AccueilRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez
 

 VICTOR HUGO (1802-1885)

Aller en bas 
AuteurMessage
Voyageur Solitaire
Admin
Voyageur Solitaire

Masculin Messages : 7368
Date d'inscription : 07/01/2012
Localisation : Ici et ailleurs...
Emploi/loisirs : Tout, passionnément...
Humeur : Ici et maintenant

VICTOR HUGO (1802-1885) Empty
MessageSujet: VICTOR HUGO (1802-1885)   VICTOR HUGO (1802-1885) Icon_minitime1Jeu 8 Nov - 15:28

Les Djinns

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche.
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit,
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s'écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !... Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond.
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! - Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! - Leur cohorte
S'envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor,
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas,
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord,
C'est la plainte,
Presque éteinte,
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit...
J'écoute :
Tout fuit,
Tout passe
L'espace
Efface
Le bruit.
Revenir en haut Aller en bas
http://les-terres-de-vs.forumgratuit.org
Warlock

Warlock

Masculin Taureau Messages : 3318
Date d'inscription : 11/01/2012
Age : 41
Localisation : Au milieu de nulle part
Humeur : Le monde est un ego sans fond

VICTOR HUGO (1802-1885) Empty
MessageSujet: Re: VICTOR HUGO (1802-1885)   VICTOR HUGO (1802-1885) Icon_minitime1Jeu 8 Nov - 18:17

Demain, dès l'aube...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Revenir en haut Aller en bas
Voyageur Solitaire
Admin
Voyageur Solitaire

Masculin Messages : 7368
Date d'inscription : 07/01/2012
Localisation : Ici et ailleurs...
Emploi/loisirs : Tout, passionnément...
Humeur : Ici et maintenant

VICTOR HUGO (1802-1885) Empty
MessageSujet: VICTOR HUGO (1802-1885)   VICTOR HUGO (1802-1885) Icon_minitime1Jeu 8 Nov - 18:49

Poème chargé d'émotion, dédié à sa fille, morte quelques années plus tôt.
Oeuvre d'autant plus triste qu'à l'époque où il l'a écrite, il était en exil dans les îles Anglo-normandes et ne pouvait donc aller se recueillir sur sa tombe.
Revenir en haut Aller en bas
http://les-terres-de-vs.forumgratuit.org
Gorak

Gorak

Masculin Scorpion Messages : 5496
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 46
Localisation : La Principauté de Montbéliard
Emploi/loisirs : Paladin - aime la littérature, la musique, les voyages, découvrir d'autres cultures
Humeur : Agréable et courtoise

VICTOR HUGO (1802-1885) Empty
MessageSujet: Re: VICTOR HUGO (1802-1885)   VICTOR HUGO (1802-1885) Icon_minitime1Jeu 8 Nov - 20:36

En tant qu'admirateur de Napoléon III, il est clair que Victor Hugo aurait été mon adversaire politique. Mais je reconnais et je salue son talent littéraire et notamment son génie poétique.

Même si je serre un peu les dents quand je lis les "Châtiments"...
Revenir en haut Aller en bas
http://othello.forumculture.net/
Gorak

Gorak

Masculin Scorpion Messages : 5496
Date d'inscription : 31/08/2012
Age : 46
Localisation : La Principauté de Montbéliard
Emploi/loisirs : Paladin - aime la littérature, la musique, les voyages, découvrir d'autres cultures
Humeur : Agréable et courtoise

VICTOR HUGO (1802-1885) Empty
MessageSujet: VICTOR HUGO (1802-1885)   VICTOR HUGO (1802-1885) Icon_minitime1Sam 12 Avr - 7:17

"Mon âme a plus de feu..."

Puisque j'ai mis ma lèvre à la coupe encor pleine ;
Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire
Les mots où se répand le coeur mystérieux ;
Puisque j'ai vu ta bouche pleurer, puisque j'ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

Je puis maintenant dire aux rapides années :
- Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir ;
Allez vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli,
Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !
Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !


1er janvier 1835, minuit et demi.

Victor HUGO
Revenir en haut Aller en bas
http://othello.forumculture.net/
ashimbabbar



Masculin Messages : 241
Date d'inscription : 21/04/2012

VICTOR HUGO (1802-1885) Empty
MessageSujet: Re: VICTOR HUGO (1802-1885)   VICTOR HUGO (1802-1885) Icon_minitime1Jeu 1 Mai - 1:42

XXIII - Sous Terre

- Laisse-moi.  - Non.  - Ô griffe sombre,
Bouche horrible ! Ô torture ! Ô deuil !
Pourquoi te glisses-tu dans l'ombre
Par les fentes de mon cercueil ?

- Il faut renouveler ma sève,
Ô mort, voici le doux été.
Toute la nature qui rêve,
Spectre, a besoin de ma beauté !

Il faut qu'aucun lys ne m'efface;
L'abeille attend de moi le miel;
Il me faut un parfum qui fasse
Pâmer les cygnes dans le ciel.

Je dois orner l'antre morose;
Je dois sourire au soir boudeur;
Et donner à tous quelque chose
De ma grâce et de ma splendeur.

Il faut que je pare le voile
des vierges au lever du jour
Que je respire pour l'étoile
Que je rougisse pour l'amour,

Et pendant que l'aube m'arrose
Ma racine vers toi descend.
- Qui es-tu ?  - Je suis la rose.
- Et que veux-tu ?  - Boire ton sang.


( in Les Quatre Vents de l'Esprit )
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




VICTOR HUGO (1802-1885) Empty
MessageSujet: Re: VICTOR HUGO (1802-1885)   VICTOR HUGO (1802-1885) Icon_minitime1

Revenir en haut Aller en bas
 
VICTOR HUGO (1802-1885)
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» VICTOR HUGO (1802-1885)
» Hugo - LIBRE
» Victor Von Fatalis, le Très Honorable Docteur Fatalis

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Terres d'évasion... :: LA BIBLIOTHEQUE :: La section générale :: Les poèmes-
Sauter vers: