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 OPINIONS SUR LE VIF

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Astre*Solitaire

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Sam 14 Juil - 16:12

Trois contes

(Recueil de trois nouvelles, 1877)




Voici un petit livre de 184 pages qui sommeillait depuis près de 30 ans dans ma bibliothèque et que je n'avais jamais lu. J'ai enfin réparé cette erreur. Qu'avons-nous là ? Une préface de 6 pages de Maurice Bardèche (voir le post-sciptum) ; puis 52 pages pour Un cœur simple, suivi de Saint Julien l'Hospitalier de 43 pages ; et encore 47 pages pour Hérodias ; le tout se concluant par 36 pages de commentaires (voir le détail ci-dessous). La première nouvelle nous raconte la vie de Félicité, de l'enfance à la mort, dans la campagne normande du début de siècle, comme servante, dévouée corps et âme à son employeuse, Mme Aubain. C'est la triste histoire d'un cœur vide qui va chercher à se remplir de tout ce qui pourrait combler son besoin d'amour : les enfants des autres (neveu, de Mme Aubain), les autres (Mme Aubain, les plus nécessiteux qu'elle : soldats, cholériques, Polonais, un vieillard mendiant) et enfin son perroquet qu'elle va finir par empailler, fétichiser, et y transférer une mystique de Dieu qu'elle ne comprends de tout façon pas. Saint Julien l'Hospitalier, nous transporte dans un Moyen Âge imaginaire, irréel, la seule nouvelle qui se rapproche du conte (de fée). C'est l'histoire du fils d'un seigneur local qui laisse libre cours à ses désirs de sang, s'abreuvant dans des chasses toujours plus effrénées et sanguinaires. Je ne détaillerais pas davantage ici, mais il va être maudit, fuir, devenir mercenaire, beau-fils d'empereur, mendiant, ermite puis saint. Le dernier conte nous projette dans l'Antiquité, à l'époque d'Hérode, d'Hérodias, de Jean Baptiste et de Salomé, et nous présente ces heures d'avant le drame si connu, la demande de Salomé.
J'ai absolument adoré. Dès les premières lignes on est conquis par la prose mesurée (euphonie) mais à la redoutable efficacité de Flaubert. C'est sa puissance d'évocation qui nous aspire, littéralement, comme l'on tourne les pages. On ressent dans Un cœur simple l'amour de l'auteur pour les personnages, et il en émane une poésie profonde qui s'incarne dans les descriptions, les décors, ce besoin de Félicité d'avoir quelque chose à aimer et qui nous touche, nous remue puissamment. Il y a ici, malgré un lexique qui parfois contredit de manière tonale la simplicité de l'ambiance recherchée, une légèreté dans le style, comme une respiration qui mesurerait son souffle pour soulever les pétales d'une fleur inconnue. À l'inverse, le ton devient dur, brutal, pénétrant et en parfait adéquation avec l'histoire lorsque commence Saint Julien l'Hospitalier. C'est celle qui m'a le plus impressionné (et pour laquelle je mettrais un 20/20 sans hésiter, tant elle est pour moi parfaite). J'ai ressenti ces pulsions de sang, ce besoin de carnage, cette soif immodérée de meurtre, le tourbillon des guerres et de la soldatesque, la répugnance du corps lépreux, la dureté de la misère, l'aspiration de l'âme. Ce texte est beau, simplement. Pour citer Henry Houssaye sur le site Flaubert.uni.Rouen, « C'est éblouissant comme une miniature de missel, curieux comme une châsse gothique, naïf comme une vieille complainte, religieux comme une prière. ». Nous arrivons avec le dernier conte, de mon point de vue, à la nouvelle la moins réussie, Hérodias. Le problème majeur que je lui trouve, c'est la débauche de noms propres inconnus pour qui n'est expert en la période, que cela soit des lieux, des personnages, des organisations. On est noyé, la tête nous tourne et on a dès lors du mal à bien suivre les événements, la tragédie qui se noue alors que nous ne parvenons pas pleinement à en saisir les tenants et aboutissants. C'est là le choix de Flaubert, qui désirait « se passer autant que possible d'explications indispensables », qui rend cette narration elliptique et qui empêche de bien comprendre le déroulé ; seuls quelques passages fulgurants éclairent avec majesté les étapes clefs de cette nouvelle. Mais cela reste Flaubert. Sa description nous plonge, tel Salammbô antérieurement, au cœur d'un monde disparu que son art nous restitue avec soin, nous donnant l'envie d'y revenir, sait ménager son effet - resserrement, suspens, chute - dans une maîtrise formelle comme narrative.
Trois contes, ce sont trois petits bijoux finement ciselés, travaillés, un réel plaisir littéraire, une joie de lecture, à découvrir encore et encore.

Note instinctive : 18/20


Source de l'image
Bookinettgirl


P.S.
Maurice Bardèche est une personne que j'ai découverte en finalisant cette courte opinion : fasciste revendiquant, raciste et antisémite, inventeur probable du négationnisme, défenseur du nazisme, homme proche des idées d'extrême-droite (ou plutôt l'inverse), il m'est d'emblée apparu comme profondément antipathique, mais vraiment profondément. Néanmoins, ici, il n'est pas question de politique ou d'histoire, mais bien de littérature. Or l'individu semble apparemment reconnu dans les milieux universitaires pour ses recherches et ses analyses justes et relativement neutres (ce à quoi on ne se serait pas attendu) sur les auteurs du XIXe siècle, sa spécialité : Marcel Proust, Balzac, Léon Bloy (son essai littéraire sur l'œuvre et sur l'homme est considéré comme une référence), Flaubert ; et c'est ce qui rend ses commentaires pertinents, suffisamment pour que je les mentionne malgré ce que je pense du bonhomme.
Ainsi, une fois passé La préface, assez courte, ses commentaires nous proposent-ils : 1- L'originalité de l'œuvre (et ce pour chaque conte) ; une Étude des personnages ; 3- Le travail de l'écrivain (très intéressant, notamment sur les nombreuses ébauches de chaque texte, dont pas moins de 54 scénarios différents pour Hérodias) : 4- Le livre et son public (avec des extraits de critique de l'époque) ; 5- Les phrases clefs et les pensées principales ; 6- La Biobibliographie.
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Voyageur Solitaire
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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Sam 14 Juil - 19:51

Je crois qu'on en a déjà parlé dans La bibliothèque, faudra que je regarde…

Je ne suis pas fan de Flaubert, excepté Madame Bovary, chef-d'oeuvre pour moi. Mais j'ai lu Trois contes et… les deux premières histoires m'ont très vite gonflé et j'ai par contre adoré Hérodias.
Comme quoi, les goûts et les couleurs… Wink
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Astre*Solitaire

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Sam 14 Juil - 21:56

On a très vaguement parlé de Flaubert, mais pas abordé les Trois contes. Dans tous les cas, il y a pour moi une différence entre mes Opinions sur le vif - rapides - et mes critiques - longues et argumentées. Mais si un lien avait existé, il eu été indispensable de le signaler, oui.

Je suis un fan moyen de Flaubert - je l'adore ou le déteste. Je peux comprendre ta position sur Un cœur simple, sorte d'anti-Bovary. Hérodias est absolument excellent (pour rester dans la notation, mais c'est juste pour donner un point de comparaison, je lui mettrais 17/20 et Un cœur simple 18 - soit 18,33 de moyenne, chez moi un truc énorme), c'est juste que de mon point de vue cela n'atteint pas la perfection de Saint Julien l'Hospitalier ; mais la nouvelle reste de première force. Néanmoins, te connaissant - grand connaisseur et amateur d'Histoire - je ne suis guère étonné de tes préférences. C'est juste un peu surprenant que la seconde nouvelle t'aies gonflé - historique, fantastique, violente, merveilleusement écrite - il manque juste le paganisme.
Nonobstant tous ces dires, Flaubert reste un des plus talentueux auteurs du XIXe siècle. Il n'est évidemment pas exempt de défaut - d'aucun lui reproche sa syntaxe elliptique liée à sa détestation de la répétition ou son lexique élitiste qui parfois heurte, surtout lorsque l'on parle de petites gens - mais il reste vraiment un des grands auteurs de langue française, de la langue française, une référence du XIXe siècle, doublé d'un bourreau de travail.
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Voyageur Solitaire
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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Dim 15 Juil - 8:29

Astre*Solitaire a écrit:
il manque juste le paganisme.

Justement…
Résolument athée mais dans le même temps d'esprit profondément païen, je n'ai jamais été emballé, loin de là, par les histoires de ce genre, remplies de vertu, dévotion, pénitence, rédemption et j'en passe. Pour moi, c'est saoulant, fatiguant, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, les méchants seront punis à la fin et Dieu reconnaîtra les siens (j'exagère un peu, je sais). Les histoires vertueuses et bien sages avec une belle morale, du genre à raconter pour l'éducation de vertueuses jeunes filles et l'édification de vertueux jeunes hommes, c'est tout ce que je déteste. Même quand c'est bien écrit.

J'aime ce qui est païen, flamboyant, sensuel. Voire barbare. J'aime les héros et personnages imparfaits, ambigus, voire torturés (psychiquement parlant bien sûr), les grandes sagas épiques et oniriques, les civilisations éblouissantes et sauvages à la fois, les paysages grandioses, les fêtes barbares. Le sang, la pourpre et l'or. La passion, les sentiments extrêmes. Donc…
Et effectivement, vue ma passion pour l'Antiquité, avec Herodias, Flaubert était déjà certain d'avoir mes suffrages…
Après, je reste quand-même objectif : si c'est mal écrit ou chiant à lire, ça a beau être flamboyant, épique et tout ça, j'aime pas. La preuve pour moi avec Tolkien, visionnaire et habité quelque part, mais trop académique et universitaire, trop long, trop lourd, avec des pages et des pages sans souffle, sans dynamique.
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Gorak

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Dim 15 Juil - 8:41

Voyageur Solitaire a écrit:
Les histoires vertueuses et bien sages avec une belle morale, du genre à raconter pour l'éducation de vertueuses jeunes filles et l'édification de vertueux jeunes hommes, c'est tout ce que je déteste. Même quand c'est bien écrit.

Alors, ne lis pas tous les auteurs médiévaux qui ont écrit autour du Cycle du Graal, parce que question vertu et bonne morale, tu risques d'être servi... lol!

Pourtant, il me semble que tu avais apprécié le film "Excalibur".
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Voyageur Solitaire
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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Dim 15 Juil - 8:55

Excalibur est un film païen, mystique, onirique. Boorman l'a somptueusement traité, il y a du sexe, du sang, de la violence, de l'amour et de la haine mais il a réussi à rendre ça beau. C'est la collision de deux mondes, le monde païen et antique avec la magie, les esprits de la forêt et le monde du dieu unique. Et on a des acteurs/actrices fabuleux, un Merlin à la fois sage et espiègle, une Morgane vénéneuse avide de savoir, de connaissance et de pouvoir, un Arthur visionnaire et idéaliste mais terriblement humain et fragile, qui croit jusqu'au bout en ses rêves.

Bon, on va pas refaire ici la critique du film. On est là à 1000 lieues des vertueux paladins, doulces dames et gentils damoiseaux, des preux héros sans tâches et des femmes chastes et soumises, pétries de vertu et de dignité et tout le bordel, si chiant et irréaliste.
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Astre*Solitaire

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Dim 15 Juil - 13:19

Alors je ne suis pas certain que l'on puisse dire, dans les récits mythologiques chrétiens que tout soit « vertu, dévotion, pénitence, rédemption ». Comme le fait remarquer Gorak, c'est davantage proche d'un imaginaire médiéval que de la tradition chrétienne pleine de meurtres, de destructions et j'en passe (d'ailleurs Hérodias fait partie de cette mythologie). Lorsque tu considères des hagiographies - comme La vie de Saint Alexis - oui, tu es clairement dans le cas de figure que tu cites, une vie vertueuse qui nous semblerait à nous davantage proche de l'Enfer qu'autre chose. Mais ce n'est pas toujours le cas, tel Le voyage de saint Brendan, un récit initiatique remplit d'imaginaire, de découvertes et bien sûr, de messages chrétiens mais qui, pour nous, ne résonnent plus comme au temps de l'écriture du récit. Quant aux récits moralisateurs, pourquoi pas ? Pourquoi devrions-nous nous interdire un texte sous prétexte qu'il sous-entend une morale ? La construction de notre éthique personnelle passe dans tous les cas par les expériences socio-culturelles que la vie nous apporte. Et ces textes remis dans leur contexte peuvent tout à fait nourrir notre réflexion. Il me semble difficile - mais je parle de moi - de rejeter en bloc tout un pan de l'écrit simplement parce que certaines valeurs morales ou sociétales seraient mises en avant, seraient l'assise du récit. Pour prendre un exemple simple, dans les aventures de chevaliers les plus connues justement, l'adultère est souvent le fondement de l'histoire. Ce n'est pas franchement une des valeurs de nos sociétés même si aujourd'hui, le fait de tromper la personne avec qui l'on vit est devenu simplement une bonne raison pour la quitter. Ce n'est plus ni un crime, ni un délit. Cela rejoint finalement (moi aussi je résume méchamment là) cette idée de l'amour (Tristan et Yseult, Lancelot et Guenièvre) opposée à l'union sociale (Yseult et Marc, Guenièvre et Arthur). Toute morale est donc davantage une mise en perspective et c'est bien à chacun de la considérer à l'aune de ses propres valeurs.

Pour en revenir à Saint-Julien l'Hospitalier, c'est effectivement une légende pieuse « que Flaubert reprend et écrit somptueusement, de septembre 1875 à février 1876, à partir du vitrail d'une église de Rouen : le Lépreux défiguré par la maladie qui exige le sacrifice final de Julien, c'est « Notre Seigneur Jésus », qui emporte le jeune chasseur « marqué de Dieu » dès sa naissance. » [cité depuis le premier lien]. Bon. Oui, il y a clairement une morale. Mais quelle est-elle ? Il me semble que c'est très difficile à cerner, à découvrir, sauf à s'arrêter aux apparences (sentiments de culpabilité, pénitence, sainteté, un peu comme dans l'extrait que je cite d'ailleurs, où l'idée de prédestination me paraît un peu facile). Je ne tenterais pas ici une analyse, très complexe - qui dépasse probablement mes compétences, mais je peux indiquer quelques liens qui donneront des pistes de lecture pour essayer de comprendre la portée du texte.

Liens
Julien l'Hospitalier : la cruauté infantile et ses destins : une approche de la cruauté selon l'angle freudien (dans l'inventaire de ses registres, est d'ailleurs évoqué l'Homme aux rats dont je parle brièvement, Note A dans mon article sur Shutter Island), haine et narcissisme, le meurtre œdipien ;
Sur la légende de Julien l'Hospitalier : symbolisme animalier, des couleurs, homophonie familiale, univers de la mère, etc. ;
Un conte à l'oriental : la tentation de l'Orient dans la légende de Saint Julien l'Hospitalier : recherche des traces de l'orient, de l'orientalité - mots, coutumes, objets - du rôle de la femme (orientale et médiatrice) et surtout des symboles (les sandales) ;
Sadisme et sainteté dans la légende de Saint Julien l'Hospitalier : je cite ici une partie de la conclusion de cette étude. « La Légende de Saint Julien l'Hospitalier confirme, me semble-t-il, ce que Salammbô, après la première version de La Tentation de Saint Antoine (1849) a révélé de la nature et des causes profondes du sadisme dans l'imaginaire flaubertien. Le conte met en effet en relation les jouissances sadiques de Julien à la chasse avec le malaise éprouvé face au corps féminin dangereux, c'est-à-dire face au corps maternel tabou dont L'Éducation sentimentale de 1869 a déjà montré la fascination. Le récit de l'histoire de Julien fait apparaître le triangle œdipien, le traumatisme de la "scène interdite" comme source de ce sadisme dans l'inconscient du créateur. La légende de Julien confirme et complète le sens d'Hérodias. [...] La gloire finale de Julien, emporté par Jésus dans le ciel, permet à Flaubert d'exprimer métaphoriquement sa fidélité à ce qui a été son seul credo, la religion de l'Art. L'Art, nous dirions plutôt aujourd'hui l'Écriture, en respectant la majuscule qu'il employait de façon significative, a été pour lui le seul moyen de rendre la vie supportable. ».

Ce que l'on peut dire néanmoins, c'est que trois mouvements se rejoignent. D'abord la Vie d'un saint (Julien) qui est un peu différente de ce qu'en fait Flaubert et qui commence avec une prédiction « Tu me suis, alors que tu tueras ton père et ta mère ? », que Flaubert transformera en malédiction : « un jour, cœur féroce, tu assassineras ton père et ta mère ! ». Puis la mythologie antique, avec principalement la reprise du mythe d'Œdipe, mais qui possède de nombreuses piste de lecture comme au travers de la folie d'Ajax (qui égorge des moutons), d'Empédocle (philosophe), etc. Carnages de masse, parricide, matricide, cruauté, horreur sous forme de connotation sexuelle en lien avec la mère (inceste) et du mélange des corps avec le Lépreux : ce n'est pas vraiment joyeux, ni édifiant. Enfin, Flaubert lui-même, qui a vécu des drames terribles à cette période. Je cite encore une fois le premier lien : « Au moment où Flaubert raconte cette histoire, il se dit « mortellement atteint » : par la faillite du mari de sa nièce chérie, par le renoncement (provisoire) à Bouvard et Pécuchet, « trop difficile » comme il l'écrit dans sa correspondance, par la vieillesse et la pensée de la mort. « Quelquefois des prostrations me prennent, où il me semble que je vais crever, tant je me sens anéanti. C'est la digestion de toutes les coupes d'amertume que j'ai avalées cet été », écrit-il à Edmond Laporte. Et à Madame Roger des Gesnettes : « L'avenir ne m'offre rien de bon et le passé me dévore. Je ne pense qu'aux jours écoulés et aux gens qui ne peuvent revenir » La rédaction de La Légende de Saint Julien l'Hospitalier semble avoir eu un effet cathartique : quelques mois après l'avoir entamée, il écrira à sa nièce Caroline : « Les choses ne sont pas superbes, mais enfin elles sont tolérables. Je me suis remâté, j'ai envie d'écrire ». ». Je vois personnellement dans la fin de cette nouvelle une métaphore sur l'Écriture, sur l'Art d'écrire [je réutilise ici les mots du 4e lien] tel que pourrait le concevoir Flaubert où son propre chemin d'épreuves le mène à une sorte d'acceptation via son travail d'écrivain. C'est très sombre, tout ça, et si je reprends tes mots : personnages torturés, le sang, les passions extrêmes, et bien tu les retrouves dans cette nouvelle.

Et comme ce que je viens d'écrire est bien long, je ne commenterais pas ni Tolkien, ni les récits de chevaliers. Je vais rester bien concentré sur Flaubert.
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Voyageur Solitaire
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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Dim 15 Juil - 14:21

Je ne suis pas contre les histoires comportant une morale. Ce que je n'apprécie pas, c'est (je schématise beaucoup) la morale "chrétienne" ou "médiévale", genre le pardon, la rédemption, la vertu, l'ascèse, parce que ça ne correspond pas du tout à ma morale personnelle, parce que je n'adhère pas à ces valeurs, à ces vertus. J'y trouve aussi, sous des idées qui peuvent paraître généreuses, un côté "sermon", prêcheur, donneur de leçons et même prosélyte qui me hérisse. Je ne dis pas que Flaubert fait du prosélytisme mais je ressens quand-même les deux premiers textes dont nous parlons comme édifiants, proposés comme un modèle, une réflexion sur une façon d'être qui est totalement à l'opposé de la mienne. D'où ma réticence.
Ce qui ne m'empêche pas de respecter ceux qui y adhèrent, chacun son choix et ses idées.

Après, de manière plus générale, les histoires emplies de preux chevaliers sans tâches, de héros vaillants et de douces damoiselles chastes et vertueuses, de familles irréprochables et d'amours heureux, ça me gonfle, j'ai toujours trouvé ça niais et chiant.
J'aime les destins flamboyants, les moutons noirs de la famille, ceux qui ne rentrent pas dans les cases, ceux qui brisent les tabous, les convenances, qui revendiquent leur différence… Ceux qui brûlent leur vie, qui restent libres, les anges et dieux déchus, les artistes maudits… Les personnages comme Dorian Gray, Dracula, voire même Satan qui fût le plus beau des anges, "le prince du monde" avant d'être déchu par son orgueil et sa rébellion contre son maître. Satan, aussi nommé Lucifer, c'est à dire "le porteur de lumière".
(Je précise que je parle d'un point de vue littéraire, que personne n'aille croire que je me suis converti au satanisme…)
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Gorak

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Dim 15 Juil - 14:53

Puisque l'on est dans les classiques, restons-y avec une nouvelle de Guy de Maupassant intitulée "Pierrot".


Petit résumé de l'histoire, pour se rafraîchir la mémoire : Mme Lefèvre, une veuve riche, mais avare, se fait voler une douzaine d'oignons dans son potager. À la suite du conseil d'un voisin, elle décide d'acheter un petit chien, car un gros la ruinerait. Le boulanger lui amène un petit bâtard qui ne ressemble à rien, mais qui a l’avantage de ne pas coûter très cher. Il est surnommé Pierrot. Quand arrive la taxe pour les animaux qui est de huit francs, elle refuse de payer aussi cher et décide de jeter son chien Pierrot dans la marnière, puits dans lequel tous les chiens des environs devenus indésirables sont jetés. Ils y meurent de faim lentement, les derniers entrants mangeant la charogne des plus anciens. Une nuit, avec sa bonne, elle jette Pierrot, entend la chute, les jappements du chien, cela lui déchire le cœur et, les nuits suivantes, elle voit en rêve Pierrot. C’en est trop, elle veut le faire remonter. Mais quand le puisatier lui demande quatre francs pour ce service, elle refuse. Pour apaiser sa mauvaise conscience, elle va alors chaque jour au bord du trou lui jeter du pain. Jusqu’au jour où elle entend dans le puits un deuxième chien, il est hors de question de nourrir un autre chien, elle repart en mangeant le pain et laisse mourir Pierrot.

Voilà une nouvelle que je n'ai jamais pu lire sans une boule au ventre et les larmes aux yeux. La souffrance de ce pauvre chien, jeté au fond du puits et qu'on laisse crever de faim ne m'a vraiment pas laissé insensible.

J'ai eu à peine la force de la relire une seconde fois mais, désormais, quand je rouvre les "Contes de la Bécasse", c'est une nouvelle que je prends soin de zapper, elle me fait vraiment mal au ventre...

C'est peut-être con, je sais, mais je n'y peux rien. Elle me fait trop pleurer, cette histoire. A chaque fois, je pense à ce pauvre chien...

L'avez-vous lue ? Est-ce que cela vous a fait la même chose pour vous ? Ou alors, je suis peut-être trop sensible... Crying or Very sad
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Astre*Solitaire

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Lun 16 Juil - 22:49

Je ne vais pas revenir sur les problèmes de « vertus chrétiennes » et de moral en général car cela m'entraînerait trop loin, que ce n'est pas le sujet et que l'on pourrait en débattre sur le forum philosophie. Disons simplement que je comprends tout à fait que toi tu n'adhères en rien à ces principes et que si je devais dire quelque chose, j'y regarderais à deux, voire trois fois, avant d'émettre une opinion, surtout parce que la mienne, avec le temps, à considérablement évoluée.

Mais je reste surpris. Le premier texte n'est en rien édifiant. C'est même l'inverse - c'est l'exemple même du fétichisme. Félicité adore, dans le sens fort du terme, un perroquet empaillé, parce qu'elle n'a plus rien d'autre à aimer. S'il y avait un message, se pourrait être celui d'une société où être n'est pas suffisant, celui de la solitude, celui de la déchéance (ici, perte de ses droits) d'amour.  
L'autre, comme l'indique les liens, est pour moi davantage un sacerdoce littéraire (lié à la psychologie complexe de Flaubert) qu'une morale chrétienne (même s'il ne faut pas en écarter les aspects chrétiens). D'ailleurs, mais faut-il y prêter foi, Flaubert a nommé dans une lettre à George Sand cette nouvelle sur Saint Julien, « la petite niaiserie dont la mère pourra permettre la lecture à la fille » (mais avant d'en faire ce qu'il en a fait).

Pour ce qui est des chevaliers, on pourra en reparler. Pour les autres, ben je dirais que ça dépend de qui raconte. Dorian Gray, Dracula, Achille (tu dois bien l'aimer celui-là), oui. Mais des personnages dont la différence confine au drame, non - comme Antigone (tu me diras que c'est tragique et que ce n'est pas là même chose, d'accord), Manon Lescaut, Don Quichotte.
Flûte et reflûte, mais va t-en lire Turin !! Ta harangue là haut, c'est exactement ça.

@ Gorak : je ne connaissais pas. Merci de la découverte. Je ne vois pas pourquoi être sensible lorsqu'on lit une histoire bien écrite, devrait être jugé comme con, comme tu dis. Cela prouve que c'est bien écrit, que cela te correspond et que tu y es réceptif.
Par contre, à lire avis et résumé, j'ai l'impression que le sujet est plus l'avarice que la souffrance du chien - catalyseur de l'émotion pour dénoncer la ladrerie.
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Gorak

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Mar 17 Juil - 0:41

Astre*Solitaire a écrit:


@ Gorak : je ne connaissais pas. Merci de la découverte. Je ne vois pas pourquoi être sensible lorsqu'on lit une histoire bien écrite, devrait être jugé comme con, comme tu dis. Cela prouve que c'est bien écrit, que cela te correspond et que tu y es réceptif.

Oui, mais parfois, il m'est arrivé de refermer un bouquin et de surprendre une larme au coin de mon oeil. J'avais vraiment l'impression d'être ridicule...
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cdang

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Mer 24 Oct - 20:53

J'ai profité de l'absence de mes enfants pour me mater Dernier train pour Busan (부산행 boo-san-haeng) de Yeon Sang-ho (2016).

Un film de zombies nerveux, un huis clos dans une rame de TGV.

Bon, les zombies nerveux sont pour moi une hérésie mais c'est quand même vachement bien. Comme le disait un pote, les films catastrophe sont réacs, les films d'horreur sont gauchos. Là, c'est clair. Si on met de côté les zombies, le film ressemble presque à L'Ange exterminateur de Luis Buñuel (1962) avec une couche de rédemption.

Il contient quelques citations de Romero bien évidemment.
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VIC

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Jeu 25 Oct - 23:42

cdang a écrit:
Comme le disait un pote, les films catastrophe sont réacs, les films d'horreur sont gauchos.
Tu pourrais développer un peu stp ?

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Gorak

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Ven 26 Oct - 6:25

En quoi des films comme "Freddy" ou "Vendredi 13", par exemple, sont des films "gauchos" ? scratch
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cdang

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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Ven 26 Oct - 9:12

Alors déjà il y a le financement. Dans leur très grande majorité, les films cata US sont des gros budgets donc soumis aux diktat des financeurs. À l'inverse, les films d'horreurs US sont majoritairement rejetés par les bien-pensants donc autofinancés et montés de bric et de broc ; on n'est pas du tout dans la même sphère culturelle, c'est de la contre-culture donc plutôt gaucho.

Bien sûr, il y a des exceptions, quand les majors flairent un bon filon ; genre les Alien vs Predator : Requiem : la production respire le fric et logiquement, c'est à la fois un film de merde et porteur d'idées réacs (les dégâts collatéraux acceptables ; et que croyez-vous qu'il arrive aux petits jeunes qui se donnent rendez-vous la nuit à la piscine ?).

Le côté réactionnaire des films de catastrophe, c'est assez clair : la catastrophe est un déséquilibre de la « normalité » et le but est de revenir à cette « normalité » donc que surtout rien ne change ; Joseph Campbell est passé par là. On remarque d'ailleurs qu'il y a souvent un sous-texte moral, du genre le couple adultère qui crame dans la Tour infernale ou bien les adolescents que les dents de la mer empêchent d'aller folâtrer avant le mariage ; je ne parle même pas du président de la plus grande nation qui sauve le monde à bord de son chasseur. Bien sûr, on a ça et là quelques exceptions, par exemple la colonne d'Étatsuniens qui franchit le Rio Grande pour se réfugier au Mexique dans Le Jour d'après.

Les films d'horreur, bon, il y a plusieurs genres hein. C'est sûr qu'un slasher, on peut se demander quel est le sous-texte politique ; mais quand le ou les tueurs sont des citoyens lambda, par exemple des cul-terreux texans ou un ado d'une banlieue résidentielle, on peut se demander ce que le réalisateur veut bien dire de cette société bien-pensante.

Dans de nombreux cas, c'est assez évident : Romero a probablement été le premier à créer un héros noir dans l'histoire du ciné US (Dawn), il critique violemment la société de consommation (Night), l'armée (Day), la classe dirigeante politique et économique (Land) et ses zombies sont clairement une métaphore du prolétariat : faibles seuls, puissants en groupe, et quelque part leur lenteur n'est-elle pas une ode à l'anti-rendement Very Happy D'ailleurs dans Land ils commencent à s'organiser et à renverser la classe dirigeante ; le communisme est-il transmissible par la morsure ? L'armée prend cher aussi dans Planète terreur. À l'inverse, les zombies nerveux, enragés, peuvent être vus comme une métaphore des foules fanatisées par le fascisme ; par exemple dans Busan, on voit des soldats zombifiés se ruer sur des personnes innocentes et désarmées…

La mise en scène de monstres est souvent l'occasion d'appuyer sur les notions de différence et de ségrégation et on ne compte pas les situations d'horreur générées par les grande entreprises commerciales : la Compagnie d'Alien (le fait qu'elle n'ait pas de nom dans le 1er est assez éloquent), les rejets environnementaux ou les société de biotech qui jouent aux apprentis sorciers. On peut se demander ce qu'un tueur en série dans les rêves peut bien dire sur la société étatsunienne ; sauf qu'il est le fruit d'un viol d'une nonne et de l'autojustice, l'église et le port d'arme citoyens, deux piliers de la société.

Après, je dis pas que ça s'applique à tout et bien sûr je ne me fais mon avis que sur les films que j'ai vu (en particulier je ne connais pas les films d'horreur japonais).
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VIC

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Masculin Messages : 3308
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MessageSujet: Re: OPINIONS SUR LE VIF   Dim 28 Oct - 14:18

Merci pour ces éclaircissements !

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