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 CONAN LE CIMMERIEN

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Voyageur Solitaire
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MessageSujet: CONAN LE CIMMERIEN   Jeu 12 Jan - 15:30


Conan, le personnage créé par Robert. E. Howard, reste l'archétype du héros de l'Heroic Fantasy.
Malheureusement, il a été caricaturé à outrance par la BD et le cinéma, le transformant en un barbare plutôt bourrin, se promenant partout et par tous les temps en pagne de fourrure pour grogner et casser tout ce qui bouge...
Il faut lire les textes originaux d'Howard pour se rendre compte que son héros est bien plus fouillé et subtil que cette vision réductrice.
Au niveau vestimentaire, dans l'oeuvre originale, Conan porte des pantalons, des tuniques, des chemises, des tenues de montagnard ou des cuirasses complètes. Il ne porte quasiment jamais le célèbre pagne de fourrure qu'il arbore fièrement dans la BD ou les films. (Le barbare qui court dans la neige, au pied des glaciers en pagne, pitié, arrêtez...)

Conan est né en Cimmérie, pays barbare et nordique, de fôrets profondes et de brumes, aux hivers rigoureux. Les cimmériens vivent sous forme de clans, habitant dans des villages.
Le père de Conan est un forgeron. Sur sa mère, Howard ne dit rien. A 15 ans, Conan participe avec les siens au sac de Vénarium, un avant-poste aquilonien qui est rasé. C'est son baptême du sang. Par la suite, il quitte son village pour participer à des raids aux côtés des Aesirs et des Vanirs, deux peuples nordiques frontaliers.
Howard n'a jamais indiqué pourquoi son héros est parti de chez lui. Les cimmériens sont casaniers et on n'en rencontre jamais dans les autres royaumes. Par la suite, à chaque fois que le barbare décline son identité, ses interlocuteurs sont toujours surpris, ne connaissant que vaguement ce pays et voyant pour la première fois un de ses représentants. A un moment, Conan, encore jeune, retourne dans son pays : il y retrouve ses anciens compagnons devenus pères de famille. Ne pouvant comprendre celà, il repart à l'aventure.
Il semble bien que le cimmérien, dés le début, soit différent, sur ce plan, de ses compatriotes. Conan sera un infatigable voyageur, très curieux. Il parlera plusieurs langues (avec un fort accent barbare), apprendra à monter à cheval, à tirer à l'arc... Il sera voleur, mercenaire, pillard, pirate, général, usurpateur et enfin roi.
Au physique, il est décrit comme un colosse, très grand, souple et fort à la fois, avec un instinct animal, des sens très dévellopés. Il est très brun, le front bas, les yeux d'un bleu volcanique sous des sourcils épais, le teint bronzé et, contrairement à l'image habituelle, il est... velu ! Howard le signale dans une aventure, parlant de sa "poitrine velue". Howard parle aussi d'une "crinière de cheveux noirs", mais ne mentionne jamais la fameuse coupe au carré popularisée par la BD. Enfin, notre barbare est toujours rasé de près, n'arborant ni barbe ni moustache.
Côté caractère, il est profondément indépendant, solitaire, attaché à sa liberté et... très suceptible ! Etranger à toute sophistication, il est devant la civilisation comme un enfant émerveillé et méfiant. Il affecte un mépris permanent pour la civilisation, sans s'avouer qu'elle le fascine. Il vit intensément au présent, ne s'embarassant pas de spéculations métaphysiques, ne se préoccupant pas du lendemain. Il a un fort penchant pour l'alcool et les femmes, qu'il traite avec une courtoisie assez brute, mais sincère. La magie lui fait peur, l'effraie, ainsi que le surnaturel.
Il se laisse guider par un solide bon sens, mais se fie à son instinct. Détail récurrent : malgré ses rires tonitruants et son côté existentiel, il garde en lui une profonde mélancolie.


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MessageSujet: CONAN LE CIMMERIEN   Mer 18 Juil - 17:21

Je suis tombé dessus au hasard sur le net : Conan en plein délire 70's, avec costard blanc et médaillon, panthère apprivoisée, bagnole de luxe avec chauffeur ! Et qui se prend un râteau ! Poilant !



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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Lun 17 Déc - 21:34

Il me semble qu'il s'agit du What if #43... Mais je n'en suis pas sûr (je ne l'ai qu'en référence). En France on a eu droit au What if #13 : Et si Conan foulait la terre au XXe siècle...
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MessageSujet: CONAN LE CIMMERIEN   Lun 17 Déc - 23:43

J'ai lu "Et si Conan foulait la terre au XXème siècle" en BD et c'était assez grotesque...
Bon, au début, c'est poilant de voir Conan en taxi ou découvrir New York, mais bon... Et puis, comme par hasard, il tombe sur une nana, elle l'héberge chez elle et bien sûr, ils couchent ensemble...
Franchement, aucun interêt tellement c'est peu crédible.
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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Mar 18 Déc - 10:46

J'approuve complètement.

L'idée de départ - bien que téléphonée au vu de la collection - aurait pu se révéler fantastique. Mais il aurait fallu la traiter comme un bon gros paperback de 200 pages, sombre et décadent, sans forcément ici opposer barbarie et civilisation - car à ce niveau d'écart, il n'y a plus rien à opposer -, mais peut-être se focaliser davantage sur le ressort vital de Conan, sa capacité à s'adapter, à faire plier les événements, même ici, selon ses critères. Une part d'amertume ou de mélancolie, qui aurait renforcé l'aspect désespéré traversant le personnage, nous permettait de jouer sur de tels ressorts, avec en toile de fond le devenir des plus grands sorciers, des peuples oubliés, de son royaume disparu... Une sorte de tragédie où l'ombre du roi aurait hanté le monde moderne... (soupir)

Au lieu de cela, on a droit à une histoire relativement débile, où Conan jette des autos. Le seul côté un peu sympa, c'est qu'il ne comprend pas ce que disent les gens : ça rend l'histoire un peu plus crédible. (Ou un peu moins n'importe quoi).



Dernière édition par Astre*Solitaire le Dim 27 Jan - 23:08, édité 1 fois
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MessageSujet: CONAN LE CIMMERIEN   Mar 18 Déc - 15:25

Le postulat de départ est plutôt débile et sent le commercial à plein nez : "Tiens, et si on envoyait Conan au XXième siècle, ça serait vachement vendeur, ça !"
Howard n'a jamais imaginé (à ma connaissance) ce scénario "vachement original". En général, dans bon nombre de récits d'Heroic Fantasy, c'est l'inverse, avec un héros "moderne" qui se retrouve projeté dans le passé ou sur un monde inconnu et Fantasy.
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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Mar 18 Déc - 21:11

Je peux me tromper, mais juste dans le registre "voyage dans le futur", il me semble que Bran Mac Morn, aidé par une magie de son peuple, appelle à l'aide un guerrier du passé, qui ne sera autre que Kull! C'est donc ici le roi de Valusie qui se déplace vers le futur... Mais le résultat n'a évidemment rien à voir avec le comic Evil or Very Mad . On reste dans un univers de fureur, de guerriers, où les repères pour le lecteur comme pour les protagonistes restent les mêmes.
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MessageSujet: CONAN LE CIMMERIEN   Mar 18 Déc - 21:26

Exact ! Il s'agit de "Les rois de la nuit", présente dans le volume retraçant les aventures de Bran Mak Morn.
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Minos Seyl'Dalis

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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Sam 19 Jan - 19:06

Voyageur Solitaire a écrit:
Au niveau vestimentaire, dans l'oeuvre originale, CONAN porte des pantalons, des tuniques, des chemises, des tenues de montagnard ou des cuirasses complètes. Il ne porte quasiment jamais le célèbre pagne de fourrure qu'il arbore fièrement dans la BD ou les films. (le barbare qui court dans la neige, au pied des glaciers en pagne, pitié, arrêtez)...

Laughing Pourtant, c'est Frazetta qui a en partie popularisé cette image, non ? Concernant les fringues dans les bouquins (lus y a un moment, donc, pas de souvenirs très nets), il me semblait pourtant qu'il s'en débarrassait facilement.

En tout cas, c'est sûr qu'Arnold Schwarzenegger n'est pas celui qui le représente le mieux... Et dire qu'il envisage de reprendre le rôle... Rolling Eyes
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Astre*Solitaire

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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Dim 27 Jan - 2:20

Je vais commencer ici un travail de longue haleine – et il est probable que je n'irais pas jusqu'au bout... mais qui sait !

Je vais tâcher de présenter le personnage de Conan crée par Robert E. Howard au travers de toutes les multiples déclinaisons qu'il a connu depuis la lointaine époque de sa première apparition en 1932 dans Weird Tales.

Il s'agit donc de regarder de très près chaque « article » (c'est-à-dire chaque référence où Conan figure), d'essayer de l'illustrer et de le commenter. Techniquement, tout ce que je propose, ou presque, est trouvable sur le net... mais en ordre dispersé. Il faut passer des heures avant d'obtenir une vision globale sur un sujet précis, comme par exemple les différentes éditions françaises ayant publiées les aventures de Conan – et il y en a !

Je vais donc m'évertuer de procéder par ordre, par méthode et pas à pas... On verra bien ce que cela donnera.

Première précision :
Même si j'y ferai référence de temps en temps, je ne vais me focaliser que sur les « sorties » françaises. Je ne m'y connais pas beaucoup dans celles américaines et je ne commence que depuis peu à m’intéresser aux parutions allemandes.
La longue introduction qui suit (toujours en court) fait exception. Elle va tenter de présenter la manière dont les aventures de Conan ont été imaginées puis écrites (sources d'inspiration et histoires des premières publications) en faisant la part belle au contexte immédiat entourant chaque récit (éditeurs, illustrateurs, réalités économiques de l'époque, etc.). Cette introduction se concentre donc sur le sol américain.

Deuxième précision : l'étendu du balayage !
Je vais m'occuper des formats suivants : livre, comics/BD, JdR (et peut-être aussi les jeux divers), magazine, musique, film, série et dessin animé ;  et je ne vais pas parler : des affiches, des produits dérivés et des créations de fans. Cela ne veut pas dire qu'il n'y en aura pas – mais que je ne ferais pas de sujet dédié.
J'essayerais aussi de temps à autres de présenter un choix de sites internet intéressants, en fonction de mes recherches et de mes goûts.

Troisième précision :  
Je suis assez lunatique, passablement occupé et je peux donc m'arrêter de faire un truc du jour au lendemain, ou bien mettre des lustres à poster le message suivant parce que rien ne va, rien ne me plaît, que tout me navre... Vous êtes prévenu !


Nous pouvons donc commencer par le fameuse Introduction.




0- Conan the BarBarian



Conan

Introduction

Partie I : La conception du personnage de Conan et sa première publication



Retraçons avant tout la carrière de notre Cimmérien préféré outre-Atlantique en traduisant (mal ?) des pages de Wikipédia de langue anglaise non incluses dans la version française et dont vous retrouverez le lien internet au numéro 1 des Références, pages qui ont la même source que la mienne, l'essai de Patrice Louinet (voir Références, 2) :

« Depuis des mois Howard était à la recherche d'un nouveau personnage à proposer en vue d'une publication dans les pulps émergeant de ce début des années 30. En octobre 1931, il soumet la nouvelle People of the Dark au nouveau magazine des éditions Clayton Strange, Tales of Mystery and Terror. »1 Son rédacteur en chef est Harry Bates (1900 - 1981). Il restera longtemps rédacteur en chef pour Astounding stories of Super-sciences et il écrira lui aussi quelques nouvelles de science-fiction dont sa série la plus connue est Hawk Carse. Il est notamment l'auteur d'une nouvelle dont sera tiré le film Le jour où la Terre s'arrêta. Bates considéra cette histoire envoyée par Howard d'un bon œil, mais comme c'est souvent le cas, en raison de critères d'écriture assez stricts, il lui demanda de retravailler certains passages. Ce que fit le jeune auteur. Sa nouvelle fut donc acceptée. « Et il toucha pour celle-ci environ 140 $. »2 (Soit 2085 $ d'aujourd'hui, ou encore 1624 €).

Ce magazine des Contes de Mystère et de Terreur a débuté sa parution le 1er septembre 1931, sous forme de bimensuel. Passés les quatre premiers numéros, il deviendra trimestriel, pour assez rapidement s'arrêter au numéro 7.
L'histoire qui nous occupe est publiée en juin 1932, dans le numéro 5, indexé : Volume II, #2.


1- Strange Tales of Mystery and Terror Volume 2 Numéro 2 (#5)

À côté de la nouvelle d'Howard, nous pouvons découvrir les histoires suivantes :

Stragella par Hugh B. Cave ; Dread Exile par Paul Ernst ;  The Great Circle par Henry S. Whitehead ; The House in the Magnolias par August W. Derleth & Mark Schorer ; The Emergency Call par Marion Brandon ; The Golden Patio par Aubrey Feist ; The Nameless Offspring par Clark Ashton Smith.
L'histoire titre de la revue, Stragella, qui est une histoire de vampires, est à lire en anglais sur le blog Tales of Mystery.

C'est Amos Sewell (1901 – 1983), dont les images sont tout de même particulièrement rétro (comme celle du dessous pour le magazine The Saturday Evening Post - 1954), qui illustrera People of the Dark (qui est l'image suivante, numérotée 3).


2- Morning Coffee Break, septembre 1959, par A. Sewell



3- People of the Dark, 1931, par A. Sewell

La couverture, elle, est l'œuvre de H. W. Wesso (1894 – 1948) qui fera, entre autres, des couvertures pour Amazing Stories et surtout un bon nombre d'illustrations pour les différents titres d'Astounding.
4- Numéro 43, 1929, 96 pages, par H. W. Wesso

Remarquez le deuxième nom cité en bas de couverture. Il s'agit de O.A. Kline que nous retrouverons plus loin dans cette Introduction en tant qu'agent littéraire d'Howard et qui nous propose ici The Secret Kingdom, coécrit avec Allen S. Kilne.

« Peolple of the Dark est une histoire basée sur les souvenirs de « vies passées » où le narrateur (John O'Brien) en est le personnage principal et où il décrit l'une de ses incarnations précédentes : Conan, un « pillard gaélique » à la noire chevelure, un héros qui jure par un Dieu nommé Crom. Certains spécialistes d'Howard pensent que ce Conan est un précurseur de notre personnage bien connu. »3

« En février 1932, Howard passait des vacances - payées par son travail récent3 - dans une ville frontière sur les bords du Rio Grande. Pendant ce séjour il a développé le personnage de Conan et il a écrit le poème Cimmeria. » Patrice Louinet suppose qu'à ce moment, il y a eu une espèce de fusion entre une idée de réincarnation - où Howard aurait été Conan - comme le suggère la nouvelle People of the Dark et une transposition de la Dark Valley, « une longue vallée étroite, solitaire et coupée de tout, dans les hauteurs des collines de Palo Pinto »5, à la Cimmérie : une terre désespérée pour un personnage sombre.

Howard possédait à présent le personnage, il avait, vaguement, défini son origine : restait à concevoir le monde. Beaucoup de spécialistes s'accordent pour dire que la conception de Conan et de l'Âge hyborien peuvent trouver leur source dans The Outline of Mythology* (1913) de Thomas Bulfinch (1796 - 1867), lequel aurait permis à Howard « une union dans un tout cohérent de ses aspirations littéraires à des éléments autobiographiques puissants pour devenir la base de ce qui deviendra Conan. »6 

*Cet ouvrage de Bulfinch est une compilation de trois de ses écrits précédents : The Age of Fable (1855), The Age of Chivalery (1858) et Legends of Charlemagne (1863). Bulfinch est un écrivain qui a compilé les matières de Rome, de Bretagne et de France de façon édulcorée (violence, sexe, psychologie, ethnographie) mais avec bonheur et succès (il dit lui-même que l'un de ses objectifs était de démocratiser ce savoir afin de donner l'accès à la littérature qui en parle) car ses écrits furent un peu considérés comme une référence sur le sujet en langue anglo-saxonne. D'une manière assez amusante, nous retrouvons l'influence de M. Bulfinch jusque dans les jeux de rôle puisqu'il est cité comme suggestion de lecture pour les Contes sur Charlemagne et ses paladins dans le fort justement nommé Charlemagne's Paladins, au chapitre 2, p. 10, pour AD&D2 et dont l'auteur Ken Rolston la commente comme étant sentimentalement sa préférée.


5- The Outline of Mythology, 1913

« Une fois toutes ces influences extérieures assimilées et revenu de son voyage, REH réécrit l'histoire By This Axe I Rule ! (Mai 1929) » précédemment rejetée par Argosy All-Story Weekly, revue alors considérée comme le tout premier pulp américain (premier numéro en 1882, et 1896 pour un numéro entièrement fictionnel). Un exemple de ce magazine ci-dessous avec ce numéro de janvier 1887.

6- Vol 5, # 7, No. 215, 15 janvier 1887, édité par Frank A. Munsey, 6¢, 16p.

« Il remplace alors Kull d'Atlantis par son nouveau personnage et donne un titre différent à son histoire réécrite : The Phoenix on the Sword. Il a aussi tapé dans la foulée, « inspirée assez directement par Bulfinch »7 The Frost-Giant's Daughter et il soumet alors ces deux histoires au magazine Weird Tales » au début de mars 1932. Bousculé par son personnage, il se lance derechef dans l'écriture d'une nouvelle aventure, The God in the Bowl, sans connaître l'accueil qui allait être réservé aux deux précédentes. Puis il entame la rédaction de ce qui deviendra l'Âge hyborien. Le 10 mars 1932, Farnsworth Wright (1888 - 1940), le rédacteur en chef du Weird Tales lui signifie qu'il rejette la nouvelle The Frost-Giant's Daughter, mais qu'il accepte de prendre, après révision du texte, The Phoenix on the Sword.

« C'est un choc pour Howard, car il estimait The Frost-Giant's Daughter »8. Évidemment, un tel refus entraîna logiquement celui de The God in the Bowl, qui sera oubliée du vivant de l'auteur. Il reprend donc sa nouvelle selon les instruction de Wright - ce qui va nécessiter l'apparition des chroniques némédiennes, indispensables pour resituer et décrire le personnage alors que les chapitres nous présentant Conan et le monde dans lequel il évolue durent, dans une logique de condensation du récit voulu par Wright, passer à la trappe.

La nouvelle est finalement publiée dans le Weird Tales daté de décembre 1932. Il s'agit du volume 20, numéro 6.


7- Weird Tales Vol 20, #6

Dans cette revue, nous trouvons aussi les histoires suivantes :

The Door to Yesterday par Seabury Quinn ; The Man Who Conquered Age par Edmond Hamilton (le papa de Captain Futur, Capitain Flam par chez nous) ; Thrice Haunted par Alfred I. Tooke (poème) ; The Quick and the Dead par Vincent Starrett ; Buccaneers of Venus (Partie 2 de 6) par Otis Adelbert Kline ; The Lives of Alfred Kramer par Donald Wandrei ; et Frankenstein (Partie 8 de 8 ) par Mary W. Shelley (vous avez bien lu, l'auteure de Frankenstein ou le Prométhée moderne, écrit plus de cent ans auparavant).

Ce récit des Boucaniers de Vénus qui illustre notre magazine sera repris en intégralité par les éditions The Grandon Compagny en 1954 et sous le titre de The Port of Peril. Situé sur Vénus, l'histoire raconte comment la femme de Robert Grandon, Vernia, fut kidnappée par les Huitsenni, une race de pirates. Grandon les poursuivit jusqu'à leur port secret où, après avoir rejoint les forces rebelles, il renversa leur roi. Découvrant que Vernia avait été conduite dans le Nord, il la pista et finit par la sauver. Mais tous deux furent alors capturés par les Huitsenni et ne devront leur salut qu'à l'armée de nations alliées travaillant conjointement avec les rebelles (librement traduit du Wikipedia anglais). Une histoire fortement inspirée de Edgar Rice Burroughs et de son cycle de Mars et que vous pouvez appréciez dans la langue de Shakespeare sur Project Gutenberg Australia .

L'illustration intérieure, qui est devenue célèbre, est réalisée par Jayem Wilcox (1895 – 1958).

8- The Phoenix on the Sword par J. Wilcox

Il nous propose ici la toute première illustration de Conan : un roi revêtu d'une armure aquilonienne au style très gréco-romain. Le blog The Blog That Time Forget nous propose via un article intitulé Réflexions hyboriennes : les vacances aquiromaines, une étude sur l'évolution graphique de l'armure aquilonnienne, que je résume pour la partie qui nous intéresse. Ici, dans cette première représentation, nous pouvons identifier des ptéryges qui viennent décorer ce qui est – probablement – une tunique tombante à mi-cuisse doublée d'une cuirasse musculaire (ou héroïque). Et pendant très longtemps, ce sera ainsi que le vêtement de Conan sera représenté.

Je vous propose ci-dessous un exemple de son style, en couleur, quelques années plus tard.

9- Fall Young King Cole, 1945

Pour en revenir à la toute première publication de Conan, découvrons à présent l'auteur de la couverture de ce Weird Tales. Elle est l'œuvre de J. Allen St. John (1872 - 1957) qui a surtout illustré les nouvelles d'Edgar Rice Burrough. Bon nombre de personnes - et ici je cite Wikipédia - le considère comme le père de l'art de la fantasy moderne. Ces disciples ? Frazetta par exemple, pour n'en citer qu'un seul ! Un livre sur ses dessins est sorti aux éditions Vanguard : The paintings of J. Allen St. John.

10- Ave Pan

À suivre...



Citations :

1- Lorsqu'il ne figure aucune source pour les citations entre guillemets, c'est qu'il s'agit de Wikipédia (anglais ou français) ;
2- Une genèse hyborienne, dans Conan le Cimmérien de R. E. Howard, par Patrice Louinet, éd. Bragelonne, 2008, p. 542 ;
3- Ibid., p. 542 ;
4- Ibid., p. 543 (haut de page) ;
5- Extrait d'une lettre d'Howard à H.P. Lovecraft, octobre 1930, citée par P. Louinet, ibidem, p. 544 ;
6- Op. cit., Une genèse hyborienne, p. 549 (modifiée) ;
7- Ibid., p. 552 ;
8- Ibid., p. 555.


Références :

1- Wikipédia, surtout pour les dates, la biographie des personnes et certains listings : en français ; en anglais.
2- Conan le Cimmérien, de Robert E. Howard, coll. Conan l'intégral, vol 1, aux éditions Bragelonne, 2008 (que je recommande vivement de se procurer) : Introduction et Une Genèse Hyborienne par Patrice Louinet.
M. Louinet est, et je le cite « un spécialiste de l’œuvre de l’écrivain américain Robert E. Howard, traducteur de ses écrits et directeur de la collection qui lui est consacrée par les éditions Bragelonne (douze volumes). [Il a] effectué un travail similaire en Angleterre et aux USA (directeur d’ouvrage pour les éditions Wandering Star / Del Rey). [Il est] en outre conseiller pour la société Monolith qui va sortir le jeu de plateau Conan [dont vous pouvez apprécier un visuel sur le site Les maîtres du jeu]. [Son] rôle est de garantir la fidélité du jeu à l’œuvre de Howard. [Il est] aussi un des co-directeurs de la Fondation Howard au Texas (aux côtés de Rusty Burke, Rob Roehm, Paul Herman et de la société Paradox, qui détient les droits d’exploitation du personnage de Conan), entre autres activités, howardiennes ou non. » Death & Decay in the works of REH fut le sujet de son Mémoire de Maîtrise en Master 1 ; et Barbarie et Civilisation celui pour son DEA. On peut le retrouver sur la toile dans nombre d'interviews et sur les forums et les sites consacrés à Conan ou à Howard.
3- Vous trouverez ici, dans Welcome to Nebalia une critique assez complète de ce premier volume qui en compte trois, en français, évidemment.
4- Et ici, le site de Bragelonne avec ce tome 1, Conan le Cimmérien.


Sitographie :

1- Vault of Evil : pour la liste des histoires et des couvertures dans Tales of Mystery and Terror ;
2- Howard Works : pour le détail de tous les pulps où figurent les histoires de Howard ;
3- Random Encounters : pour différentes illustrations ;
4- The REH Forum : pour les illustrations ;
5- Vanguard Productions : pour le recueil de J. Allen St. John.


Iconographie :

0- Conan the BarBarian, réalisé par Ay-Han sur le site DeviantArt ;
1- Strange Tales of Mystery and Terror Volume 2, Numéro 2 (#5) ;
2- Morning Coffee Break (12/09/1959) ;
3- People of the Dark ;
4- Amazing Stories numéro 43, 1929 ;
5- The Outline of Mythology, 1913 ;
6- Golden Argosy ;
7- Weird Tales Vol 20, #6 ;
8- The Phoenix on the Sword N&B ;
9- Fall Young King Cole ;
10- Ave Pan.


Dernière édition par Astre*Solitaire le Mar 2 Déc - 22:30, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Dim 27 Jan - 2:32

Un seul mot : fantastique !
Un travail de titan en perspective dont je serais bien incapable sur la durée.
Cela apporte un éclairage différent dès cette introduction, le côté méconnu de la trajectoire de ce héros hors norme.
Et les riches illustrations des pulps et autres nous plongent bien dans l'ambiance.
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Voyageur Solitaire
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MessageSujet: CONAN LE CIMMERIEN   Dim 27 Jan - 9:55

Un seul mot : fantastique !
En tant que grand-prêtre auto-proclamé d'Howard, je reste en attente devant la suite, les sens aux aguets et l'esprit en alerte, l'estomac noué et presque crispé par l'insuportable attente du message suivant...
(J'adore la dernière illustration ! L'image même du paganisme, trés fort !)
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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Dim 27 Jan - 10:54

Merci VIC, merci Voyageur Solitaire... Vos appréciations me font vraiment plaisir.

Comme tu le fais remarquer, VIC, du gros boulot en perspective mais... le listing est déjà fait. Cela fait des années que j'écume internet pour trouver LA référence oubliée, l'édition confidentielle, un travail particulier qui a priori n'intéresse pas l'amateur Howardien. Il faut bien sûr vérifier les éléments et trouver l'iconographie - ça c'est très long, mais j'adore car je découvre ainsi toujours de nouveaux sites qui m'emmènent plus loin.
De plus, présenter Conan de cette manière m'oblige par respect du lecteur à structurer ma penser et à citer mes sources : un peu comme un travail de recherche. Et cela me plaît aussi beaucoup, cette manière de présenter. Malheureusement, cela demande plus de temps.

Je vais très légèrement retravailler ce premier "article" pour rajouter quelques détails que je n'ai pas eu le temps d'intégrer et pour donner mes sources... Arrow Voilà, c'est mis à jour. Si vous repérez des coquilles, des erreurs, des imprécisions, merci de me le signaler^^

J'adore le côté kitch et complètement rétro de ces magazines, dont parfois les illustrations restent très agréables à regarder.

La suite de cette introduction devrait être, je précise hein! devrait être la parution des Conan dans les pulps jusqu'à la mort d'Howard, enfin tel que j'y ai réfléchi. Il y a beaucoup à faire et comme je l'ai dit en début de message, ce n'est pas la partie que je connais le mieux.

J'ai moi aussi découvert avec plaisir cet artiste : J. Allen St. John, dont la production sort clairement du lot. Il a fait beaucoup de dessins de femmes accompagnées ou menacées par des fauves.


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Minos Seyl'Dalis

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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Dim 27 Jan - 14:48

Super boulot de documentaliste et d'historien ! Smile Idem, hâte de lire la suite !
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Astre*Solitaire

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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Jeu 31 Jan - 1:04

Introduction - Partie II : De l'invention de l'Âge Hyborien à The Queen of the Black Coast



Reprenons, voulez-vous bien.

Robert E. Howard était un homme qui croyait dans la réincarnation et dont nombre de ses nouvelles portent le sceau de vies antérieures, de souvenirs indéfinissables, quasiment ataviques. C'est sur ce principe que People of Darkness fut écrit et où un nom, Conan, apparu.
Ce nom, pour les raisons exposées précédemment, fut bientôt associé à une région sombre, hostile et froide, tourmentée comme les êtres qu'elle engendre : ainsi de l'association d'un lieu et d'un nom émergea un personnage. Ce bref résumé, forcément incomplet et simpliste, réducteur même, nous donne néanmoins une petite idée de l'apparition du Cimmérien dans l'esprit du poète texan.

Finalement, malgré les rigueurs de l'éditorialiste Wright, il réussi a publier sa première histoire sur Conan. Mais il restait à lui donner un monde où vivre, un cadre dans lequel évoluer pour que le personnage prenne corps définitivement. Il avait déjà, à un rythme assez frénétique, écrit trois histoires de Conan. Mais il sembla nécessaire pour notre auteur de catalyser toutes ses idées pour les fixer sur un support qu'il regarderait comme une sorte de référence, de cadre réaliste lointain. C'est ainsi que naquit ce que l'on a coutume de nommer « L'essai sur l'âge Hyborien ». Cet essai ne sera pas publié du vivant de l'écrivain, mais il lui servira de toile de fond pour écrire la suite des aventures de Conan.

Une fois cet « essai » achevé, et à peine avait-il envoyé au Weird Tales The Phoenix on the Sword retravaillé qu'il démarrait aussitôt une nouvelle histoire, en partie tirée d'un synopsis abandonné. Elle deviendra : The Tower of the Elephant. Il l'achèvera et l'enverra à Wright avant la fin du mois de mars : quelques jours plus tard, une réponse positive de Farnsworth Wright le récompensait de tous ses efforts.

Cette histoire sera publiée un an plus tard, dans le Weird Tales de mars 1933 : Volume 21, numéro 3.
Ce décalage n'était pas inhabituel pour le magazine qui parfois pouvait mettre jusqu'à deux ans avant de publier les histoires qu'il avait achetées.



Les courts récits suivants figurent au côté de celui de REH :
"The Thing in the Fog" par Seabury Quinn, "Germs of Death" par Harold Ward, "Buccaneers of Venus" (Partie 5 de 6) par Otis Adelbert Kline, "The Devil's Tower" par Arlton Eadie, "The Isle of the Torturers" par Clark Ashton Smith, "Akkar's Moth" par Paul Ernst, "The Letter" par S. Gordon Gurwit, "In Memoriam: Henry St. Clair Whitehead" par 'Anonymous' (article), "A Witch Passes" par M. C. Bodkin (poème), "The Look" by Maurice Level.

L'image intérieure illustrant la nouvelle est réalisée de nouveau par Jayem Wilcox. Malgré mes efforts, je ne suis pas parvenu à mettre la main sur cette illustration d'en-tête. Avis aux chercheurs de longue haleine!
Un petit mot sur ce monsieur :
« Wilcox a participé à la guerre de 14 – 18 et de retour aux USA, il se marie et fonde une famille. En 1923, il travaille à Chicago comme illustrateur publicitaire pour Canadian Magazine. C'est en 1933 qu'il commence à dessiner pour les pulps. Sa première signature pour Conan sera JM Willcox, histoire de faire une petite homophonie avec son prénom. À partir de 1935, alors qu'il a quitté Chicago, il travaille surtout avec des revues abordant le thème western.


Western aces, février 1937

Puis en 1937, et pour les vingt années suivantes, il fera une carrière parallèle en tant que dessinateur de comics, notamment pour Dell Comics où il signera Jim Willcox ». Source : pulpartists


La couverture du magazine est l'œuvre de M. Brundage, qu'il faut lire Maragaret (1900 – 1976).
Regardons brièvement sa biographie :
« À l'école, deux ans de suite, elle aura pour camarade de classe un certain Walt Disney. Puis elle fera des études d'art et de dessins mais sans finir diplômée. Elle travaillera alors d'abord comme illustratrice de mode. Puis à partir de 1933, comme illustratrice de couverture pour Oriental Stories et Weird Tales. Un de ses tout premiers travail datant de 1932 :




Elle sera payée 90$ par couverture et réalisera pour la revue un total de 66 couvertures, la dernière en 1945. Voici l'une de ses dernières couvertures datant de cette année pour la revue :



Tout son travail se fera aux crayons pastels.
Elle est célèbre pour ses représentations de demoiselles en détresse et pour la mise en image de tendances à l'aspect sadomasochiste (scènes de fouet). Très populaire chez les lecteurs, certains auteurs faisaient même en sorte que leurs histoires comportent de telle séquence – ce qui ferait de « belles » couvertures Brundage !
À ce propos, les plaintes pour la nature érotique de ses couvertures s'accumulant, Farnsworth Wright cru bon d'annoncer que le M. cachait une femme !! afin de modifier la perception de son travail.
Malheureusement pour l'artiste, avec le déménagement du Weird Tales à New York, les choses se mirent à changer. Une nouvelle norme de décence fut imposée et les nues ou les semi-nues de Brundage en pâtirent grandement. Sa relation de travail avec Weird Tales dû s'arrêter. Bien qu'elle continua de dessiner, elle ne parviendra jamais complètement à compenser la perte financière occasionnée par le cessation de ce travail régulier. Elle vivra dans une certaine pauvreté et devra dessinera pour gagner sa vie jusqu'à sa mort, à l'âge de 75 ans.
Vous pourrez découvrir davantage d'informations sur cet artiste dans la section l'atelier des maîtres, avec le sujet écrit par VIC : Margaret Brundage.


The blue woman


Pour les anecdotes :
Alors qu'elle continuait de participer à des conventions, certaines de ses œuvres originales y furent volées !
De plus, quelques auteurs célèbres, comme L. Sprague de Camp ou Clark Ashton Smith ne furent pas tendres avec elle. Un exemple : "Mme Brundage a autant de feeling pour le bizarre qu'une vache du Jersey peut en posséder." » – je vous suggère pour leurs commentaires sur le site suivant : shawnnacol
Enfin, certains semblent voir dans les couvertures de Conan, un rapprochement avec une fresque de Michel Ange dans la chapelle Sixtine : je vous laisse seuls juges : barbariana.


Howard laissa s'écouler un peu de temps avant de reprendre son personnage et d'entamer l'écriture de The Scarlet Citadel. Je passe ici sur les différentes influences possibles et vous renvoie à l'essai de M. Louinet Une genèse Hyborienne. Mais nous pouvons relever avec lui que pour la (presque) première fois apparaissait le nom d'Amra. L'autre première fois fut celle de la révision de son tapuscrit The Frost-Giant's Daughter pour le faire publier ailleurs que par le Weird Tales. Il modifia et le titre, qui devint The Frost-King's Daughter et le nom de son personnage principal pour le nommer Amra... Sans succès.

Cette nouvelle de Conan est publiée par le Weird Tales en janvier 1933, avant The Tower of the Elephant donc, sous l'indice : Volume 21, numéro 1.



Les "collègues" auteurs de REH sont pour ce numéro :
"The Monsters" par Murray Leinster, "Chinese Processional" par Arthur J. Burks, "Snake-man" par Hugh Davidson, "Buccaneers of Venus" (Partie 3 de 6) par Otis Adelbert Kline, "The Dead Are in the Hillside Clay" par Anthony F. Klinkne (poème), "The Ruby" par Brandon Fleming, "A Gamble in Souls" par Seabury Quinn, "What Is It?" by Charles M. Morris, et "The Night Wire" par H. F. Arnold.

La couverture intérieure illustrant la tête de nouvelle est une fois encore l'œuvre de Wilcox. La voici :



La couverture est de de J. Allen St. John, dont nous allons très succinctement résumer la vie.
"Très jeune, influencé par sa mère artiste et ses relations de Bohême, il déçu son père qui l'aurait bien vu dans le négoce. Il se retrouva alors, après le lycée, dans un ranch de Californie où vivait son oncle. Là, il fit la connaissance d'Eugène Torrey, peintre, qui l'influencera beaucoup, déterminant définitivement sa carrière d'artiste. Je vous propose l'un de ses tableaux :


Fille assise à l'extérieur de la mission en pisé

Il retourna en 1891 à New York où il publia finalement ses premières illustrations en 1898, pour le Herald. Il commença à illustrer des ouvrages, livres, journaux et à 30 ans ouvrit son propre studio d'art. Après un aller-retour de 2 ans en France, ce fut en 1915 qu'il commencera à illustrer les Tarzan avec les têtes de chapitres pour The Return of Tarzan d'Edgar Rice Burroughs chez McClurg Publishing. Voici l'une de ses illustrations pour l'un des livres de "John Carter" et une autre pour "Tarzan" :

Pour Swords of Mars de 1936 et pour Tarzan at the Earth's core de 1930.


Puis, en plein cœur de la Grande Guerre, il se décidera à donner des cours à des classes de peinture et d'illustration au Art Institute of Chicago : il le fera jusque dans les années 50. Mais la Grande Dépression l'obligea à se tourner vers d'autres sources de revenus. Ce sera donc réellement à partir de ce moment qu'il commencera à illustrer les fameux pulps : Boy's World, Amazing Stories, Fantastic Adventures, Magic Carpet et Weird Tales, puis à partir des années 40 : Amazing Stories, Fantastic Adventures, Fate, Other Worlds, et Mystic Magazine. Il décédera à Chicago, la ville où il est né."
Pour le plaisir des yeux :


La Bacchante de 1909, qui est en fait une reproduction à son goût du tableau d'Arthur Wardle (1864-1949).


Nous arrivons à présent à la sixième histoire de Conan : The Queen of the Black Coast.
Grâce à la précieuse étude de M. Louinet, "nous découvrons que c'est vers cette période qu'il y eut une censure sur les récits d'Howard, comme le prouve certains manuscrits.
Bêlit avait pour nom, dans la toute première version, Taméris" – à rapprocher de Taméra, la femme ardemment désirée dans People of the Dark – "et elle nous avoue qu'elle est vierge puis, plus loins dans l'histoire, elle adjure Conan ainsi  : "Prends-moi, écrase-moi, « fais-moi mal » de ton amour ardent", etc... Le "fais-moi mal" a été ôté. Mais en l'absence du manuscrit final (perdu au fond d'une collection privée) impossible de dire qui de l'auteur ou du rédacteur en chef est l'auteur de ces coupes claires."

The Queen of the Black Coast paraîtra dans le Volume 23, numéro 5 du mois de mai 1934, c'est-à-dire après cinq autres nouvelles ultérieures à celle-là, mais publiées antérieurement.


Est-il franchement besoin de présenter cette image? Voici les autres histoires de ce pulp :
"Vampires of the Moon" (Partie 1 de 3) par A. W. Bernal, "Scarlet Dream" par C. L. Moore, "The Satanic Piano" par Carl Jacobi, "Incubus" par August Derleth (poème), "Satan's Garden" (Partie 2 de 2) par E. Hoffmann Price, "Bellowing Bamboo" par Anthony Rud, "Mementos" par Marie W. Linne (poème), "The Tomb-Spawn" par Clark Ashton Smith, "The Gray Death" par Loual B. Sugarman, et "Atavism" par A. Leslie (poème).

La couverture est le travail de M. Brundage, mais cette fois-ci, les illustrations intérieures pour cette aventure seront le fait de Hugh Rankin (1878 – 1956).




Il sera l'illustrateur de la majorité des histoires de Conan publiées dans Weird Tales. Il illustrera aussi le premier numéro de Shadow Kingdom où apparaît le roi Kull. Howard dira des Conan de Rankin qu'ils étaient trop latinisés.


Les références étant les mêmes que le premier message, je ne les rajoute pas.

Sitographie :

Les rétrogaleries : sur Margaret Brundage.
Junglefrolic : sur Margaret Brundage.
Vanguard production : un recueil sur la dame des pulps!
ERBzine : sur Allen St. John, avec de superbes galeries.
gwthomas : sur Rankin.


À suivre...


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MessageSujet: CONAN LE CIMMERIEN   Ven 1 Fév - 16:34

Vraiment passionnant ! J'aime beaucoup les infos et parallèles avec ce magazine atypique que fût Weird Tales. C'est tout un petit monde d'auteurs, d'écrivains, d'éditeurs et d'artistes qui s'agitait autour du "unique magazine".
Pour l'anecdote, les scènes de fouet entre femmes étaient fréquentes dans les histoires de Conan : Tananda et Diana dans "le groin dans les ténèbres", Valéria et Yasala dans "les clous rouges", Zeriti et Ruffia dans "des éperviers sur Shem", Talis et Natala dans "l'ombre de Xuthal"...
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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Sam 23 Fév - 1:50

Introduction - Partie III : De Blak Colossus à The Pool of the Black One




Alors que The Queen of the Black Coast avait été achevée en août de l'année 1932, Robert Erwin Howard se lança immédiatement dans l'écriture d'une histoire nouvelle. Sous le coup de l'inspiration? Certainement! Mais aussi plus que probablement influencé par l'un des romans de Sax Rohmer : The Mask of Fu Manchu, sorti peu de temps auparavant,


(Le lien vers Wikipedia)

Howard décida que le sujet de sa prochaine nouvelle serait la réincarnation d'un prophète voilé qui, de part la seule rumeur de sa venue, serait à même de rassembler tous les peuples du désert et ainsi de faire peser une lourde menace sur les peuples hyboriens. Elle fut écrite entre le mois d'août et le mois de novembre 1932.

Cette nouvelle est intéressante à plus d'un titre car, comme le démontre fort bien M. Louinet, REH s'attacha à contrôler le sexe et la violence de son histoire. Certaines scènes de flagellation disparurent, alors qu'à l'inverse une fin plus suggestive remplaça celle du premier jet, abrupte : il avait compris que le sexe pouvait vendre, et que ce qui gênait son éditeur, ce n'était pas les scènes torrides entre les protagonistes, mais le langage cru, c'est-à-dire une manière directe de présenter les choses. Car si l'on ne peut changer les mots, chacun est libre d'imaginer une description comme bon lui semble. C'est ainsi que Black Colossus n'eut aucun mal à se faire accepter. Cette histoire paraîtra en juin 1933 dans le volume 21 du numéro 6.



Elle sera la première histoire de Conan à avoir les honneurs de la couverture, mais aussi à être dessinée par M. Brundage, fraîchement engagée par le magazine (voir ci-dessous).
Cette histoire se retrouve à côté des nouvelles suivantes : Golden Blood (Partie 3 de 6) par Jack Williamson ; The Iron Man par Paul Ernst (déjà?^^); The Crawling Curse par Hugh B. Cave ; Genius Loci par Clark Ashton Smith ; The Dwellers in the House par Sophie Wenzel Ellis ; A Sprig of Rosemary par H. Warner Munn ; The Last Drive par Carl Jacobi ; Nellie Foster par August W. Derleth et The Floor Above par M. Humphreys.

Une fois encore, l'illustration intérieure reviendra à Jayem Wilcox, dessin que je n'ai malheureusement pas pu trouver. En remplacement, je vous propose ici une des illustrations en noir et blanc de ce numéro pour la nouvelle Genius Loci :



Les deux mois qui suivirent furent pour Howard l'occasion de laisser la « machine » Conan se dérouler toute seule. C'est ainsi que successivement il écrivit trois nouvelles histoires du cimmérien. Tout était rôdé : l'univers, le personnage, l'ambiance et les jeunes filles plus ou moins habillées. Et cela tombait plutôt bien pour le magazine qui avait besoin non pas d'histoires littéraires, mais d'histoires faciles et qui se vendaient bien. La preuve ? Alors que Shadows in the Moonlight, The Slithering Shadow et The Pool of the Black One furent écrites après The Queen of the Black Coast, cette dernière sera publiée à la suite de ces trois histoires là, devant attendre 21 mois avant d'être enfin soumise au verdict du public...


Essayons rapidement de comprendre pourquoi :

Nous sommes en 1932, 1933. Et il est ici difficile de se faire une opinion correcte tant les témoignages écrits sur la période divergent. Les liens en fin de Publie devraient vous permettre de vous faire une petite idée. Essayons néanmoins succinctement de dresser une ligne médiane.

En 1930, les pulps sont presque à leur plus haut niveau, avec environ 12 millions de numéros par mois édités (dont les rééditions), tous pulps confondus. La chute allait être terrible.
Il faut se rappeler qu'à cette époque les USA (et bientôt le monde) traversent leur plus grande crise, celle du krach boursier de 1929.



Sur le moment, cette crise ne touche que la bourse. Mais elle va contaminer les banques et par les banques toute l'économie et l'infrastructure sociale. Pour une vision rapide de ce phénomène, voir : ce blog.
Il faudra plusieurs mois pour que l'ensemble du pays soit affecté ; c'est pour cela que la crise ne se révélera dans toute son ampleur qu'aux alentours de l'année 1932.
Pour donner une idée de l'envergure du phénomène, en arrondissant les chiffres, en trois ans – de 1930 à 1933 – , le chômage passe de 10% à 25% et ce ne sera qu'en 1954 que les valeurs boursières dépasseront celles d'avant la crise. L'économie et la société vont très mal.



Or, un peu avant le krach boursier, tel que nous l'avons déjà évoqué, les pulps se portaient on ne peut mieux : Amazing Stories tirait à 250 000 exemplaires et les kiosques étaient littéralement saturés de ces journaux bons marchés.






Mais la crise va changer – en partie – la donne. Pour des raisons évidentes de diminution sévère du pouvoir d'achat, il va y avoir une très net perte du lectorat, mais en même temps, celui qui reste et qui continue d'acheter les pulps demeure fidèle. Fidèle aux histoires, fidèles par besoin pour compenser la grisaille du quotidien. Aussi, bien que la chute des ventes soit vertigineuse, elle se stabilise juste en dessous des 9 millions d'exemplaires. Cela représente une perte d'environ 25% des ventes : énorme, mais pas cataclysmique. Donc, pour survivre, les pulps vont devoir évoluer. Ils vont améliorer la qualité de leur publication ; ils vont orienter ces dernières vers ce qui est vendeur, vers les attentes de leur public ; et, via une gestion assez sévère, ils vont parvenir à maîtriser les coûts de production.
Malheureusement, le genre fantastique, lui, sera très durement touché : Amazing Stories, ce géant, ne tire plus à cette date qu'à 25 000 exemplaires...

(Source : John Locke)

Alors, en ces heures sombres, qu'en est-il du Weird Tales ?
Ce pulp a toujours, depuis ses débuts, connu une situation financière difficile. C'est un journal de niche et il n'édite jamais à plus de 50 000 exemplaires mensuels. Pourtant, il saura rebondir et ne sera pas tant que cela affecté par la crise, probablement grâce à une politique éditoriale intelligente et opportuniste : et oui, rappelons-nous que fin 1932, un des changements notables sera l'arrivée de Margareth Brundage, engagée pour dessiner ces couvertures qui seront tant décriées ; elles seront surtout là pour dynamiser les ventes !
Si Howard avait compris que les jeunes filles dévêtues pouvait lui permettre de vendre ses histoires, pour ce qui était des ventes du magazine, ce détail n'échappa pas non plus à Wright.
Néanmoins, passées les années noires et les restrictions indispensables, vers 1934 - 1935, la santé des pulps reviendra au beau fixe pour une temps encore, environ une quinzaine d'années ... jusqu'à l'arrivée de la télévision.


C'est donc en pleine dépression, entre le mois de novembre et le mois de décembre 1932, que furent rédigées les trois prochaines histoires de Conan :

La première de ces histoires sera Shadows in the Moonlight, qui paraîtra dans le Weird Tales 23, n°4, d'avril 1934.



Ce volume contient en outre les histoires suivantes :
Satan's Garden (Partie 1 de 2) par Hoffmann Price ; Black Thirst par C. L. Moore ; Corsairs of the Cosmos par Edmond Hamilton ; The Death of Malygris par Clark Ashton Smith ; Behind the Screen par Dale Clark ; The Cane par Carl Jacobi ; Bells of Oceana par Arthur J. Burks et In Mayan Splendor par Frank Belknap Long (poème).

En plus d'une couverture de Margareth Brundage, où sera représenté la nouvelle de Price, ce sera Hugh Rankin qui se chargera de l'illustration d'en-tête de la nouvelle ;




Puis, dans le même élan, Howard produira The Slithering Shadow, qui paraîtra en septembre 1933 dans le volume 22, numéro 3 du Weird Tales.


Ce Conan sera accompagnée des nouvelles suivantes :
Nostalgia par Mary Elizabeth Counselman (poème) ; The Horror on the Asteroid par Edmond Hamilton ; Malay Horror par Seabury Quinn ; The Return of Andrew Bentley par August W. Derleth et Mark Schorer ; Golden Blood (Partie 6 de 6) par Jack Williamson ; Watcher in the Green Room par Hugh B. Cave ; The Dead Man's Story par Julius Long ; Ballade of Creatures Abroad par Night par Wilfred Blanch Talman (poème) ; Death-Waters par Frank Belknap Long, Jr. ; Deserted House par Marion Doyle (poème) ; A Vintage From Atlantis par Clark Ashton Smith et Rain par Hung Long Tom (poème).
La couverture, est-il besoin de la préciser, sera de Brundage ; et le dessin de présentation de J. Wilcox, que cette fois-ci j'ai le plaisir de vous montrer ;




Et enfin, en octobre 1933, dans le Weird Tales 22, numéro 4, est publié The Pool of the Black One,



avec notamment :
The Vampire Master par Hugh Davison ; The Mansion of Unholy Magic par Seabury Quinn ; The House of the Worm par Mearl Prout ; The Plutonian Terror par Jack Williamson ; The Seed of the Sepulcher par Clark Ashton Smith ; The Black, Dead Thing par Frank Belknap Long, Jr. ; The Cat-Woman par Mary Elizabeth Counselman ; The Ultimate Word par Marion Doyle (poème) et The Festival par H. P. Lovecraft (réimpression).

Une fois encore, couverture de M. Brundage et illustration intérieure de J. Wilcox – une nouvelle fois absente.


Ces trois histoires furent assez vite réalisées. Howard écrivit d'abord un premier jet, puis il en tapa une version définitive à la machine. Il fit de même pour ces trois récits qui, parvenus à Farnsworth Wright, furent immédiatement achetés.

L'année 1932 s'achevait...




Sitographie :

Pour une histoires des pulps - en anglais.
Tableau sur le succès et la chute des pulps - en anglais.
Le cafard cosmique et la Grande histoire des pulps.
The slithering shadow - dans le texte.
Encyclopédie sur la SF - en anglais.
Sources pour les histoires de Conan - en anglais.
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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Mer 24 Avr - 20:43

Conan Introduction - Partie IV : de Rogues in the House à The Vale of Lost Women



Aux alentours de janvier 1933, alors qu'il venait en à peine deux mois d'écrire trois nouvelles de Conan, REH se lance dans l'écriture de ce qui deviendra Rogues in the House. Il l'écrivit non seulement très rapidement (courant janvier donc, mais il semble que l'on ne possède pas les détails quant aux dates précises du travail de réflexion sur cette histoire et de son envoi au Weird Tales), mais fait rare, en une seule fois. Je cite ici Howard qui écrit à son ami Tevis Clyde Smith : « C'est une de ces histoires qui s'est écrite toute seule. Je ne l'ai même pas retapée au propre. Si mes souvenirs sont exactes, j'ai juste effacé un mot pour le modifier et j'ai envoyé la nouvelle telle qu'elle. […] Habituellement, je révise mes Conan au moins une ou deux fois. » (Conan le Cimmérien, éd. Bragelonne 2007, p 566, traduction de Patrice Louinet.)

Fréquemment, on peut trouver, lorsque l'on s'intéresse à la biographie de Howard ainsi qu'à sa correspondance, des références à M. Smith. Faisons une courte halte et tâchons rapidement de présenter ce monsieur. Voici ce que Wikipédia nous apprend (les passages entre crochets étant des rajouts personnels) :
« Tevis Clyde Smith Jr. (1908 - 1984) était un historien américain, un écrivain de fantasie, un poète et un éditeur amateur, plus connu pour son association avec Robert E. Howard [que pour ses écrits propres]. Il a vécu à Brownwood, Brown County, Texas.
Smith a auto-publié plusieurs recueils sur l'histoire, la biographie et la généalogie du comté de Brown, ainsi que d'autres concernant sa poésie et ses nouvelles de fiction. Alors qu'il était jeune, il a collaboré à trois histoires courtes avec Robert E. Howard. Ses derniers écrits se sont concentrés sur son association avec Howard.
Smith a rencontré l'écrivain texan alors que tous les deux étaient à la Brownwood High School [où Howard finira sa scolarité] et ils sont restés amis jusqu'à la mort de ce dernier. À l'époque, Smith avait publié un petit journal amateur [theAll-Around Magazine]. Lui et Howard ont collaboré à une histoire qui était destiné au magazine de Smith, Under the Great Tiger, mais ils abandonnèrent le projet. Smith et Howard eurent d'autres collaborations, dont l'une fut vendue au pulp Oriental Stories. Plusieurs de leurs travaux communs ont été réunies dans Red Blades of Black Cathay et publié par Donald M. Grant, Publisher, Inc en 1971. »
C'est donc très souvent par des lettres écrites à son ami, T.C. Smith, que nous avons connaissance du travail et de certaines des pensées, des envies et des émotions de R.E. Howard.


1-Under the Great Tiger / 2-Pecan Valley Days, de 1956, Trade paperback

Pour en revenir à la nouvelle, force nous est de constater, probablement en raison de la rapidité avec laquelle elle a été écrite, qu'il n'existe pas vraiment de source à laquelle la rattacher.
Un des rares éléments qui fasse saillie, est la présence – particulièrement dramatique – du « singe » Thak. Ce n'est pas la première fois qu'Howard, dans les aventures du Cimmérien, fait appel à un singe géant. Dans Shadow in the Moonlight, Conan affronte une sorte de singe gris dans un « tourbillon de fureur primitive ».
Mais ici, tout autre est la confrontation avec Thak. Celui-ci est qualifié « d'homme-singe » et, je cite ici Nabonidus puis Conan, : « Je pense que d'ici à une centaine de milliers d'années, ils [le peuple dont est originaire Thak] deviendront humains » ; « Ce n'est pas une bête que j'ai tué ce soir, mais un homme » (id., p 383 et p 392).
Or, sur la page web suivante, G.W. Thomas estime que Thak a probablement été inspiré par Heu-Heu, or the Monster (1923) de Sir Henry Rider Haggard.

3- Heu-Heu or the Monster, Grosset & Dunlap Publisher, (1924) reprint. (USA)

Voyons un peu ce qu'il en est en commençant par une rapide biographie (biographie qui est la compilation légèrement remaniée de : La bibliothèque des grandes aventures (sections auteurs britanniques - voir la Sitographie) et de Wikipédia).

Né en 1856, Henry Rider Haggard est notamment connu pour les personnages d'Allan Quatermain, dont Heu-Heu est l'une des dernières aventures, et de She.
Cet Anglais est resté toute sa vie l'un des serviteurs de la puissance britannique. Il a participé activement à la politique impériale anglaise en Afrique du Sud, où il fut successivement secrétaire d’Henry Bulwe, gouverneur du Natal (« la région Est de ce qui deviendra l'Afrique du Sud, entre » 1874-75), puis greffier à la Haute Cour du Transvaal (« région au Nord de ce qui deviendra l'Afrique du Sud », en 1878). À peine eut-il le temps de rentrer en Angleterre pour se marier (1879), qu'il retourna au Natal, jusqu'à ce que les révoltes zouloues et boers le contraignirent à rejoindre la métropole, en 1882.
Haggard entreprit alors l’étude du droit et s’inscrivit au barreau en 1884. Mais sa pratique du métier fut quelque peu décousue en raison du temps passé à l’écriture de ses livres et à se battre pour faire reconnaître les droits d'auteurs de ses œuvres publiées sans autorisation aux États-Unis. Car c'est à partir de cette période qu'il se mettra à écrire, d'abord des essais sur l'Afrique (Cetywayo and his White Neighbours, 1882), puis, rapidement, un premier roman qui lui assurera immédiatement le succès, King Solomon's Mines (1885), et qui sera suivi de nombreux autres.

4-Première édition chez Cassell & Company, 1885
]
5-Édition de 1920 à 1930, chez Collins Publishers, artiste malheureusement inconnu : A. Marro-?

Outre les fictions et les récits de voyages, Haggard écrira deux livres sur l'Armée du Salut (The Poor and the Land et Report on the Salvation Army Colonies, 1905), et plusieurs ouvrages sur l'économie agricole (Rural England, 1902).
Bon chrétien, serviteur de l'Empire, économiste éclairé et spécialiste des problèmes agricoles, Haggard multipliera les missions pour le gouvernement, ce qui lui vaudra d'être fait chevalier à deux reprises.
Les romans de Henry Rider Haggard contiennent certes de nombreux préjugés caractéristiques de la culture coloniale britannique de l'époque, mais ils témoignent néanmoins d'une grande sympathie envers les populations locales. Maître du roman populaire, H. Rider Haggard a créé une mythologie promise à un grand avenir, notamment à travers son héritier Edgar Rice Burroughs : une Afrique mythique, nourrie de millénaires de fantasmes, de nostalgie, de désir et de peur.
Henry Rider Haggard mourra en 1925.


6-Heu-Heu ou le monstre, éd. belge Recto-Verso, coll. Ides et Autre, mars 1997

Heu-Heu, or the Monster a été « feuilletonisé » de janvier à mars 1924 dans le Magazine Hutchinson, tout en étant édité en roman par les éditions Hutchinson le 29 janvier de la même année. (Je me base ici sur des informations en anglais. Un site français, voir iconographie 6., donne une année et une maison d'édition différente. Ce site - consacré à King Kong - fait un lien intéressant entre Heu-Heu et King Kong justement et donne un résumé de l'histoire de Heu-Heu qui recoupe celui en anglais.) Cette histoire se déroule avant la découverte des mines du roi Salomon et Heu-Heu est une sorte de démon-dieu d'origine préhistorique vénérée par les indigènes africains.
Pour résumer extrêmement rapidement, disons que le héros est d'abord confronté à « l'effroyable peinture rupestre d'un gorille monstrueux connu sous le nom de Heu-Heu, lequel ressemble à un homme singe hideux et diabolique arrachant la tête des épaules d'un homme » (traduit à partir du site ReoCities, voir la Sitographie). Par la suite, il rencontrera le prêtre Dacha, prêtre qui sert le Dieu-singe Heu-Heu, et dont les légendes et les représentations font frémir. Mais, lors du sacrifice rituel d'une jeune fille, Allan Quatermain finira par découvrir que singe et prêtre ne font qu'un. Et l'implication de Quatermain mettra fins aux agissements de Dacha.

Le rapport qui semble exister n'est pas tellement lié au fait qu'un terrible singe soit présent (de manière réelle ou virtuelle), mais plutôt qu'il y a là une étonnante connexion prêtre-singe. Chez Haggard, le prêtre se fait passer pour le singe ; chez Howard – et cela est bien plus puissant, bien plus angoissant, et répond finalement à l'attente « fantastique » des lecteurs – le singe se fait passer pour le prêtre.
Le tout, en fait, est de savoir si Howard avait lu Haggard avant d'écrire sa nouvelle. François Truchaud dans Horizons perdus nous dit : « Citons les autres écrivains favoris d’Howard, de langue anglaise : Conan Doyle, Jack London, Mark Twain, Sax Rohmer, Jeffrey Farnol, R.W. Chambers, Rider Haggard (je souligne), Kipling, Sir Walter Scott, Lane-Poole, Jim Tully, Ambrose Bierce, Arthur Machen, Edgar Allen Poe, et H.P. Lovecraft. » Gageons donc qu'il l'ai lu. Il ne lui aura alors suffit que d'une simple pirouette et de son talent naturel pour faire surgir Thak ! Et ce serait dans un tel cas, un bon exemple permettant de comprendre, de voir de visu, comment un auteur peut en influencer un autre, d'apercevoir les emprunts et la création. Mais ceci, malgré tout, reste du domaine de la pure spéculation.


7-Heu-Heu, Hutchinson, 1924 (seconde édition)

Rogues in the House fut acceptée sans problème par le magazine Weird Tales. Ce point a son importance, nous le verrons dans la Première Transition. Elle sera publiée un an plus tard, en janvier 1934, dans le volume 23, numéro 1.

8-Weird Tales - vol 23, #1, 1934

Voici les autres auteurs de ce numéro et leurs récits ou poèmes :
The Solitary Hunters (Partie 1 sur 3) par David H. Keller ; The Red Knife of Hassan par Seabury Quinn ; Place Names par Katherine van der Veer (poème) ; Invaders of the Ice World par Jack Williamson ; Too Late par Alfred I. Tooke (poème) ; A Phantom in the Sky par Dale Clark ; The Weaver in the Vault par Clark Ashton Smith ; The Vampire Master (Partie 4 sur 4) par Hugh Davidson ; In the Triangle par Howard Wandrei ; Candles par Dorothy Quick (poème) ; The Woman of the Wood par A. Merritt et Possession par Julius Long.

La couverture pour ce numéro a été assurée par M. Brundage et l'illustration intérieure qui nous occupe, le fait de Hugh Rankin.


9-Rogues in the House : He dropped her with...

L'année précédente, REH avait commencé à s'intéresser de près à sa région natale, le Texas. Il avait dans l'idée de pouvoir s'en servir comme cadre plus ou moins direct, plus ou moins lointain pour certaines de ses nouvelles ; une source d'inspiration en quelque sorte. Or, de sa correspondance, il ressort que pour certaines anecdotes bien précises, il réalisa « un véritable travail de documentation » (id. p 568). C'est ainsi qu'il en vint à bien connaître l'histoire de Cynthia Anne et John Richard Parker qui furent capturés par les Comanches lors du Massacre de Fort Parker.

Je vous invite à lire l'annexe 1 qui relate ces événements.

Malheureusement, les motivations et en partie les péripéties résultant de cet assaut, ne correspondent pas à celles identifiées par Howard et qu'il livre dans une lettre à August Derleth. À part quelques erreurs minimes (comme l'âge de John à qui il attribut 6 ans et non 5), il relate une vision manifestement fausse de la rencontre entre John et la jeune mexicaine Juanita Espinosa, puisqu'il déclare : « La vue d'une jeune mexicaine […] retenue captive par les peaux-rouges, réveilla son héritage racial assoupi. Il s'échappa de la tribu, emportant la jeune fille avec lui [...] » (id. p 568).
Or, comme on peut le lire dans l'annexe 1, c'est la variole et non un quelconque héritage racial qui favorisa leur rencontre, John devant être trop malade pour seulement penser à tomber amoureux. Il ne s'échappa pas, mais il fut abandonné (ou, à tout le moins, laissé) par les Comanches qui craignaient de contracter à leur tour la maladie et ce sont ces même Comanches qui lui laissèrent une des captives ; il ne la soustraya pas de leurs griffes comme le commentaire d'Howard peut le laisser supposer. On le voit donc ici, il y a un contresens manifeste. Mais d'où peut-il bien provenir ?
Ce contresens n'est évidemment pas né de la traduction. Il lui faut donc avoir une origine interne. Aussi, soit il y a eu une erreur parmi les sources d'Howard ; soit il y a eu une erreur (volontaire ou non) commise par Howard lui-même. Peut-être n'a-t-il vu dans cette histoire que ce qu'il voulait bien voir. À moins, bien sûr que ce soit mes propres sources (voir la sitographie ci-dessous) ou ma traduction qui soient en cause. Je l'ignore, ne possédant pas assez d'éléments pour trancher. Mais la question soulevée ici me paraît intéressante, car elle éclaire, me semble-t-il, d'un jour différent le travail d'Howard. Personnellement, il me paraît plus plausible de considérer que l'erreur s'est produite du côté du Texan, quelle qu'en soit la raison. Et c'est donc cette approche des sources que je conserverai pour la suite.

On l'a vu, l'origine même de l'histoire est donc naturellement détournée pour être ensuite réduite à sa plus simple expression : Conan doit sauver un femme blanche des griffes d'un peuple noir. C'est donc ainsi que fut écrite – grosso modo – à partir de cette étonnante idée et de ce canevas fort mince, la nouvelle The Vale of the Lost Women, aux alentours de février 1933.
Malheureusement, la construction pour le moins décousue de cette histoire où les événements s'amalgament sans vraiment jamais se lier et où, nous venons de le voir, les ressorts dramatiques de l'intrigue restent particulièrement succincts, amène M. Louinet à penser que F. Wright la jugea trop faible pour pouvoir être acceptée. C'est donc d'un refus qu'hérita en l'occurrence REH. Et c'est ce refus qui va entraîner pour notre auteur l'arrêt temporaire des écrits ayant Conan pour personnage principal. C'est ce que nous essayerons d'analyser, mais pas uniquement, dans l'article suivant, qui sera en fait une courte transition avant de reprendre cette Introduction.


10- Image tirée de « Conan l'avventuriero », Fantacollana.Nord éditions




*****

ANNEXE 1



11- Old Fort Parker

Le massacre de Fort Parker est un événement de mai 1836 où, lors d'un raid effectué par des Amérindiens, les membres de la famille Parker, des colons, ont été tués. C'est pendant cette attaque qu'une fillette de 9 ans, Cynthia Ann Parker, a été capturée et a passé la grande majorité du reste de sa vie avec les Comanches. Elle épousa un chef, Peta Nocona et donna naissance à un fils, Quanah Parker, qui allait devenir le dernier chef des Comanches.


12- Quanah Parker
Son frère, John Richard Parker, qui a également été capturé, fut racheté au bout de six ans, mais incapable de s'adapter à la société blanche, il retourna vers les Comanches.


L'histoire
Fort Parker a été bâti à environ deux miles (3 km) à l'ouest de l'actuelle Groesbeck, Limestone County, Texas, par John Parker l'ancien (1758-1836), ses fils, Benjamin, James et Silas, ainsi que d'autres membres de l'Église baptiste des pèlerins de la prédestination de Crawford County dans l'Illinois. Dirigée par John et Daniel Parker, ils sont arrivés au Texas en 1833. La branche de Daniel s'est d'abord installée dans le comté de Grimes, pour ensuite déménager à Anderson County près de l'actuelle Elkhart et y a fondé une Église de pèlerins. La branche de John Parker l'ancien s'est installée près du cours supérieur de la rivière Navasota, et y a construit un fort pour garantir leur protection face aux Amérindiens. Il a été achevé en mars 1834. Les murs d'enceinte, hauts de 12 pieds (4 m), de Fort Parker se referment sur une superficie de quatre acres (16 000 m²). Deux blockhaus furent aménagés aux angles de manière à obtenir des postes de surveillance et six cabanes furent fixées sur les parois intérieures. Le fort avait deux entrées, une grande double-porte face sud et une petite porte afin de permettre un accès facile à la source. La plupart des habitants de ce fortin faisaient partie de la famille étendue de John et Sarah Parker.


13- Old Fort Parker postcard aerial view

Le massacre
Bientôt les colons construisirent leurs maisons et cultivèrent leurs champs. Plusieurs avaient construit des cabanes sur leurs fermes et utilisaient le fort comme moyen de protection. Des traités de paix furent conclus avec les chefs amérindiens des alentours. Peut-être que les habitants du Fort Parker s'attendaient à ce que les autres tribus honoreraient également ces traités. Les habitants du Fort Parker avaient aussi autorisé une compagnie de Texas Ranger à utiliser le Fort. Les colons n'avaient peut-être pas compris la haine de nombreux Amérindiens pour les Texas Rangers en raison de leur lutte contre les Indiens.


14- Drapeau Blanc / 15- Drapeau Comanche

Le 19 mai 1836, un grand groupe d'Amérindiens, dont Comanches, Kiowas, Caddos et Wichitas, attaquèrent les habitants de Fort Parker. Dans ses mémoires, Rachel Plummer a écrit que « la minute d'avant, les champs (en face du fort) étaient dégagés et l'instant d'après, se trouvait en face du fort plus d'Indiens que je le croyais possible. »

Un des Indiens s'est approché du fort avec un drapeau blanc. Personne ne croyait que ce drapeau pouvait être authentique. Silas Parker voulait que les cinq hommes présents dont celui sur les murs se battent du mieux qu'ils pouvaient. Benjamin Parker estima qu'en sortant, il pourrait gagner du temps afin de permettre à la majorité des femmes et des enfants de fuir par l'arrière via la petite porte. Il a considéré qu'il n'y avait tout simplement aucun moyen pour que cinq hommes seulement soient en mesure de retenir les Indiens plus d'une seconde ou deux, puisque ces derniers pourraient utiliser des cordes pour escalader les murs. Il a aussi jugé que le « parti pour la guerre » indien tuerait tout le monde dans le fort, ainsi que les hommes encore sans méfiance dans les champs. Il a enfin fait valoir avec Silas qu'ils devraient donner leurs vies pour que tout le monde puisse gagner un peu de temps. Tout comme Benjamin, leur père se rendit à ces raisons.

Benjamin savait qu'il allait être tué. Selon le récit de Rachel Plummer, Benjamin revint au fort, après son premier entretien avec le « parti de la guerre » et il dit à son frère et son père qu'il croyait qu'ils seraient tous tués et qu'ils devraient rapidement courir vers les bois. Silas argumenta encore avec lui, affirmant qu'ils devraient fermer la grande porte et placer les hommes sur les murs. Ben fit alors remarquer, à juste titre selon Rachel, qu'il n'y avait plus le temps et que leur « destin avait été fixé." Il lui dit : « court petite Rachel, court pour ta vie et ton enfant à naître, court vite et court maintenant ! » Puis Benjamin se retourna et alla hors du fort. Rachel a ensuite raconté comment Silas lui dit de regarder la grande porte, après que Benjamin s'en fut sorti pour parler aux Indiens une deuxième fois, alors qu'elle ne voulait que fuir, pendant qu'il courait attraper son fusil et son sac de poudre. Elle rapporte les dires de son oncle Silas à ce moment : « Ils vont tuer Benjamin ; et moi après. Mais, par Dieu ! je vais faire de même pour au moins l'un d'entre eux. » À ce moment, elle dit avoir entendu que l'on poussait des cris à l'extérieur du fort, puis les Indiens furent à l'intérieur.


16- Fort Parker Massacre, 1912
Les 3-5 minutes achetèrent assez de temps pour que la majorité des femmes et des enfants puissent s'enfuir. Rachel Plummer, qui était enceinte, avait peur de n'être pas en mesure d'y parvenir tout en portant son fils de deux ans, aussi resta-t-elle dans le fort. Elle commença à courir en tenant la main de son petit garçon lorsqu'elle vit les Indiens entrer dans le fort, tandis que derrière elle, dit-elle, elle vit Benjamin transpercé par lances des Indiens ; et puis elle entendit « le défi d'Oncle Silas, criant comme s'il avait mille hommes avec lui. Hélas, il était seul et bientôt mort ». Lucy Parker, qui avait aussi un petit enfant, s'arrêta de tergiverser avec son mari Silas, le priant de fuir avec elle. Elizabeth Duty Kellogg s'arrêta pour ramasser son épargne, 100 dollars en monnaie, avant de tenter de s'échapper.

Benjamin Parker fut tué et avant que les portes du fort ne fussent fermées, les agresseurs se précipitèrent à l'intérieur. Silas Parker, qui était à l'extérieur avec son frère, fut tué avant d'avoir été en mesure de revenir dans le fort. Samuel Frost et son fils Robert furent tués au niveau des portes, alors qu'ils tentaient de s'enfuir. Les organes génitaux de John Parker furent coupés, fourrés dans sa bouche avant qu'il ne soit scalpé puis mis à mort. Sa femme sorti du bois lorsqu'elle vit la torture de son marri et fut capturée. Lucy Parker et ses deux plus jeunes enfants furent d'abord capturés, mais ils furent tous les trois sauvés par Luther Plummer comme il courait hors du fortin en direction des champs. Cependant, ses deux aînés (ceux de Lucy), tout comme la femme de Luther (Rachel) et son fils, ainsi qu'Elizabeth Kellogg furent effectivement capturés.

Le Fort Parker comptait 34 personnes, dont seulement une quinzaine en état de combattre et dû faire face à une force de 100 (le plus probable) à 600 Amérindiens.
En tout, cinq hommes furent tués, d'autres furent laissés pour morts, deux femmes et trois enfants furent capturés et le reste se sauva dans le désert.

Les tués furent Samuel Frost, Robert Frost, Benjamin Parker, John Parker, Parker et Silas. Les capturé furent Elizabeth Kellogg, Cynthia Ann Parker, John R. Parker, Rachel Plummer et James Pratt Plummer. Ils ont tous été rachetés ou libérés plus tard. Leur captivité a duré plusieurs années, à l'exception de Mme Kellogg, dont la rançon a été payée dans les 3 mois.


17- Comanche Warriors

La captivité de John Parker
La population Comanche a pu croître en grande partie grâce à l'adoption au sein de la tribu des femmes et des enfants capturés, les premières comme esclaves reproductrices et les seconds comme membres de la tribu. Les Comanches font peu de distinction entre des membres de la tribu qui seraient nés en son sein et ceux adoptés par la suite. Avant leur puberté, les enfants sont testés pour leur intelligence, leur force et leur courage, et si tout parait convenir, ils sont adoptés par la tribu qui leurs apprend à être des guerriers. Les hommes adultes capturés vivants sont généralement tués, tandis que les femmes « post-adolescentes » doivent s'attendre au viol collectif et à l'esclavage.

Parker (5 ans) a été élevé par les Comanches, tout comme sa sœur et son jeune cousin, James Pratt Plummer (1 an). Les deux garçons ont été rachetés en 1842, soit sept années après leur enlèvement. Plummer est retourné chez son grand-père et a réussi à se réadapter à la société blanche, mais Parker en a été incapable et il s'enfuit de chez sa famille pour retourner chez les Comanches.


Dans l'ancien Mexique
Comme l'ont fait la plupart des jeunes Comanches, Parker participa à de nombreux raids au Mexique pendant la pleine lune de Septembre, la "Comanche Moon", lorsque des raids redoutables de Comanches dévastèrent littéralement le Mexique. Lors d'un de ces raids, Parker contracta la variole. Les Comanches revenaient d'un pillage avec des captifs, des chevaux et autres rapines, mais ils s'arrêtèrent brièvement lorsque Parker devint trop malade pour rester en selle, quelque part au nord du Rio Grande, dans l'Ouest texan. Les Comanches, terrifiés à l'idée de contracter ce tueur redoutable qui avait éradiqué plus de la moitié de la tribu lors d'années d'épidémie, chevauchèrent loin de l'infection, laissant Parker seul avec une fille qu'ils avaient capturé pour prendre soin de lui : Juanita Espinosa. Plutôt que de tenter de retourner dans sa famille, la jeune fille soigna Parker jusqu'à sa guérison. Il est ensuite retourné au Mexique avec Juanita et la rendit à sa maison et à sa famille, et plus tard, il l'épousa.

*****


Sitographie

ReoCities de Noel Cox : le résumé de l'histoire de Heu-Heu.
Bibliothèque des grandes aventures - Auteurs britanniques : l'une de mes sources pour la biographie de H.R. Haggard.
RG. Library : le roman de Heu-Heu en langue anglaise.
PhénixMag : deux critiques des livres de Haggard.
La SF de Robert : Alain Quatermain - Découverte des mines du roi Salomon, en français.
The Cimmerian : à regarder pour sa description du All-Around Magazine.
Rogues in the House : Rogues in the House, en langue anglaise.
The Vale of the Lost Women : The Vale of the Lost Women, en langue anglaise.
Les chroniques némédiennes : le texte de François Truchaud, Les horizons perdus.
Wiki sur Thak : anecdotique.
Cynthia Parker : source pour ma traduction sur le Massacre de fort Parker.
John Parker : source pour ma traduction sur les origines de la nouvelle The Vale of the Lost Women.
Old Fort Parker : le site officiel du vieux fort Parker, d'où j'ai pris deux photos.


Iconographie

1- Under the Great Tiger
2- Pecan Valley Days
3- Heu-Heu, or the Monster
4- King Solomon's Mines, première édition
5- King Solomon's Mines, édition de 1920, artiste inconnu
6- Heu-Heu, ou le monstre
7- Heu-Heu, seconde édition
8- Weird Tales vol 23, #1
9- Rogue in the House : He dropped her with...
10- Conan l'avventuriero
11- Old Fort Parker
12- Quanah Parker
13- Old Fort Parker postcard aerial view
14- Drapeau blanc
15- Drapeau Comanche
16- Fort Parker Massacre 1912
17- Comanche Warriors
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MessageSujet: CONAN LE CIMMERIEN   Jeu 25 Avr - 18:29

L'homme-singe est une créature récurrente des aventures de Conan. Suite à cette histoire Le rendez-vous des bandits (The rogue in the house), le cimmérien en retrouvera dans Les joyaux de Gwahlur, dans Le kriss ou encore la longue histoire de Conan le conquérant. Howard situe même une région du monde hyborien, les montagnes himéliennes, où rôderaient "les grands singes gris mangeurs de chair humaine". Sans oublier Les ombres de Zamboula où il affronte Totrasmek, grand-prêtre du dieu-singe Hanuman.
La créature du rendez-vous des bandits est sans doute la plus évoluée, adoptant un comportement humain, se faisant passer pour son maître humain, Nabodinus, et étant dotée d'une mémoire et intelligence assez poussée. En fait, un être à mi-chemin entre le singe et l'homme effectivement.
Cette histoire est l'une des plus connues de Conan, avec cette fameuse maison, truffée de pièges et systèmes ingénieux, gardée par cette créature étrange, où les protagonistes finissent par tous se retrouver piégés au cours d'une nuit riche en péripéties.
Frazetta l'illustrera par une de ses oeuvres les plus fameuses, éclatante de vie et de force, représentant la lutte entre Conan et Thak, ce dernier empêtré dans une grande tenture rouge :

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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Jeu 25 Avr - 20:35

J'avais réalisé une petite vidéo avec des images de Conan. Voici la "bête" :

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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Ven 26 Avr - 10:47

@ VS : merci pour ces précisions Wink.

Voyageur Solitaire a écrit:
La créature du rendez-vous des bandits est sans doute la plus évoluée, adoptant un comportement humain, se faisant passer pour son maître humain, Nabodinus, et étant dotée d'une mémoire et intelligence assez poussée. En fait, un être à mi-chemin entre le singe et l'homme effectivement.

Absolument. J'ai pas mal hésité avant d'incorporer l'histoire de Heu-Heu dans cette visite des origines de Conan : trop lointain, un lien bien trop mince pour pouvoir être mis en avant. Et puis en y réfléchissant, j'ai remarqué cet effet de correspondance dans le « déguisement » de l'un en l'autre. Si ce n'est pas une preuve de la filiation, c'est un indice qui cette-fois-ci m'a paru suffisamment motivé pour être présenté.
Ce qui me frappe, en fait, c'est l'utilisation de l'homme-singe : Heu-Heu* en 1923, Thak en janvier 1933 et King Kong en avril 1933 (inspiré d'un fait réel de 1925). J'aimerais bien savoir où en était la recherche archéologique à cette époque, et ce que l'amateur intéressé pouvait en savoir... Le fait que - apparemment - les gorilles aient été redécouverts au début du XXe siècle : « Méconnus ou craints, les grands gorilles africains ont été redécouverts au xxe siècle » (Encyclopédie Larousse en ligne), peut peut-être expliquer en partie la fascination qu'ils provoquent. Ainsi, attribuer la paternité de ce type d'histoire à un auteur, ce serait faire fausse route ; il faudrait plutôt y voir un engouement social.

La grande tenture rouge, comme tu dis, ce n'est pas en fait la robe écarlate de Nabonidus ? En tous les cas, le dessin de Frazetta pour cette scène est de très loin le meilleur choix possible. J'en ai vu de nombreux dont certains -_-' ... Mais celui-ci reste pour moi le plus chargée d'expressivité. Je ne pouvais pas l'inclure dans l'article en raison de sa nature même (comme le fait qu'il n'y a aucune image pour The Vale of the Lost Women, puisque la nouvelle ne fut pas publiée). Il nous faudra donc attendre un peu.

* Précision de l'auteur (je ne traduis pas, c'est de l'anglais facile) :
The author wishes to state that this tale was written in its
present form some time before the discovery in Rhodesia of the
fossilized and immeasurably ancient remains of the proto-human
person who might well have been one of the Heuheua, the "Hairy
Wood-Folk," of which it tells through the mouth of Allan
Quatermain.

@ Gorak : je ne peux malheureusement pas voir ton montage, car je cite l'écran qui apparaît : « Cette vidéo inclut du contenu de EmpireDi et de UMG. Au moins un de ces propriétaire l'a bloqué dans votre pays pour des raisons de droits d'auteurs ». Ce qui m'énerve profondément car je possède surement tous les droits nécessaires, ayant tous les Conan en vidéo et même en plusieurs langues ... Cette histoire de droit d'auteur commence sérieusement à me taper sur le système.
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MessageSujet: CONAN LE CIMMERIEN   Ven 26 Avr - 17:13

Effectivement, il s'agit bien de la robe du prêtre porté par Thak. J'ai été induit en erreur par le fait que Conan jaillissait de derrière un grand rideau pour l'attaquer, autant pour moi.
Pour l'illustration, dans la biographie consacrée à Frazetta, ce dernier indique clairement cette oeuvre comme une de ses préférées. Le maître était sensible à la diagonale formée par le vêtement écarlate entre les deux personnages et le mouvement que cela donnait à l'ensemble.
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MessageSujet: Re: CONAN LE CIMMERIEN   Ven 14 Avr - 10:01

Damocles, un contributeur de La Taverne, a pondu un article sur les jeux vidéo inspirés de notre barbare favori :
Doc Return, « Rewind — Conan et autres ersatz de barbares », Rom Game, 13 avril 2017
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