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 LE REQUIN

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Astre*Solitaire

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Dim 20 Mai - 10:58

Pour ce qui est des légendes noires (tiens, je n'avais jamais entendu l'expression) je suis bien d'accord. Étonnamment, cela a commencé pour moi en 6e je dirais (je ne suis pas sûr) où l'on a étudié le loup (récits, fables, légendes, expressions, etc.). Cela m'avait beaucoup marqué à l'époque et il en était ressorti que bien que les légendes sur le loup - du genre Le petit chaperon rouge - le montrassent comme un prédateur, un quasi monstre, c'était en fait très très éloigné de la vérité : un animal à réhabiliter, un animal que la peur de l'homme avait fini par fantasmer. Cette image du loup victime finalement de sa propre légende ne m'a jamais vraiment quitté depuis.

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Warlock

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Dim 20 Mai - 17:35

Oui le fantasme sur le loup est hélas encore bien vivant. On peut le voir dans les infos ou on l'accuse des attaques des troupeaux alors que c'est des chiens sauvages (pour la plupart) les coupables. Mais bon il faut continuer à entretenir cette légende noire, plus c'est gros plus ça marche.

Même chose pour le requin, notamment à la Réunion ou les médias mainstream parlent des surfer morts, mais n'expliquent rien des causes des attaques. Toujours la même rengaine des légendes noires.
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dav-ID

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Lun 21 Mai - 13:27

On pleure parce qu'il y a un surfeur qui se fait tuer de temps en temps...par contre à côté de ça, combien de requins se font tuer tout les ans...??...

Le véritable monstre dans l'histoire, n'est pas celui que l'on croit être...malheureusement, ce monstre a un pouvoir de destruction énorme et son tableau de chasse augmente un peut plus tout les jours...

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MessageSujet: Requin   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Lun 21 Mai - 19:36

dav-ID a écrit:
On pleure parce qu'il y a un surfeur qui se fait tuer de temps en temps...par contre à côté de ça, combien de requins se font tuer tout les ans...??...

Ça se chiffre en centaines de milliers je crois.


***


ÉDITION :
Les deux messages qui suivent prennent place entre un message qu'Astre*Solitaire a posté le samedi 13 Juil 2013 à 10:50 et le message que Paul le Puel a posté le dimanche 14 Juil 2013 à 21:26. Pour les lire en contexte, vous pouvez vous rendre PAGE 1 de ce sujet. Je vous présente mes excuses pour ce désagrément.
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Astre*Solitaire

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MessageSujet: Le requin   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Jeu 20 Juin - 14:22

L'imaginaire moderne



Seconde partie



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62- Nicolas Dubois : Vivre d'amour et d'eau de mer - La campagne femme, TBS


Cette seconde partie aborde principalement deux médias de l'image, les dessins animés et les bandes-dessinées. Le choix des images n'a pas été, de manière délibérée, orientée vers l'action ou la violence, mais ce sont bien les images elles-même qui, dans leur grande majorité, génèrent cette orientation visuelle. Il est fort probable que c'est le support – le squale – qui en soit pour majorité responsable. C'est ce que nous allons essayer de comprendre dans les lignes qui suivent.

4- Les dessins animés12

Nous faisons ici volontairement l'impasse sur tous les dessins animés où le requin est utilisé soit de manière naturelle, soit de manière anthropomorphique, ces deux façons de présenter le squale s'éloignant de l'idée du requin en tant que support de l'imaginaire. Il n'y aura donc pas de Némo ou de Tintin et le lac aux requins. Mais pour ceux qui souhaitent en savoir un peu plus sur ce sujet, nous pouvons vous recommander deux petits articles consultables sur le net : Aux origines de l'anthropomorphisme de Gabriella Airenti (2012), texte un peu difficile ; et La revanche de l'anthropomorphisme par Francis Leconte sur le site du CNRS (2016), sur la relation de l'homme aux objets, texte de vulgarisation tout à la fois sérieux et léger.
Remontons à présent à la fin de l'année 1981. C'est à cette date que paraît pour la première fois sur nos petits écrans la série Ulysse 31. Elle a été développée à partir d'une idée de Bernard Deyriès et de Jean Chalopin, et sera coproduite par les studios DIC et Tokyo Movie Shinsha pour –  malheureusement – une seule saison. Nous citons ici le site Ulysse 31 Saitis.
Beaucoup d'entre vous doivent sûrement se rappeler les terribles Hommes-requins qui apparaissent dans ce dessin animé. « Ce sont [...] des créatures des Dieux et donc les ennemis jurés d'Ulysse. Ils ont une tête de requin sur un corps d'homme [puissant]. Ils ne supportent pas certains de nos sons, notamment ceux de la victoire, [les chants, la joie]. »

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63- Homme-requin, Thémis et Nono sur leur décor original


Il s'agit d'hommes de mains, sans morale, sans pitié, froids et inflexibles, qui servent les Dieux. Ils sont censés piloter les terribles Tridents qui assaillent régulièrement l'Odysseus, le vaisseau spatial d'Ulysse. On les rencontre essentiellement dans l'épisode n°17, Nérée ou la vérité engloutie. Les références au monde des requins y sont d'ailleurs assez nombreuses, telle celle aux poissons-pilotes, les rémoras, qui sont le nom des appareils posés sur les captifs pour annihiler toute volonté, ou encore celle de la cité de Néropolis qui a été rebaptisée Squalopolis par les Hommes-requins.
Vous pouvez lire le résumé de cet épisode sur Wikipédia.
Plus récemment, on peut trouver une race de poissons humanoïdes dans le manga One Piece (1997) d'Eiichirō Oda, qui sera mis en dessin animé par la Tōei Animation en 199913.
À la tête d'un équipage de pirates qui s'est emparé d'une île dont ils tyrannisent et rançonnent les habitants, et dont ils ont fait une base en vue de leur expansion, se trouve Arlong, un homme requin-scie. Nous citons ici Wikipédia :
« Arlong (アーロン, Āron), surnommé Arlong la Scie (ノコギリのアーロン, Nokogiri no Āron) est le capitaine pirate de L'Équipage d'Arlong et [se trouve] être un ancien membre de L'Équipage des Pirates du Soleil. Il est le principal antagoniste de l'Arc d'Arlong. Sa tête a été mise à prix à 20 millions de berry et il est l'ennemi n° 1 d'East Blue. »

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64- Creative Uncut : Arlong


« Arlong est très fier d'être un Homme-Poisson. Il estime faire partie d'une "race supérieure" et considère les humains comme des êtres faibles et inutiles. Il n'hésite d'ailleurs pas à les tuer ou à les exploiter à son profit. Il est en revanche très attaché à ses compagnons Hommes-Poissons qui partagent avec lui la même idéologie envers les humains. [...] En tant qu'Homme-Poisson, il bénéficie d'une force et d'une rapidité incroyable et il est aussi un excellent nageur, ce qui le rend quasiment imbattable sous l'eau. Il ressemble vaguement à un requin et possède une mâchoire capable de briser du métal ainsi que de la pierre. »
Nous pouvons donc ici souligner le caractère éminemment raciste et tyrannique du personnage, mêlé à de réels sentiments de compassion lorsqu'il s'agit des propres membres de son espèce : il y a ici une recomposition qui fonctionne en unissant les traits habituellement humains et le symbolisme auquel se prête l'image du requin.
Oda a depuis considérablement développé l'univers des Hommes-Poissons à travers l'arc de L'île des Hommes-Poissons (tome 61 à 66 du manga) et qui a été adapté sur une cinquantaine d'épisodes (n° 523 à 574). C'est ainsi que plusieurs nouveaux personnages sont apparus et qui sont plus ou moins directement associés aux squales. Nous n'allons pas tous les passer en revue, mais regarder rapidement deux extrêmes utilisé avec astuce par le mangaka.

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I- Fukaboshi, image issue du jeu One Piece Treasure Cruise
VS
II- Pirate guerrier Hody, auteur inconnu


Il s'agit en premier de Fukaboshi, un triton de la race des requins. Son apparition et son air, légèrement antipathique, nous le fait immédiatement paraître comme un antagoniste pour les héros. Son nez pointu, sa figure allongée et sa bouche aux dents elles aussi pointues assurent à l'auteur que ses lecteurs l'identifient à un prédateur et l'associent à la menace qu'un personnage aux origines squalesques doit représenter. Mais c'est un artifice narratif puisque Fukaboshi, alors prince du royaume de Ryuugu, cherche Luffy pour de bons motifs et se révélera être un allié lors de l'affrontement final de cette séquence. À l'inverse, Hordy Jones, capitaine des nouveaux pirates Hommes-Poissons, est rapidement présenté comme l'ennemi principal de l'arc et son apparence, dans le fond identique à Fukaboshi (le trident permet au démarrage un rapprochement facile), ne fait cette fois-ci pas de doute sur ses intentions : réduire tous les humains en esclavage et massacrer ceux qui s'opposent à ce projet. Ce personnage fait partie de la famille des grands requins blancs, espèce considérée dans ce manga comme étant la plus dangereuse. Agressif, sans honneur, sanguinaire et meurtrier, il renvoie donc à cette caractéristique de prédateur sans âme auquel est bien souvent associé le requin. Eiichirō Oda joue donc des clichés que nous avons sur le requin pour, à travers des figures emblématiques d'abord tromper le lecteur, puis renforcer l'antipathie pour un personnage en se servant de la détestation naturelle que l'on peut (pouvait) éprouver pour le requin. Il y a donc bien ici, dans l'imaginaire évoqué, la transposition sur des figures de papier ayant des fonctions de hauts rangs (systématique lorsque l'apparence est en jeu), d'un ensemble de caractéristiques qui dans l'imaginaire collectif (du Japon à l'Europe) appartient en propre au requin, même si bien souvent, il ne s'agit là que d'un anthropomorphisme déguisé, car non conscient : requin naturellement violent, cruel, sans âme, à la recherche du sang (alors qu'il est à la recherche de sang, ce qui n'est pas la même chose).
Il y a encore au moins trois personnages issus de requins que l'on peut découvrir dans One Piece, Madame Shirley, Zeo et Daruma. Mais leur caractérisation, apparence et caractère, est moins évidente, aussi ne les aborderons-nous pas. Des liens sur ces différents protagonistes vous sont suggérés dans la Sitographie.
Toujours dans les mangas/animés modernes, nous pouvons citer Naruto avec le personnage de Kisame Hoshigaki. Cet homme sera l'un des adversaires de ce manga (1999) de Masashi Kishimoto et du dessin animé du même nom, réalisé par les studios Pierrot et Aniplex (à partir de 2002).
Ce protagoniste, Kisame, bien qu'humain, possède un visage et une peau qui rappelle le requin.

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65- Kisame Hoshigaki


Nous nous contentons ici de reprendre quelques lignes de Wikipédia :
« C'est un ninja déserteur du village de Kiri, désormais membre de l'organisation Akatsuki, où il fait équipe avec Itachi Uchiwa.
Kisame est très efficace pour les combats demandant une grande puissance. Selon Itachi, il n'est en revanche pas adapté pour les missions demandant de la discrétion, l’attrait de ce personnage pour les techniques invoquant raz-de-marée et autres techniques impliquant une grande quantité d'eau expliquant cela : il a une propension à utiliser durant ses combats beaucoup de chakra (dont celui de son adversaire, volé par Samehada) et à créer des masses d’eau visibles à des kilomètres.
Il possède une quantité phénoménale de chakra, même comparé aux autres membres du groupe (dont la moyenne est quand même très élevée). Il est relativement doué dans les combats de corps à corps, sa force et ses techniques d'eau aidant. Gaï qui possède pourtant une force incroyable dira de celle de Kisame qu'elle est surhumaine.
Il possède une épée spéciale, appelée « peau de requin » (Samehada), qui a la particularité d'absorber le chakra et de ne pas posséder de tranchant. Elle est composée de centaines de dents, comme celles d'un requin, déchiquette au lieu de couper et possède à son extrémité une bouche de squale.

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66- Kisame with Samehada


Après avoir créé suffisamment d'eau avec la technique de la « Grande vague explosive », Kisame peut fusionner avec Samehada pour créer un être aquatique mi-homme, mi-requin possédant des bras et des jambes palmés et griffus, en plus de branchies, d'une queue de requin et d'un grand aileron. »
Parmi les techniques d'attaque dont dispose Kisame, notons :
Le requin élémentaire aqueux ; Les cinq requins affamés ; La technique de la danse du requin en prison aqueuse et Le grand requin élémentaire aqueux. On peut donc remarquer que ce personnage, bien qu'affilié à l'eau, a surtout une profonde affinité avec le requin.

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67- Fusion Kisame-Samehada


Ce personnage fonctionne pratiquement à l'inverse d'Arlong. C'est un être humain dont les trait et une partie du caractère tend à se rapprocher du requin, de plus en plus au fur et à mesure que sa force s'accroît. Sa personnalité se caractérise donc par son côté solitaire/indépendant et surtout par l'image de prédateur qu'il véhicule. Sa prédisposition à avoir une réserve de chakra supérieure à quiconque, le place dans un contexte de domination que sa fonction de combattant va transformer en chasseur, Kisame devenant dès lors un prédateur naturel dénué de toute autre réelle émotion. C'est cette froideur qui l'identifie le mieux à la manière dont nous imaginons le requin en chasse.

Enfin, dans les dessins animés en image de synthèse (3D), nous pouvons évoquer la série Star Wars : The Clone Wars. Cette série d'animation produite par CGCG, Lucasfilm et Lucasfilm animation, a été diffusée entre 2008 et 2013 sur Cartoon Network et Netflix, pour un total de 122 épisodes. Ceux 1, 2 et 3 de la saison 4 introduisent une nouvelle race de créatures, les Karkarodons de la planète Karkaris. « Ces derniers ont des corps grands et minces avec les mains et les pieds palmés. Leur tête en forme de requin possèdent un nez effilé, des branchies fendues et de nombreuses rangées de dents acérées dont il se servent pour manger et pour attaquer. Les Karkarodons sont des nageurs compétents et rapides. Ils attaquent en saisissant leur cible et utilisent leur mâchoire pour déchiqueter. »

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III- Riff Tamson – illustration orthographique


« En 21 avant la bataille de Yavin, un groupe de Karkarodon dirigé par le redoutable Riff Tamson, aux ordres du Comte Doku, tente de perturber la paix fragile entre les Mon Calamari et les Quarren. Bien que Riff Tamson se soit présenté comme un émissaire des séparatistes, il a secrètement conspiré avec Nossor Ri, le chef des Quarren, pour amener ces derniers dans la guerre aux côtés de la Confédération. »

Nous devons ici reconnaître que cette image de l'être-requin – où la race « Karkarodon » et le nom de la planète « Karkaris » sont associés par paronomase à « Carcharodon carcharias », l'espèce du grand requin blanc – manque assez particulièrement d'originalité et est plutôt réductrice – violence, agressivité, avidité – de l'espèce comme des possibilités qu'elle offre à notre imaginaire. Ce sont tous les clichés dont sont affublés les requins qui se retrouvent ainsi concentrés dans une parodie d'espèce à la puissance évocatrice cette fois-ci bien pauvre.

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IV- Riff Tamson


Des six exemples d'utilisation de la figure du requin comme support de l'imaginaire, il ressort que celle-ci est presaue toujours employée de manière négative (une exception, notable). L'être-requin est présenté comme une menace, un ennemi redoutable, dangereux, effrayant, servant soit ses intérêts personnels, soit ceux d'une autorité oppressive aliénant les libertés par la mise en place, via l'être-requin, d'une tyrannie qui use de la peur et de la violence pour assurer sa position dominante. Cette représentation par le « mal » montre bien comment de nos jours (dès la fin des années 70 en fait jusqu'à notre époque actuelle) le requin est perçu par nos sociétés – une menace, un danger – possédant une forte charge émotionnelle et qui génère en nous de la répulsion et l'identification de l'être-requin à un ennemi naturel.

Il existe sûrement d'autres illustrations du requin dans les dessins animés, mais nous nous sommes contentés de prendre ici les plus connus du moment.


5- Bande-dessinée, comics[/sup]

Le requin n'a pas vraiment la cote en terme d'inspiration pour la BD. Et la même remarque que pour les animés s'applique, ce qui réduit assez drastiquement les sujets présentables. Soit on se retrouve avec des vignettes humoristiques antropomorphiques, soit on a à faire à de vrais requins, comme pour la série des Cousteau avec La légende du grand requin blanc, L'île aux requins, Le seigneur des requins, etc...
Alors, que nous reste-t-il ?

Et bien essentiellement les comics avec tout d'abord, « Shark-Man ». Je faisons ici appel à plusieurs sites qui sont indiqués dans la Sitographie.

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68- Steve Pugh : Shark-Man and Seawitch


« [En 2006] CBR Nouvelles rapporte le lancement de "Shark-Man", une nouvelle comics-série créé par le co-scénariste d'Alien et le producteur exécutif de Minority Report, Ronald Shusett, le fondateur d'Atomeka, Dave Elliot, l'écrivain Michael Ville et l'artiste Steve Pugh. Initialement prévu pour paraître en 2006, l'équipe de "Shark-Man" a rencontré un certain nombre d'obstacles typiques, propres aux comics, et qui ont mis le projet en stand-by jusqu'à son retour cette année [2007 par l'intermédiaire des éditions] Image Comics. [...]


Situé dans ce que ses créateurs décrivent comme un croisement entre le Chicago des années 30 et une Venise futuriste, "Shark-Man" raconte l'histoire de Tom Gaskill, le fils de l'architecte utopiste Alan Gaskill, prisonnier du couloir de la mort car reconnu coupable à tort de l'assassinat de son père. Avec l'aide d'un sous-marin conçu pour être la meilleure arme des océans, Tom parvient à combattre les forces obscures de la criminalité organisée à l'intérieur des entrailles de sa prison [de haute sécurité, le Styx (comics #1). Mais, un an plus tard, et toujours en prison, Tom ne parvient plus à faire face... Et c'est ainsi que pour assouvir sa vengeance, le fantôme d'Alan revient sous la forme de Shark-Man ! (comics #2 et 3)] »

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69- Shark-Man, planches 4 et 5


Il semble qu'en fait nous ayons là deux histoires distinctes. La première est issue du comics n°1 qui ne fut suivi d'aucun autre. Puis, un an plus tard, après avoir retravaillé l'histoire, ce numéro 1 ressortit avec des planches supplémentaires ce qui (d'après ce que nous en avons compris) permit de faire la transition avec le n° 2 et la venue de Shark-Man. Cette série ne comporte apparemment que trois numéros, n'ayant pas rencontré le succès escompté.

Nous pouvons évoquer ensuite, pour revenir par chez nous, la série Les Technopères, de Jodorowsky et Janjetov publiée chez les Humanoïdes associés. Merci au blogue de la Grande Bibliothèque de qui nous tirons ces quelques lignes.

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70- Janjetov : Mutants requins mangeurs d'hommes


Dans le tome n° 2, L'école pénitentiaire de Nohope, « une péripétie vient pimenter la séquence d'introduction, car le vaisseau dirigé par "Albino-cent ans" subit une attaque de la part de mutants à tête de requin (on retrouve pas mal de ce genre de mutants chez Jodorowsky qui semble bien aimer les humains à tête d'animal). »


Revenons-en à présent aux comics, où nous pouvons citer quelques personnages de chez DC et de chez Marvel qui sont issus du requin.

Tout d'abord chez Detective Comics, avec le personnage de King Shark dont l'origine est assez intéressante puisqu'elle plonge au cœur des légendes hawaïennes. Ce qui suit est une version abrégée et légèrement remise en forme d'un texte provenant de ComicsGen dont vous pourrez trouvez le lien dans la Sitographie.

King Shark, de son vrai nom Nanaue [nous vous renvoyons aux mythes hawaïens, troisième article : Différents mythes et légendes sur le requin, seconde partie], est le fils d'un dieu requin, également appelé « Le Roi de tous les requins » et d'une mortelle hawaïenne. Son père ayant dit à sa mère que leur enfant serait un nouveau dieu requin, celle-ci l'éleva en croyant qu'il était un don du ciel, en dépit de ses tendances homicides. Nanaue put ainsi tuer en toute liberté pendant des années.

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71- King Shark, dans Secret Six n° 25 de Simone et Calafiore


Mais un jour un natif de l'île, le voyant déchiqueter des gens comme on mord dans des hamburgers, parvint à l'arrêter avec force grenades qui lui laissèrent des cicatrices à tout jamais. Envoyé à la prison de Kulani, le mutant aquatique fut libéré par les Silicon Dragons.
Par la suite, King Shark retourna chez sa mère qui lui permit de manger son bras pour se nourrir avant qu'il ne s'enfuît de nouveau [ce qui n'est pas sans nous rappeler la légende de Nohi-Abassi qui vit sa jambe mangée par un requin – voir Les Waraos, deuxième article : Différents mythes et légendes sur le requin, première partie ]. Superboy le poursuivit et parvint à le vaincre.
Renvoyé à la prison de Kulani, King Shark fut contraint d'intégrer l'Escadron Suicide [Suicide Squad] pour une mission visant à venir à bout des Silicon Dragons. Mais une énorme explosion détruisit le repaire des criminels et King Shark fut présumé mort.
Ce dernier refit surface dans les Terres Sauvages où révélation fut faite qu'il était un Homme Sauvage, et il y affronta Superboy une nouvelle fois. Après un âpre combat, King Shark fut vaincu. Toutefois son corps ne fut pas retrouvé et Nanaue finit par faire son retour à Metropolis au sein d'une équipe de super-vilains. Superman le terrassa rapidement.
Lors d'« Infinite Crisis », il fut recruté au sein de la Société Secrète des Super-Vilains et il fut l'un des nombreux criminels envoyés à l'assaut de Sub Diego. Au cours de la bataille, Nanaue tua Neptune Perkins avec The Shark juste avant que Spectre II ne rase la cité.

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72- Jackson Guice : Aquaman and Nanaue (2006)


Il réapparut un an plus tard. Aquaman II l'amena devant l'Habitant des Profondeurs qui lui demanda d'assister le super-héros dans sa tâche. Nanaue accepta et plus tard il fut révélé qu'Aquaman l'avait déjà rencontré des années auparavant lors d'un affrontement après qu'il eut assassiné plusieurs prêtres de l'Ordre de l'Épine pour accomplir une prophétie, suivant en cela les injonctions de son père, le Dieu Requin, prophétie qui promettait un grand pouvoir une fois cet Ordre exterminé. Malheureusement, King Shark dû passer trois ans en captivité au sein de cet Ordre où il fut torturé.

C'est ici la première fois que nous voyons un personnage dont le caractère est d'abord défini par les présupposés sur son apparence (celle du requin, ce qui induit un comportement asocial, prédateur, carnassier) avant que le caractère symbolique lié à son origine ne l'emporte. Tout ceci semble indiquer un revirement de la part des scénaristes, justifiant la sauvagerie de King Shark pour mieux réintroduire l'aspect mythologique du personnage. Cela a pour conséquence de retirer progressivement le personnage du monde des humains, d'un type de comportement référentiel, pour le faire entrer peu à peu dans le domaine des non humains. Cette redéfinition passe par l'implication d'une différence nommée (Homme Sauvage) puis d'une affiliation sociale divergente (les Atlantes), pour s'achever par la reconnaissance de son ascendance divine qui vient justifier son caractère antérieure, déviant à double titre (par rapport à la norme humaine et par rapport à son statut). Cela permet à King Shark de retrouver une condition naturelle dont les sources mythologiques induisent un comportement qui s'éloigne de celui des hommes. Il ne suit donc pas les schémas classiques en ce sens que sa bestialité d'origine devient un simple élément scénaristique et que c'est une vraie figure mythologique moderne du requin qui se développe dans cette bande dessinée.

La figure de « The Shark » est le troisième chez DC Comics à porter ce nom. Il s'agit de Karshon, qui a fait ses débuts dans Green Lantern n° 24 (d'octobre 1963). Ici encore, nous reprenons, allégé et remis en forme, le texte de ComicGen.

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73- The Shark


Aux origines, Karshon était un simple requin tigre qui a rapidement muté après avoir été exposé à des déchets nucléaires. [Regardez en bas de l'image la modification du visage de ce personnage.] L'évolution accélérée de sa croissance lui a accordé une grande intelligence, une apparence humanoïde et des pouvoirs télépathiques, mais l'a laissé avec ses instincts de requin sanguinaire. [Sachons apprécier au passage le qualificatif de l'instinct du requin, apparemment voué à n'être que sanguinaire. Il s'agit bien sûr d'une vision moderne fort éloignée de ce que les mythes nous ont transmis, en notant au passage que les légendes sur les requins ont naturellement plus d'impact en Amériques (Océanie, Hawaï) que sur le vieux continent.] Shark aura a affronter Green Lantern, Superman, Black Condor.

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74- Shark vs Green Lantern


« Son premier adversaire fut Hal Jordan [Green Lantern]. Shark devint un antagoniste régulier d'Hal et d'Aquaman. Pourtant, Guy Gardner [sorte de Green Lantern de réserve] le recruta afin d'affronter les Qwardiens, habitants de la zone opposée à leur propre dimension, lors de la Crise des Terres Infinies.
On l'a revu, retournant une nouvelle fois à Poséidonis, à la tête d'une armée de requins qu'il avait fait évoluer mentalement, afin de s'emparer de la couronne d'Aquaman. Mais la télépathie supérieure de ce dernier en vint à bout. Plus tard, il s'en prit à Coast City, sous une forme proche de celle d'un véritable requin [ce à quoi correspondent les deux dernières images assez récentes], à la suite d'expériences menées par les Krolotéens, et affronta à cette occasion Green Lantern II.
Lors d'Infinite Crisis, on le vit prendre part à l'attaque de la Société Secrète des Super-Vilains de Sub Diego et tuer Neptune Perkins avec King Shark. Lors de Final Crisis, on apprit son arrestation mais le convoi qui devait l'amener dans une nouvelle prison fédérale, explosa. On ignore s'il a survécu. »

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75- Green Lantern n°4, « The Shark », de Johns et Van Sciver


Ce « The Shark » semble être ce que l'on pourrait qualifier un méchant typique, possédant une histoire classique, des rebondissements classiques et une fin classique, ou pour le dire autrement, il manque vraiment d'originalité. Pourtant, les images montrent à quel point un personnage dérivé de requin peut être écrasant et suggestif, et emporter bien mieux l'adhésion que toute histoire plus ou moins emberlificotée. C'est que The Shark joue naturellement sur nos peurs les plus profondes en hypertrophiant à l’excès la figure du requin dévorant. C'est cette bestialité qui l'emporte apparemment ici sur toute autre considération.

Il nous faut préciser que les personnages de DC Comics utilisant la dénomination de requin sont assez nombreux. En vrac, on peut citer : Killer Shark, Black Shark, Great White Shark, Carcharo et Tiger Shark. Parmi cette liste, nous n'en détaillerons que deux.

Carcharo tout d'abord, qui est apparu dans Infinity Inc., n° 25, du 1er avril 1986.

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76- Carcharo


La mère de Carcharo naquit au Mexique et immigra aux États-Unis où elle se maria. Pendant sa grossesse, elle subit involontairement l'action de médicaments mutagènes que lui prescrivait le gynécologue fou Dr. Love. Puis elle fut expulsée vers le Mexique où elle donna naissance à Carcharo, bébé qui ressemblait à un requin humanoïde. Désespérée, elle essaya de se noyer, elle et son nouveau-né, alors que le père de Carcharo parvenait à se suicider. Carcharo survécu grâce à ses branchies et grandit dans l'océan... loin des hommes.
Adulte, Carcharo a utilisé ses Mégalodons contrôlés pour provoquer des ravages au large de la côte californienne. Ces activités attirèrent l'attention du Wildcat II. Carcharo fut facilement capturé et conduit avec d'autres mutants à un regroupement de ceux qui furent les résultats des expériences du Dr Love. Carcharo découvrit ainsi ses origines. Il se fera tuer plus tard par Mr. Bones.

Dans ce récit, étrangement, le requin n'est qu'un habit accessoire. Ce sont les conditions d'origines, la naissance, l'enfance, qui expliquent son comportement, sorte de métaphore à peine déguisée des conditions d'éducation et de vie de jeunes paupérisés qui « tournent mal » et qui « finissent mal », tout comme ce personnage.


Il existe chez DC un personnage qui n'a strictement rien à voir avec les requins, contrairement aux précédents, mais dont l'histoire est particulièrement intéressante pour notre propos, en raison des entrelacements symboliques et des fantasmes dont il se sert comme support : The Great White Shark. Il s'agit d'un méchant fortement lié à l'univers de Batman, apparu dans Arkham Asylum : Living Hell n° 1 (juillet 2003) et que Wikipédia décrit très bien :

« Warren White est un homme d'affaires condamné pour la plus grande fraude jamais commise sur le marché boursier des États-Unis. Lors de son procès, il manipule le jury et tente de lui faire croire qu'il n'est pas responsable de ses actes. Il évite ainsi la prison pour être interné à l'asile d'Arkham. Il commet pour la première fois de sa vie une grosse erreur car à Gotham City, mieux vaut être déclaré coupable que fou.
Dès sa première nuit à Arkham, Warren White comprend qu'il a fait une [une bourde monumentale]. Il tente de faire marche arrière et va consulter le Docteur Carver pour la convaincre qu'il n'est pas fou. Elle croit à son histoire et organise le transfert de White. Mais il devra tout de même rester une semaine à Arkham. Il est vite "adopté" par la population. Les autres pensionnaires lui trouvent un surnom : Fish. Et il devient rapidement le souffre douleur de plusieurs de ses voisins comme Junkyard Dog, Double-Face, Killer Croc et d'autres…
White pense avoir un allié en la personne du Docteur Carver mais cette dernière s'avère être en réalité une dangereuse psychopathe du nom de Jane Doe. Batman intervient pour sauver Warren White alors que Jane Doe tente de le tuer. Celle-ci [est alors à son tour] enfermée à Arkham.
La semaine infernale de Warren continue et il se retrouve finalement sous la protection de Humpty Dumpty. Pourtant Jane Doe parvient à se libérer et à enlever Warren pour tenter de prendre son identité. Pour se débarrasser de lui, elle rouvre ses plaies et l'enferme dans la cellule de Mister Freeze. À cause du grand froid, la peau de Warren White blanchit. Il perd ses cheveux, son nez, ses oreilles, ses lèvres et quelques doigts. Dans un accès de folie, il se taille les dents en pointes et finit par ressemble à un grand requin blanc. Warren perd la raison et reste définitivement à Arkham. Il prend malgré tout le contrôle des affaires illégales à l'intérieur de l'asile en se servant de ses connexions dans le monde des affaires. »

Ce personnage est intéressant tout d'abord parce qu'il visualise la métaphore du requin. On dit des personnes dures en affaire qu'elles sont de vrais requins. C'est le cas de White qui d'homme d'affaires deviendra homme-requin. Il y a donc un mélange entre ce qu'il fait et ce qu'il est.
Tout aussi intéressante est son arrivée dans l'asile d'Arkham. Il est alors tout en bas d'une chaîne alimentaire figurative et on le surnomme le « poisson ». Il risque donc de se faire manger tout cru ; ce qui, sur le plan psychique, lui arrive effectivement. Mais alors qu'il se fait détruire mentalement, sa capacité de prédateur lui permet de remonter dans la chaîne alimentaire pour finir tout en haut, comme l'est un véritable requin.

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77-Dan Slott et Ryan Sook : « The Great Shark Man »


Sa transformation physique vient en fait souligner ou suggérer l'évolution du personnage dans ce que sa nature a de fondamentale : c'est un requin et un prédateur.
Ce faisant, les auteurs Dan Slott et Ryan Sook nous présentent bien la manière dont nos sociétés appréhendent la nature du requin : non pas comme un simple animal, mais comme un prédateur, une créature dangereuse qui, même, enfermée reste menaçante.


Pour en finir avec les comics, un personnage Marvel cette fois-ci, le seul que nous avons pu découvrir ayant une appartenance avec le monde des requins : Tiger-Shark. C'est sur le wiki anglais que l'on trouve les informations les plus accessibles, bien que Marvel Universe donne une biographie très complète – trop complète pour notre sujet. Nous vous renvoyons pour cela à la lettre S de la Sitographie.

« Ce personnage apparaît pour la première fois dans la série Prince Namor, The Sub-Mariner n° 5 (de septembre 1968) et a été crée par Roy Thomas et John Buscema (célèbres pour leur adaptation du personnage de Conan en comics).

Todd Arliss était un nageur olympique égoïste qui, cherchant les acclamations du public, tenta de sauver un homme en train de se noyer. Mais de fortes vagues le précipitèrent contre un navire et l'accident le blessa à la moelle épinière. Prêt à tout pour pouvoir nager de nouveau, Arliss participa alors volontiers à une expérience menée par le Dr. Dorcas, scientifique qui parvint à "guérir" son dos blessé en mélangeant l'ADN de sa moelle épinière avec celui de Namor le Sub-Mariner ainsi que celui d'un requin-tigre. Malgré le succès de l'opération, le processus modifia Arliss à la fois physiquement et mentalement, lui conférant des branchies, des dents acérées et un caractère sauvage et prédateur.
Il devint par la-même, succombant à son instinct de requin, un super-vilain et il s'auto-désigna comme étant le Tiger Shark. » Nous renvoyons le lecteur à notre remarque précédente sur l'instinct du requin qui apparemment ne permet que de succomber au « mal ». C'est donc ici en toute vraisemblance la figure du requin qui est considérée par la société comme « mauvaise ».

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78- Tiger-Shark vs Rhino


Par la suite, il lui arriva de multiples aventures que nous ne résumerons pas ici. Tout peut se lire dans la Sitographie, en anglais.
On pourra remarquer que Tiger-Shark change souvent d'apparence, se rapprochant au fil des années de plus en plus de celle d'un requin. Trois sont facilement identifiables sur internet, dont une, qui apparaît dans les Ultimate marvel : Ultimate Fantastic Four n° 60, est décrite comme étant bien plus bestiale que celles habituelles des séries classiques.


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79- Ultimate Fantastic Four Vol 1 : Tiger-Shark


C'est effectivement un tantinet plus agressif, plus brutal et on a le sentiment que ce « requin-man » de chez Marvel voudrait se rapprocher du « requin-man » de chez DC. Reste à savoir si l'aspect mythologique suivra.


Nous ne pouvons pas finir cette partie sans un détour par une bande-dessinée franco-belge bien connue : Les aventures de Tintin14.
Car dans Tintin et le trésor de Rackham le rouge, publiée en 1944 chez Casterman, nous retrouvons le reporter du Petit Vingtième dans un sous-marin à l'apparence d'un requin. Si le faux aileron suscite naturellement la peur, Hergé nous présente, pour une fois et avant tout le monde, un requin sympathique, voire débonnaire, qui nous sourit alors qu'il fend les eaux. Au-delà de la simple apparence dont est revêtu le submersible, c'est l'image d'un requin au service de l'homme, comme apprivoisé, heureux, qui nous est présentée et que vient étonnamment rappeler et confirmer l'image n° 62 qui présente cet article. Cette image est à mettre en parallèle avec le requin qui, bien sûr, va apparaître et chercher à goûter à du Tintin alors en combinaison de scaphandrier. La conception de la bête de papier ne diffère alors plus d'avec les mentalités. Agressif, le requin est une menace qu'il faut éliminer et il finira et ivre et éventré. La confrontation de ces deux univers nous présente ainsi le monde non pas tel qu'il est mais tel que l'on aimerait qu'il soit [nous parlons d'Hergé ou de la société, et non de nous-même], avec des requins gentils et souriants au service de l'homme, aussi loin que possible de l'image fantasmée de la bête dite sanguinaire. Reste que nous pouvons nous interroger sur qui éventre qui et sur l'abattage massif des squales aujourd'hui. Cette petite confrontation intéressante proposée par Hergé est donc encore tout à fait d'actualité et nous questionne sur nos comportement et nos aspiration en tant que sociétés.

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III- Gros plan sur la couverture de Tintin et le trésor de Rackham le rouge, par Hergé (1944)


Cette utilisation de l'image du requin est non seulement rare, mais reste précurseur de l'évolution des mentalités et d'un début de reconnaissance, à partir des années 2000, du requin en tant qu'animal, être vivant et non plus simplement comme menace mortifère. Car même si Hergé oppose la nature et la science, il n'en fournit pas moins une image, celle d'une fusion de l'homme et du requin, d'un monde où les deux espèces cohabitent et s'entraident sans plus se faire peur ou se massacrer. Vision optimiste sur laquelle nous aimerions rester, sans l'idée de servir. Pour ceux désireux de revivre les aventures liées à la recherche de l'épave de la Licorne, nous les invitons à découvrir la première publication de cette histoire, sous forme de strip en noir et blanc et parus du 19 février au 23 septembre 1943 dans les pages du journal Le Soir : Tintin et le trésor de Rackham le rouge - 183 strips en noir et blanc.

LE REQUIN - Page 3 H22_st10
IV- H22 strip du 16/03/1943, seconde case, par Hergé

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Jeu 20 Juin - 14:24

6- Illustrations diverses


Nous vous proposons pour finir quelques images trouvées sur la toile qui nous semblent assez bien illustrer notre propos : requin et imaginaire d'aujourd'hui ou comment recycler un fantasme.

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80- SpicerColor : SharkMan


Nous considérons cette image comme très intéressante, car elle donne à penser, replaçant cet homme-bête dans un univers primitif – la pseudo lance – violent, païen, où l'animalité l'emporte sur l'humanité, pour faire apparaître le requin qui sommeil en nous. Ce dessin nous questionne sur ce que finalement nous projetons de nous-même sur le requin : qui de lui ou de nous surgit véritablement de ce corps humanoïde ?

Dans le dessin qui suit, nous sommes en présence d'un Homme-requin tel que rencontré dans le roman graphique de Daniel LuVIsi. Nous avons trouvé cette image superbe, car elle mélange le fantasme du requin avec la technologie issue de la S.-F. Particulièrement intéressant ! Nous citons ici la revue Écran fantastique :

LE REQUIN - Page 3 Men_la10
81- Dan Luvisi : L.M.S., Jawesome Shark


« L.M.S. (Last Man Standing : Killbook of a Bounty Hunter), roman graphique de Daniel LuVisi publié ces jours-ci aux USA [2012] par l'éditeur Heavy Metal, serait porté à l'écran par la Paramount [qui possède bien les droits, qui envisage d'en faire une série, mais qui n'a effectivement toujours rien fait... nous étions en 2010]. Le récit se déroule 600 ans dans le futur et met en scène Gabriel, un super-guerrier créé génétiquement par Armtech Weapons Organization, une société, initialement basée sur la morale et l'éthique, chargée de protéger les civils, lequel guerrier, appelé un Paladin [voir l'avant-dernière image du message d'Astre*Solitaire sur les Paladins dans Terres d'évasion : Les Terres de VS] l'homme à la cigarette], remplace à lui seul 500 soldats. Après une victoire remportée sur Mars, Gabriel est fêté comme il se doit, devenant une célébrité à la Superman. Mais l'histoire prend un tournant inattendu quand Gabriel est arrêté pour une série de crimes atroces qu'on lui impute à tort. Il est alors envoyé dans la pire prison de tous les temps, située sur une base, Level-9, se retrouvant parmi ceux qu'il avait aidé à arrêter. Après 9 années de tortures et d'agonie, Gabriel tue ses geôliers et s'échappe de cet enfer, déterminé à découvrir ceux qui l'ont trahi, se cachant dans une partie underground de la société, où il croise des hommes-requins, des ninjas et des strip-teaseuses. Il va découvrir les vraies raisons de son incarcération, mais aussi un problème auquel il n'avait jamais eu à faire face auparavant : il est en train de mourir – et rapidement. »

LE REQUIN - Page 3 Ship-s10
82- Navires en mer - корабли в море


Impossible de retrouver l'auteur de cette image, au vu du titre, un russe très probablement. Elle est intéressante car, toujours sur fond de menace, c'est le navire dangereux, le navire agressif qui se voit doté des attributs du requin, un transfert d'un animal vers un objet manufacturé auquel on donne subitement – via ce transfert – des intentions relativement belliqueuses, dirons-nous.


Malgré tout, ces trois images, comme (presque toutes) les illustrations de dessins animés ou de bandes-dessinées, ont ce petit point en commun, l'aura de violence qui entourent personnages et situations, comme si dans notre imaginaire, avant toute idée de prédation, c'était celle de la violence, de l'affrontement qui dominait, faisant ainsi de cet animal le symbole de l'antagoniste, de celui qui s'oppose, de la « force maléfique » à abattre.

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83- Par AngsTheWicked : This shark will save your life


Nous en terminons ici avec les illustrations en présentant cette image incroyable. Incroyable car elle nous propose un renversement des valeurs. Tout le monde, ou presque, à en tête l'image du chef Martin Brody, surveillant la plage avec angoisse, de crainte qu'un requin ne surgisse. Et voici qu'ici, c'est le requin qui surveille la plage, qui protège, qui vient en aide. Au-delà du pied-de-nez et de la question qu'il soulèvent : « S'il ne protège pas des requins, de quoi ou de qui protège-t-il ? », cette image récente vient contredire ce qui nous disions à l'instant des requins et de ce qu'ils suscitent. Non seulement il n'y a pas de violence, mais il est là pour nous en protéger, comme si, enfin, hommes et requins, s'étaient réconciliés.


Ce qui nous permet de faire le lien avec la partie suivante de cet article : la peur, l'homme et le requin, une tentative pour comprendre pourquoi l'homme moderne à focaliser ses angoisses ancestrales dans la peur que les squales, chez nous, suscitent, et tenter de comprendre cette étonnante relation entre l'homme et le requin, relation qui a débuté à la fin du XIXe siècle.
À suivre...



Notes suite

12- Nous nous permettons quelques analyses à l'issu de la présentation des personnages, ainsi que dans la partie suivante. Elles sont faites rapidement, sans approfondissement aucun et mériteraient de plus amples développements mais qui alourdiraient définitivement un sujet déjà bien important. Ces réflexions personnelles légères et vaguement superficielles doivent donc être lues avec votre indulgence.
13- Nous avons choisi ici de privilégier le dessin animé sur le manga pour une raison assez simple : le dessin animé offre davantage de possibilités d'images en couleur et d'illustrations issues de l'animé que le manga, bien souvent en noir et blanc. Évidemment, cela a réduit d'autant la sous-partie consacrée à la bande-dessinée. Mais comme nous le verrons, les comics parviennent aisément à compenser cette perte.
14- Nous tenons ici à remercier VIC qui nous a signalé cet oubli.



Sitographie suite

Q- Character factory : Anthropomorphisme du caractère animal, par Marie-Anne Bonneterre ;
R- Wikipédia : Liste des épisodes d'Ulysse 31 ;
S- Marvel Universe :Tiger Shark Biography ;
T- Les Terres de VS : La chambre du paladin.

36- Ulysse 31 Saitis : Les personnages d'Ulysse 31 ;
37- Wikipédia : L'équipage d'Arlong ;
38- One Piece Wikia : le personnage d'Arlong sur le portail de Wikia ;
39- Wikipédia : Kisame Hoshigaki ;
40- Comic Book Ressource : « Shark-Man », Re-Debuts at Image Comics ;
41- A Comic, A Day : Sark Man, #1 ;
42- Comic news : Et les comics dans tout ça... - Messages sur Shark-Man. Le forum, et donc la discussion ont disparus du net. Nous ne sommes pas parvenus á retrouver un équivalent pour ce comics plutôt méconnu. Toute aide sera donc la bienvenue ;
43- Grande Bibliothèque : La grande bibliothèque d'Anudar - Les Technopères, tome 2 ;
44- BD-Thèque : les tomes de la série Les Technopères ;
45- ComicsGen : King Shark. L'encyclopédie en ligne sur les comics semble avoir cessée toute activité et c'est une page blanche qui s'affiche. Nous vous proposons donc en remplacement les deux sites suivants : Comics Vine, en anglais ; et WarnerBros en français (avec évidemment un peu de promotion) ;
46- DC Wikia : Nanaue ;
47- Wikipedia : List of minor DC Comics characters ;
48- ComicsGen : The Shark, en français. Cf. n° 42, faisant ainsi disparaître la seule référence en français que nous avions trouvée ;
49- The full Wiki : Karshon (New Earth) ;
50- Comics Vine : Shark, Character ;
51- Angel Fire : Carcharo ;
52- DC Uguide : The Unofficial Carcharo Chronology ;
53- DC Wikia : Carcharo (New Earth) ;
54- Wikipédia : The Great White Shark ;
55- Batman Wikia : The Great White Shark ;
56- Wikipedia : Tiger-Shark ;
57- ComicGen : Tiger-Shark en français, dénommé Requin mais, malheureusement, c'est assez maigre, Cf. n° 42. Mais cette fois-ci : Marvel-World, en français ;
58- L'écran fantastique : Last Man Standing : l'enfer niveau 9. Le site web du magazine papier a disparu ;
59- Daniel Luvisi Art : le blog de Daniel LuVisi. Il a supprimer son blog. Mais tout n'est pas perdu. Teoh Yi Chie, sur son Parkablogs fait la critique de ce roman graphique et nous propose moult illustrations dudit ouvrage. Il juste est regrettable que sa syntaxe ne suive pas.


I- Wikipédia - Les personnages de la saga des Hommes-Poissons ;
II- Fandom Wikia : One Piece encyclopédie, Fukaboshi ;
III- Fandom Wikia : One Piece encyclopédie, Hody Jones ;
IV- Volonté-D : forum avec des ressources, comme les personnages, consacré à One Piece ;  
V- Fandom Wikia : One Piece encyclopédie : Ce Wikia est consacré à One Piece et vous pourrez aussi consulter la fiche sur Daruma ;
VI- Starwars.com : banque de données sur Riff Tamson (en anglais) ;
VII- Starwars.wikia : les Karkarodons (en anglais) ;
VIII- Wikipédia : la série Star Wars : The Clone Wars.



Iconographie suite

62- Les tribulations publicitaires de Nicolas Dubois : Vivre d'amour et d'eau de mer ;
63- Ulysse 31 Saitis : Les images originales d'Ulysse 31, 17- Nérée ou la vérité engloutie, Cellulos originaux de l'épisode ;
64- Creative Uncut : One Piece, Pirate Warriors Art & Pictures - Arlong ;
65- Naruto ultimate ninja : Kisame ;
66- Freefansub : « Thư viện Naruto » (Naruto Gallery, [traduit du Vietnamien^^]), par Giầu Giầu $_$ (Riche Riche $_$). Le site n'existe plus. Vous pourrez retrouver cette image sur domo-to ;
67- Shinobi Koshitsu Invision Foro : dans katana Samehada ;
68- Comic Vine : Steve Pugh ;
69- Getcomics : Shark-Man, double planche 4 et 5 ;
70- The Factual Opinion : en anglais. Assez loin sur la page, se trouve l'illustration concernée ;
71- The Old Reader : avec de nombreuses autres images du requin en comics  ;
72- DC Wikia : Jackson Guice - Aquaman and nanaue ;
73- Chronki Gotham : en russe, mais avec une page qui ressemble un peu à notre article via le requin décliné en comics (2015) ;
74- Comic Vine : forum en anglais avec ici ce sujet : « Shark (DC) vs Kraven the hunter (Marvel) » ;
75- Iwan : « I Officially Love Geoff Johns », sujet qui présente des scènes de violence dessinées par Johns dans les Comics ;
76- Comic Vine : Carcharo ;
77- Nasty Women science : The Great White Shark ;
78- Comic Vine : Tiger-Shark vs Rhino ;
79- Marvel Wikia : Tiger-Shark, Earth 1610 ;
80- Deviant Art : SpicerColor : SharkMan ;
81- Only HD Wallpaper : L.M.S. Jawesome Shark ;
82- Gdefon : Wallpaper ;
83- Deviant Art : AngsTheWicked : This shark will save your life.

I- One Piece - Tresure Cruise Global : en anglais, fiche signalétique ;
II- Koei Wiki : en anglais ;
III-Starwars.com : Water War concept art gallery (en anglais) ;
IV- Starwars.com : Water War episode gallery (en anglais).



Précisions de dernière minute

Deux personnages de comics ont entre-temps fait leur apparition. En 2013, une nouvelle recrue pour les X-Men, Shark-Girl, et en 2017, chez DC, le sympathique Guppy, un malheureux homme-requin qui vit, difficilement, au milieu des hommes. Je vous mets les lien idoines en attendant d'y revenir.

Marvel World, sur Shark-Girl, en français ;
Polygon, sur Guppy, en anglais.

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Sam 29 Juin - 14:12

ÉDITION :
À partir de ce message, ce sujet - Le requin dans l'imaginaire - reprend un ordre normal et fait suite à la Publie 6 du 11 septembre 2013 de la page 2.





Le requin, un prédateur des mers



LE REQUIN - Page 3 Image_11
138- Auteur inconnu, image présente sur le site « Thought Catalog »


Pour continuer notre exploration de la place du requin dans nos imaginaires, nous allons dans cette nouvelle publie partir d'un présupposé : que l'association mer et requin, inconnu véhiculé/représenté par l'océan et le monstre qui en est issu, fut une des causes principales de la détestation de cet animal dans les siècles précédant le XXe siècle. Comme on peut le comprendre, un tel présupposé, et tout ce qui en découlera dans notre présentation, nécessiterait une analyse approfondie et rigoureuse de textes de cette époque afin de mettre en lumière ce phénomène associatif particulier. Il faudrait faire des recherches tant sociolinguistiques que sémantiques afin de prouver ou de réfuter cette hypothèse. Nous ne le faisons pas car il ne s'agit pas ici de proposer un essai universitaire ou académique, mais simplement un ensemble de réflexions selon un certain point de vue. Le lecteur ne doit donc pas considérer ce qui suit comme une analyse rigoureuse, mais plutôt comme une piste de travail, un raisonnement personnel parfaitement réfutable et ne détenant aucune vérité en lui-même ; et qui pourtant – enfin nous l'espérons – devrait néanmoins pouvoir nous permettra d'éclairer d'une lumière particulière les récits des événements qui vont suivre. Au lecteur intéressé d'aller puiser dans la sitographie et les ouvrages existants afin de se construire son propre avis sur la question.




I- Entre la mer et le requin : une association sémantique ?

Comme nous avons pu le voir précédemment, le requin n'est pas, au XIXe siècle, un animal suscitant l'angoisse. S'il est hautement déprécié, c'est davantage en raison de sa nature de prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, nature intimement associée au fait qu'il s'agit là d'un prédateur marin, nous soulignons. Un tigre ou un lion ne possèdent pas la même aura - ici dans le sens de sphère des représentations -, la même construction symbolique sociolinguistique, les deux étant souvent associés à la royauté, ou à la force dans le cas du lion. C'est que ces félins sont des mammifères, sont visibles, connus depuis longtemps (voire même apprivoisés), qu'il peut y avoir compétition entre homme et félin, et que muni d'une arme à feu, un individu décidé peut tout à fait leur tenir tête. Ils sont bien sûr capables de susciter la peur, ne serait-ce qu'à la simple idée de se retrouver face à face avec l'un d'eux, ou pire encore, d'être confronté à une réalité proche de celle que véhicule les histoires et les témoignages sur des félins mangeurs d'homme, mais en aucun cas ils ne provoquent la répulsion qui est celle que semble générer à cette époque le requin.

LE REQUIN - Page 3 Web_sz10
139- Web sémantique et ontologie, par Samuel Huron


Si nous reprenons nos extraits précédents pour le XIXe siècle, nous pouvons lire que Melville les compare à des vautours et que Jules Verne en parle comme de « terribles bêtes et monstres voraces ». Sans chercher ici à faire une analyse sémantique historique et socioculturelle du lexème requin (auquel il faudrait d'ailleurs associer à des fins comparatives les différentes aires linguistiques : français, anglais, espagnol, etc.), nous pouvons éventuellement avancer que les représentations socioculturelles d'une réalité non linguistique pourraient provenir pour une part d'une isotopie de sèmes appartenant à la mer et à ceux du requin.
Qu'est-ce que cela veut dire ?
Un mot simple possède en général deux valeurs. La première est la dénotation, c'est-à-dire le sens premier, neutre, identique pour tout le monde. Le lion dénote ainsi normalement un animal : « Un lion se tenait immobile dans la savane ». Le second est la connotation, c'est-à-dire un sens différent qui s'est généralement construit peu à peu (socioculturel) et dont le sens peut varier en fonction du référent (celui qui entend le mot) et du contexte : « Aujourd'hui, au bureau, Michel a mangé du lion ». Tel qu'on l'entend, ce n'est pas de l'animal dont on parle (Michel n'a pas mangé un steak de lion), mais de sa capacité à référencer chez nous l'idée de force, idée qui se transfère sur le sujet de notre exemple, Michel. Afin d'analyser ces valeurs, on étudie les sèmes, c'est-à-dire les significations minimales que porte un terme (appelé dans ce cas précis un lexème). Par exemple, Lion, porte les sèmes d'animé, de vivant, de comptable, de concret (que l'on écrit normalement de cette manière : [+animé], [+vivant], [+comptable]) ; mais aussi de mammifère, de carnivore, de force, de dangerosité, de noblesse, etc. Une isotopie, c'est l'effet de récurrence syntagmatique (on peut dire « du mot ») d'un même sème, sa répétition, ce qui crée sa réalité, son paradigme. Exemple : « Ce soldat est vrai un lion face à l'ennemi ». Ici, vous utilisez une partie des sèmes du lion (comme force, courage, dangerosité) pour les conférer au lexème soldat, ce qui dès lors donne une orientation particulière à la phrase, un sens qui prend corps au sein d'un paradigme que le lexème lion définit. Mais cela fonctionne car il y a des sèmes communs (animé, vivant, mammifère, lutte pour la vie) : ils sont donc pluri-isotopiques. Si nous avions donné l'exemple : « Ce soldat est un vrai crocodile face à l'ennemi », cela n'aurait plus voulu dire grand chose (il y a aussi des paramètres socioculturels dont nous ne tenons pas compte). De même, si nous disons : « Le yaourt Machin est le lion des yaourts », cela risque d'être franchement un slogan raté, car il n'y a que très peu de sèmes communs (comptable, et encore) ; il n'y a pas d'isotopie flagrante ou déterminante sur laquelle construire une réalité du discours. Cela conduit à des analyses parfois très fines et très poussées, que nous n'évoqueront pas ici, mais qui permettent d'étudier la manière dont les sens se construisent et se propagent.

LE REQUIN - Page 3 Shark_18
140- « Shark vs. Lion fight poster », de Greg Foster


C'est ce qui se passe d'après nous entre « requin » et « mer ». Sans entrer dans l'analyse sémique de ces deux termes (ce qu'il faudrait pourtant faire, en se servant des textes de l'époque concernée), le requin ne possède pas les mêmes caractéristiques que ceux des prédateurs terrestres, notamment parce qu'il est un prédateur marin. C'est donc le champ sémantique de la mer/de l'océan qui génère la différence principale (mais qui n'est pas la seule ; nous pouvons en donner quelques autres à titre d'exemple : poisson ≠ mammifère ; nuisible ≠ royauté [nuisible, comme le vautour, qui n'est donc pas utilisé pour le requin par Melville par hasard27], eau ≠ feu [et donc froid ≠ chaleur] ; ténèbres ≠ solaire, silencieux (il n'y a pas de cri du requin) ≠ rugissant [ce dernier nous paraît assez important, comme si cette apparente absence de communication éloignait encore davantage le requin de la sphère du vivant – ce que l'ensemble des sèmes proposés tend à réaliser, et qui serait alors une des approches déterminantes dans une étude sur l'imaginaire et la peur du requin] etc.) et, comme nous l'avons déjà vu, plus particulièrement la mer en ce qu'elle est capable par son infini, son côté mortifère, d'engendrer une peur archaïque (que l'on pourrait éventuellement analyser comme un sème de terreur face à l'inconnu) qui vient s'associer au sème de la dangerosité lié au prédateur (nous vous renvoyons au caractère prédateur que possède la mer de la publie précédente), peut-être en raison du couple que pourrait former l'association danger – peur. Ces deux éléments renforceraient alors dans les esprits, sans s'identifier ou s'assimiler, la peur (que l'on éprouve pour un prédateur) et la répulsion (liée à l'élément marin) ressentie pour le requin et qui construiraient dans les esprits la représentation socioculturelle qui est celle du requin à cette époque. Ainsi au XIXe siècle, le requin n'est-il pas considéré comme un monstre marin, mais bien comme un animal détestable, détestable parce que craint, craint car associé à l'élément marin et au fait que l'homme est sans défense ou presque contre lui. Il n'est plus en position de compétition, mais de proie aveugle face à un prédateur dont elle ignore beaucoup, ce qui bien sûr, lui fait maudire cette bête qui révèle ainsi ses faiblesses. Voilà pourquoi nous semble-t-il qu'au XIXe siècle, lorsque l'homme décrit l'animal comme « un monstre, un vautour, une bête des abîmes », il le différencie volontairement des prédateurs terrestres pour exprimer la crainte qu'il en a, mais qui ne s'est pas encore transformée en terreur, en psychose qui, elle, se fera jour au XXe siècle et qui construira un mythe, une légende, celle d'un prédateur invincible, toujours plus avide, lointain et polymorphe.  

LE REQUIN - Page 3 Brehm_10
141- « A shark attack », 1894, Brehm


Nous allons tenter d'exemplifier ce passage, cette transition d'une simple répugnance à une peur irraisonnée, d'un siècle à l'autre, à l'aide de deux récits, celui de la catastrophe du Birkenhead de 1852 et celui des attaques de la côte est du New Jersey de 1916. Soixante-quatre années séparent ces deux événements. Le premier est terriblement meurtrier et pourtant, à aucun moment, le requin ne marque les esprits. Il est davantage considéré comme une catastrophe naturelle, au même titre que les récifs, les tempêtes, ou encore le froid océanique. Il est haït, détesté, redouté, mais non fantasmé, aspect déterminant. Le second est très peu meurtrier (en comparaison), mais est vécu en direct par la population dont les esprits vont se laisser submerger par la panique, la peur irraisonnée, la phobie et ainsi permettre à un mythe moderne d'émerger : le requin, nouveau monstre des océans.



II- Le naufrage du Birkenhead

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142- « Birkenhead », Peter Bilas, 1988


Le HMS (pour « Navire de Sa Majesté ») Birkenhead a été l'un des premiers navires à coque métallique construits pour la Marine royale. Il a été assemblé dans les chantiers navals de John Laird à Birkenhead où cette future frégate alors dénommée Vulcain fut rebaptisée du nom de la ville de son lieu de construction. Il possédait deux machines à vapeur de 564 chevaux (421 kW) propulsant une paire de roues à aubes de 6 mètres d'envergure et deux mâts gréés en brick, pour 64 m de long. Le navire a été divisé en huit compartiments étanches, tandis que la salle des machines a été séparée en quatre compartiments via deux cloisons longitudinales, ce qui permettait d'obtenir un total de 12 compartiments étanches. Sa proue représentait une grande figure de Vulcain, tenant un marteau dans une main et des foudres de Jupiter dans l'autre.

Le Birkenhead a été lancé le 30 décembre 1845 par la marquise de Westminster. Il a entreprit son premier voyage vers Plymouth en 1846, à une vitesse moyenne comprise entre 12 et 13 nœuds (soit de 22 à 24 km/h). Puis il fut mis à la disposition de l'Angleterre, de l'Écosse et de l'Irlande pour des usages divers. En 1851, dans le cadre de sa conversion de navire de guerre en navire de transport de troupes, un gaillard et une dunette lui furent ajoutés pour accroître sa capacité de transport et un mât supplémentaire lui fut adjoint afin d'en faire un trois-mâts goélette. Il est ainsi devenu le plus rapide et le plus confortable de tous les transports de troupes de l'époque.

Or, depuis plusieurs mois déjà, les Xhosas, une ethnie présente dans l'est de l'Afrique du Sud, avaient une nouvelle fois pris les armes contre le régime britannique dans ce qui allait devenir la huitième guerre des Cafres, guerre qui s'achèvera en 1857 après une terrible famine causant plus de 40 000 victimes. Londres, afin de soutenir l'action militaire du lieutenant général Sir Harry Smith, décida donc d'envoyer des renforts de troupes dans sa colonie australe. C'est ainsi que le Birkenhead, en janvier 1852, et sous le commandement du capitaine Robert Salmond, quitta Portsmouth avec pas moins de dix régiments différents à son bord. D'autres soldats et leurs épouses, ainsi que des familles d'officiers, embarquèrent le 5 Janvier à Queenstown (aujourd'hui Cobh), en Irlande.

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143- « Painting of the Xhosa Wars », 1851, provenant de la « Anne S.K Brown Military Collection »


Le 23 février 1852, le Birkenhead s'amarra brièvement à Simon's Town, près de la ville du Cap, premier port une fois passé le Cap de Bonne-Espérance. La plupart des femmes et des enfants y débarquèrent ainsi qu'un certain nombre de soldats malades, tandis que sept nouveaux passagers montèrent à bord. On chargea alors le navire pour la dernière étape du voyage, la baie d'Algoa, au-delà de Port Elizabeth, avec entre autres de l'eau douce, 350 tonnes de charbon, des ballots de foin et neuf chevaux de cavalerie.
Deux jours plus tard, à six heures du matin, le navire appareilla, fort de plus de 600 passagers (450 soldats anglais, avec vingt-cinq de leur femme et trente et un enfants, les officiers et assimilés, en plus d'un équipage de 130 hommes – un total de 630 personnes, bien que d'autres sources mentionnent le chiffre de 638) pour son dernier voyage. Afin d'être le plus rapide possible, le capitaine Robert Salmond décida de longer la côte sud-africaine en se maintenant à une distance de 3 miles du rivage. La mer était calme et le ciel limpide et sans nuage, en cette magnifique journée estivale, alors que le Birkenhead quittait False Bay en direction de l'est. Ce fut au cours de la nuit de jeudi, peu avant deux heures du matin, que se produisit la catastrophe. Le sondeur venait de mesurer 12 brasses (22 m) et le navire filait 8 nœuds (15 km/h). Mais avant que tout autre sondage ait pu être réalisé, le Birkenhead heurta violemment un rocher inconnu par seulement deux brasses (3,7 m) sous son étrave, et par onze brasses (20 m) à l'arrière du navire, à 1600 mètres au large. Ce récif, qui se trouve près de Danger Point, affleure quasiment à la surface de l'eau, et bien qu'il soit clairement visible par mer agitée, il n'est pas immédiatement apparent dans des conditions plus calmes.

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144- « Great White Shark Cape Town »


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145- Capture d'écran depuis Google Earth : de Simon's Town à Danger Point (Van Dyks Bay)


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146- Capture d'écran depuis Google Earth : Danger Point, depuis la route, avec à droite, le phare érigé depuis le naufrage


Le Capitaine Salmond, alors présent sur le pont, ordonna de mouiller l'ancre, d'abaisser la quille de roulis et de faire machine arrière. Il espérait ainsi empêcher le navire de sombrer en glissant le long du récif et aussi donner aux hommes piégés dans les ponts inférieurs le temps nécessaire pour sortir à l'air libre. Mais ce dernier ordre apparaît rétrospectivement comme une erreur terrible. À peine le navire s'était-il éloigné du rocher que l'eau s'engouffra dans la large brèche occasionnée par le choc et projeta de nouveau le Birkenhead contre le récif. Ce second choc, qui eut lieu dix minutes après le premier, tordit les plaques de la cale avant et perça les cloisons étanches. En très peu de temps, les compartiments de proue et les salles des machines furent inondées et un grand nombre de soldats et de passagers malheureux périrent noyés dans leurs couchettes.

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147- « Striking the Rock »


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148- « Breaking »


Dans les premières minutes suivant la collision, la confusion régna à bord alors que les militaires, les marins et les passagers se précipitaient tous sur le pont pour échapper aux flots qui envahissaient l'avant du navire. Les officiers rétablirent vite le calme en ordonnant aux hommes de se regrouper à la poupe du bateau. Les soldats survivants se rassemblèrent donc et attendirent les ordres. Le capitaine demanda au lieutenant-colonel Seton d'envoyer soixante hommes s'occuper des pompes à chapelet, pendant que soixante autres iraient mettre à l'eau les canots de sauvetage, et que le reste de l'équipage se rassemblerait sur la dunette afin d'essayer de relever la partie avant du navire. Puis il ordonna que les femmes et les enfants soient, dans le calme, placés dans le cotre qui se trouvait sur le flanc du navire. Il fallu néanmoins désigner l'enseigne Lukas et le sergent Kilkeary afin de séparer de force les femmes de leur maris que, dans leur terreur, elles refusaient de quitter. Ils y parvinrent néanmoins, leur sauvant ainsi la vie. Sous la direction de Seton, la chaloupe est finalement mise à la mer et parvient à s'éloigner suffisamment pour éviter tout risque de submersion. Simultanément, le capitaine demanda à ce que les chevaux soient libérés dans l'espoir qu'ils puissent peut-être nager jusqu'à la rive.

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149- « Wreck of the "Birkenhead », illustration de Thomas Murray pour le « History of the Scottish Regiments », aux environs de 1880


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150- « The Wreck of the Birkenhead », lithographie d'après une peinture de Charles Dixon de 1852, et publiée dans « Britannia's Bulwarks » en 1901


Deux autres cotres étaient encore disponibles. Mais malgré le calme et la discipline militaire, le second s'abîma à peine à l'eau, tandis que le troisième, en raison du manque d'entretien, ne put être utilisé. Il ne restait dès lors plus que trois embarcations de secours disponibles – assez de place pour embarquer 78 personnes – alors que l'ensemble des bateaux de secours aurait suffit pour 630 membres d'équipage. Le pont du Birkenhead s'inclinait de plus en plus vers l'avant. Beaucoup de passagers prisonniers des ponts inférieurs étaient à présent morts noyés. Et donc, dix minutes après le premier choc, la partie emplie d'eau se fendit dans un puissant bruit de craquement – comme le Birkenhead était de nouveau projeté sur le récif –, faisant s'abattre sur le pont le mât de misaine et écrasant les hommes qui tentaient de sauver le navire. La violence du choc fit que certains marins furent projetés par-dessus bord... et montèrent alors des eaux environnantes des hurlements de terreur. La nuit empêchait aux malheureux naufragés d'entrevoir les drames se déroulant au sein des flots, mais ils devinèrent que ces cris étaient ceux des infortunés happés vers les fonds par les requins qui commençaient à se masser autour de l'épave. C'est ainsi qu'il ne restait encore présent sur le pont que 200 hommes et officiers. Le lieutenant-colonel Seton pris sous sa responsabilité l'ensemble des militaires et souligna la nécessité de maintenir l'ordre et la discipline parmi les hommes. Un survivant racontera plus tard : « Presque tout le monde garda le silence, car l'on entendait seulement les ruades des chevaux et les ordres de Salmond, donnés d'une voix claire. » Ce dernier grimpa de quelques mètres au mât d'artimon pour lancer un dernier appel à l'attention de l'équipage : « Chacun pour soi maintenant. Votre seule chance si vous savez nager est de sauter par-dessus bord et de tenter de vous accrocher à tout ce qui flotte, mais je vous implore d'éviter la chaloupe contenant les femmes et les enfants, elle est déjà surchargée. Je vous demande en fait de rester où vous êtes. » Seulement trois hommes firent la tentative d'essayer de nager jusqu'à la rive et, parmi les 200 survivants restants, aucun autre ne bougea, obéissant stoïquement aux consignes.

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151- « Wreck of the Birkenhead », par Thomas Hemy, croquis original (supposé), 1893


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152- Discipline, auteur et date inconnus


Depuis le premier impact vingt minutes venaient de s'écouler et les moteurs continuaient toujours de faire machine arrière. C'est alors que le navire fut à nouveau ébranlé de plusieurs pieds sur le côté de la carlingue, sous la salle des machines, déchirant sa cale. Instantanément le reste du navire se brisa en deux, à l'avant du grand mât. La cheminée du steamer s'écrasa par tribord comme la proue fut engloutie par les eaux, projetant de nombreux hommes à la mer, dont le capitaine Salmond qui fut éjecté par-dessus bord et qui mourut écrasé par la chute de la mâture. La section arrière, maintenant bondée de survivants, surnagea quelques minutes avant de sombrer à son tour. Un officier rescapé écrira plus tard : « Chaque homme fit ce qui lui avait été ordonné, et il n'y eut pas un cri, pas un murmure parmi eux, jusqu'à ce que le navire fasse son plongeon final. Les officiers avaient reçu leurs ordres et les avaient exécutés, comme si les hommes embarquaient au lieu d'aller droit au fond des eaux. Il n'y avait qu'une seule différence : je n'ai jamais vu d'embarcation conduite avec aussi peu de bruit ou de confusion. »

La mer était devenue rouge de sang et l'on y devinait à la surface des restes humains difficilement reconnaissables, ceux des hommes déchiquetés par les requins. Parmi les naufragés, plus de 60 parvinrent à nager les 1 600 mètres les séparant de la côte, mais la plupart des passagers du Birkenhead ne savaient pas nager, y compris le colonel Seton qui se noya. Dans une lettre écrite à son père, le 1er mars 1852, le lieutenant Girardot témoigne des instants terribles qu'il dut vivre : « Je restai sur le pont jusqu'à ce que le bateau coule. Je fus entraîné sous l'eau par l'aspiration et un homme m'attrapa la jambe. Je réussis à me dégager en lui donnant des coups de pied et parvins à la surface où je m'accrochai à des morceaux de bois. Je demeurai dans l'eau pendant cinq heures. Le rivage était tellement rocailleux que beaucoup périrent en essayant d'atteindre la terre ferme. Pratiquement tous ceux qui se retrouvèrent à l'eau sans leurs vêtements furent pris par les requins, des centaines d'entre-eux nous entouraient, et je vis plusieurs hommes happés juste à côté de moi, mais comme j'étais habillé d'une chemise et d'un pantalon de flanelle, ils préférèrent les autres. » De la même manière, Benjamin Turner, un garçon de seconde classe, serviteur d'Archbold, artilleur, témoignera : « J'ai nagé pendant un long moment, me reposant sur des débris flottant jusqu'à ce que je rencontre par hasard une partie du pont à la dérive sur laquelle je parvins à monter et à m'allonger, remerciant Dieu de me garder des requins. Je vis beaucoup de pauvres gars lors de la matinée qui s'accrochaient à un morceau de bois alors que leurs jambes immergées étaient attrapées par des requins. Un requin surgissait, les saisissaient par une jambe avant de les entraîner par le fond. »

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153- Sans titre, par Lance Calkin, 1899


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154- « The Loss of HMS Birkenhead », auteur et date inconnus


Tout fut terminé pour le Birkenhead 25 minutes après la collision. Seul le grand mât et l’extrémité du mât de beaupré perçaient la surface des eaux et indiquaient le lieu où le navire avait sombré. Il ne laissait de lui qu'une vision épouvantable. Nombreux furent les hommes qui, après avoir coulés avec le navire, purent refaire surface, luttant désespérément dans l'obscurité pour leur survie, avant d'être à nouveau aspirés dans les profondeurs par la houle traîtresse, le froid et l'épuisement. Mais la noyade ne fut pas le seul danger qu'eurent à redouter ces malheureux marins. Il existait d'autres horreurs : les requins, qui pullulaient dans ces eaux, et qui attendaient, affamés, ces proies sans défense. Et ces hommes courageux n'étaient pas sans ignorer la présence de ces monstres28. Nous pouvons ici citer les dires du jeune Cornet R. M. Bond, du 12e régiment royal de lanciers qui décrit la mer comme « recouverte de formes luttant tandis que des cris, des hurlements stridents et déchirants en provenance de l'épave se faisaient effroyablement entendre ». « J'ai vu disparaître dans un cri perçant deux hommes qui nageaient tout près de moi, probablement mordus par des requins. » Tout aussi dramatique demeure parfois le récit des personnes ayant pu monter à bord des chaloupes. L'une d'entre-elles abritait l'enseigne de navire Russel. Ce dernier, apercevant un homme affronter désespérément les vagues, échangea sa place avec ce marin épuisé, en affirmant qu'il savait nager. Mais cinq minutes plus tard, il fut happé par un requin et disparu sous les eaux. Ou encore ce témoignage du soldat James Boydon, qui était parvenu à se hisser sur une des balles de foin échappées de la cale et qui fut poussé par le courant jusqu'au rivage : « J'ai vu la mer fourmiller littéralement de requins. Ils se sont jetés sur leurs proies et l'air s'est mis à retentir des cris de leurs victimes. » Le rivage, accidenté et battu par les rouleaux, était aussi connu pour être frangé sur une certaine distance par des champs mortels d'algues brunes, si denses, que le plus fort des nageurs se retrouvait impuissant lorsqu'il était attrapé au sein de ces plis sinueux. Pour ceux qui restaient, rescapés flottant dans les eaux noires, ce fut une longue attente. Certains n'y survécurent pas, le froid et la fatigue, si ce n'était les squales, les entraînant finalement au fond des eaux. Ce qui fait de ces hommes qui restèrent sur le pont de véritables héros car, afin de sauver la vie des femmes et des enfants, ils sacrifièrent de fait, leur dernière chance de survie.

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155- Naufrage, de Joseph Vernet, 1759


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156- Virginie, victime des flots, par Bernardin de Saint-Pierre, 1806


Et puis dans l'après-midi du 26 février survint la goélette Lioness qui avait repérée des espars en début de matinée. Elle récupéra les naufragés qui s'étaient accrochés à la mâture (une quarantaine de personnes) et ceux qui étaient parvenus à surnager jusque là, pour un total de 116 survivants. Soixante-huit hommes parvinrent à atteindre le rivage par leur propre moyen. Au final, le naufrage fit pas moins de 450 morts. La totalité des femmes et des enfants, que les hommes avaient protégée, survécurent. La part due aux requins fut probablement du même ordre de grandeur que celle causée par le naufrage du navire et par la noyade. Lorsque le récit du drame arriva à Londres vers le 15 avril, la liste complète des victimes fut publiée et plus tard, un procès eu lieu afin de tirer au clair les responsabilités. Il ressortit des différents témoignages que le courage de ces marins fut non seulement exemplaire, mais dépassa de très loin tout ce que l'on était en droit d'attendre d'un équipage. Outre les décorations qui furent décernées, la mémoire des sacrifiés qui fut honorée, les plaques commémoratives qui furent érigées, le phare qui fut bâti à Danger Point, le naufrage du Birkenhead devint une catastrophe maritime qui entra dans l'Histoire en raison de la notion « les femmes et les enfants d'abord », principe qui fut pour la première fois appliquée à des fins d'évacuation.

Et les requins ? Mentionnés, en passant, comme le froid, le ressac, les algues ou les récifs : un simple élément d'un monde marin empli de menaces. Sauf dans la mémoire des Afrikaners, dont le mot pour soldat anglais était « Tamaai » et pour requin, « Haai » (à rapprocher bien sûr de l'allemand « der Hai »). Car il y eut tellement de jeunes soldats anglais qui furent tués par les requins lors de cette nuit d'été, que le squale se vit affublé d'un nouveau nom dans la province du Cap oriental : il est toujours connu comme étant le « Tamaai haai »29.

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157- « The Wreck of the Birkenhead », artiste inconnu



Notes suite

27- L'élément « animal nuisible » peut ainsi se lire dans Lexicologie : sémantique, morphologie et lexicographie, de Alise Lehmann et Françoise Martin-Berthet, chez Armand Colin, 2013, et dont la page qui nous intéresse peut être lu ici, sur Google Livre ;
28-  Nous disons « monstre » car une partie de ce texte est issu de la traduction des récits des survivants qui utilisaient le mot monstre pour désigner les requins ;
29- Il existe de nombreuses sources sur ce naufrage tristement célèbre (voir la sitographie), dont étrangement aucune ne reconstitue les faits de la catastrophes à l'identique. Le nombre des passagers et des victimes diffère sensiblement ; dans certaines versions, les chevaux sont déjà relâchés à l'eau avant les dernières paroles du capitaine, alors que dans d'autres, ils s'échappent lorsque le navire se brise ; il y a des incohérences sur les mâts, comme le capitaine qui monte au mât de misaine supposé déjà abattu ; etc. Nous avons donc tenté d'homogénéiser la narration de l'événement, mais il s'agit là d'une recnonstitution personnelle qui probablement ne coïncide pas strictement avec la réalité des faits tels qu'ils se sont déroulés.


Sitographie suite

105- Signosemio.com : François Rastier, l'analyse sémique ;
106- Wikipedia  : HMS Birkenhead, en anglais ;
107- Archive : « A Deathless Story or The “Birkenhead” and its Heroes », de A.C. Addison et W.H. Matthews, aux éditions Hutchinson and Co., 1906, la source principale qui nous a permis la rédaction de cet article ;
108- Submerged : Birkenhead, long article en anglais, avec des photos intéressantes, dont celles du personnel à bord du navire et des images commémoratives ;
109- Google Book : The Annual Register, 1852, vol 94, en anglais ;
110- Histoic UK : Women and Children First, par Ben Johnson, en anglais ;
111- Xplorio : Story of the Birkenhead ;
112- Owlcation : Top 10, Worst Shark Attacks in the World ;
113- One Eternal Day : Women and Children first ;
114- Casa Imp Act : site personnel de Laetitia Casabianca. Il y a toute une partie consacrée au requin, et cet article : Les naufrages, lieux de carnage souvent insoupçonnés ;
115- Titanic Superforum : forum officiel du Titanic, avec ici un sujet consacré au HSM Birkenhead ;
116- Ardbell 28 : blog de Ardbell 28, avec ici une page consacrée aux naufrages et attaques de requins ;
117- Yrautcnas : blog personnel, avec un article intitulé L'histoire du Birkenhead ;
118- Telescoop : Tout près du grand requin blanc, article très désorganisé ;
119- Serle Canada : quatre pages d'article sur Thomas Emy, artiste, célèbre pour ses illustrations du Birkenhead ;
120- Google Book : The Illustrated at the Fireside : True Southern African Stories, article HSM Birkenhead ;
121- Wikitravel : Diving in South Africa, HMS Birkenhead wreck ;
122- Slideshare : galerie d'images avec leur légende ;
123- Google Book : Sea Adventures : Usborne True Stories, de Henry Brook ;
124- Shark Attack Files : PDF sur le Birkenhead, en anglais.


Iconographie suite

138- Thought Catalog : article Blood In The Surf : 13 Insanely Brutal Shark Attacks que nous estimons inutilement sensationnel, avec l'idée d'entretenir l'intérêt du lecteur grâce au morbide ;
139- MyScienceWork.com : article sur le web sémantique ;
140- Dribble.com ;
141- Etsy : site commercial de tableaux ;
142- Searle Canada : pages sur Thomas Hemy et le naufrage du Birkenhead, en anglais ; voir aussi l'iconographie à l'entrée n° 151 et la sitographie au n° 119 ;
143- International Foods and Culture : en anglais ;
144- El Foro : forum généraliste. Le lien vous conduit à la section Nuestro próximo viaje, Notre prochain voyage, où de nombreuses images intéressantes sont à regarder, dont celles concernant Danger Point, et quelques requins, au troisième tiers de la page ;
145 et 146- Google Maps : en zoomant, on peut affiner jusqu'à une très belle vue de la côte, comme l'image que nous vous proposons ;
147- Issue de « A Deathless Story or The “Birkenhead” and its Heroes », de A.C. Addison et W.H. Matthews, aux éditions Hutchinson and Co., 1906, p. 19 ;
148- Issue de « A Deathless Story or The “Birkenhead” and its Heroes », de A.C. Addison et W.H. Matthews, aux éditions Hutchinson and Co., 1906, p. 23 ;
149- My Art Blog Collection : blog de Henry Zaidan sur la peinture ;
150- Kauno diena : site lituanien à caractère informatif ;
151- Searle Canada : site web de Peter Searle, indexé en page, par sujet. L'information sur l'image qui nous intéresse se trouve au-dessus de l'image en question ;
152- Digital Library : texte en anglais de Charlotte Yonge, La discipline ;
153- Searle Canada : l'auteur du site nous apprend, sous l'image concernée, que celle-ci est probablement une reconstitution imaginaire. L'accident ayant eu lieu au milieu de la nuit, la plupart des hommes devaient être nus ou peu habillés, et non pas en grande tenue de parade, alignés comme à l'exercice. La comparaison avec l'image qui précède est à ce titre intéressante ;
154- Lightmoor.co.uk : site d'édition de livres historiques sur l'industrie et le transport ;
155- BnF : les galeries virtuelles de la Bibliothèque nationale de France ;
156- BnF : les galeries virtuelles de la Bibliothèque nationale de France ;
157- Voir l'entrée iconographique n° 142.



À suivre...

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Le requin - un prédateur des mers, suite



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158- Saut d'un requin blanc



III- Positivisme et faits divers


A- La croyance en la science

Comme nous l'avons dit, soixante-quatre années séparent les deux événements que nous relatons. C'est à la fois très peu, et beaucoup. Beaucoup car cette époque de la fin du XIXe siècle et des débuts du XXe siècle est porteuse de mutations profondes pour les sociétés dites occidentales. Nous nous permettons ici de citer l'Histoire de la France des origines à nos jours : « Révolution technique et industrielle, urbanisation, suffrage universel et avènement de la République, que de bouleversements en l'espace de deux ou trois générations d'hommes ! » (Philippe Joutard pour notre extrait, sous la direction de Georges Duby, éd. Larousse, coll. In extenso, 1995, p. 764). Cette période est extrêmement riche en découvertes, en transformation de toutes sortes, et pas uniquement en France, évidemment. Nous nous contenterons ici de ne mettre en exergue qu'un seul et unique fait de société, celui en la croyance dans le progrès technique et la force de la raison qui s'est lentement fait jour, et qu'illustre assez bien la théorie newtonienne de la gravitation. « Celle-ci semble désormais inébranlable, la confiance en ses prévisions relevant presque de la croyance religieuse, tant le positivisme au XIXe siècle a influencé les scientifiques. Au tournant du siècle, certains en viennent même à penser que la mécanique céleste, et la physique en général, sont pratiquement achevées... » (Jean-Pierre Luminet, Le destin de l'univers, volume I, éd. Folio essais, p. 29 ;  pensons aussi à l'unification de la théorie de l'électricité avec en 1898, la découverte expérimentale de l'électron), foi qui transforme radicalement la perception du monde dans lequel nous vivons. C'est également l'émergence du rationalisme, doctrine pour qui « la dignité de l'homme réside exclusivement dans sa raison, qu'il faut donc chercher à développer ; la faculté d'analyse, l'esprit critique sont donc les premières qualités ; la sensibilité, l'intuition, la spontanéité sont méprisés […]. Mais ce rationalisme a pris une connotation scientifique et idéologique avec le succès […] du positivisme [dans lequel] l'homme n'a plus besoin de religion ou de métaphysique puisque la science les remplace en expliquant la réalité et en la transformant (Histoire de France, op. cité , p. 774) ». L'exemple français littéraire le plus connu de cette époque est bien évidemment Jules Verne. Attention néanmoins : les citations sur l'Histoire sont issues d'un ouvrage traitant de la France et des Français. Il y a un risque manifeste d'erreur lorsqu'on les reporte à d'autres pays, à d'autres continents comme pour les USA. Nonobstant, c'est aussi un mouvement de fond qui va frapper l'ensemble des civilisations occidentales de l'époque : positivisme anglais de John Stuart Mill, notamment, qui influença les États-Unis.

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159- De la raison au rationalisme


Pourquoi un tel détour ? Simplement afin d'illustrer la lente, mais inexorable évolution de la manière dont l'homme se met à percevoir le monde qui l'entoure. À la toute fin du XIXe siècle, grâce aux étonnants progrès de la science, il est à peu près persuadé d'avoir percé tous les secrets de l'univers, d'avoir uni les différentes théories, d'avoir expliqué le monde. La chute sera terrible puisque ce sera la Grande Guerre, le choc des cultures (immigrations massives aux USA) et la fin d'un monde équilibré et ordonné pour un monde effrayant, loin de nos capacité de conceptualisation, qui sera mis à jour par les scientifiques (théorie de la relativité, physique quantique).
Toute proportion gardée, ce premier rapport au rationalisme et à la science triomphante semble se répercuter dans celui que l'homme entretient avec le requin. Il n'y a plus de monstres qui peuplent les mers, plus de kraken géant, de serpent de mer ou de terribles kelpies, mais des animaux, parfois dangereux, mais que l'homme peut néanmoins affronter, maîtriser, dominer. Je vous renvois aux extraits de texte (page 2) et à celui n° VIII- Les enfants du capitaine Grant, de Jules Verne.
Les victimes de requins ne sont donc que des accidents dramatiques et malheureux. Pour mettre en lumière cette relation nouvelle, nous avons choisi de présenter quelques extraits issus de coupures de journaux entre 1880 et 1910. Ceux-ci nous montrent d'abord que les accidents liés aux attaques de requin sont de mieux en mieux couverts et qu'ensuite, s'ils suscitent la révolte, l'indignation, l'empathie pour les victimes, il n'en reste pas moins que ces brèves de colonne ne provoquent aucun émoi particulier au sein de la population dans son ensemble. Pourtant à toutes ces attaques isolées qui se succèdent sans retentissement particulier, correspondra la tragédie de 1916 et dont le détail de chaque événement n'est pas, étonamment, sans ressembler, parfois fortement, aux faits divers antérieurs. C'est qu'un élément nouveau et inconnu jusque alors va servir de déclancheur, d'électrochoc. C'est pourquoi ces extraits sont effectivement choisis, afin de coller au mieux à la suite des événements qui se produiront. Or, comme nous allons le voir, c'est cette science, cette technologie qui va, par ses effets indirects, construire un monstre moderne, là où le monstre mythologique, antique, n'avait plus aucune chance.


B- Trois faits divers choisis

Dans les années qui suivirent, de multiples faits divers relatant des attaques de requins ne cessèrent d'illustrer les journaux du globe. Nous n'en citerons donc que trois, à titre d'exemple, mais nous aurions pu en donner des centaines d'autres.

1- Le naufrage du Dwarka

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160- « Shipwrecked sailors attacked by man-eating sharks » (Marins naufragés attaqués par des requins mangeurs d'homme), provenant de J.W. Buel, « Book Sea and Land », 1889


« La côte de Cutch, en Inde, le 3 juillet 1888. Le navire Etruria de la ligne maritime Cunard Liner, depuis New York, vient de nous rapporter une de ces histoire maritimes à vous faire frémir. Un navire, nommé Le Dwarka, et qui effectuait la liaison vers Kurachi avec sept hommes d'équipage, s'est échoué au large de la côte de Cutch. Les marins se sont agrippés au mât qui s'est révélé ingouvernable et qui a dérivé vers la côte. Puis l'un des matelots entendit crier et vit l'un de ses camarades disparaître. Les hommes restants, face à cette horreur, constatèrent qu'ils étaient environnés de requins et qu'ils n'avaient aucune solution pour leur échapper. Non seulement le mât de fortune s'enfonçait en raison du poids des marins qui s'y agrippaient, mais la mer houleuse les empêchait de conserver une position d'équilibre. Les pauvres naufragés furent alors happés l'un après l'autre par les monstres jusqu'à ce qu'un seul demeura, unique survivant, qui put raconter son histoire. Et ce dernier, après avoir été ballotté deux jours et deux nuits, s'attendant à chaque seconde d'être dévoré, finit par atteindre le rivage. »
Source : L'Otago Witness, du 13 juillet 1888, page 9.

2- La tragédie de Delano Wood

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161- The Shark, par Wes Lowe


« Jaksonville, Florida, USA. Le 15 août 1899, Delano Wood, un garçon de 15 ans, se baigne dans la rivière Trout, non loin de la ville, lorsqu'il fut mordu par un requin et mourut dans la soirée, quatre heures après l'accident, de ses blessures. Sa jambe gauche avait presque été entièrement déchiquetée et était si gravement lacérée, qu'aucune intervention chirurgicale n'aurait pu le sauver. Il s'agit là d'un accident sans précédent dans cette partie de la rivière, à plus de 20 milles de l'océan (37 km). Bien que de petits requins ait déjà été vus près de la ville, jamais aucun de cette taille (3 mètres) et de cette férocité n'avait été aperçu de mémoire de citoyens. »
Sources : Le Washington Post, du 16 août 1899, page 1 ; le Miami Metropolis du 29 septembre 1899 ; et le Florida Times-Union, du 6 juin 1961.

3- Le sacrifice de Milena Zambelli

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162- Le petit journal illustré, Des requins dans l'Adriatique

« Des requins dans l' Adriatique ?... Ces squales terribles fréquentent-ils donc les mers européennes ? Eh oui !... Voici plusieurs années qu'on y signale leur présence. L'an dernier, n'en avait-on pas rencontré au large de Venise ? D'ailleurs, il y a des squales tout aussi bien dans les mers du Sud de l'Europe que dans celles des Antilles ou dans l'océan Indien. Seulement, ce ne sont pas les mêmes squales, voilà tout. [...] Ceci dit, voici, tel qu'il fut télégraphié de Trieste, le récit du fait terrifiant que retrace la gravure de notre huitième page, et qui s'est passé, ces jours derniers, dans les parages de l'île Meleda, en face de la presqu'île de Sabbioncello.
Plusieurs jeunes filles étaient montées sur deux barques pour faire un tour au large. Elles étaient arrivées à un kilomètre de la côte quand elles aperçurent avec effroi deux énormes requins qui sautaient autour de leurs barques. Elles se mirent à ramer à toute force vers la côte, mais les requins les poursuivaient toujours. Une des jeunes filles, Milena Zambelli, âgée de seize ans, plus courageuse que les autres, prit une grosse barre de fer et en donna un coup sur la tête d'un des requins. Mais, dans l'effort, elle perdit l'équilibre et tomba dans l'eau. Ses camarades, en proie à une vraie terreur, se mirent à battre l'eau avec leurs rames pour éloigner les requins et permettre à leur camarade de remonter dans la barque. Déjà, elle avait réussi à entrer une jambe et allait enjamber avec l'autre, quand elle fut saisie par un des requins qui lui, coupa net une cuisse. Ensuite le requin s'éloigna avec sa proie, tandis que les jeunes filles ramaient vers la côte avec la pauvre amputée.
Elle fut tout de suite emportée à l'hôpital, mais elle y mourut quelques heures après. »
Source : Le Petit Journal illustré du 9 Août 1908, page 8
On remarquera que la gravure ne coïncide pas exactement avec les faits décrits.

Si ces courts faits divers n'ont en soi rien d'exceptionnel, force est de constater que l'on ne relaterait pas la même chose si un garçon s'était fait renversé par une voiture, si une jeune fille était décédée dans un accident d'alpinisme ou si les marins avaient simplement sombré avec leur navire. Le requin ajoute une dimension que retraduisent bien les mots employés tels « frémir, horreur, monstre, dévoré, férocité, terrible et terreur». Le requin est un animal qui demeure encore à cette époque dans les inconscients, une sorte de qusi monstre. Comme nous l'avions fait remarquer dans la première partie, il demeure à la frontière, à la périphérie ; il est bien plus proche de la mort, de son idée, que de la vie. Il suffira dès lors d'un traumatisme, d'un choc, pour que la frontière se déplace.



III- Les attaques de requin du New Jersey

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163- Photo de Tim Calver, At Sea


Introduction

Nous sommes en 1916, dans New Jersey (USA), lorsqu'une incroyable série d'attaques va entraîner la mort de quatre personnes et en blesser grièvement deux autres. Un seul responsable : le requin.
Ces agressions se sont produites au cours d'une vague de chaleur meurtrière combinée, pour le nord-est des États-Unis, à une épidémie de poliomyélite qui incitèrent des milliers de personnes à profiter des stations balnéaires de la côte du New Jersey. Il est bon de préciser qu'un tel comportement de la part de requins le long de la côte Atlantique des États-Unis, en dehors des états semi-tropicales de la Floride, de la Géorgie et des Carolines, était considéré comme un fait rare. Néanmoins, de nombreux chercheurs pensent que la présence simultanée et accrue de squales et d'hommes dans les eaux de baignade a malheureusement conduit aux attaques de 1916.

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164- Carte des attaques de requins dans le New Jersey entre le 1 et le 12 juillet 1916


Ces dernières provoquèrent un vent de panique qui entraîna une chasse au requin afin d'éradiquer la population de squales « mangeurs d'hommes » et ainsi protéger les économies des communautés côtières du New Jersey.
Cet événement tragique a profondément marqué la culture populaire américaine : le requin – caricaturé via les dessins de presse – devint l’icône symbole de danger, et par la suite fut l'objet de nombreux documentaires. Il resta tristement célèbre car ce fut le premier incident concernant les requins à profiter d'un écho médiatique à travers tout le pays. Enfin, il poussa de nombreux ichtyologues à s'intéresser aux requins et à leurs mœurs, dont on savait peu de choses à l'époque.

Regardons les faits d'un peu plus près30.

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165- Plage typique du New Jersey au début du XXe siècle


Le 12 juillet 1916 commence, comme maintenant presque chaque jour de cet été du New Jersey, par une chaleur difficilement supportable. Personne ici ne pouvait se souvenir d'une saison aussi torride. Jour après jour, semaine après semaine, la météo était la même, chaude et humide. Vingt-quatre heures plus tôt, cette fournaise accablante était jugée responsable d'un décès à Jersey City, ainsi que de nombreux diagnostiques d'épuisement à travers tout l'état.
En cette époque précédant la climatisation, de nombreuses usines et entreprises sont obligées de fermer plus tôt. Cette poussée de chaleur est même considérée comme étant la cause de l'épidémie de poliomyélite qui frappe l'est des États Unis et qui s'est récemment propagée de New York vers les zones urbaines du New Jersey.
Nous sommes alors en milieu de matinée et la température avoisine déjà les 33° C. Le capitaine à la retraite, Thomas Cottrell, a donc décidé de prendre une pause à sa boutique Bait and Tackle qui se situe près de l'embouchure de la rivière de Matawan à Keyport. Essayant d'attraper une brise rafraîchissante en provenance de la baie voisine de Raritan, ce capitaine et pêcheur occasionnel se trouve alors au milieu du nouveau pont-levis qui enjambait la rivière. Soudain, une grande ombre noire miroite dans l'eau en contrebas et attire son attention. Avec toutes ces années passées en mer, il sait immédiatement ce qu'il vient de voir, mais son esprit ne croit pas ses yeux. Car que ferait un grand requin à nager dans le petit cours d'eau qui relie Matawan à Raritan Bay, à quelques kilomètres en amont ?
Mais le capitaine Cottrell n'est alors pas la première personne à voir un requin long de la côte du New Jersey en cet été 1916. Les requins sont dans tous les esprits car la fascination du public et la peur du tigre des mers avaient commencé deux semaines plus tôt, le premier jour de juillet, à soixante miles au sud de Keyport, à Beach Haven.

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166- Requin-bouledogue


A- L'attaque de Beach Haven

C'est en ce 1er juillet 1916, à Beach Haven, une petite station balnéaire de Long Beach Island dans le sud de l'état du New Jersey, que va se dérouler le premier incident malheureux. Le temps est magnifique dans la bourgade où le ressac vient se briser sur les plages de sables chauds. Charles Epting Vansant, 25 ans, fils d'un médecin de Philadelphie, est alors en vacances avec ses parents et ses trois sœurs à l' Engleside Hotel, lieu de villégiature chic qui donne sur la plage. C'est là qu'il se rend, suivi de son chien, pour une petite baignade avant le dîner (rappelons que nous sommes en pleine canicule).

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167- Charles Epting Vasant


Le chien de Charles Vansant, un retriever de la baie de Chesapeake avec lequel il avait auparavant déjà joué sur la plage, accompagne le jeune homme dans l'eau et tous deux nagent environ une centaine de mètres vers le large, plus loin que les autres baigneurs présents. Vansant est un bon nageur. Progressant en ligne droite, il ne craint pas l'eau profonde, imité en cela par son chien. Puis subitement, l'animal fait demi-tour. Charles l'appelle pour le faire revenir, mais sans succès. Comme le dîner l'attendait, Vansant décide d'imiter son retriever et commence à faire demi-tour. C'est alors que quelqu'un sur la plage remarque une nageoire émergeant de l'eau, derrière lui. La distance les séparant diminue très rapidement. De la plage, des gens commencent à crier « attention ! », mais le bruits du ressac rend Charles sourd aux avertissements. Il ne se trouve plus qu' à une quinzaine de mètres du rivage, dans un peu plus d'un mètre d'eau, lorsque le drame se produit.
Les gens sur la plage voient une énorme tête triangulaire s'élever hors de l'eau. Une gueule remplie de dents pointues s'ouvre et se referme sur la jambe gauche de Vansant juste en dessous du genou. Vansant hurle comme son sang macule la mer de rouge. Les autres baigneurs se  précipitent à son secours. Le premier a atteindre le jeune homme, est Alexander Ott, un surveillant de plage (par ailleurs, ancien membre de l'équipe américaine de natation) qui engage alors une lutte désespérée contre le requin. Il saisi Charles Vansant sous les bras et tente de le tirer vers la plage. Dans sa tentative de sortir Charles hors de l'eau, il se rend compte qu'il lutte à la corde avec un animal noir, d'environ 3 mètres de long, de forme oblong et dont il estimera plus tard le poids à 250 kg. Ce n'est qu'avec l'arrivée d'autres hommes qu'ils commencent à l'emporter sur le requin et qu'ils parviennent finalement à tirer le malheureux sur la plage. L'animal, touchant le fond, relâche alors sa proie pour regagner la mer profonde. Mais la cuisse gauche de Vansant est en lambeaux : une artère fémorale est déchirée et une partie de la jambe est manquante. On le ramène aussitôt à l'Engleside Hotel où, malgré les efforts de son père, médecin, il décède à 18 h 45, victime de l'hémorragie, sur le comptoir même de l'hôtel. Ses blessures étaient si graves que même aujourd'hui, avec les techniques médicales modernes et les transports d'urgences rapides, un siècle plus tard, il est peu probable qu'il eusse survécu.

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168- Homme attaqué par un requin, auteur inconnu


Néanmoins, cette première attaque ne créée pas un trop gros émoi médiatique, l'actualité du moment étant accaparée par l'épidémie de poliomyélite qui décime New York. L'événement est considéré comme l'un de ces incidents isolés ayant une probabilité extrêmement faible de se reproduire. Après tout, il n'y avait jamais eu d'attaque documentée de requin sur un homme dans les eaux du New Jersey et cela n'allait pas du tout de soi pour la plupart des gens et des scientifiques, en 1916, d'imputer l'attaque d'un animal à un requin. Cela prenait à leurs yeux, davantage l'apparence d'un ancien conte de marin que d'un fait réel. Les journaux et les experts de l'époque restent donc très sceptiques sur le fait qu'un homme vivant puisse être tué par un requin. Bien sûr, les requins pourraient profiter d'un cadavre dérivant, mais une rencontre avec un humain vivant ne peut être que purement accidentelle et le requin se replierait de suite à la découverte de son erreur. C'est ainsi que le New York Times titre le lendemain du drame : « Tué après l'attaque d'un poisson » (Dies after Attack by Fish) en page 18, un petit paragraphe au milieu de la deuxième colonne, sur une page qui en compte sept. Les plages ne sont donc pas fermées.

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169- Une foule hystérique, un requin et un chien, 1878


Charles Vansant restera tristement célèbre comme ayant été la première victime à se voir délivrer sur le sol américain un certificat de décès où la morsure de requin est considérée comme la cause probable de la mort31.


B- L'attaque de Spring Lake

Nous sommes le 6 juillet et les gens sont absolument indifférents à l'attaque qui s'est produite quelques jours auparavant. Un journal local, The Asbury Park Press, semble même douter qu'une attaque ait bien eu lieu. Peut-être Vansant s'est-t-il  tout simplement noyé et l'histoire sur le requin, fabriquée de toute pièce.

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170- Pour faire fuir les requins, baignez-vous en tenue victorienne


Dans tous les cas, Robert Dowling, 19 ans et Leonard Hill, un pharmacien de New York, nagent longuement le long de la côte sans la moindre inquiétude. Ils ignoraient les événements des derniers jours et la présence d'un (de) requin(s) dans les parages. Ils ressortent chacun de leur baignade l'esprit tranquille, alors que, quelques minutes plus tard, prenant leur suite, Charles Bruder entre à son tour dans l'eau.
Cinq jours se sont écoulés depuis la mort de Vansant et nous nous trouvons à Spring Lake, à 72 km au nord de Beach Haven, où Charles Bruder, 27 ans, groom suisse à l'Essex & Sussex Hotel, profite alors d'un après-midi de libre pour aller se baigner. Bruder, un ancien soldat de l'armée suisse, est un nageur expérimenté qui, l'année précédente, a travaillé dans un hôtel sur la côte californienne, nageant régulièrement entre les requins. Sur la plage, se trouve toujours deux sauveteurs, Christopher Anderson et George White qui préviennent Bruder de l'attaque ayant eu lieu quelques jours plus tôt à Beach Heaven. Charles leur rétorque que son expérience des requins lui apprend que ce sont les baigneurs qui les font fuir. Ne craignant donc pas l'animal, il se lance à l'eau et nage vers le large.

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171- Ocean Ramsey nage sans peur avec le requin


Soudain, et alors qu'il est à 120 mètres du rivage, il est attaqué par un requin et se met à hurler. En raison de la distance qui le sépare de la berge, les attaques sont sévères. L'eau se teinte de sang, si bien qu'une femme alerte les surveillants de plage en croyant qu'un canoë rouge s'est retourné et flotte juste sous la surface. Les deux surveillants se dirigent à bord d'un petit bateau vers la tache rouge avant de se rendre compte qu'il s'agit de Bruder. Ce dernier, grièvement blessé, est hissé sur le bateau et les sauveteurs sont étonnés de sa légèreté jusqu'à ce qu'ils constatent que Bruder a eu les deux jambes arrachées par le requin. La bête lui a d'abord cisaillé la chair sur le côté droit de son abdomen, avant de lui sectionner les deux jambes au niveau des genoux.
Bruder, installé dans le fond du bateau, saigne abondamment alors que les sauveteurs le ramène vers la rive. Il parvient brièvement à décrire son calvaire avant de perdre connaissance : il n'a pas vu le monstre avant que celui-ci ne le percute. « C'était un grand gaillard gris et rude comme du papier de verre. Il m'a coupé ici sur le côté et son ventre était si rugueux qu'il m'a blessé au visage et aux bras. C'est alors que j'ai crié une première fois. Je pensais qu'il était parti, mais il s'est seulement retourné pour me tirer en arrière avant de me couper la jambe gauche. »
Ce seront ces dernières paroles, Bruder ne se réveillera pas. Le jeune homme décède d'une hémorragie durant le trajet qui le ramène sur la plage. Sur place, la vue de son corps mutilé crée une panique et de nombreuses femmes s'évanouissent.
Cette seconde attaque connaît une plus grande couverture médiatique. De nombreux journaux ne parlent que du requin, alors que le jour de la mort de Bruder, vingt-quatre personnes meurent de la poliomyélite à New York. Un premier article est publié dans le New York Times daté du 7 juillet. Les stations balnéaires ont l'espoir futile que l'attaque n'avait peut-être pas été perpétrée par un requin. Mais le rapport du chef de service de santé du New Jersey, le colonel William Gray Schauffler, qui a examiné le corps de Bruder sur la plage, rejette cette possibilité : « Il n'y a pas le moindre doute qu'un requin mangeur d'hommes ait infligé les blessures », écrit-il.
Une panique s'installe et les autorités locales mettent en place des mesures destinées à protéger les baigneurs. C'est ainsi que le 8 juillet, Asbury Park devient le premier centre balnéaire qui fait face à la peur du public via l'installation de filets métalliques visant à protéger les baigneurs et le déploiement de bateaux à moteur avec des hommes armés de fusils de chasse patrouillant alentours. Belmar et Beach Haven font de même le lendemain et les stations balnéaires restantes leurs emboîtent le pas dès qu'elles le peuvent. Des requins sont alors repérés un peu partout le long de la côte du New Jersey, de Cape May à Robbins Reef Yacht Club, à Bayonne sur la baie de Newark. Puis une première alerte au requin est donnée le long de la côte.
L'ichthyologue John Treadwell Nichols, qui a enquêté sur le corps de la victime (en réalisant exprès le déplacement depuis New York) et le directeur du musée d'histoire naturelle de New York, le Dr Frederick Lucas, sont en désaccord avec les conclusions du colonel Schauffler concernant la mort de Charles Bruder. Ils excluent qu'un requin soit en mesure de séparer les jambes d'un homme adulte avec une simple morsure. Le premier soupçonne que la victime a été attaqué par une orque. Le second déclare que « la mâchoire d'un requin n'est tout simplement pas assez puissante pour faire ce genre de dégâts. » D'autres experts abondèrent dans ce sens, ajoutant même que s'il c'était bien s'agit d'un requin, celui-ci avait depuis longtemps quitté la région.

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172- Des scientifiques du Musée américain d'histoire naturelle de New York débattent de la menace posée par les requins et ne pensent pas que même les plus gros puissent sectionner des os humains


Avec les filets métalliques qui les protègent et l'avis de personnes faisant autorité pour les rassurer, certains des plus courageux retournèrent au bord de la mer. En quelques jours, de nombreux autres baigneurs suivirent. Cependant, pour les saisonniers, l'enjeu était maintenant de tenter de récupérer au moins une partie de la saison estivale restante.
Mais le prochain incident mortel au cours de cet été caniculaire de 1916 n'aura pas eu lieu à Spring Lake. Il ne se produira pas non plus le long des plages du New Jersey. Il va survenir à l'endroit le plus improbable auquel on pourrait penser.


C- Les attaques de Matawan Creek

La ville de Matawan est une petite commune non balnéaire située à 48 km au nord de Spring Lake et à 16 km à l'intérieur des terres, reliée à l'océan par la mince rivière Matawan. Celle-ci est soumise à l'influence des marées et est composée d'une eau saumâtre, résultant de la rencontre entre l'eau douce et l'eau de mer. Or, Matawan est située de telle manière qu'il paraissait extrêmement peu probable qu'une attaque de requin survienne. Et pourtant...
Le 11 juillet, un groupe de jeunes adolescents se retrouve pour aller nager au bas de la vieille usine à chaux, là où le ruisseau fait un coude, en s'élargissant de 9 mètres, à Wyckoff Dock. En cette belle après-midi de juillet, Rensselaer Cartan, 14 ans, barbote dans la Matawan avec ses copains lorsque quelque chose de grand à la peau rude comme une toile émeri le frôle. Il crie et se rue hors de l'eau, sur le quai. Sa poitrine est écorchée et rougie. Aucun des garçons avec lui n'a rien vu et beaucoup sont retournés dans la rivière après que Cartan les ait quitté pour aller bander ses blessures. Cet incident fut ignoré.

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173- Le petit pont duquel le capitaine Cottrell aperçoit une ombre grise


Le lendemain matin, tel que relaté au commencement de cette histoire, le capitaine à la retraite Thomas Cottrell, 59 ans, effectue une promenade matinale le long de la rivière, puis emprunte le petit pont qui l'enjambe. Y jetant un coup d'œil, il discerne un corps gris foncé, muni d'une fine nageoire dorsale et remontant la rivière, probablement un requin dont il estime la taille à 8 pieds (environ 2 m 50). Il est choqué de découvrir un tel prédateur dans ces eaux locales et fait immédiatement le lien avec l'incident survenu la veille. Le capitaine se précipite à Matawan et entre dans la boutique du barbier, John Mulsoff, qui se trouve être aussi l'agent de police de la bourgade. L'histoire du capitaine est accueillie avec incrédulité et tournée en ridicule. Comment un énorme requin pourrait-il vivre dans un ruisseau qui n'est seulement profond que de un pied (environ 30 cm) à marée basse ? N'obtenant aucune aide, Cottrell décide de prendre sur lui d'avertir la population. Il grimpe dans son petit bateau à moteur et se dirige le long du cours d'eau, en avertissant tous ceux qu'il rencontre de la présence d'un requin.
Mais en ce 12 juillet, à 14 h 00, un groupe de cinq enfants se baignent à Wyckoff Dock, ignorant ou refusant d'écouter les avertissements de l'ancien capitaine. C'est alors qu'ils aperçoivent, nageant dans leur direction, quelque chose de plus gros qu'eux et de très noir. L'un des garçons comparera plus tard la couleur du requin avec celle d'une vieille planche de bois qui serait restée fort longtemps immergée. Paniquant, ils se précipitent hors de l'eau, malheureusement trop tard. Albert O'Hara est heurté par l'animal, mais c'est un autre garçon, Lester Stilwell, 11 ans qui est finalement attaqué par le requin.

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174- Garçon happé par un requin


Charles van Brunt, un des compagnons de Lester, a dit qu'il pouvait voir son ventre blanc et ses dents luisantes comme il s'est retourné dans l'eau tout en refermant ses mâchoires sur le corps mince de son ami. Un témoin déclarera plus tard : « avoir vu Lester secoué comme un chat secoue une souris ». Le cri de Stillwell, emporté sous la surface, s'est tu, ne laissant plus qu'une marre rouge dans le sillage du requin. Le requin et le garçon disparaissent alors dans l'eau boueuse.
Les autres enfants ayant échappé à l'attaque sortent de la rivière le plus rapidement possible, ne prennent même pas la peine de s'habiller et se précipitent nus en ville pour chercher du secours en hurlant : « Un requin ! Un requin a attrapé Lester. ».  
Deux des meilleurs nageurs de la ville, Stanley Fisher et George Burlew, enfilent leurs maillots de bain et se dirigent vers la rivière pour chercher le corps. Au moment où ils parviennent à l'endroit où le garçon a disparu, une foule de gens se masse déjà sur les lieux du drame. Fisher et Burlew tendent un grillage à travers une section peu profonde du cours d'eau afin que la marée n'emporte pas le corps puis, avec un bateau à rames muni de longues perches ils entament les recherches du corps de Lester Stillwell. Cependant, après une heure d'exploration et doutant peut-être qu'il y ait eu là une attaque de requin, ils décident de plonger eux-mêmes pour essayer de retrouver les restes de l'enfant. Ils nagent et plongent pendant une demi-heure sans succès. Burlew, abandonnant, retourne vers le quai, mais Fisher lui, décide de faire une dernière tentative. Et c'est la bonne. Il remonte en criant : « Je l'ai ! ». Deux hommes saisissent alors une barque pour se porter à son aide et à celui du corps mutilé de Lester.

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175- La recherche du corps du jeune garçon


C'est à ce moment précis que Fisher est à son tour subitement attaqué par un requin. Il y a un hurlement terrible du côté de la rivière où Fisher avait cherché, mais ce dernier a disparu, pour soudainement réapparaître. George Burlew qui est sur les lieux, raconte : « Il a combattu le requin comme un forcené, cognant de toutes ses forces à coups de poing et à coups de pied. Trois ou quatre fois au cours de la lutte, le requin l'a entraîné sous l'eau, mais à chaque fois il est parvenu à remonter à la surface. Il semblait pouvoir se défendre mais, au mieux, c'était une bataille inégale. Le requin était dans son élément – pas Stanley. ».
Finalement, le requin abandonne cette proie qui se défend avec tant de violence pour retourner au corps de Lester Stillwell et Fisher se bat à présent pour rester à la surface. Récupéré par un canot, on le ramène sur la berge. Plusieurs femmes s'évanouissent et beaucoup d'autres luttent pour rester debout à la vue des horribles blessures causées par le requin. De l'aine à la rotule, Stanley Fisher n'a plus de chair sur sa cuisse droite. Le docteur Reynolds le soigne du mieux qu'il peut, lui posant un garrot pour stopper l'hémorragie, puis l'accompagne à la station de chemin de fer de Marawan où un train doit les conduire au Memorial Hospital de Monmouth.
Bien que Fisher ressente d'atroces souffrances, il lutte pour rester conscient. Le Dr Reynolds essaye de convaincre son patient de se laisser succomber à « sommeil bienheureux », mais Fisher tient à raconter son histoire. Le Dr Reynolds rapportera ce témoigna le lendemain, au Newark Evening News : « Il semblait penser qu'il était de son devoir de récupérer le corps, même si sa propre vie était en jeu. Plus tard, à son chevet avec les chirurgiens de l'hôpital, il m'a dit qu'il avait le corps de Lester dans ses bras quand le requin l'a attaqué :  « Je savais qu'il était avec moi lorsque j'ai senti son emprise sur ma cuisse. C'était un sentiment horrible. Je ne peux pas l'expliquer. Quoi qu'il en soit, j'ai fait mon devoir. ». » À 19  h30, les souffrances de Watson Stanley Fisher s'achèvent enfin. Il décède de l'hémorragie et d'un choc alors qu'il est mené à la salle d'opération.

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176- Le Philadelphia Inquirer publie sa première page relatant les attaques à Matawan avec les photos de Stanley Fisher (en bas à droite) et Lester Stillwell


Ayant déjà fait deux victimes en moins d'une heure, le requin de Matawan n'en a pourtant pas encore terminé. Trente minutes après l'attaque contre Fisher, à un kilomètre en aval de la rivière, au niveau du dock de Keyport, quatre enfants de Cliffwood se baignent ignorant le drame qui vient de se dérouler. Ils étaient dans l'eau depuis une quinzaine de minutes lorsque, fort heureusement quelqu'un les aperçoit et leur hurle de sortir de l'eau. Comprenant le danger, ils se dépêchent de quitter la rivière. C'est à ce moment-là que le plus jeune d'entre eux Joseph Dunn, 14 ans, est attaqué alors qu'il grimpe à l'échelle du dock. Son frère aîné Michael Joseph et les autres garçons se précipitent à son aide. Ils saisissent les bras du garçon et engagent la lutte contre le requin. Finalement, ce dernier relâche sa proie et poursuit vers l'aval : il n'en coûte à Joseph que des morceaux de chair. Trois victimes en une seule journée lui semble être suffisant. Joseph est transporté en auto à l'hôpital de Saint-Pierre au Nouveau-Brunswick. Les journaux précisent que, bien que la vie de l'enfant ne soit plus en danger, sa jambe ne sera certainement pas sauvée. Heureusement pour Joseph, il n'aura jamais lu ces journaux. Aidé d'un chirurgien talentueux et deux mois de convalescence, il sort de l'hôpital sur ses deux jambes. Il racontera plus tard : « J'ai senti ma jambe descendre dans la gueule du requin. Je crois qu'il m'aurait avalé. ».
Les jours qui suivent, des filets en acier sont installés en travers de la rivière pour capturer le requin. Les habitants organisent des patrouilles sur bateaux et tentent de chasser le squale avec des fusils ou en lançant dans l'eau des bâtons de dynamite à la moindre ondulation suspecte.

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177- Capture of a Shark at Brighton Pier, 14 mai 1877, par Samuel Calvert


Le 14 juillet 1916, les restes de Lester Stilwell sont finalement retrouvés à 46 mètres en amont du lieu de l'attaque.
Six jours après ces attaques, un requin a finalement été capturé dans la rivière Matawan près de l'endroit où elle se jette dans la baie de Raritan. Et ce ne fut pas moins que le capitaine Cottrell qui plaça l'écriteau Matawan Beast sur la devanture de sa boutique. Au cours des jours suivant, 3 000 personnes payèrent dix cents chacun pour voir le requin mort. Mais était-ce vraiment le tueur ? Avec le recul, probablement pas, car le vrai tueur a peut-être été capturé quatre jours plus tôt au large de South Amboy, à quelques miles au nord de la baie de Raritan. Michael Schleisser, un New-Yorkais chassant le requin comme des centaines d'autres, a sorti de l'eau un grand requin blanc (Carcharodon Carcharias) de neuf pieds. Quand il a été remorqué dans South Amboy et ouvert en deux, il a révélé quinze livres de chair et des os humains, y compris le tibia d'un garçon et d'une côte humaine. Si ce n'était pas le Matawan mangeur d'hommes, c'était certainement un mangeur d'hommes.

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178- Michael Schleisser et le grand requin blanc capturé à Raritan Bay supposé être l'auteur des attaques, photographie publiée dans le Bronx Home News


Conclusion

Les attaques du New Jersey vont bénéficier d'une couverture médiatique sans précédent aux États-Unis et créer peu à peu une panique liée à la peur des requins. C'est surtout après la seconde attaque, contre Charles Bruder que le phénomène médiatique se déclenche. La plupart des grands journaux américains comme le Boston Herald, le Chicago Sun-Times, le Philadelphia Inquirer, le Washington Post ou le San Francisco Chronicle relayent l'information en première page. La panique s'installe et le taux de baignade baisse de 75 % dans certains endroits. Dans le New Jersey, cette baisse de fréquentation touristique due à la panique engendre une perte de 250 000 $ (soit 5 000 000 $ en 2011).
De nombreuses mesures seront alors prises pour capturer le requin et protéger les nageurs. La Chambre des représentants des États-Unis votera même un budget de 5 000 $ (100 000 $ en 2011) pour mettre un terme à la crise du requin. Le président Woodrow Wilson organisera également une réunion spéciale pour discuter des attaques de requin. Des primes seront distribuées pour chasser le prédateur. Certains n'hésiteront pas à recourir à la dynamite pour le traquer ! La chasse au requin de 1916 est souvent considérée comme la « plus grande chasse à l'animal de toute l'histoire ».

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179 - Plages d'Atlantic City


Nous ne savons pas si ces attaques furent perpétrer par un ou plusieurs animaux. Mais au final, peu importe. Car c'est bien la rencontre de deux phénomènes qui paraît avoir engendré une créature nouvelle et inconnue. Tout d'abord, la surmédiatisation qui gonfle artificiellement l'importance d'un événement. Rappelons que pour l'année 1916, la poliomyélite fera 6 000 décès dont 2 000 rien que pour la ville de New York. Mais une maladie est neutre, n'a pas de visage, et ne provoque donc pas vraiment de mouvement de panique. Ici, c'est bien l'information moderne, les connaissances, qui permettent de tout imputer au requin. Et à cette surmédiatisation se greffe l'image mortifère du prédateur hantant les lieux emblématiques de l'inconnu. On va générer dans l'inconscient collectif la première idée d'un animal de type... tueur en série.

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180- Razor Coast Sneak Peek 5, The Kiss of Dajobas


Et la psychose va dès lors pouvoir commencer...



FIN



Notes

30- Il s'est écoulé un peu plus de 5 ans entre l'écriture de cet article et sa publication. Or, le site sur lequel nous nous sommes basés pour rédiger cet article - notre source donc - n'existe plus : http://www.njhm.com/matawanmaneater.htm. On peut reconstituer le récit des événements via un grand nombre de sites, mais plus l'histoire telle qu'elle avait été écrite. Nous conservons donc ce format d'origine, en précisant que pour des besoins de traduction et de fluidité, certains passages ont été réécrits. Nous avons essayé de romancer le moins possible, mais il y a donc nécessairement une part, légère, de mise en roman. De plus, il nous a fallu entre les différentes versions de l'histoire, choisir celle qui nous paraissait la plus probable. Mais les différences portent presque toujours sur des détails mineurs.
31- Comme nous l'avons signalé, il existe des contradictions parmi les différentes versions consultables. Sur d'autres sites que celui consulté de préférence, on raconte que les baigneurs présents croyaient que Charles Vansant appelait son chien lorsqu'il s'est mis à hurler, ou bien on ne mentionne pas son chien. On présente aussi sa mort effective sur la plage et non à l'hôtel, etc... Étrange, étrange...


Sitographie

125- Daily Mail ;
126- Wikiwand ;
127- Imgur ;
128- The Unmuseum ;
129- Weirdnj ;
130- Patch ;
131- Wikipédia : et tous les wiki en général, dont anglais et allemand et le Wikiwand ;
132- Shark Attack File : c'est sur ce site que vous pourrez trouver, en PDF, la plupart des chroniques relatant des attaques de requin à travers le monde, sur plus de 200 ans.


Iconographie

158- Shark Mission - France ;
159- Alderan-Philo ;
160- Mattsko ;
161- I am a Child : blog avec de nombreuses illustrations ;
162- Theodor Hary : site en allemand, page sur les monstres marins et les attaques de requin ;
163- Tim Calver : cette image, retouchée en noir et blanc et surtout, uniquement semble-t-il, utilisée pour illustrer le naufrage de l'USS Indianapolis, ce qui bien sûr, ne peut avoir qu'un caractère d'illustration et non historique ;
164- Wikipédia ;
165- The Unmuseum ;
166- Manu autour du monde ;
167- Imgur ;
168- Pixels : site marchand ;
169- Sharkalley, que vous connaissez bien maintenant ;
170- Wikiwand, en anglais ;
171- Garage Movie ;
172- Voir n° 170, Wikiwand ;
173- Atlas Obscura ;
174- Gizmodo ;
175- Weirdnj ;
176- Wikipédia ;
177- Museums Victoria ;
178- Voir n° 164 ;
179- Getty Images : site marchand ;
180- The Black Throne Chronicles ;
181- Kimberly Moynahan.




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181- Beau et majestueux, simplement

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Dim 25 Aoû - 20:29

Voilà, je viens de terminer un post qui m'a pris 6 ans d'écriture. J'espère que l'aventure vous aura plu.

Néanmoins, j'avais prévu bien d'autres messages et sujets annexes, comme par exemple les requins dans la littérature avant les Dents de la mer, ou l'illustration du requin dans les revues entre 1900 et 1980. Seules quelques esquisses, parfois seulement sous forme de liste, existent.
L'argumentation devait originellement se poursuivre avec l'entre-deux, 1916 — 1975, quasiment 75 ans d'histoire, avec un point d'orgue, l'USS Indianapolis. Puis bien sûr, une étape clé, Jaws.
Les deux articles suivants se seraient ensuite attaqués à la sharksploitation, puis au retour d'une image positive du requin dans les médias et la société, délaissant ses derniers oripeaux de monstre au vestiaire du XXe siècle, avec même un point de vue parfois franchement amical, comme le laisse entrevoir la saison 5 de The Flash, où King Shark devient quasiment un poteau.
Le dernier article, enfin, outre un retour sur l'ensemble, m'aurait permis de mettre un panel d'images sympa, rigolotes ou trop cool sur les requins et que j'ai encore dans mes cartons.

Alors non, ces articles ne verront pas le jour. D'abord parce que je pense être arrivé à une bonne conclusion et du développement de ma réflexion et de la prise de position de départ : montrer qu'un sujet réel pouvait être traité sous l'angle de l'imaginaire. J'avais choisi le requin en pensant qu'il n'y aurait pas trop de chose à dire.
Ensuite parce que les articles auraient commencé à entrer dans le contemporain. Et des messages, posts, blogs, sites internet sur le sujet, il y en a au kilomètre. Je n'aurais fait qu'être au pire redondant, au mieux, agrégeant. Mieux vaut donc aller consulter les sites en question, mes différentes sitographies sur le sujet n'en manquent d'ailleurs pas.

Quelle sera donc la suite, si suite il y a ? Et bien la sharksploitation.
J'ai commencé à suivre les pas de Sharkparade, « le podcast tout entier dédié à la plus grande gloire des films de requins tueurs ». Suivant la typologie du Pr. Rico (et une fois que je l'aurais contacté), j'analyserais et donnerais mon point de vue sur les films en question, mais par écrit et non par oral. De plus, comme je n'y connais pas grand chose à la réalisation, ce sera davantage orienté histoire et ressort dramatique (gros silence), que décorticage de la production et de la réalisation. De toutes façons le Pr. Rico le fait mille fois mieux que moi. Ce sera donc sur les mêmes principes, mais différent.


Merci à vous de m'avoir lu et à bientôt pour de nouvelles sharksventures.


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Source de l'image : Look.

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Dim 25 Aoû - 20:48

Un immense merci en immersion pour ton travail sharkanesque !
6 ans d'écriture, on peut pas le remercier en 6 secondes.
Bon, il va falloir que je relise et lise ce que je n'ai pas encore lu.
J'espère qu'il y a un passage sur les soupes chinoises aux ailerons de requin... Wink
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Dim 25 Aoû - 21:01

Pas de soupe, mais un aileron, en spoil parce que beurk.
La relecture devrait pas être trop ennuyante, vu que j'ai tout réécrit, mais fais gaffe, il y a un sujet qui a été interverti. C'est marqué en gros, mais on ne sait jamais.

Bon shark.

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Lun 26 Aoû - 6:41

J'ai parcouru tout ton texte un peu en vitesse, excuse-moi mais, hier soir, j'étais fatigué.

Je vais l'imprimer et le lire à tête reposée en fin d'après-midi, après le boulot.

Beau travail, AS.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Mar 27 Aoû - 11:30

Tu es tout excusé. Ne te sens surtout pas obligé de le lire si tu n'en as pas envie.
Par contre, je suis plus que flatté que tu ailles jusqu'à l'imprimer pour pouvoir le lire. Cela me touche beaucoup. J'espère que cela te plaira et/ou t'intéressera ^^.

Bonne lecture à toi.

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1Mar 27 Aoû - 17:06

C'est surtout que c'est plus reposant à lire que sur un écran. Wink

Tu sais, je le fais souvent. Quand je remarque quelque chose d'intéressant, je prends deux secondes pour allumer mon imprimante et je me sors le texte sur papier.

Essaie aussi, tu verras, ça te repose les yeux.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   LE REQUIN - Page 3 Icon_minitime1

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