se découvrant et venir lui exposer son problème.

J'ai lu à ce sujet qu'un vétéran qui avait perdu un bras dans une bataille était parvenu à obtenir une pension.

Donc, bien évidemment, on ne tapait dans le dos du roi en l'appelant "mon pote" mais le contact pouvait s'établir. En tout cas, plus facilement que d'obtenir un rendez-vous à l'Elysée avec le président de la République aujourd'hui...

Ceci dit, il y avait des pays où le contact avec le souverain était plus direct :

En Prusse, par exemple, si on voulait parler au roi Frédéric II, il suffisait de se rendre dans ses jardins où on le trouvait, sans gardes, en train de tailler ses roses.

En France, il faudra attendre la Monarchie de Juillet pour voir un roi - Louis-Philippe - se promener sur les grands boulevards, bras dessus bras dessous avec son épouse, comme n'importe quel bourgeois de la capitale.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeMar 2 Juil - 17:40

Effectivement, Versailles étant ouvert au public (il suffisait d'être correctement vêtu et d'avoir épée au côté pour les hommes), on y trouvait des gens de toutes conditions que ce soit dans les jardins ou lors des repas en public du roi et de sa famille.

Après, je pense que cela dépendait aussi du roi en question. Louis XIV était très à cheval sur le protocole ("Sa Majesté souffre aussi peu un mot hors de sa place qu'un soldat hors de son rang" disait Benserade), Louis XV n'était pas du tout à l'aise en public au point de préférer que l'on s'adresse à lui par écrit… Enfin, Marie-Antoinette envoyait valser le protocole : à Trianon, elle se promenait seule ou avec ses enfants, sans dame ni valet et on a plusieurs témoignages comme ces deux lorrains de passage à Versailles qui tombèrent sur elle au détour d'une allée.

L'histoire du fiacre est assez édifiante elle aussi : un soir, Marie-Antoinette se rendît au bal de l'opéra avec une seule dame, sans escorte, dans une voiture ordinaire. La roue cassa, la reine et sa compagne se retrouvèrent sur le pavé en pleine nuit dans Paris avant de trouver refuge dans une boutique, à la stupéfaction de ses propriétaires. La réparation étant impossible, le cocher héla un fiacre de passage (l'équivalent de nos taxis) et la reine arriva ainsi à l'opéra. Riant à perdre haleine, elle raconta sa mésaventure à tout le monde, ce qui fît scandale quand on apprît que la reine de France se rendait seule, de nuit, en ville.
Un soir où il y avait foule, elle était accompagnée du comte d'Artois, le plus jeune frère du roi, au cours d'un bal masqué. Un passant bouscula le comte qui répliqua par un coup de poing. La victime se plaignît aux gardes et le comte, qui n'avait pas été reconnu étant masqué, fût emmené. Le lendemain, tout Paris apprenait avec stupéfaction que la reine s'était ainsi retrouvée totalement seule, mêlée à la foule pendant deux ou trois heures, "s'entretenant sans distinction avec différents hommes masqués qui l'ont même fait danser tour à tour en la prenant par le bras" selon le rapport de l'ambassadeur d'Autriche.
Marie-Antoinette adorait ces bals masqués de l'opéra où elle se rendait souvent avec une seule dame et où l'incognito du masque lui permettait de parler avec n'importe qui. A Trianon et dans son Hameau, elle se promenait seule dans les jardins, même (et surtout) quand elle était avec ses enfants. Même chose pour les promenades à cheval au cours desquelles Marie-Antoinette, remarquable cavalière comme sa mère, partait au galop, plantant là pages et gentilhommes, "sautant clôtures et fossés à se rompre le cou". Dans ces moments là, tomber sur elle était effectivement très facile.

Autant dire que cette façon de faire scandalisait ses contemporains, on ne pouvait croire que la reine de France puisse être ainsi approchée par le premier venu. Ses ennemis se déchaînèrent, l'accusant de "traîner les rues" ou de donner des rendez-vous secrets à des hommes. Sans parler de sa fameuse grotte de Trianon où elle pouvait recevoir qui elle voulait en toute discrétion, sans être vue ou entendue. Même si la plupart du temps elle s'y reposait seule ou y passait un moment avec ses enfants, pour l'opinion publique, elle y donnait des rendez-vous galants. Tout cela contribua énormément à dégrader son image. Parlait-elle à un gentilhomme ? Aussitôt, pour les gens, il était son amant.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeSam 24 Aoû - 16:27

Que sont devenus les enfants de Louis XVI et Marie-Antoinette ?

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Louise10

On les oublie souvent, éclipsés par le destin tragique de leurs parents. La vie n'a pas épargné ceux que l'on appelait les "enfants de France"... Louis XVI et Marie-Antoinette ont eu quatre enfants, plus une fausse-couche. Seule leur aînée survivra.

- Marie-Thérèse
- Louis Joseph
- Louis Charles
- Sophie

Sur le tableau ci-dessus, Marie-Antoinette pose avec sa fille Marie-Thérèse qui lui tient le bras, son second fils Louis Charles sur ses genoux et son premier fils, Louis Joseph qui désigne le berceau vide de leur petite sœur, Sophie, morte avant l'achèvement du tableau.

Sophie, la petite dernière, n'était pas désirée semble-t-il. Marie-Antoinette prît mal les annonces de ce qui semblait être une nouvelle grossesse et nia l'évidence jusqu'au cinquième mois. Après la naissance de son second fils, elle avait affirmé haut et fort ne plus vouloir d'enfants.
La petite Sophie naît donc en 1786, forte et de grande taille. Elle mourra à moins d'un an, sans que l'on sache vraiment de quoi encore aujourd'hui. Marie-Antoinette sera terrassée par la mort de cette enfant qu'elle n'avait pourtant pas désirée et qu'elle surnommait "mon fol amour" dans ses lettres: "Si je n'avais pas mes autres enfants adorés, je voudrais mourir".

Louis Charles, né en 1785, éphémère Louis XVII, fût arraché à une enfance heureuse et douillette par la Révolution. Bousculé et balloté au rythme des émeutes, des évènements, des emprisonnements, témoin de l'effondrement de son monde, de ses parents, cet enfant blond, câlin et enjoué que Marie-Antoinette surnommait son "chou d'amour", subira de plein fouet les évènements dramatiques qui auraient déstabilisé l'enfant le plus solidement équilibré.
Après avoir vécu la mort de son père, il fût arraché à sa mère pour être "éduqué" de manière à en faire un "bon petit patriote". D'abord bien traité, il voit ses conditions de vie se dégrader au fur et à mesure que le temps passe : la Révolution progresse, se fortifie, l'enfant que l'on gardait comme un va-tout ou un précieux otage ne vaut finalement plus rien et devient même encombrant. Les révolutionnaires n'oseront pas tuer de sang-froid un enfant mais ils vont s'arranger pour créer les conditions d'une mort naturelle. Le petit Louis Charles est enfermé, seul, dans un réduit obscur et crasseux, sa nourriture lui est fournie par un étroit guichet. Totalement coupé du monde, sans soins, sans hygiène, l'enfant contracte la gale et la tuberculose, reste prostré dans ses déchets, sans parler à personne, pendant des mois.
A la chute de Robespierre, quand Paul Barras vient le voir, l'enfant rieur et câlin d'autrefois est détruit, psychiquement et physiquement. Il ne parle pas, n'arrive même pas à se lever et à se tenir debout. Malgré les soins apportés, il meurt très vite, en 1795.

Louis Joseph, né en 1782, est le Dauphin, l'héritier tant attendu. Sa naissance est célébrée avec joie et faste dans tout le royaume. Mais en 1784, sa santé se détériore… Subitement, il cesse de grandir, maigrit à vue d'œil… L'enfant a contracté une tuberculose osseuse. Marie-Antoinette et Louis XVI se laissent bercer d'illusions et d'espoirs par les médecins. Ces derniers ne font que se disputer entre eux. A l'époque, on ignore les effets bénéfiques du soleil, du grand air, de la montagne et de la mer. L'enfant souffre, terriblement. Assis, couché, il est "perclus de douleurs" qui ne lui laissent que peu de répit. La princesse de Lamballe, amie de la reine, va le voir et en revient bouleversée : cet enfant sait qu'il va mourir.
Il meurt en juin 1789, alors que la Révolution commence. Ses dames forcent la reine à quitter son chevet pour qu'on lui administre les derniers sacrements. Louis XVI est effondré. Marie-Antoinette doit recevoir les "révérences de deuil" : sévèrement vêtues de noir, toutes les dames de la cour viennent s'incliner devant elle, une à une, en un ballet funèbre. Suffoquée de larmes, livide, la reine se retient à la balustrade dorée qui entoure son lit pour ne pas tomber. Le roi avait ordonné 1000 messes pour le repos de l'âme de son fils mais les caisses sont vides : il fait fondre sa vaisselle d'argent.

Marie-Thérèse (surnommée "Mousseline" par sa mère) sera la seule survivante. Née en 1778, elle subira de plein fouet, comme son second frère, les tragédies de la Révolution. Comme son frère, elle subira l'exécution de son père avant de voir son petit frère être enlevé à sa mère, puis cette dernière partir. Elle est alors élevée par sa tante, Elisabeth, sœur de Louis XVI. Cette dernière avait refusé de fuir et était restée avec la famille royale jusqu'au bout. Elle part pour l'échafaud peu de temps après.
Marie-Thérèse est alors totalement isolée, coupée du monde. "On m'aurait donné un monstre à cette époque, je l'aurais aimé". La chute de Robespierre améliore ses conditions de détention, on lui donne même une dame de compagnie (qui deviendra une grande amie) et c'est elle qui annonce à la jeune femme que sa mère et sa tante ont été guillotinées, elle l'ignorait jusqu'alors.
En 1795, Marie-Thérèse est échangée contre des prisonniers français et rejoint ce qui reste de sa famille, ses oncles et cousins, à l'étranger. Auprès des royalistes, elle devient un symbole, une icône. On disait pourtant qu'elle avait hérité "la brusquerie de Louis XVI sans la bonhommie et la fierté de Marie-Antoinette sans la grâce"... Pendant près de 20 ans, d'exils en intrigues, Marie-Thérèse va se battre politiquement pour la cause monarchique, avec une telle énergie et une telle détermination que Napoléon dira d'elle : "C'est le seul homme de la famille".
Lorsque Louis XVIII, son oncle, revient en France suite à l'effondrement de l'empire napoléonien, la princesse fait office de Première Dame (on l'a mariée à un cousin, le duc d'Angoulême, mais leur mariage restera stérile). La Révolution de 1830 la force à prendre le chemin de l'exil, encore une fois. C'est à l'étranger, en Autriche, qu'elle meurt de pneumonie à 73 ans.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeDim 13 Déc - 9:59

Le bal des métamorphoses

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Joseph11

(Image : femulate.org)

Il semble bien avoir été initié par Elizabeth Ière, impératrice de Russie, fille de Pierre le Grand. L'évènement sera surtout rattaché à celle qui lui succède, Catherine II, "impératrice de toutes les Russies".

Catherine II était une forte femme (dans tous les sens du terme), née allemande, envoyée en Russie pour épouser le neveu et héritier d'Elizabeth Ière. A son arrivée, elle parle à peine russe, se nomme Sophie et devient Catherine lors de sa conversion à l'orthodoxie. Intelligente, volontaire, voire impitoyable, elle se débarrassera rapidement de son mari fantoche pour régner seule sur la Russie pendant plusieurs décennies.

Femme libre, forte, volontaire, croqueuse d'hommes, Catherine reprend à son compte le fameux bal des métamorphoses. De quoi s'agit-il ?
Afin de montrer que le pouvoir ne dépend pas du genre et afin de rabattre le caquet de certains grands seigneurs (qui contestaient son autorité parce qu'elle était femme), l'impératrice donnait chaque mardi un bal où les femmes devaient s'habiller en homme et les hommes en femme. La souveraine montrait elle-même l'exemple, apparaissant en uniforme, en marin, en cavalier...
Princes et seigneurs jouaient complètement le jeu. Beaucoup au départ avaient pensé prendre simplement les habits de leurs épouses mais la taille et les mesures n'allaient pas. Ils se firent alors confectionner des robes et parures sur mesure, sans oublier maquillage, bijoux et coiffures. L'inversion des rôles ne s'arrêtait pas au vêtement : les hommes adoptaient le comportement des femmes et vice-versa. Les femmes habillées en homme invitaient les hommes habillés en femme à danser et, au cours de la danse, les hommes adoptaient la gestuelle des danseuses et les femmes celle des danseurs.
Comme l'impératrice, les dames appréciaient énormément la liberté offerte par le vêtement masculin et riaient de voir généraux, maris, frères et fils, empêtrés et gênés dans leurs lourdes et imposantes toilettes de bal...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeDim 3 Juil - 12:00

L'extraordinaire destin de Marie Petit

Hollywood n'aurait pas osé... Mais la réalité dépasse souvent la fiction.
Voici donc l'histoire extraordinaire mais véridique de Marie Petit.

Les années 1700, en France. Marie Petit, surnommée "La Brelandière", tient une maison à Paris mais une maison qui tient plus du tripot qu'autre chose. Ce qui n'empêche pas l'endroit d'être parfois fréquenté par des gens de qualité venus s'encanailler et s'amuser. Un soir, elle y reçoit un riche monsieur Fabre qui lui plaît au point qu'elle décide de le garder pour elle dans son lit. Ces deux-là se plaisent et finissent même par tomber amoureux, à tel point qu'ils se désolent lorsque Fabre apprend qu'il doit partir, missionné par le roi en personne pour une mission commerciale et diplomatique en Perse. L’expédition prend alors la route avec toute une suite dont le secrétaire de Fabre... qui n’est autre que Marie, déguisée ! Fou d'elle, son amant a donc décidé de l'emmener et l'on imagine le bouleversement causé dans la vie de la petite brelandière qui n'avait jamais été plus loin que Paris... Mais le climat et les paysages brûlants traversés pendant trois mois pour rejoindre Ispahan furent trop difficiles à supporter pour Fabre qui, exténué, mourut le 15 août 1706, à la frontière de la Perse, non sans avoir confié à Marie ses lettres d’accréditation, lui faisant promettre de mener à bien leur mission. Marie, bien que très marquée par la mort de son amant, décida de tenir sa promesse et, avec tout l'aplomb d'une maîtresse-femme, elle prît la tête de la caravane en direction de Trébizonde.

Pendant ce temps, Versailles apprenait la mort de Fabre et un certain Michel, conseiller d'ambassade à Constantinople, fût désigné en urgence pour le remplacer et boucla donc ses malles pour Ispahan. Arrivé là, il tomba sur notre petite brelandière qui, entretemps, avait fait la conquête de la cour du Shah... Son charme, son audace et son aplomb, sa personnalité atypique l'avaient imposé à la cour où on la surnommait désormais "la princesse franque". Le Shah lui-même, amateur d'exotisme, ne résista pas et logea Marie dans un somptueux palais, la couvrant de présents (il fût peut-être son amant également). Encore plus fort : il était prêt à signer l'accord demandé, mission originelle du défunt Fabre.
On imagine la stupéfaction du fameux Michel qui débarque enfin, exténué, poudreux et brûlé de soleil pour voir toutes les portes se fermer devant lui et les dignitaires perses lui rétorquer : " Nous nous en remettons à Madame Petit "... Furieux, il se réfugia dans un collège jésuite et, aidé par ces derniers, protesta, vitupéra, dénonçant cette femme de rien, cette "putain", déguisée en homme et osant parler au nom du roi de France. Le Shah fût donc obligé de le recevoir tandis qu'à Versailles, les ministres n'en croyaient pas ce qu'ils lisaient dans les rapports envoyés d'Ispahan... L'ambassade fût finalement un succès, le traité signé mais selon les dispositions prévues et négociées par Marie, fidèle à sa promesse. Furieux, Michel dût se contenter d'apposer sa signature.

Notre brelandière, comblée, aurait pu rester mais la nostalgie la taraudait, elle se sentait isolée, très seule dans ce pays lointain, trop lointain. Marie décida donc, au bout de cinq ans quand-même, de rentrer. Ses hôtes, très tristes de la voir partir, la comblèrent d'or et de bijoux et lui fournirent le moyen de quitter le pays en toute sécurité.
Mais une sale surprise attendait la brelandière à son retour... Michel, qui n'avait rien oublié, fît courir le bruit que la jeune femme avait détourné à son profit les présents prévus dans la caravane d'origine pour le Shah. Soutenu par les jésuites, il tenait sa vengeance : qu'attendre d'autre d'une "catin", d'une fille de rien, osant se travestir en homme et vendant sans doute ses charmes ? Débarquée à Marseille, notre pauvre brelandière fût donc accueillie par la police du roi et enfermée au Refuge des Dames de Saint-Vincent. Elle y restera en cellule... deux ans !

Dans l'intervalle, on se rendît compte que le fameux Michel, de son côté, détournait des fonds et menait grande vie, pourri jusqu'au trognon. Dans le même temps, les Perses, informés du traitement infligé à leur "princesse franque", protestèrent avec colère. Louis XIV céda, envoya Michel se faire voir ailleurs et fît libérer la jeune femme, lui restitua ses joyaux et sa fortune, avec 12 000 livres de dédommagement, pris sur ses fonds personnels.
Séduit par cette personnalité hors du commun, le Roi-Soleil lui confia même une autre mission, en Pologne cette fois. Tout ceci avant que notre brave aventurière, fatiguée, rassasiée d'aventures, ne se retire définitivement dans une retraite confortable pour mieux ressasser ses fantastiques souvenirs...

Une vie qui, pour être absente des livres d'histoire, n'en reste pas moins incroyable.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeJeu 14 Juil - 8:45

On a là bien des ingrédients pour un roman d'aventures divertissant et dépaysant. J'aime bien ces petites histoires dans la grande Histoire.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeJeu 14 Juil - 9:07

Je crois qu'il y a même un roman ou une biographie qui existe sur ce personnage inattendu, faudra que je regarde.

Oui, c'est intéressant de découvrir ce genre de personnage, souvent absent de la "grande "Histoire. Quelle vie quand-même ! Surtout à une époque où, en général, si tu vivais à la campagne, tu ne connaissais guère que ton village, les localités voisines et vaguement ta région et, si tu vivais en ville, tu ne connaissais que ton quartier et deux ou trois endroits. Pour la petite tenancière de Paris, se retrouver en Perse (Iran actuel)...

Il y a beaucoup d'autres personnages de ce genre, comme Pauline Fourès, une des premières maîtresses de Bonaparte : elle l'accompagna en Egypte où elle fût sa maîtresse, presque sa compagne et, si à ce moment-là, elle lui avait donné un fils, elle aurait peut-être été impératrice... Il la laissa plus ou moins tomber une fois revenu en France et devenu empereur mais elle réussît à rebondir et devînt marchande de bois précieux, affrétant des navires et allant elle-même chercher des essences précieuses et exotiques en Amérique avant de se retirer, fortune faîte, dans un château à la campagne...
Je vais faire un petit sujet sur elle, elle le mérite.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeJeu 3 Nov - 21:47

Le lever du roi et de la reine

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Marie_11

marie-antoinette-antoinetthologie.com

Elaboré par Louis XIV comme une pièce de théâtre destinée à sacraliser sa personne, c'est l'un des points forts de la journée du couple royal, réglé comme du papier à musique. Louis XV et Louis XVI l'ont simplifié au cours de leur règne mais en ont gardé l'essentiel. Voyons le lever de Louis XVI.

Louis XVI est un matinal, il se lève tôt, vers 07h00, encore plus tôt quand il va chasser. La veille au soir, il a fait savoir à son premier valet de chambre à quelle heure il souhaitait être réveillé le lendemain. Une heure avant l'heure prévue, le premier valet, qui dort sur un lit de camp au pied du lit royal, se lève et, discrètement, passe dans l'antichambre pour s'habiller et réveiller les garçons de chambre qui y dorment. Ces derniers se préparent à leur tour. Si on est en hiver, le premier valet de chambre fait du feu dans la cheminée. A l'heure prévue, tout ce petit monde regagne la chambre, le premier valet de chambre tire les rideaux de la fenêtre puis du lit et réveille le roi si ce dernier dort encore : "Sire, voilà l'heure". Louis XVI se lève, on lui donne robe de chambre et pantoufles et il passe dans sa "garde-robe", à la fois toilettes et salle de bains où se trouve la "chaise d'aisance". Pendant ce temps, on enlève le lit du premier valet de chambre, on ouvre les fenêtres, on aère. Après une rapide toilette (le souverain se fait en général raser un jour sur deux), le roi dévore son petit-déjeuner et s'habille. Le voilà alors rejoignant les toits et combles du château où il aime à se promener. Un dédale de couloirs étroits, de pièces mansardées, coupé par les tuyaux des cheminées, dédale qui devait réjouir son instinct de chasseur. Louis XVI court après les chats dans les gouttières, se promène sur les toits, profitant du grand air. Il lui arrive de s'asseoir et de regarder à la lorgnette les carrosses qui arrivent au château, transportant les grands seigneurs qui viennent assister à son lever officiel. Il lui arrive également de passer un moment dans son atelier de serrurerie ou sa forge, en compagnie de son assistant, le fameux serrurier Gamin (c'est son nom).

Mais voilà, il est l'heure du fameux Lever. Alors qu'il est debout depuis environ trois heures, Louis XVI se déshabille et se recouche dans la grande chambre de parade de Louis XIV, au centre exact du château. Dans l'antichambre, les musiciens se mettent en place tandis que se rassemblent et bavardent les seigneurs invités à la cérémonie, jusqu'à une centaine de personnes les grands jours. Les musiciens jouent, les portes s'ouvrent, l'huissier clame : "La garde-robe Messieurs !"
Les seigneurs autorisés entrent et viennent tour à tour s'incliner devant le roi qui se lève. Puis c'est l'habillement, soigneusement réglé, qui commence. Chaque seigneur va apporter un des vêtements, culotte, bas, habit, gilet, souliers... On passe sa perruque au roi, on lui donne son épée, son chapeau... Il est temps de recevoir maintenant les "grandes entrées", souvent des ambassadeurs étrangers, des gens de qualité que l'on vient présenter au roi, des familiers... Le souverain est prêt, il est temps de rejoindre la reine à la chapelle du château pour la messe. Tous s'inclinent sur le passage du roi et lui emboîtent le pas.

La reine ? Marie-Antoinette subit elle aussi ce protocole théâtral chaque matin. Eveillée par sa première femme de chambre de la même manière que le roi, elle prend son petit-déjeuner en public, en présence des "petites entrées" : ses femmes, les valets du roi, son premier chirurgien, son premier médecin, son premier aumônier, son confesseur... Pour son bain, il s'agit d'un gros "sabot" que l'on roule dans sa chambre, seul moment où elle est à peu près tranquille. Marie-Antoinette se fait ensuite coiffer et farder devant sa table de toilette tandis que les "grandes entrées" (les grands seigneurs), debout, la regardent. A tour de rôle, chacun vient s'incliner et saluer la souveraine qui répond d'un hochement de tête, d'un sourire. L'habillement, uniquement en présence des femmes, est parfaitement réglé : chacune de ces dames passe une partie de la toilette choisie la veille par la reine. Pour cela, on lui a présenté un petit nuancier avec sur chaque page, un morceau d'étoffe correspondant à une robe et sa Majesté a piqué d'une épingle celle qu'elle a choisi pour le lendemain. Chaque dame passe qui les bas, qui le jupon, qui la chemise, qui la robe avec révérence au début et révérence à la fin... Enfin coiffée, maquillée, habillée, Marie-Antoinette quitte ses appartements, suivie par tout son service et ses dames d'honneur, une vingtaine de personnes. Elle rejoint enfin le roi.

Si ce dernier a passé la nuit avec sa femme (c'est toujours lui qui la rejoint dans sa chambre à elle, comme l'impose la règle), les femmes de chambre de la reine ouvrent les portes aux valets de chambre du roi qui entrent, éveillent le souverain, lui présentent ses pantoufles et sa robe de chambre. Louis XVI se retire alors discrètement pour ne pas réveiller sa femme et regagne sa propre chambre, suivi par un page qui porte son épée.

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 1111_o10

18thcenturyblog.johannaost.com

Réuni, le couple royal suit alors, très lentement, un parcours rituel et immuable : on traverse le salon de la Paix, la galerie des glaces où se massent dames et seigneurs en une double haie, les salons de la Guerre, d'Apollon, de Mercure, de Mars, de Diane, de Vénus, les salons de l'Abondance et d'Hercule. Louis XVI parle peu et avance d'un pas lourd, en se dandinant. Marie-Antoinette sourit, bavarde un instant avec des gens qu'elle connaît ou apprécie (un grand honneur pour l'heureux(se) concerné(e)).

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Jeffer10

cranbrookfilmsociety.org

Les dames suivent, en grande toilette. Pour ne pas glisser sur les parquets soigneusement cirés chaque jour, tout ce petit monde avance simplement le pied sans lever le talon. Le couple royal arrive enfin à la chapelle du château, tout le monde prend place, les dames rejetant sur le côté de leur robe leur lourde traîne. Des valets apportent aussitôt de grands sacs de velours rouge à crépine d'or qui contiennent les livres de messe. Heureusement, Louis XVI a perdu progressivement l'habitude qu'il avait autrefois d'accompagner les chants sacrés d'une voix aussi fausse que retentissante... L'office célébré, le couple royal est raccompagné à ses appartements avec le même cérémonial et en sens inverse avant de se retrouver pour le déjeuner en public, nommé "le grand couvert".

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Marie-10

historicalhistrionics.wordpress.com

Marie-Antoinette est assise à la gauche de son mari, tous deux dans des fauteuils de brocart à haut dossier, dos à la cheminée, tandis que jouent les musiciens du roi. Le public ? Grands seigneurs et grandes dames (seules autorisées à s'asseoir, sur des tabourets) passants, n'importe qui... Versailles est ouvert à tout le monde, il suffit d'être correctement habillé, on peut louer un chapeau et une épée à l'entrée... Louis XIV l'a voulu ainsi autrefois : chacun, chacune doit pouvoir venir admirer le théâtre de la monarchie absolue en son château. On vient le dimanche voir passer ou manger les souverains comme on va au spectacle. Le roi dévore, prend une large portion de tout ce qui lui est servi. Marie-Antoinette ne mange rien, elle déteste par-dessus tout ces repas en public qui lui coupent l'appétit. La reine garde ses gants, ne déplie même pas sa serviette. Impassible, elle ne fait qu'assister au défilé des plats, elle se nourrira après, en privé, dans ses appartements (un peu de viande blanche, des légumes et de l'eau comme unique boisson). Quand la souveraine n'en peut plus, elle fait accélérer le service. Pour tromper le temps, elle s'amuse également à lancer des boulettes de mie de pain à son mari qui dévore toujours. Il est si occupé à manger qu'il ne voit même pas les spectateurs qui, au bout d'un quart-d'heure, se précipitent à l'autre bout du château pour voir manger, de la même manière, les frères et la soeur du roi. Bien sûr, étant donnée la distance entre les cuisines et la salle des repas, tous les plats arrivent froids sur la table royale, raison pour laquelle Louis XV avait fait installer des réchauds à proximité. Environ 50 plats à chaque repas défilent pour ces deux personnes dont l'une ne mange rien... Mais rien ne se perd à Versailles : le repas terminé, le personnel se sert et n'hésite pas à revendre les restes. Il n'est pas rare de voir plus tard dans la journée un seigneur, épée au côté, racheter aux valets les restes du royal repas, c'est dans les habitudes.

Bien sûr, tout cela, assister au lever, tendre un objet au roi, être présenté à la reine, les accompagner à la promenade, est question de rang et reste un grand privilège. On peut également acheter certaines de ces charges, certains de ces honneurs.
Le roi et la reine, le repas terminé, ont enfin leur journée devant eux.
Avant le coucher, qui obéira lui aussi à tout un protocole soigneusement codifié et immuable...


Dernière édition par Voyageur Solitaire le Jeu 3 Nov - 22:08, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeJeu 3 Nov - 22:01

Pas pour moi. L'idée du valet qui dort au pied du lit, non merci. Et puis bon, impossible maintenant de me retirer de la tête l'image du roi Mel Brooks de la folle histoire du monde. It's good to be the king.
Par ailleurs, j'ai vu qu'il y avait de la pub pour une série consacrée à Marie Antoinette...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeJeu 3 Nov - 22:10

Le peu que j'en ai vu m'a convaincu de passer mon tour...
Les dernières séries historiques deviennent du n'importe quoi. Pour celle-ci, rien que le casting annonce la couleur : on te sort une actrice type mannequin tout juste échappée d'un magazine de mode, avec des costumes sortis du même moule. Aucun souci de ressemblance, c'est pas le but de toute façon. Pour Marie-Antoinette, le film de Sofia Coppola est malheureusement passé par là...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeVen 4 Nov - 15:19

La vie de Marie-Antoinette au petit Trianon

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Triano11

Par rapport au message précédent, on peut comprendre pourquoi la reine préférait vivre au petit Trianon et dans son domaine du Hameau.

C'est en 1774 que Louis XVI lui offre ce petit château, à 10 minutes à pied à peine de celui de Versailles. Marie-Antoinette y est chez elle, les ordres y sont donnés "de par la reine". Atteinte de la rougeole, la souveraine est obligée de s'isoler, elle s'installe donc dans son petit château le temps de se rétablir et réalise alors que l'endroit peut être un lieu de vie. A partir de ce moment, elle prend l'habitude d'y passer des mois entiers, principalement pendant l'été.

Au petit Trianon, la reine est seule, le personnel réduit au strict minimum.
Sa chambre est une petite pièce à l'étage, lumineuse, à dominante de blanc, loin des fastes versaillais :

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 18010

lestresorsdeversailles.wordpress.com

Le matin, elle s'habille rapidement avec l'aide d'une seule femme de chambre. Elle part ensuite se promener, seule, et passe la matinée à inspecter son domaine, questionnant Bonnefoy du Plan, son intendant. Plus tard, elle prend l'habitude de s'y promener avec ses enfants, sans pages, sans dames d'honneur, sans personne. Excellente cavalière comme sa mère, il lui arrive également d'aller faire une promenade à cheval. Ses invité(e)s arrivent vers 13h00 pour le déjeuner, passent l'après-midi avec elle et rentrent au château le soir après souper. Si Louis XVI vient parfois passer un moment, il n'a jamais dormi ici, bien qu'une chambre ait été aménagée pour lui. C'est sa jeune soeur, Elisabeth, qui l'occupe.

"Ici, je ne suis plus reine, je suis moi" disait Marie-Antoinette. Il lui arrivait également de dire : "Ici, je ne suis plus reine, je ne suis plus moi, je ne suis plus rien".
Le temps des fêtes, des frasques, des folies, est passé. "Venez en tenue de campagne, simple, sans prétention" demande-t-elle à ses invité(e)s. Quand la reine rentre dans le salon, personne ne se lève, les hommes continuent leur partie de billard ou de cartes, les femmes continuent à bavarder, le clavecin ne s'arrête pas. On se promène, on bavarde, on joue, on fait du canot sur l'étang. Le soir venu, on s'installe sur les marches du temple de l'Amour pour regarder tomber la nuit. "On se croit à mille lieues de la cour" témoigne le prince de Ligne. Quand Marie-Antoinette devient mère, elle passe beaucoup de temps seule avec ses enfants. Il y a plusieurs témoignages de promeneurs surpris qui, au détour d'une allée, tombent sur la reine se promenant en tenant ses enfants par la main.

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Triano12

maria-antonia.forumactif.com

Une attitude qui fait scandale.
A l'époque, il est en effet scandaleux, impensable, que la reine dorme et vive seule, sans son mari, sous un autre toit que celui de ce dernier. La coutume veut également que la reine ne possède rien en propre. Or, Trianon est bien à elle, ses initiales sont partout, les domestiques portent sa livrée et n'entrent que ceux qu'elle a choisi. Même le roi prévient à l'avance quand il vient la voir.
Une reine de France doit avoir une existence publique, s'offrir à la vue de son peuple, participer au cérémonial royal, elle ne peut pas avoir d'existence autonome, sans le roi son mari. Elle n'a pas à s'occuper de ses enfants, il y a les nourrices et les gouvernantes pour ça. Elle doit s'habiller avec luxe et recherche, pas comme une simple particulière. Elle ne doit pas sortir et se promener sans être accompagnée de ses dames d'honneur.
Pour l'opinion publique, si la reine veut être seule, c'est qu'elle a quelque chose à cacher. En menant sa vie à sa guise, loin des regards, Marie-Antoinette suscite les rumeurs les plus folles : on l'accuse de donner des orgies dans son petit château, d'y recevoir ses amants, d'avoir des choses à cacher. Dans son petit domaine, la reine est libre de faire ce qu'elle veut. Et donc, de mal faire. On sait qu'après la naissance de son quatrième enfant, elle et Louis XVI se sont mis d'accord pour ne plus avoir de relations conjugales (aucun des deux n'était porté sur le sujet, il faut bien l'admettre...). Les rumeurs redoublent, la reine est libre, trop libre.

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Triano14

chateauversailles.fr

Marie-Antoinette n'a sans doute jamais rien fait de mal au petit Trianon. Elle n'a sans doute jamais reçu un amant dans sa chambre mais parce qu'elle s'est donnée les moyens d'en recevoir un si elle voulait, on l'accusa de tous les vices. Détestant Versailles et son cérémonial étouffant, nostalgique de la vie simple qu'elle menait en Autriche dans son enfance, elle a simplement voulu y vivre en particulière, d'abord seule puis avec ses enfants et ses intimes.

Marie-Antoinette paiera très cher le fait d'avoir voulu être la reine de Trianon plutôt que d'être la reine de France...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeSam 3 Déc - 13:56

La reine va accoucher !

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Marie-11

nationalclothing.org

Nous avons vu plus haut qu'une majeure partie de la vie des souverains, à Versailles, se passait en public. Le château était ouvert à tous les vents et on venait le dimanche voir manger le couple royal ou le voir passer dans les jardins. Il suffisait d'être correctement habillé et on pouvait louer épée et chapeau à l'entrée.
Un autre évènement était public : l'accouchement des reines.

La raison était double :
- Sur un plan pratique, il s'agissait de s'assurer qu'il n'y aurait pas de substitution de l'enfant par un autre, surtout s'il s'agissait d'un garçon. On craignait qu'un possible héritier soit remplacé par une fille.
- Socialement, c'était une reconnaissance officielle pour l'enfant de naître en présence de la cour et des hauts dignitaires. Cette naissance publique affirmait sa légitimité.
Signalons que cet usage n'était pas que versaillais. A Istanbul, le grand eunuque noir (gardien du harem) et la Kiaya (intendante du harem) assistaient à la naissance, pour s'assurer qu'il n'y ait pas substitution de l'enfant. Et aussi pour protéger ce dernier, l'infanticide par une rivale étant toujours chose possible au harem. Par contre, contrairement au roi de France, le sultan n'y assistait pas, les portes du harem lui étaient interdites pendant l'accouchement.

Le premier accouchement de Marie-Antoinette, bien commenté par les contemporains, donne une idée de l'ambiance. Alors que grands seigneurs et grandes dames attendaient dans l'antichambre, la reine peinait sur un lit bas, entourée de ses dames, des gens de sa maison et de celle du roi plus les membres de la famille, ce qui faisait déjà pas mal de monde...
- La reine va accoucher !
Sitôt la formule rituelle lancée, ce fût la ruée dans la chambre, on se bouscula et, selon Mme Campan, femme de chambre de Marie-Antoinette, deux savoyards montèrent même sur une commode pour voir mieux à leur aise. D'autres témoins écrivirent "qu'on se serait cru sur une place publique". La pauvre reine était simplement entourée de paravents que Louis XVI avait fait attacher par des cordons. Sans cela, ils seraient certainement tombés sur la malheureuse souveraine. L'enfant ne cria pas tout de suite et la reine, un instant, le crût mort-né. L'atmosphère était étouffante, l'air vicié : Marie-Antoinette, stressée, exténuée, eût une convulsion et tomba inconsciente.
- La reine est inconsciente !
Aussitôt, ce fût la confusion. Les dames de la souveraine repoussèrent la foule tant bien que mal pour faire de l'air. Louis XVI en personne bouscula tout le monde et alla ouvrir les fenêtres pour aérer. La reine était toujours inconsciente, on ordonna une saignée au pied. L'eau chaude n'arrivant pas, le chirurgien saigna à sec. Le sang jaillit avec force, Marie-Antoinette revînt à elle. On lui apporta alors sa fille.

"Pauvre petite, vous n'étiez pas ce que l'on attendait. Mais vous n'en serez pas moins chère à mon cœur. Un garçon eût appartenu plus particulièrement à l'état mais vous ma chérie, serez entièrement mienne. Vous partagerez mes bonheurs et adoucirez mes peines". Tels furent les mots de la reine à sa petite fille. Une petite fille, Marie-Thérèse, qui sera la seule survivante des enfants royaux et survivra à la Révolution pour mourir en 1851. Napoléon lui-même, admirant son courage et son caractère, dira d'elle : "C'est le seul homme de cette famille".
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeDim 4 Déc - 9:57

Le père Joseph : l'éminence grise

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Franzo10

bibliothèque en ligne Gallica

Son surnom est resté pour devenir un nom commun : éminence grise. Un conseiller occulte, un homme de l'ombre qui influence ou conseille un puissant.
Connu sous le nom de Père Joseph, il se nommait François Leclerc du Tremblay et était né à Paris en 1577. Il est entré dans l'Histoire en étant le conseiller du cardinal de Richelieu.

Comme Richelieu, il a d'abord commencé sa carrière dans l'armée. Il avait reçu une éducation très soignée, n'hésitant pas à converser avec ses proches en latin et en grec uniquement. C'est en 1599 qu'il entre en religion, chez les Capucins pour devenir Père Joseph. De santé fragile, ayant les yeux faibles, il devient lecteur de philosophie puis prédicateur, ses sermons attirant les foules. Pendant un moment, il parvient même à convaincre le Pape de l'époque d'envisager une nouvelle Croisade, projet qui finit par avorter. C'est dire si notre homme, austère et secret, a de l'influence et du charisme.

La rencontre

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 800px-78

Familier des grands de ce monde, c'est vers 1612 qu'il rencontre Richelieu. Se noue alors entre les deux hommes une forte amitié, teintée de complicité et de respect mutuel. Le père Joseph, travailleur, discret, apportait en plus à Richelieu un vaste réseau de renseignements, connaissant beaucoup de monde, entretenant une correspondance suivie avec de nombreux membres de son ordre à travers tout le royaume et au-delà. Dans l'ombre du cardinal, le religieux conseille, suggère, influence, jusqu'à être artisan majeur de certains traités. A la cour, on s'incline sur son passage, comme l'a imaginé le peintre Jean Léon Gérôme :

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Gzorzm10

Il était surnommé "l'éminence grise" en raison de la couleur de sa robe de capucin et bien qu'il ne fût jamais cardinal. On l'opposait ainsi à son maître, Richelieu étant surnommé "l'éminence rouge". Par la suite, il fût souvent noirci par ses détracteurs, transformé en homme de l'ombre, intrigant et manipulateur, qui aurait manipulé Richelieu ou lui aurait servi de valet des basses œuvres. On sait que le redoutable cardinal n'était pas du genre à se laisser manipuler par quiconque. Mais lui et son ami partageaient des vues semblables : rabattre les grands seigneurs pour affirmer l'autorité royale, l'autorité de l'état. Ce qui déplaisait à beaucoup...

Au printemps 1638, une attaque cérébrale le terrasse. Une seconde, à la fin de l'année, l'emporte dans la tombe. Richelieu le pleure amèrement : "Je perds ma consolation et mon unique secours, mon confident et mon appui".
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeMer 21 Déc - 16:41

La pantoufle de Cendrillon

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 R13

ourddayin2013.wordpress.com

La fameuse pantoufle de verre...
Qui, on l'a tous appris un jour, était en fait une pantoufle de vair, ce dernier étant une fourrure comparable à celle de l'écureuil. Disney se serait planté, confondant verre et vair phonétiquement et affublant donc notre Cendrillon de pantoufles de verre.

Seulement voilà : on a découvert que dans la plus ancienne version du conte, Charles Perrault, par ailleurs grand connaisseur de la langue française, a bien écrit "verre". De plus, des spécialistes et historiens ont établi que le vair n'était pas utilisé pour la confection des vêtements et chaussures autrefois. Encore mieux : dans des contes catalans, écossais ou encore irlandais, on retrouve bien, sans ambiguïté possible, des souliers de verre.
A l'époque, le verre est un matériau encore rare, cher et précieux. Il symbolise la richesse, la finesse, la pureté. C'est sans doute la raison pour laquelle Perrault en a chaussé sa Cendrillon et peu importe l'aspect pratique (essayez de danser ou simplement marcher avec des chaussures en verre), c'est un conte. C'était également pour lui l'occasion de souligner la finesse, la légèreté de son héroïne, capable de chausser une chaussure de verre sans la briser.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeMer 21 Déc - 19:18

Voyageur Solitaire a écrit:

La fameuse pantoufle de verre...
Qui, on l'a tous appris un jour, était en fait une pantoufle de vair, ce dernier étant une fourrure comparable à celle de l'écureuil. Disney se serait planté, confondant verre et vair phonétiquement et affublant donc notre Cendrillon de pantoufles de verre.

Seulement voilà : on a découvert que dans la plus ancienne version du conte, Charles Perrault, par ailleurs grand connaisseur de la langue française, a bien écrit "verre". De plus, des spécialistes et historiens ont établi que le vair n'était pas utilisé pour la confection des vêtements et chaussures autrefois. Encore mieux : dans des contes catalans, écossais ou encore irlandais, on retrouve bien, sans ambiguïté possible, des souliers de verre.
A l'époque, le verre est un matériau encore rare, cher et précieux. Il symbolise la richesse, la finesse, la pureté. C'est sans doute la raison pour laquelle Perrault en a chaussé sa Cendrillon et peu importe l'aspect pratique (essayez de danser ou simplement marcher avec des chaussures en verre), c'est un conte. C'était également pour lui l'occasion de souligner la finesse, la légèreté de son héroïne, capable de chausser une chaussure de verre sans la briser.

On raconte que c'est Balzac qui lança la polémique au sujet de vair/verre. D'après la légende, Charles Perrault ne fit que mettre par écrit des contes que lui dictait son fils et il se serait trompé dans l'orthographe de vair quand il entendit «vèr». Bien entendu, personne de sérieux ne croit que le fils de Charles Perrault est le véritable auteur des contes.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeMer 21 Déc - 19:25

Oui, j'ai d'ailleurs découvert qu'il existerait plusieurs versions de l'histoire de Cendrillon. Charles Perrault aurait "compilé" en une seule histoire ces versions, sous le titre de Cendrillon et la pantoufle de verre. Le mot "pantoufle" fait débat également puisque ce sont des chaussures d'intérieur alors que dans le conte, on parle de chaussures portées par Cendrillon pour danser à un bal. Ce qui ne correspond donc pas vraiment avec une tenue de bal et une soirée élégante... Du coup, certains traducteurs parlent d'une chaussure de verre.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeVen 31 Mar - 11:42

Vivre à Versailles, un rêve ?

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Chatea12

unjourdeplusaparis.com

Pas vraiment...
Si le lieu est magnifique, les commodités les plus élémentaires y manquaient.

Tout d'abord, le château était en perpétuels travaux, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. Un chantier permanent qui durera jusqu'à la Révolution. De nouveaux ajouts, de nouvelles constructions, sans oublier la rénovation de ce qui existait déjà : dans les années 1780, Louis XVI demanda un devis et, épouvanté par l'importance des sommes prévues et la longueur des travaux (10 ans !), il y renonça.

Il ne faut pas croire que les courtisans logeaient tous dans un appartement. Ces derniers étaient réservés à la famille royale et aux très grands dignitaires. Les courtisans eux, s'entassaient dans de petites chambres mansardées, souvent sous les toits, et dépourvues du moindre confort. Pas de cheminée (donc pas de chauffage), pas d'eau courante bien sûr et chacun devait subvenir à ses besoins. On sollicitait donc les innombrables porteurs d'eau, blanchisseuses, lingères et autres qui travaillaient au château et les domestiques couraient toute la journée afin d'obtenir de l'eau, du linge, du bois, des bougies, pour leurs maîtres. A chacun de se débrouiller pour se chauffer, se laver, se nourrir... La Galerie des Glaces était glaciale l'hiver, de même que de nombreuses pièces et les courtisans se gelaient dans leurs petites chambres sans cheminées. Quant aux rares cheminées, elles tiraient affreusement mal et répandaient plus de fumée que de chaleur... Certains témoignages parlent d'une fine couche de suie noirâtre sur les murs qui persistait jusqu'au mois d'août !
Si le château était glacial l'hiver, il était étouffant l'été. Louis XVI prît l'habitude de faire tendre devant ses fenêtres de grande toiles qu'on arrosait d'eau au moyen de pompes pour faire tomber la chaleur dans les pièces.

Les toilettes ? Inexistantes ou quasiment.
On "faisait" sous les escaliers ou derrière les tentures ou encore dans le jardin. La princesse Palatine, belle-sœur de Louis XIV, écrivit à une amie avec sa franchise habituelle que "le palais puait la pisse à n'en plus tenir" et "qu'ils font des étrons gros comme vous Madame". On vide allègrement les pots de chambre par les fenêtres. Lorsque Marie-Antoinette ouvrait les siennes, la puanteur venue du dehors lui tournait la tête.

Se nourrir ?
Les cuisines ne servaient que pour la famille royale. Les courtisans devaient faire appel à des traiteurs qui apportaient alors leur commande au château ou devaient manger à l'extérieur, en ville. Une autre solution était également de racheter les restes de la table royale... Les repas royaux étaient considérables (50 plats pour un repas de Louis XVI et Marie-Antoinette) et les domestiques revendaient les restes aux habitants du château qui n'avaient plus qu'à faire réchauffer. Pour la famille royale, vue la distance entre les cuisines et la salle des repas, la nourriture arrivait régulièrement froide sur la table. Le gaspillage était énorme et le petit personnel trafiquait allègrement pour arrondir ses fins de mois.

L'extérieur ?
La grande esplanade était poussiéreuse l'été, boueuse l'hiver.
Les fontaines étaient si nombreuses et imposantes qu'elles ne pouvaient pas fonctionner toutes en même temps. Quant le roi se promenait, des valets le suivaient discrètement et mettaient en route telle ou telle fontaine sur son passage avant de courir à la prochaine, sitôt le roi éloigné.
Versailles étant bâti sur des marécages, les fameux jardins étaient souvent noyés dans une brume épaisse le matin. Mal isolé, le château était humide. Lemonier, un des médecins de Louis XV, déplorait que le château soit "insalubre" et que "les murs y boivent l'eau comme des éponges". Une humidité si forte que le bois entreposé pour les cheminées fumait mais ne brûlait pas.
Le château était ouvert au public, il suffisait d'être correctement habillé et l'on louait même chapeau et épée à l'entrée pour les visiteurs. Les appartements royaux se visitaient (l'anglais Arthur Young raconte sa visite de la chambre de Louis XVI alors que le roi l'avait quitté peu de temps auparavant) et l'on venait regarder le roi, la reine, les membres de la famille royale, manger en public, comme au spectacle. Sécurité inexistante non plus : un jour, Louis XV, rentrant dans ses appartements, y trouva un quidam visiblement perdu. L'homme était venu rendre visite à un parent travaillant au château et, s'étant perdu, était rentré dans les appartements royaux. Le roi, obligeant, le raccompagna à la porte et la garde ne fût pas renforcée pour autant.

Et encore, tout cela ne concernait que ceux et celles qui avaient la "chance" de loger au château car les places étaient limitées. En 1664, lorsque Louis XIV donna plusieurs jours de fêtes somptueuses, la plupart des invités dormirent dans leurs carrosses... Quant à Louis XV, il envoya ses nombreuses filles à l'abbaye de Fontevrault pendant des années, faute d'avoir la place de les loger au château. Devant cet inconfort, certains nobles ne venaient que pour faire leur cour dans la journée et rentraient sur Paris le soir pour regagner leur hôtel particulier. On comprend pourquoi Marie-Antoinette fuyait le château dès qu'elle le pouvait pour vivre au petit Trianon.

Ce qui n'empêchait pas grands seigneurs et grandes dames de quitter leurs vastes châteaux et domaines ancestraux ou leurs confortables hôtels particuliers pour venir s'entasser dans ce château inconfortable et mal équipé, dans ces petites chambres sombres sous les toits, tant l'ascendant exercé par le roi-soleil était fort. On se battait pour loger au château afin de voir le roi passer, manger, se promener, afin d'être près de lui, d'obtenir un mot, un regard de lui.
Un duc ne s'était-il pas écrié, la main sur le cœur, parlant de Louis XIV : "J'aime mieux mourir que de rester deux ou trois mois sans voir le roi !". Saint-Simon, lui, écrivait : "Sans la crainte du diable, Louis XIV se serait fait adorer et aurait trouvé des adorateurs". Un membre du Parlement de Paris n'avait pas hésité à lancer au jeune Louis XIV : "Sire, le trône de votre Majesté nous représente le trône de Dieu vivant !".
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeMar 4 Avr - 18:27

L'affaire des poisons

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442 personnes inculpées, 104 jugements prononcés dont 36 condamnations à mort, 5 condamnations aux galères à perpétuité et 23 bannissements... De 1679 à 1682, ce qui est resté dans l'Histoire comme "l'affaire des poisons" secoue la cour et le règne de Louis XIV.

Au début de l'affaire, la marquise de Brinvilliers, qui a un lourd passé : orpheline de mère, violée à sept ans, relations incestueuses avec ses frères...

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Portra17

communes.com

Elle n'en reçoit pas moins une éducation soignée, comme en témoignent ses lettres et épouse le marquis de Brinvilliers en 1651. Elle devient alors la maîtresse d'un officier passionné d'alchimie et mène avec lui grand train, dans l'indifférence du mari. Mais le père de la marquise veille et fait embastiller l'amant qui, au cours de sa captivité à la Bastille, se lie d'amitié avec un autre prisonnier, un empoisonneur italien, qui lui révèle les secrets de son "art".
Libéré, notre homme retrouve sa maîtresse et lui enseigne à son tour l'art de supprimer son prochain. La belle marquise apprend vite puisqu'après s'être entraînée sur des domestiques, elle empoisonne son père, ses deux frères et sa sœur... La voici seule héritière, les médecins ayant conclu à chaque fois à une mort naturelle. Le mari, prudent après ses morts successives, laisse là sa femme et se retire sur ses terres.

Mais notre officier, qui se nomme Sainte-Croix, décide de faire chanter sa maîtresse, conservant des documents compromettants pour elle dans un coffret. Or, l'officier meurt accidentellement et, lors de l'inventaire de ses biens, on trouve la cassette et les fameuses lettres... La marquise s'enfuit à Londres et se réfugie ensuite aux Pays-Bas, dans un monastère d'où elle est tirée par les hommes de Colbert, principal ministre de Louis XIV. Ramenée en France, soumise à la torture, elle échoue à se suicider pour être finalement décapitée en public, place de Grève, son corps livré au bûcher et ses cendres dispersées dans la Seine. A la cour, on se scandalise et on s'émeut qu'une marquise, en apparence honorable, menant grand train et recevant de nombreuses personnalités dans son salon, ait été une empoisonneuse.

On aurait pu en rester là mais...
Trois ans après l'exécution, Maître Perrin, petit avocat sans clientèle, entendit lors d'un dîner arrosé une certaine Marie Bosse réputée "devineresse et voyante" se vanter d'exercer la même activité que la défunte marquise. Et Marie de parler d'une "collègue" nommée Montvoisin, surnommée "la Voisin", qui lui donnerait un coup de main de temps à autres. Et cette fois, l'affaire monte haut, très haut : arrêtées, interrogées, les deux femmes citent des noms très connus, de grandes dames, de grands seigneurs, ayant recours à leurs services. On parle de rites sataniques, d'enfants égorgés lors de messes noires, d'orgies... Des noms connus sont cités dont celui de Madame de Montespan :

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Or, à cette époque, Madame de Montespan est la maîtresse et favorite de Louis XIV, qui l'aimera pendant des années, faisant d'elle une "presque reine", lui faisant sept enfants dont certains seront légitimés et anoblis. On a fait enfermer son mari (qui ne supportait pas cette liaison) avant de l'exiler sur ses terres et on le forcera même à une séparation officielle. Madame de Montespan règne sur le cœur du roi, sur la cour, on la craint. Mais le temps fait son œuvre... La faveur de la flamboyante maîtresse décline. Elle aurait alors demandé à la Voisin des "philtres d'amour" et aphrodisiaques destinés au roi pour maintenir sa faveur. Des philtres et drogues sans doute mêlés à la nourriture du souverain et ce, pendant des années. Comme on ne prête qu'aux riches, on accuse la Montespan d'avoir fait empoisonner une rivale, Mlle de Fontanges (en fait, cette dernière mourût subitement de mort naturelle mais tout le monde à l'époque pensa qu'il s'agissait d'un empoisonnement).

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Cette fois, l'affaire est grave et Louis XIV a beau faire enquêter discrètement, les rumeurs se répandent. A la cour, on commence à avoir peur... On se méfie, on s'observe, le moindre malaise, le moindre décès, paraît suspect... Un tribunal spécial est créé, "la chambre ardente", la machine judiciaire se met en route, les condamnations pleuvent, la Voisin et Marie Bosse sont condamnées au bûcher. Mais les accusateurs de Madame de Montespan échappent à tout jugement : ils sont transférés en secret dans des forteresses royales pour y être enfermés à vie (certains n'hésiteront pas à faire un lien avec le fameux Masque de Fer). Quant à la fameuse "chambre ardente", elle est dissoute par Louis XIV en personne, en 1682.

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Louis-10

sybel.co

Madame de Montespan ne fût pas inquiétée et ne fût jamais accusée officiellement. On prétend que Louis XIV brûla personnellement de nombreux rapports et comptes-rendus, voulant condamner cette affaire à "un éternel oubli" selon ses mots. Fît-il disparaître tout ce qui impliquait sa maîtresse pour éviter un scandale énorme ? Madame de Montespan fût-elle accusée à tort par ses adversaires à la cour ou fût-elle vraiment impliquée dans cette sordide affaire ? Le Roi-Soleil a-t-il eu un doute sur sa maîtresse, mère de ses enfants préférés et dont il avait fait, aux yeux du monde, une presque reine ? Mystère. Ce qui est certain, c'est que l'affaire ébranla la cour, répandant le soupçon, l'horreur et la peur dans les allées et les couloirs de Versailles. La Montespan était déjà en déclin, le roi continua à la fréquenter mais s'éloigna d'elle ostensiblement avant de la délaisser définitivement. Lassitude ou... méfiance ? Elle finira sa vie dans un château perdu en province, loin de cette cour dont elle avait été la "sultane-reine".

L'affaire des poisons garde encore de nombreuses zones d'ombre. C'est sans doute pourquoi, comme l'affaire du collier pour Marie-Antoinette, elle inspira par la suite des générations d'artistes, d'écrivains et de réalisateurs. Elle a également donné lieu à de nombreuses théories, des plus sérieuses aux plus farfelues.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeJeu 6 Avr - 3:46

On comprend qu'il y avait matière à intéresser les gens de l'époque et à stimuler encore l'imagination de nos jours, tant le sujet est mystérieux par nature.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeJeu 6 Avr - 7:46

L'affaire des poisons révèle aussi l'envers du décor : derrière les marbres, les ors et les jets d'eau, gravitait tout un petit monde d'avorteuses, de voyants, magiciens et sorcières, empoisonneurs et charlatans, astrologues... La crainte du poison était réelle et tout décès soudain que la médecine ne parvenait pas à expliquer était suspect.

La question principale restera sans doute sans réponse :
Madame de Montespan fût-elle accusée à tort ou réellement mêlée à cette affaire ?
Impossible à dire puisque Louis XIV fît détruire tous les documents. Sans doute pour éviter un scandale énorme qui l'aurait atteint personnellement. Eût-il des doutes sur sa maîtresse ? Le fait qu'il s'éloigne d'elle après l'affaire n'est pas significatif, la faveur de la Montespan était déjà en déclin avant. Là, lui seul pourrait répondre...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeLun 24 Avr - 17:48

La machine de Madame du Coudray

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Machin10

scienceshumaines.com

C'est l'unique exemplaire d'époque, en bon état, qui nous est parvenu.
Osier, tissu, cuir et éponge pour cet appareil qui permettait aux sages-femmes de se former et familiariser avec tout ce qui touchait l'accouchement.
Les organes génitaux sont bien visibles, la paroi du vagin peut être froncée par deux lanières extérieures, le périnée est relié à deux cordons qui permettent de serrer ou de dilater la vulve pour le passage du bébé. Ce dernier est un mannequin de 50 centimètres, avec le cordon ombilical. S'y ajoutent un fœtus de 7 mois et un utérus permettant de visualiser le placenta et l'enfant en position fœtale.
Vous pouvez l'admirer au musée d'histoire de la médecine à Rouen.

C'est Angélique du Coudray, sage-femme, qui a conçu cet appareil pour enseigner aux femmes des villages comment faire. Dans les campagnes reculées, pas de sages-femmes, c'était une amie, une voisine, qui venait aider la future mère à accoucher. En ville, les sages-femmes étaient souvent éclipsés par les médecins accoucheurs, tous des hommes (Marie-Antoinette fût ainsi accouché de ses quatre enfants par l'accoucheur Vermond).
Madame du Coudray parcourût de nombreuses provinces, visita de nombreux villages pour enseigner aux femmes, avec son appareil, comment se déroulait un accouchement. Ce qui permît sans doute de sauver bien des vies...

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Angzol10

Madame du Coudray, en remerciement, reçût une pension de Louis XV en personne. Pension qui lui fût retirée sous la Révolution. Cette dernière se radicalisant, la brave dame, âgée de 74 ans, devînt suspecte et inquiétée pour avoir été récompensée par un roi... Elle meurt dans le dénuement, en 1794.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeSam 17 Juin - 13:12

Une phrase de Marie-Antoinette à Madame du Barry permet le dépeçage de la Pologne ?

XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 611ggl10

Presque...
Guerre de femmes, guerre européenne ?
Début des années 1770, Marie-Antoinette vient d'arriver à Versailles où elle a épousé le futur Louis XVI, un mariage qui scelle l'alliance franco-autrichienne. Gamine de 14 ans, encore très enfantine, la voilà Dauphine de France, troisième personnage de l'état, derrière son mari et le roi en place, Louis XV. Sur le papier du moins...

Car dans les faits, c'est bien Madame du Barry qui est la véritable première dame de la cour. Radieuse, éclatante, la favorite est follement aimée de Louis XV qui ne lui refuse rien. On s'incline sur son passage, on lui demande des faveurs, des services, les ministres lui parlent, les ambassadeurs lui rendent leurs hommages, elle est de toutes les fêtes, toutes les cérémonies... Elle appelle le roi "Monsieur", privilège réservé à la reine uniquement. Marie-Antoinette sort de ses gonds : elle, descendante de tant de souverains, future reine de France, se voit éclipsée par une fille de rien, une ancienne fille publique. C'en est trop ! Furieuse, la jeune femme applique alors la stratégie du silence : elle ne dit pas un mot à Madame du Barry, l'ignore complètement. Quand la comtesse s'incline sur son passage, la Dauphine passe sans un mot, sans un regard. Elle ne voit pas Madame du Barry, ne l'entend pas, l'ignore totalement, comme si elle n'existait pas. Mortifiée, la comtesse se plaint à Louis XV qui s'énerve et se sent bafoué à travers la femme qu'il aime. Malgré tout, Marie-Antoinette tient bon.

L'affaire de Pologne

Mais à l'est, les choses bougent. La Pologne traverse une grave crise interne, crise qui a permis à Catherine II, impératrice de Russie, d'y envoyer des troupes sous prétexte de maintenir l'ordre et de préserver les intérêts russes sur place. Dans les faits, la Pologne devient protectorat russe. Prudente, l'impératrice a prévu d'amadouer ses voisins, la Prusse et l'Autriche, en leur réservant une part du gâteau. Un traité secret est donc signé entre les trois souverains, Catherine II (Russie), Frédéric II (Prusse) et Marie-Thérèse, mère de Marie-Antoinette (Autriche).
Seulement voilà : la Pologne est une vieille amie de la France. La défunte reine de France, épouse de Louis XV, n'était-elle pas une princesse polonaise ? De plus, ce partage rebat considérablement les cartes et pas au profit de la France. Marie-Thérèse d'Autriche craint une réaction violente de la France quand le traité sera rendu public. Pas une intervention armée, elle sait que la France n'en a pas les moyens. Mais Louis XV pourrait dénoncer l'alliance franco-autrichienne dont Marie-Antoinette est le gage, d'autant plus que le mariage n'est pas consommé. Or, les relations entre le roi et sa belle-fille sont franchement mauvaises avec cette affaire du Barry... Il convient donc de vite remettre Louis XV de meilleure humeur.

Guerre psychologique

Stupéfaite, Marie-Antoinette se voit donc vertement réprimandée par sa mère et l'ambassadeur d'Autriche en France pour son attitude envers "la pauvre Madame du Barry". Il convient de traiter cette dernière avec respect et amitié. Sa mère, la très prude et très croyante impératrice recommandant à sa fille de respecter une fille de rien, une catin ? Vexée, butée, Marie-Antoinette promet mais recule au dernier moment : alors que la comtesse s'incline sur son passage, la Dauphine quitte la salle sans un mot.
Cette fois, Louis XV s'énerve vraiment. Et Marie-Thérèse prend peur : le traité va être annoncé... Marie-Antoinette est alors littéralement assiégée psychologiquement par sa mère, l'ambassadeur d'Autriche et son précepteur, l'abbé de Vermond, qu'elle aime beaucoup. Bien sûr, nul n'a jugé utile d'expliquer le dessous des cartes à la jeune fille qui ne comprend rien à cette affaire ni à ses enjeux.

1er janvier 1772, la cour au grand complet présente ses respects à la famille royale à l'occasion du Nouvel An. Madame du Barry s'avance, plonge dans sa révérence devant Marie-Antoinette. Silence, temps suspendu... La Dauphine regarde droit devant elle, visage fermé, avant de lâcher, à contrecœur : "Il y a bien du monde aujourd'hui à Versailles".
Aussitôt, c'est l'affolement. On voit des courtisans quitter la pièce en courant pour annoncer la nouvelle, certains filent même aux écuries et sautent en selle pour aller prévenir famille et amis. Louis XV, heureux, embrasse sa "petite fille", Madame du Barry rayonne. Bafouée, humiliée, Marie-Antoinette lance à l'ambassadeur d'Autriche : "J'ai parlé une fois. Cette femme n'entendra plus jamais le son de ma voix".

Qu'importe ! C'est fait.
Quelques mois plus tard, le traité de partage de la Pologne est rendu public. Louis XV, satisfait, ne réagit pas, la France se contente d'une déclaration officielle sans conséquences, l'alliance franco-autrichienne est maintenue. L'Autriche reçoit une part plus que conséquente du gâteau (une large portion de territoire, des villes et des milliers d'habitants). A tel point que le cardinal de Rohan se moque ouvertement des remords affichés par l'impératrice Marie-Thérèse : "Plus elle pleurait, plus elle prenait".
Aujourd'hui, les historiens relativisent cette guerre de femmes sur le partage de la Pologne. Les craintes de Marie-Thérèse étaient exagérées : Louis XV n'avait pas l'intention, quoi qu'il arrive, de dénoncer l'alliance franco-autrichienne. Certes, un soir à table, il avait lancé à Marie-Antoinette : "Cette affaire de Pologne va nous fâcher et je vais vous renvoyer à Vienne" mais c'était sur le ton de la taquinerie. Il n'empêche que la jeune fille, à peine arrivée, s'était retrouvée mêlée malgré elle à cette affaire qui la dépassait complètement et à laquelle elle ne comprenait rien. Ce qui n'était pas de très bon augure...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   XVIIème ET XVIIIème SIECLES - Page 7 Icon_minitimeJeu 13 Juil - 19:34

LA PRISE DE LA BASTILLE RACONTÉE PAR CHATEAUBRIAND

14 juillet : jour de fête nationale en France. Nous célébrons la prise de la Bastille.
Mais en 1789, Chateaubriand y était ...et après avoir lu son témoignage, vous ne verrez plus cet événement de la même manière :

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