AccueilRechercherS'enregistrerConnexion
Le Deal du moment : -23%
Console PC Engine CoreGrafx mini
Voir le deal
84.41 €

 

 Auguste BARTHÉLÉMY (1796 -1867)

Aller en bas 
AuteurMessage
ashimbabbar



Masculin Messages : 241
Date d'inscription : 21/04/2012

Auguste BARTHÉLÉMY (1796 -1867) Empty
MessageSujet: Auguste BARTHÉLÉMY (1796 -1867)   Auguste BARTHÉLÉMY (1796 -1867) Icon_minitimeMar 7 Oct - 10:04

Le député ministériel

( le poème a connu des versions différentes apparemment entre 1832 et 1835, je donne celle des Mémoires d'Alexandre Dumas )


C’était un citoyen aux manières ouvertes
Ayant un œil serein sous des lunettes vertes;
Il lisait les journaux à l’heure du courrier;
Et tous les soirs au cercle, en jouant cœur ou pique,
Il suspendait le whist avec sa philippique
Contre le système Périer

Il avait de beaux plans dont il donnait copie;
C’était, de son aveu, quelque belle utopie,
Pièce de désespoir pour tous nos écrivains;
Baume qui guérirait les blessure des villes
En nous sauvant la guerre et la liste civile
Et l’impôt sur les vins

Il disait: “ En prenant mon heureux antidote
Notre pays sera comme une table d’hôte
Où l’on ne verra plus, après de longs repas,
Quand les repus du centre ont quitté leurs serviettes
Les affamés venir pour récolter les miettes
Que souvent ils ne trouvent pas !”

Les crédules bourgeois que ce langage tente,
Les rentiers du jury, les hommes à patente,
L’écoutaient en disant “ Que ce langage est beau !
Voilà bien les discours que prononce un digne homme !
Si pour son député notre ville le nomme
Il fera pâlir Mirabeau !”

Il fut nommé ! Bientôt de sa ville natale
Il ne fit qu’un seul bond jusqu’à la capitale
S’installant en garni dans le quartier du Bac.
On le vit à la chambre assis au côté gauche
Muet ou ne parlant qu’à son mouchoir de poche
Constellé de grains de tabac.

Grave comme un tribun de notre république,
Parfois il regardait avec un œil oblique
Ce centre où s’endormaient tant d’hommes accroupis.
Quel déchirant tableau pour son cœur patriote !
En longs trépignements les talons de ses bottes
Fanaient les roses du tapis.

Lorsque Girod (de l’Ain) qui si mal les préside
Disait “ Ceux qui voudront refuser le subside
Se lèveront debout ”; le tribun impoli,
Foudroyant du regard le ministre vorace
Bondissait tout d’un bloc sur le banc de sa place,
Comme une bombe à Tivoli.

Quand il était assis, c’était Caton en buste;
Le peuple s’appuyait sur ce torse robuste;
De tous les rangs du cintre on aimait à le voir…
Qui donc a ramolli ce marbre de Carrare ?
Quel acide a dissous cette perle si rare
Dans la patère du pouvoir ?

Paut-être avez-vous vu, dans le cirque hippodrome,
Martin, l’imitation de l’Androclès de Rome,
Entre ses deux lions s’avancer triomphant;
Son œil fascinateur domptait les bêtes fauves;
Il entrait sans pâlir dans leurs sombres alcôves
Comme dans un berceau d’enfant.

Aujourd’hui nous avons la clé de ces mystères.
Il se glissait la nuit au chevet des panthères,
Sous le linceul du tigre il étendait la main;
Il trompait leur instinct dans la nocturne scène,
Et l’animal sans force, à ce jongleur obscène,
Obéissait le lendemain !

Voilà par quels moyens l’Onan du ministère
Énerve de sa main l’homme le plus austère,
Du tribun le plus chaste assoupit la vertu;
Il vient à lui, les mains pleines de dons infâmes
“ Que veux-tu ? Lui dit-il; j’ai de l’or, j’ai des femmes,
Des croix, des honneurs ! Que veux-tu ? ”

Eh ! Qui résisterait à ces dons magnifiques ?
Hélas ! Les députés sont des gens prolifiques;
Ils ont des fils nombreux, tous visant aux emplois,
Tous rêvant nuit et jour un avenir prospère,
Tous par chaque courrier répétant “ Ô mon père,
Placez-nous tout en faisant des lois !”

Et le bon père, ému par ces chaudes missives,
Dépose sur son banc les armes offensives,
Se rapproche du centre, et renonce au combat.
Oh ! pour faire au budget une constante guerre,
Il faudrait n’avoir point de parents sur la Terre
Et vivre dans le célibat !

Ou bien, pour résister à ce coupable leurre,
Il faut aller le soir où va Dupont (de l’Eure),
Près de lui retremper sa vertu de tribun;
Là veille encore pour nous une pure phalange,
Cénacle politique où personne ne mange
Au budget des Deux-cent-vingt-et-un !
Revenir en haut Aller en bas
 
Auguste BARTHÉLÉMY (1796 -1867)
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Terres d'évasion... :: LA BIBLIOTHEQUE :: La section générale :: Les poèmes-
Sauter vers: