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 CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE

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Voyageur Solitaire
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MessageSujet: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Mer 28 Mar - 16:18


SOLIMAN LE MAGNIFIQUE


Contemporain de François Ier, avec qui il passera une alliance pour contrer l'influence de Charles Quint, Soliman le magnifique, le "Grand Seigneur", est avec Mustafa Kemal l'un des plus célèbres personnages historiques de la Turquie.
Son règne est l'apogée de l'empire ottoman, un empire qui s'étendait sur une partie de l'Afrique, de l'Asie et de l'Europe de l'Est. Un empire auquel il offrira Belgrade, Rhodes, Budapest, Alger, Bagdad, Tunis... Seul échec : Vienne (Autriche) en 1529. Un empire puissant, mais à la civilisation et à la culture époustouflantes. Istanbul, la capitale, se couvre de monuments magnifiques, grâce à Sinan, l'architecte du règne, qui impose son style, classique, équilibré, plein de grâce et de lumière (qui inspirera un siècle plus tard les concepteurs du Taj Mahal en Inde). Les arts fleurissent, l'administration fonctionne, le commerce prospère... Un empire tolérant également : lorsque les chrétiens "délivrent" l'Andalousie des arabes quelques années plus tôt, les juifs de la province se voient contraints à renier leur foi et se convertir au christianisme ou s'exiler (alors que les musulmans les avaient laissés relativement tranquilles...). Alors, la population juive d'Andalousie s'exile massivement... à Istanbul.
Sur le plan personnel, Soliman détonne : aimant l'art, le luxe, il donne des fêtes fastueuses, boit du vin, fume, entretient une cour brillante et éclairée où sages et érudits côtoient généraux et intriguants. Il dirige l'empire aidé par son grand vizir Ibrahim, décrit par les contemporains comme un homme d'une "stupéfiante beauté". Relation d'une rare complicité : au sein même du palais, Soliman et son vizir s'écrivent des billets quand ils ne peuvent se voir. Il leur arrive d'embarquer tous les deux, seuls, pour un tour sur les eaux du Bosphore, sans gardes ni serviteurs. Si ambassadeurs et observateurs étrangers se posent des questions, les dignitaires ottomans préfèrent se taire : le redoutable étrangleur rôde toujours dans les couloirs du palais avec son petit cordon... Ibrahim épousera même la soeur du sultan, devenant ainsi membre de la famille impériale. Pourtant la succession est assurée par un fils issu de la première favorite.
Tout bascule avec l'arrivée de Hürren, connue en Europe sous le nom de "Roxelanne" ou "Roxanne". Rousse flamboyante et ensorcelante, cette ancienne esclave devient la passion de Soliman, tombé amoureux fou de cette femme. Elle parviendra à écarter la mère de Soliman, redoutable femme de pouvoir, mais aussi Ibrahim qui finira par recevoir la visite de l'étrangleur... Encore plus fort : elle réussira à écarter et éliminer l'héritier légitime au profit de son propre fils. Elle fera également nommer son gendre, Rostam, comme grand vizir. Tout cède devant la flamboyante sultane.
De son côté, Soliman a complètement changé : terminées les fêtes fastueuses et les fastes impériaux. Le sultan s'habille trés simplement, ne boit plus une goutte de vin et fait remplacer par de la porcelaine sa fabuleuse vaisselle d'or et d'argent, avant de virer mystique et de demander des assiettes de terre cuite. La cour, si brillante autrefois, sombre dans l'ennui et la mélancolie sous la fin de règne d'un sultan devenu dépressif et morose.
Le maître de "La sublime Porte" meurt à 72 ans en 1566.


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MessageSujet: LE REPAIRE DE L'HISTORIEN   Sam 31 Mar - 7:09

Pour répondre à YOUPI (voir "Séries historiques"), difficile d'établir un lien entre Haroun Al Rachid et Soliman : les époques sont différentes (le Moyen Age pour le premier, la Renaissance pour l'autre), les civilisations également (arabe et ottomane) de même que les lieux (Bagdad et Istanbul).
Le fait de sortir déguisé (de nuit le plus souvent) était une habitude assez courante semble-t-il. Haroun Al Rachid, Soliman, mais aussi Sélim, Mamhoud II... Les califes et sultans vivaient enfermés au palais et c'était pour eux l'occasion de s'évader, de voir les choses "pour de vrai", le temps d'une nuit. Par souci de discrétion, ils n'étaient souvent accompagnés que d'un homme de confiance, vizir ou ennuque.
Seul point commun à ces deux souverains : un empire éclairé et ouvert, assez tolérant, avec des souverains intellectuellement curieux, une grande avancée dans les arts, la poésie, la culture... tout en restant de redoutables guerriers.
Pour Soliman et son vizir Ibrahim, on en est réduit à des suppositions : pour beaucoup, ils pouvaient donner l'impression d'un couple d'amants par leur complicité, leur entente, la confiance établie entre eux. A partir du moment où Ibrahim fût présenté à Soliman, ce dernier lui fît brûler toutes les étapes pour le propulser au sommet. Dans le même temps, il lui fît occuper des fonctions liées à son service personnel, ce qui permettait à Ibrahim d'avoir accès auprès de son maître et de l'approcher en permanence. Soliman ira même jusqu'à lui faire épouser sa propre soeur, lui faisant ainsi intégrer la famille impériale. Tout celà n'empêchera pas Roxanne de demander la tête d'Ibrahim... et de l'obtenir. Alors, amis/amants ? Comme disait Montaigne :"C'était lui, c'était moi et nous nous sommes rencontrés"...

EDIT : Suite à certaines recherches, je suis tombé sur trois faits assez troublants...
- Premièrement, peu de temps avant l'éxécution d'Ibrahim, Soliman l'aurait invité à manger avec lui à 7 reprises, tous les deux, complètement seuls. De quoi discutèrent les deux hommes durant ces tête à tête ? Mystère.
- Deuxièmement, on aurait retrouvé après l'éxécution d'Ibrahim des lettres de sa main où il disait ne rien ignorer des intrigues contre lui, du danger qu'il courait, mais affirmant qu'il se refusait à fuir à l'étranger et à abandonner son ami.
- Enfin, même si ce dernier point reste aléatoire, c'est après la mort de son ami que Soliman aurait sombré dans la dépression et le mysticisme...
Quand à Roxanne, on a aucune image ou portrait d'elle, il était interdit de portraiturer les pensionnaires du Harem. Le seul témoignage qu'on ait est celui d'un ambassadeur qui l'aurait vu et qui l'a décrit comme étant petite et plus "jolie" que "belle", assez loin de l'image de la flamboyante et ensorcelante favorite.
Etrange triangle amoureux...


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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Dim 1 Avr - 16:56

Merci pour toutes ces précisions VS. Sortir la nuit pour tater le trrain est une bonne idée à suggérer à nos dirigeants Twisted Evil , cela les motivera.
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MessageSujet: LE REPAIRE DE L'HISTORIEN   Mar 1 Mai - 21:15

Plongé dans une biographie de Soliman le Magnifique, j'ai appris avec surprise l'opposition féroce entre la Sublime Porte et... les portugais.
En effet, depuis la découverte du Cap de Bonne Espérance par Vasco de Gama en 1497, ces derniers s'étaient installés dans l'océan indien et avaient établi de nombreux comptoirs commerciaux et places-fortes le long des côtes africaines, à Zanzibar, vers le détroit d'Ormuz, sur les côtes d'Arabie et de Perse (l'actuel Iran)... C'est à dire sur les routes maritimes communiquant avec l'Inde et la Chine et également à portée des villes saintes de l'Islam. Les hardis navigateurs lorgnaient également du côté de l'Inde, ce qui n'arrangeait guère les ottomans. Soliman aurait même envoyé une expédition dans la région, mais son chef se montra si cruel et brutal envers les populations locales que ces dernières se retournèrent contre lui, l'obligeant à faire demi-tour... D'après plusieurs historiens, Soliman aurait un temps caressé le rêve d'Alexandre le Grand, étendre son empire jusqu'en Extrême-Orient. Il y aurait finalement renoncé pour se consacrer à ses conquêtes en Europe orientale.
En tous cas, j'ignorais que la présence portugaise ait été si forte dans l'Océan Indien, allant jusqu'à s'installer au sud de la péninsule arabique, sur les côtes d'Iran, au Mozambique et sur le détroit d'Ormuz.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Mar 1 Mai - 22:40

Les portugais ont révolutionné le monde au XVe siècle grâce à leur génie maritime, à cette même époque ils transformeront et perfectionneront toutes les techniques de construction navale et de navigation connues jusqu'à ce jour.
L'exploration maritime européenne connaîtra alors un essor jamais atteint, ils atteignent le Groënland, puis en 1498, ils sont aux Indes, en 1500 à Terre-Neuve et au Brésil, en 1509 ils sont à Malacca, en 1511, aux Moluques et en Chine, et en 1542 ils seront les premiers Européens au Japon où en introduisant les armes à feu ils bouleverseront l'équilibre politique du pays.
Ils s'imposeront aussi à Calicut sur le grand marché mondial des épices, gagnant par la même occasion argent et fortune.
C'était les plus grands marins du XVe siècle, audacieux, téméraires et obstinés, à partir de là pas étonnant de les voir par la suite installer sur l'Océan Indien, sachant qu'ils avaient aussi connaissance avant 1492 de l'existence d'un continent inconnu au large de l'Océan Atlantique.
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MessageSujet: LE REPAIRE DE L'HISTORIEN   Lun 7 Mai - 20:27

Je viens de terminer une biographie de Soliman le Magnifique. Quelle époque ! L'Europe en pleine Renaissance mais déchirée par les guerres de religion, un empire ottoman régnant sur l'Europe orientale, l'Afrique et l'Asie, les portugais et espagnols à la conquête de nouvelles terres... Et quelle mêlée de personnages extraordinaires ! Soliman bien sûr, Ibrahim, Roxelanne... Mais aussi Hayreddin Pacha, plus connu sous le nom de Barberousse et qui fût le plus grand amiral de l'empire ottoman, gagnant quantité de batailles sur terre comme sur mer. En face, les braves ne manquaient pas non plus : Villiers de l'Isle Adam, presque un vieillard et qui pourtant endura un siège d'enfer avec ses chevaliers de l'ordre de Saint-Jean dans Rhodes assiégée avant de se rendre et d'être traité avec tous les honneurs par les turcs admiratifs... Mais aussi le chef hongrois Paul Tomori qui se battît comme un fauve à la bataille de Mohacs et auquel les chroniqueurs ottomans rendîrent hommage... Ou encore l'amiral Andrea Doria (plus de 50 ans au compteur) qui s'opposa à Barberousse sur mer dans nombre de batailles... L'époque ne manquait pas d'hommes de caractère !
Les arts, les sciences, les techniques et la pensée en plein renouveau dans le fracas des batailles, les guerres de religion et la découverte du nouveau monde... Léonard de Vinci, les artistes de la Renaissance, Erasme, Machiavel, Thomas Moore, Luther et Calvin, les ambitions de Soliman, François Ier et Charles Quint, la conquête du Nouveau Monde, les portugais jusqu'au Japon, Java et Sumatra... Une époque qui donne le vertige.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Lun 7 Mai - 21:26

Voyageur Solitaire a écrit:
Ou encore l'amiral Andrea Doria (plus de 50 ans au compteur) qui s'opposa à Barberousse sur mer dans nombre de batailles... L'époque ne manquait pas d'hommes de caractère !

Si je suis tout à fait d'accord avec ton appréciation, en général, sur l'époque, il me semble que tu surévalues Andrea Doria… c'était, certes, un bon navigateur dans les eaux troubles de la politique, mais comme amiral
- à Preveza ( 1538 ) il a refusé de s'engager sérieusement contre les Turcs en laissant, en bon Génois qu'il était, les Vénitiens supporter l'essentiel du combat; le résultat en a été la domination de la Méditerranée Orientale par les Turcs jusqu'à Lépante.
- à Lépante ( 1571 ) il a laissé dériver les navires de l'aile droite qu'il commandait sans intervenir en laissant le reste de la flotte se battre seul et se faire prendre de flanc par les corsaires d'Alger; c'est seulement quand il est apparu clairement que la bataille était gagnée qu'il s'est joint à la poursuite des Turcs en déroute.

C'est bien d'avoir des amis pareils, on n'a plus besoin d'ennemis… et réciproquement.
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MessageSujet: LE REPAIRE DE L'HISTORIEN   Lun 7 Mai - 21:50

Ah, merci pour ces précisions que j'ignorais Wink . Il est vrai que ma biographie date un peu (1983)... Mais c'est la seule que j'ai trouvé sur Soliman.
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Gorak

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MessageSujet: ccvvbb   Lun 8 Oct - 22:24



Odalisques et concubines dans l'Empire ottoman

Outre le droit à quatre femmes légitimes, le Turc ottoman se payait le luxe d'entretenir des concubines. Des hauts fonctionnaires et des hommes riches s'achetaient des odalisques pour satisfaire tous leurs plaisirs charnels.

Elles étaient achetées au marché aux esclaves et venaient des Balkans, d'Europe, des pays méditerranéens mais aussi du Caucase, de l'Afrique, de la Russie et de l'Arabie. Elles étaient vendues à Istanbul comme simple marchandise, selon leur beauté et leur nombre.

Leur acquisition se faisait par un sérieux marchandage. On les achetait généralement jeunes, puis elles étaient remises à des odalisques plus expérimentées qui les éduquaient et lorsqu'elles atteignaient l'âge de 15 ou 16 ans, elles devenaient automatiquement des concubines.

Certains vizirs et hauts fonctionnaires possédaient autant de belles odalisques qu'il y avait de favorites dans le harem du Sultan. D'ailleurs, certaines servirent de moyen de corruption au début du règne de Mahmut II. Pour renforcer son autorité, celui-ci n'hésitait pas à offrir de belles concubines à ses ministres, en guise de pot-de-vin quand il en avait besoin.
Grâce à ce moyen, il se maintint quatre ans au pouvoir. Ce vivant marché enrichissait les marchands d'esclaves, parfois certains faisaient une fortune avec la vente d'une seule esclave surtout lorsqu'elle était une blanche et Européenne.

Les Ottomans n'avaient cependant aucun sentiment de racisme en ce qui concernait leurs plaisirs charnels et érotiques. Ils ne faisaient aucune différence de race, de couleur, de langue ou de religion. Leur seul intérêt était d'obtenir celle qu'ils avaient choisi, quels que furent le prix et les interdits.
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MessageSujet: AUTRES CIVILISATIONS   Ven 22 Mar - 22:55

Averroès : l'islam éclairé des 1001 nuits



Averroès (1126-1198) fait partie de ces personnages universels, touche à tout, curieux de tout. Né à Cordoue, il fût théologien, médecin, juriste, penseur...
Averroès était un érudit de premier plan qui étudia la théologie, la philosophie, les mathématiques et la médecine. Il occupa plusieurs hautes fonctions : cadi (juge) de Séville puis de Cordoue et premier médecin à la cour du calife Abú Yaqub Yusuf.
Homme de savoir tolérant et humaniste, très curieux et ouvert intellectuellement, dialoguant avec les théologiens juifs et chrétiens, il est le symbole de l'islam tolérant, ouvert et éclairé des 1001 nuits. Il sera connu, étudié et respecté jusque dans l'Europe médiévale, considéré comme un des pères fondateurs de la pensée laïque. Cet universalisme et sa modernité vont lui attirer les foudres des siens, ses livres seront brûlés, son enseignement rejeté et il sera déclaré hérétique.
Sa vie se situe à une époque charnière du monde arabe : le basculement d'un islam éclairé, ouvert et tolérant vers un certain raidissement idéologique dans une Espagne sous domination maure où les trois religions du livre cohabitent en paix (plus ou moins il est vrai).
C'est l'un des plus grands penseurs de l'Espagne musulmane. Médecin, mathématicien, il s'intéresse à la théologie et à la philosophie et cherche à séparer clairement la foi et la science. Il sera paradoxalement plus étudié et reconnu en Occident (surtout pour ses commentaires sur Aristote) que chez lui où il sera considéré comme hérétique, athée ou débauché.

Averroès reste le symbole d'une civilisation brillante et ouverte, largement en avance dans le domaine de la pensée, de la médecine et des arts, avant de se figer dans le conservatisme le plus intransigeant.

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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Sam 5 Avr - 8:42

Bagdad, la lune de l'univers


Pour le monde médiéval, si Byzance était "le soleil de l'univers", Bagdad en était la lune (par référence au croissant islamique). Capitale de ce que l'on nomme l'Islam éclairé des 1001 nuits, cette très ancienne cité fût, principalement sous le règne d'Haroun Al Rachid, contemporain de Charlemagne, une capitale intellectuelle de premier plan et une ville d'une prospérité insolente.

Bâtie sur les rives du Tigre, la capitale des califes fût non seulement la ville la plus peuplée de l'époque (dépassant un million d'habitants), mais surtout un haut lieu de la production littéraire, scientifique et culturelle de l'époque. Si les califes Abassides dégainaient leur sabre assez facilement, ils n'en étaient pas moins hommes de culture et de savoir. L’école Mustansiriya est considérée comme l’une des plus vieilles universités arabo-islamiques. On y enseignait les sciences de la langue arabe, l'astronomie, les mathématiques et les différentes disciplines de la médecine. Au milieu du IXe siècle est créée La maison de la sagesse où l’on procède à la traduction des grands philosophes grecs et antiques, aux écrits des plus grands médecins, penseurs et érudits de l'Antiquité. Des savants, musulmans, juifs ou chrétiens, viennent de toute l’Europe ou d’autres parts du monde pour y étudier et se spécialiser en médecine, en physique, en astronomie, en météorologie, en mathématiques et dans tous les domaines. On étudie également la science perse, grecque et indienne. Astronomes, mathématiciens, penseurs, lettrés, traducteurs, se bousculent sur les rives du Tigre.

Si Bagdad brille par ses lumières, elle affiche également une prospérité insolente : idéalement située sur la route des caravanes, elle est le siège d'un commerce intense qui remplit ses caisses d'espèces sonnantes et trébuchantes. On y voit même apparaître l'ancêtre du chèque, une sorte de "lettre de change" signée avec un montant et permettant de faire circuler de grosses sommes sans craindre les pillards. Le port de Bassora, tout proche, permet de faire du commerce par mer avec l'Inde, la Chine, le Yemen et l'Afrique. Ces échanges permettent de découvrir également de nouveaux produits, de nouvelles techniques, de nouvelles connaissances...

Tout cela s'effondrera sous les coups des envahisseurs mongols en 1258 : la "capitale de lumière" fût incendiée, pillée, la population massacrée ou déportée. La maison de la sagesse ne fût pas épargnée : tous ses livres, documents et traités furent brûlés ou jetés dans les eaux du fleuve, à tel point que le Tigre était "noir d'encre". La lune de l'univers venait de s'éteindre...
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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Sam 5 Avr - 10:33

Citation :
Bagdad en était la lune (par référence au croissant islamique). Capitale de ce que l'on nomme l'Islam éclairé des 1001 nuits, cette très ancienne cité fût, principalement sous le règne d'Haroun Al Rachid, contemporain de Charlemagne, une capitale intellectuelle de premier plan et une ville d'une prospérité insolente.

... et puis un jour, on y a trouvé du pétrole et depuis les "Mille et Une Nuits" n'existent plus que dans nos songes... hélas.  Sad 
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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Sam 18 Oct - 21:01

Ibadat Kana, la maison de l'adoration


C'est un lieu unique et singulier, autant que celui qui l'a mis en place autrefois. Maître d'un vaste empire, Akbar règne à partir de 1556 sur une mosaïque de peuples et de cultures, de l'Asie Centrale aux rives de l'Inde.
Conquérant impitoyable (Il n'est pas descendant de Tamerlan et Gengis Khan pour rien), il est également humaniste, très curieux intellectuellement et plutôt ouvert d'esprit. S'il empile les têtes tranchées de ses ennemis en pyramides, dans le même temps, il abroge les conversions forcées à l'Islam, interdit les mariages précoces et supprime l'impôt frappant ses sujets non musulmans.

Mais il va encore plus loin en fondant à Fatehpur Sikrî la "maison d'adoration" : un lieu multi confessionel où sont invités les plus grands spécialistes de l'Islam, du christianisme, de l'indouisme, du jaïnisme, du zoroastrisme... Tous ces érudits y sont invités à discuter, échanger leurs points de vue et réfléchir à la religion et ce qu'elle peut enseigner et apporter à l'homme. Essayez de construire un tel lieu aujourd'hui...

C'est donc en 1575 que l'empereur moghôl Akbar édifie ce lieu atypique. Il s'agissait au départ de permettre seulement aux musulmans d'y débattre, mais l'ouverture d'esprit de son fondateur l'ouvrît bientôt à tous les courants et tous les cultes et même, chose incroyable pour l'époque, aux athées. Des quatre coins de l'empire, les plus grands spécialistes de tous ces cultes viennent donc y débattre de Dieu.
Mais Akbar, décidément en plein questionement, va briser l'ultime tabou : à la fin des années 1580, réunissant tout ce qui a été dit dans cette fameuse maison, il crée une religion nouvelle, Din-i-Ilahi (Foi dans le divin), synthèse de tous les travaux de ces érudits et théologiens. L'idée est de réunir en un seul tous les cultes et schémas de pensée des différents peuples de son empire.

Cette religion nouvelle, autant le dire tout de suite, ne franchira pas les murs du palais impérial et ne sera pratiquée que par l'empereur et son entourage et elle disparaîtra avec lui.
Quant à la fameuse maison, elle fût détruite par la suite et on n'a jamais retrouvé la trace de son emplacement.

Le poète Alfred Tennyson lui a consacré un de ses poèmes, Akbar's dream (Le rêve d'Akbar), hommage des siècles plus tard à la tolérance d'un empereur vraiment pas comme les autres.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Ven 31 Oct - 18:25


Qui étaient vraiment les Assassins ?

Le "Vieux de la Montagne" était le chef de la secte islamique des Ismaëliens, vulgairement appelés assassins par les Occidentaux, et qui étendaient leur domination sur une grande partie de la Perse et de la Syrie, faisant trembler les princes francs.

Il s'appelait Hassan Sabbah et résidait à Alamuth.

On dit qu'il surexcitait par le haschich le fanatisme de ses sicaires qui, de ce fait, auraient été dénommés "haschichins" ou "assassins".

Ce qui est faux.

En réalité, le mot arabe assis (au pluriel assassin) signifie tout simplement "garde du corps".

Le mot a pris son sens péjoratif en Occident en raison de la manière froide et méthodique avec laquelle les Assassins tuaient les chefs croisés.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Lun 3 Nov - 21:22

les Assassins étaient des maîtres du déguisement, ils pouvaient par exemple se faire passer pour des prêtres ou des moines de façon crédible.

Ils tenaient à tuer par le poignard quand même cela leur coûtait la vie plutôt que d'utiliser le poison ou d'autres moyens plus discrets.

Hassan Sabba les avait fondés pour soutenir les prétentions des califes fatimides du Caire ( chi'ites )

Ce n'étaient pas que des tueurs cependant, leurs bibliothèques comportaient outre la théologie de nombreux ouvrages d'astronomie, de médecine…

Les Mongols les ont anéantis quand ils ont envahi la Perse.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Jeu 30 Juin - 15:56

Clémence Allezard, « La fabrique de l'exotisme 1/3 : L’Orient, fantasme de l’altérité radicale », Culturesmonde, © France Culture, 27 juin 2016
avec

  • Sonia Dayan-Herzbrun : philosophe et sociologue, professeure émérite à l'Université Paris Diderot-Paris 7 ;
  • Mathias Enard : écrivain ;
  • Claire Gallien : Maître de conférences en littérature et civilisation britannique à l'Université Paul-Valéry Montpellier 3.


Citation :
Tout un courant littéraire et artistique, l'orientalisme, a contribué à répandre une image ambiguë et fantasmée de l'Orient, qui perdure encore aujourd'hui. Comment ce courant s'est-il construit, et en quoi consiste l'image qu'il donne de l'Orient ? Et quels sont ses effets aujourd'hui ?

[…]

Le cinéma, la littérature, la peinture ou encore la musique portent une image d’un Orient fantasmé qui en dit long sur le lien que nous avons entretenu – et que nous entretenons encore – avec ce monde arabo-muslman.

[…]

L’orientalisme, ce mouvement qui a irrigué l’art occidental tout particulièrement au XIXe siècle a été l’origine de toute une série de représentations : tantôt un Orient figure de l’immuabilité, sensuel, voluptueux, tantôt un Orient barbare, archaïque, décadent. Des représentations rarement neutres qui ont imprégné l’imaginaire occidental et qui auraient justifié le colonialisme sur fond de présupposée supériorité idéologique occidentale. C’est en tout cas la thèse d’Edward Saïd élaborée notamment dans son ouvrage fondateur : L’Orientalisme.

Mais quelle perception exactement ces représentations de l’ailleurs oriental a provoqué ? Quels modèles idéaux et surtout quel héritage encore aujourd’hui ? Existe-t-il, en dépit de la masse d’études savantes, un orientalisme latent dans le rapport de l’Occident à l’Orient ? Des représentations qui brouilleraient encore « notre » appréhension de l’Orient, vu comme un ensemble homogène, ou même, de l’Islam qui cristallise bien des peurs contemporaines ?
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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Jeu 24 Nov - 18:50

La Kahena, une reine berbère

De son vrai nom Dihya, elle fût une reine berbère qui s'opposa à l'expansion arabe en Afrique du Nord, devenant pour les berbères un symbole de liberté encore très présent (on trouve encore une statue en son honneur en Algérie).

Son nom de Dihya signifierait "gazelle" à la base et son surnom de la Kahena "enchanteresse", "sorcière", "prêtresse" ou encore "devin". Ce sont d'ailleurs les arabes qui la nommeront ainsi, preuve du respect presque sacré qu'elle était parvenu à leur imposer. Elle leur résista pendant des années, guerrière redoutable, intelligente et féroce, avant d'être finalement vaincue et exécutée en 701. Sans doute trahie par un jeune arabe qu'elle avait épargné lors d'une bataille et dont elle avait fait son protégé, elle se réfugie dans l'amphithéâtre romain d'El Jem (Tunisie) où elle est capturée et décapitée, sa tête envoyée au Calife.

Les chroniqueurs arabes parleront d'elle comme d'une femme d'une beauté stupéfiante, guerrière et administratrice remarquable. Mais ils la doteront également de pouvoirs magiques, faisant d'elle une magicienne, une sorcière, fille des Djinns et conseillée par des démons familiers. Toujours l'image de la femme mauvaise, maléfique dès que l'une d'elles est capable de se dresser contre les mâles... Le monde médiéval occidental s'intéressera également à elle bien qu'elle demeure mystérieuse. Il ne reste aucune image fiable d'elle, certains la disaient juive, d'autres chrétienne ou même païenne...
Aujourd'hui encore, elle reste une figure incontournable de liberté et de féminisme pour les berbères, un objet de fierté également, toujours célébrée dans les chants traditionnels.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Jeu 24 Nov - 19:01

C'est dommage que l'on ait pas de représentation de cette femme. Il parait qu'elle avait un très beau regard de gazelle relevé au khôl. I love you

Enfin, les seules descriptions que l'on ait d'elles proviennent souvent de poèmes et de chansons qui sont là plutôt pour la magnifier.

J'imagine que, en tant que Berbère, elle devait avoir une peau cuivrée, des cheveux de jais et les yeux bleus. Beaucoup de Berbères - notamment les Kabyles - ont les yeux bleus.

Une femme forte au caractère comme au physique.

Mais, comme tu l'as précisé, dans cette histoire, les faits viennent se teinter de légendes. Difficile de définir sa véritable personnalité.

Sa statue à Khenchela est quand même plus une oeuvre d'imagination qu'un vrai portrait :

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MessageSujet: Re: CIVILISATION ARABO-MUSULMANE/LEVANTINE   Lun 20 Mar - 10:53

Le Harem, au-delà des fantasmes et des clichés...


Beautés voluptueuses étendues à demi-nues sur des sofas dans un décor de rêve, atmosphère sensuelle, chargée d'érotisme... Le Harem a déchaîné et enflammé l'imagination du monde occidental qui s'en est fait une foule de clichés et d'images qui n'ont pas grand-chose, sinon rien à voir avec la réalité. Etat des lieux.

Harem vient de Haram que l'on peut traduire par "sacré" ou "sanctuaire". Dans l'habitat traditionnel, c'est la partie de la maison réservée aux femmes, le Haremlik, tandis que celle des hommes est le Selamlik.

Au palais, le Harem peut être très vaste, il comprend de nombreuses pièces, des dortoirs, des chambres particulières, des salons, des bains, des jardins, un hôpital parfois. A Istanbul, le fameux Sérail occupe une grande partie du palais des sultans, dédales de couloirs, chambres, cours intérieures...

Qui sont les pensionnaires ?

Des esclaves, chrétiennes en majorité, on ne peut faire d'une musulmane une esclave. Capturées, achetées, elles sont envoyées en tribut, offertes en présent par un visiteur, un solliciteur. Sous Soliman le Magnifique, elles sont 300 environ (bien désoeuvrées étant donnée la passion exclusive du Magnifique pour Roxelanne). Par la suite, elles seront des milliers.
Ces femmes sont organisées selon une stricte hiérarchie :
- Les odalisques forment le plus bas niveau, elles vaquent aux tâches ménagères, dorment dans des dortoirs communs ou des petites cellules où chacune a son matelas, enroulé pour la journée et déroulé la nuit venue. La cloche du harem sonne le réveil à cinq heures du matin.
- Un cran au-dessus se trouvent les Gözdes, celles qui ont été "remarquées", pour leur beauté, un talent particulier, leur personnalité.
- Etre Ikbal est une grande étape puisque cela implique d'avoir passé une nuit avec le sultan. La belle est alors préparée, baignée, épilée, parfumée, habillée... A la nuit venue, elle est conduite aux appartements du maître par les ennuques. Au réveil, elle sera toujours seule, le sultan étant déjà parti. Elle sait qu'elle peut garder tout ce qu'elle trouvera dans les habits du maître, souvent de l'argent, un bijou, des joyaux... Les ennuques viendront la chercher pour la ramener au Harem. Devenue Ikbal, la belle aura droit à sa propre chambre, à sa petite cour, à une dotation journalière de nourriture, vêtements, bois, charbon, cire... Le sultan pourra la rappeler. Ou pas.
- Les Kadin sont les épouses officielles, ayant souvent donné un enfant au sultan. Elles ont leurs appartements, leur cour, leur intendant... Elles ont accouché à l'hôpital du Harem, en présence du Grand Ennuque Noir, venu s'assurer qu'il n'y aura pas substitution de l'enfant.
- La Validé. Le poste suprême. Ne cherchez pas du côté du Grand Vizir, le deuxième personnage de l'empire, c'est elle. C'est la mère du sultan, la "reine des têtes voilées". Couverte d'honneurs et de richesses, libre d'aller et venir à sa guise, autorisée à être dévoilée en public, celle que nul ne doit regarder en face. C'est la maîtresse absolue du harem, avec droit de vie et de mort sur tout le monde.

Qui travaille au Harem ?


- Les ennuques, blancs et noirs. Incontournables, ils sont partout, veillent à tout, veillent sur tous, espionnent aussi... Certains deviennent Lala, c'est à dire précepteur des jeunes princes. A leur entrée au Harem, on leur donne des noms de fleurs : Orchidée, Œillet, Narcisse, Hyacinthe...
- Les Bostanjis sont officiellement les jardiniers du palais. Officieusement, ce sont les exécuteurs du sultan ou de la Validé, étranglant la victime désignée avec un cordon de cuir ou de soie. L'exécution a toujours lieu à la nuit tombante. Ennuques sourds-muets, ils communiquent par une langue des signes qui leur est propre, une série de signes des mains et lèvres qu'il vaut mieux vite apprendre au Harem...
- La Kiaya est l'intendante qui gère directement les femmes du Harem.
- Le Grand Ennuque Noir, le Kislar Aga, supervise tout ce petit monde. Il est l'intendant personnel de la Validé. Chef des ennuques, il est également inspecteur et protecteur des villes saintes, troisième personnage de l'empire, gardien des reliques sacrées. Il est le seul à pouvoir accéder auprès du sultan jour et nuit. Le seul à pouvoir le toucher aussi. Il sert également de messager entre la Validé et son fils. Incontournable, il est toujours obligatoirement noir.

La vie quotidienne

Au Harem, les femmes apprennent souvent la musique, la poésie, la danse, le chant, la broderie... Sous la férule de la Kiaya, celles qui ont des talents particuliers sont encouragées à les développer. Elles apprennent également les usages de la cour. Au Harem, les règles sont précises, immuables, la hiérarchie est stricte.
Quand elles atteignent un certain niveau, les femmes peuvent avoir leurs propres biens. Elles peuvent, par l'intermédiaires des ennuques (seul lien avec le monde extérieur), placer, faire fructifier l'argent reçu du Sultan, vendre ou acheter... Elles peuvent ainsi se constituer une dot et, éventuellement, se faire un jour épouser par un officier brillant, un fonctionnaire méritant et quitter le Harem. Certaines Kadin possèdent des terres, une jolie fortune, des biens, gérés par des intermédiaires, au-dehors. Cet argent sert également à se protéger, acheter des complicités, car le Harem peut se révéler dangereux comme nous allons bientôt le voir...

En-dehors du Sultan, le vrai maître du Harem, c'est l'ennui... Enfermées jusqu'à la fin de leurs jours, perpétuellement surveillées, espionnées, les femmes voient leur vie réglée par les prières, les bains, les mêmes jours inlassablement répétés... Les occasions de se distraire sont rares. Pas de lecture : le seul livre autorisé est le Coran. On joue, on bavarde (dans toutes les langues avec une prépondérance du turc, du persan et de l'arabe), on se baigne, on soupire... Certaines deviennent folles, se suicident, cherchent l'oubli dans l'opium... Parfois, une troupe de saltimbanques est autorisée, une bohémienne qui vient lire l'avenir, un joaillier venant proposer ses bijoux, une marchande de tissus... Le tout sous l'œil vigilant des ennuques.
Il faut également oublier le cliché des femmes nues voluptueusement alanguies. On est en terre d'Islam et, excepté aux bains, la nudité n'est pas de mise. Les femmes du Harem portent les vêtements, plutôt élaborés, des dames de la cour, plus ou moins somptueux en fonction de leur rang et richesse.

La face sombre du Harem

Le Harem peut être dangereux, surtout si on s'y élève. Devenir Ikbal ou Kadin suscite la jalousie, la rancœur, voire la haine. Donner un fils au sultan met souvent sa vie en péril. Le Harem, ce sont aussi les rivalités, les intrigues et règlements de compte, les assassinats, l'avortement, l'infanticide... Dans ce monde clos et secret, tout s'achète, tout se vend, le bakchich est roi. Il vaut mieux être au courant de tout, avoir des appuis, acheter le silence de certains, leur protection, leur complicité même. Pour celles qui n'ont pas les moyens, il reste le poison.
Arsenic blanc, jusquiame, belladone... On le verse dans la nourriture, on en imprègne un vêtement, un parfum... Se débarrasser de l'enfant d'une rivale ? Un hochet enduit de cigüe fera l'affaire. Les plus démunies ont recours au verre pilé versé dans le café : difficilement détectable, il provoque une mort longue et douloureuse, consécutive à de terribles hémorragies internes. Mais si l'on est reconnue coupable de tels faits, la sanction est terrible : la fautive est jetée dans le Bosphore, enfermée vivante dans un sac.
Un changement de sultan est un véritable séisme : la nouvelle Validé s'installe et "fait le ménage"... Les épouses du précédent sultan peuvent être autorisées à se faire épouser par un haut dignitaire (à condition de s'être constitué une dot suffisante) ou sont simplement éliminées. Elles peuvent être également exilées à l'Eski Serail, "le palais des larmes". Siège de l'ancien harem, délaissé par Roxelane venue s'installer aux côtés de Soliman, il est devenu une forteresse austère où le sultan ne viendra jamais. Ikbals d'une nuit, favorites d'un jour, beautés oubliées ou délaissées, n'ayant pu se maintenir, elles iront attendre la mort dans cette forteresse éloignée où personne ne vient jamais.

Tout dépend des époques en fait. Sous certains sultans, certaines Validés, le Harem pouvait être un lieu tranquille où ces dames passaient leurs journées à papoter. Sous d'autres règnes, il pouvait être lieu de tragédie dont les conséquences pouvaient avoir de terribles répercussions sur tout l'empire.
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