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 LES GRANDS EXPLORATEURS/AVENTURIERS

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MessageSujet: LES GRANDS EXPLORATEURS/AVENTURIERS   Dim 3 Juil - 11:45

Ils se sont lancés à la conquête du monde, pour eux, le monde justement ne suffisait pas. Soif d'aventure et de découvertes, de richesses, de connaissance ou de pouvoir, ils ont repoussé toutes les frontières.
Il y a eu bien sûr le Nouveau Monde... "Le XVIème siècle... Des quatre coins de l'Europe, de gigantesques voiliers partent à la conquête du Nouveau Monde... A leur bord, des hommes avides de rêve, d'aventure et d'espace..."
Et puis, la fin du XIXème avec le développement de la vapeur, du charbon, de l'électricité... Le train, les bateaux à vapeur, les premiers appareils de photographie, le télégraphe... Les écrits de Jules Verne, les correspondants du National Geographic...

Petit tour d'horizon de ces voyageurs infatigables, de Magellan à Alexandra David Neel, de Humboldt à Vasco de Gama en passant par Darwin et tous les autres, tous ceux, toutes celles, qui refusaient de s'arrêter, sur la carte, à cette mention de Terra Incognita...

Richard Francis Burton


Un homme incroyable, curieux de tout, au-delà de toutes les conventions, de toutes les règles. Un "diable d'homme" comme on l'appelait, entouré de scandales, au parfum de soufre et d'aventure.

Né en 1821 en Angleterre, il est officier, explorateur, écrivain, traducteur, linguiste, diplomate, il s'intéressa à tout, avec une soif de connaissance qui le poussa à explorer des sujets considérés comme interdits ou scandaleux. Il maîtrise 29 langues et 11 dialectes ! Parlant couramment l'arabe, il se déguise en pèlerin et devient le premier occidental à pénétrer au cœur de la Mecque, il en rapporte même des croquis et les mesures exactes de la Kaaba. Il fait partie de l'expédition qui découvre en Afrique le lac Tanganyika, il est également consul de Grande Bretagne en Orient, principalement à Damas (où il se fait de nombreux ennemis...). Chevalier de l'ordre de Saint Michel et de Saint Georges, il est plus ou moins affilié à toutes les grandes sociétés d'explorateurs et de géographie de son époque.
Dans le même temps, curieux d'occultisme, il intègre de nombreuses sociétés secrètes, des confréries ésotériques. Il se passionne pour la fauconnerie et l'escrime, traduit Les 1001 Nuits et le Kama Sutra, écrit des poèmes, des traités d'escrime...

Il est donc le premier occidental à s'introduire à la Mecque, lisant le Coran, apprenant les rituels et comportements indispensables, allant jusqu'à se faire circoncire pour parachever sa mystification. Attaqué par des pillards sur le chemin, il les met en déroute et accomplit donc le pèlerinage sans être démasqué, gagnant le titre de Hajji.
Alors qu'il cherche à atteindre la cité somalienne d'Harar où aucun blanc n'a jamais pénétré, son expédition est attaquée par des tribus sauvages. Il est le seul à s'en sortir après un furieux combat où une lance lui transperce la joue et ressort par l'autre, lui laissant une cicatrice qu'il arborera par la suite avec fierté.
Il combat pendant la Guerre de Crimée, explore les Dardanelles, monte une expédition pour découvrir les sources du Nil... Son compagnon d'exploration devient temporairement aveugle et sourd suite à une infection qui atteint le groupe, Burton en réchappe et découvre le lac Tanganyika. C'est bientôt toute la région des grands lacs africains qu'il répertorie, calcule et dessine.
Nommé Consul en Guinée Equatoriale, notre homme s'ennuie... Il accepte donc d'accompagner le botaniste allemand Gustav Mann et devient le premier européen à gravir le mont Cameroun, point culminant de l'Afrique de l'Ouest. Il séjourne aussi longuement en Inde où sa pratique des coutumes, langues et dialectes locaux étonne Maharajas et Nababs qui le reçoivent volontiers à leur cour.

Infatigable, Burton est aussi un homme à scandale. Il se fout clairement des conventions et de la bienséance. Déjà, ses traductions des 1001 Nuits et du Kama Sutra, écrites sans aucune censure, ont choqué. Mais notre homme va plus loin, il porte une fascination certaine aux rites et coutumes sexuelles les plus originales rencontrées au cours de ses voyages. On le dit bisexuel, ses souvenirs de voyages décrivent de manière claire, sans censure, certaines pratiques observées et il écrit des poèmes érotiques, parfois pornographiques même... Il cause un énorme scandale en rédigeant un rapport détaillé, en Inde, sur une maison close aux pensionnaires masculins fréquentée par beaucoup de soldats britanniques. Il se défend en clamant que ce rapport lui a été demandé par l'armée elle-même et que cela devait rester secret. Que s'est-il vraiment passé, on n'en sait rien. Mais au vu des détails retranscrits et de leur précision, il apparaît évident que Burton a lui-même "pratiqué" les lieux...
Grand buveur, Burton s'adonnait également à l'opium et au haschisch, plus tard à la morphine. Provocateur, il ne niait rien et semblait même s'amuser de tous ces bruits répandus sur lui : on l'accusa d'être alcoolique, bisexuel, drogué, débauché, assassin, apostat converti à quantité de cultes... On insistait sur son intérêt pour l'œuvre de Sade, on racontait qu'il avait tué un homme... On ne prête qu'aux riches...

Ce qui est certain, pour finir, c'est qu'au-delà de sa légende, Richard Francis Burton fût bel et bien un sacré aventurier, voyageur infatigable, curieux de tout et d'esprit libre. Diplomate, écrivain, bagarreur, baroudeur, poète, extrêmement cultivé, notre homme était aussi à l'aise sur les pistes perdues et brûlées de soleil que dans les salons feutrés des sociétés d'explorateurs. Certains l'admiraient (beaucoup de chefs africains le surnommaient avec respect "le nègre blanc"), d'autres préféraient quitter la pièce lorsqu'il était là.

Il meurt d'une crise cardiaque, à Trieste en Italie, en 1890, aux côtés de sa femme. Car ce diable d'homme s'était même marié ! Une femme issue de la haute bourgeoisie et qui sembla se faire à cette vie et à ce personnage atypique et cynique, l'accompagnant même dans certains de ses voyages. Elle le suivra ainsi au Brésil où Burton s'aventure dans la forêt amazonienne, sur les hauts-plateaux et descend les rapides en canoé avec les indigènes. A Damas, le couple se lie même d'amitié avec l'aventurière scandaleuse Jane Digby, autre personnage haut en couleurs de l'époque. A la mort de Burton, sa femme brûle de très nombreux manuscrits. Elle repose à ses côtés, en Angleterre, dans une tombe en forme de tente bédouine.
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MessageSujet: Re: LES GRANDS EXPLORATEURS/AVENTURIERS   Dim 3 Juil - 12:26

Jane Digby, l'aventurière scandaleuse


Elle est une aventurière, pas une exploratrice, mais l'ayant mentionné dans le message précédent, autant rester un petit moment en sa compagnie...

Née en 1807 en Angleterre, voilà une femme libre, une aventurière, bien qu'aristocrate à la base. Elle a de qui tenir, son père ayant capturé un galion espagnol empli d'or, faisant ainsi la fortune de sa famille avant de combattre aux côtés de Nelson à Trafalgar...

Aimant les hommes, la belle Jane va les collectionner (chose mal vue à l'époque) et va beaucoup voyager au bras de ses nombreux amants. Et pas avec n'importe qui puisqu'elle devient la maîtresse de Louis Ier de Bavière. Ce qui ne l'empêche pas de prendre pour amant un noble hongrois qu'elle épouse et à qui elle donne un enfant. Notre incorrigible n'en prend pas moins un autre amant, un comte grec qui est blessé en duel avec le mari de la belle. Le couple se sépare mais reste en bonne entente tandis que Jane s'installe en Grèce avec son amant blessé. Pas une très bonne idée : elle devient rapidement la maîtresse du roi...

Marquée par la mort accidentelle de son fils, la belle s'enfuit et tombe dans les bras d'un général brigand albanais. Elle devient la "reine" de sa troupe, vivant dans les cavernes, chassant et montant à cheval au gré des bivouacs. Quand elle découvre que son amant la trompe, elle s'enfuit.
Pour ses 46 ans, Jane part au soleil de l'Orient. Eternelle amoureuse, elle s'éprend d'un puissant chef de tribu syrien et l'épouse selon le rite musulman, bien qu'il ait 17 ans de moins qu'elle. Elle passe alors une partie de l'année avec les nomades de son mari, sous la tente et l'autre partie dans un somptueux palais qu'elle s'est fait construire à Damas. C'est là qu'elle rencontre le couple Burton avec lequel elle se lie d'amitié, ainsi qu'avec le chef de la révolution algérienne alors en exil. C'est à Damas qu'elle meurt d'une crise cardiaque, à 74 ans.
Sur sa bible, elle avait fait graver ces mots :"Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés"
Jugée, elle le fût pourtant, restant comme "l'aventurière scandaleuse", trop libre, trop amoureuse des hommes à une époque encore trop conservatrice et cloisonnée...
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MessageSujet: Re: LES GRANDS EXPLORATEURS/AVENTURIERS   Dim 3 Juil - 13:19

Alexandra David Neel


Née en 1868, elle fût la première femme à s'introduire à Lhassa, au Tibet, en 1924. Mais elle fût également cantatrice d'opéra, orientaliste, journaliste, écrivain, franc-maçon puis bouddhiste...

La jeune femme est très tôt saisie du démon du voyage : à 15 ans, alors que la famille est en vacances à Ostende, elle fugue et tente d'embarquer sur un navire en partance. Elle lit énormément, s'intéresse à la cause féministe, aux anarchistes, aux différents mouvements rebelles et nationalistes de l'époque. Elle intègre dans le même temps la Franc-Maçonnerie où elle atteint un grade élevé. Ce qui ne l'empêche pas de se convertir au Bouddhisme en 1889 et d'apprendre le sanscrit et le tibétain.

C'est pour aider sa famille, en difficulté financière, qu'elle se tourne vers le chant, l'ayant étudié ainsi que le piano. Elle chante à l'opéra d'Athènes, de Tunis où elle rencontre un cousin éloigné, son futur mari. Leur union est difficile, Alexandra se veut libre, elle ne veut pas d'enfants, elle rêve de voyages... Elle part seule, en Inde, promettant à son époux de revenir dans quelques mois. Ils se retrouveront... 14 ans plus tard.

Commence alors la carrière d'exploratrice d'Alexandra, une succession de voyages, de séjours et d'immersion en Inde et au Tibet. Elle fréquente les palais comme les monastères, se retire dans des grottes pour méditer, est reçue en audience par le Dalaï-Lama de l'époque qui lui donne sa bénédiction... Dans le même temps, elle s'initie au jeûne, au yoga, à des exercices corporels, respiratoires et de méditation. Se sentant prête, elle part alors pour le Tibet, seule à travers les montagnes, seulement accompagnée d'un moine. Elle est partout reçue avec étonnement d'abord, puis avec chaleur et amitié, elle fréquente temples, bibliothèques et monastères autant que les villages perdus. A son retour, elle est expulsée pour avoir bravé l'interdiction de pénétrer dans le pays. Refusant de rentrer en Europe où la Première Guerre Mondiale fait rage, Alexandra part au Japon, en Inde, en Mongolie et en Corée. Elle traverse le brûlant désert de Gobi, fait halte trois ans "pour se reposer" dans un monastère où elle traduit d'importants textes bouddhistes.

Reste le but de sa vie : Lhassa, alors cité interdite à tout étranger. Alexandra est décidée, elle se déguise en moine-mendiant et part, avec juste un pistolet et une bourse, au cas où elle serait enlevée contre rançon par les brigands des routes. Munie du minimum, vêtue de haillons, affrontant le froid, la neige et les difficultés du chemin à travers montagnes et hauts-plateaux, notre exploratrice atteint son but en 1924. Elle séjourne plusieurs jours en ville, incognito, avant d'être démasquée et de devoir fuir. Entrée comme une mendiante, elle fuit de même, en haillons, sans argent et parvient difficilement à regagner l'Europe, exténuée. Mais son exploit a été révélé et elle reste stupéfaite de l'accueil qui lui est réservé, on se bouscule pour la voir, lui parler, la photographier... Elle est quand-même blessée par les incrédules qui l'accusent d'imposture ou de mensonges et s'installe un moment dans le sud de la France, y achetant une petite maison où elle écrit ses livres et récits de voyages qui obtiennent un formidable succès.
1937, à 69 ans, Alexandra repart en Asie, mais au mauvais moment : elle se retrouve en pleine guerre sino-japonaise, prend de plein fouet famines, épidémies et massacres. Fuyant les combats, mêlée aux réfugiés et errant sur les routes, elle apprend la mort de son mari, nouvelle qui l'attriste énormément malgré leur longue séparation (ils échangeaient une correspondance importante et il l'avait aidé financièrement).
1946, à 78 ans, Alexandra regagne la France et s'installe dans le sud, à Digne, complètement seule. Elle écrit ses fantastiques souvenirs, mais de violentes douleurs articulaires entravent désormais sa mobilité et la font terriblement souffrir. Elle se lie alors d'amitié avec une jeune femme, une admiratrice qui devient sa secrétaire, dactylographiant et mettant en ordre ses écrits et surtout veillant sur elle.
La "Dame de Digne" s'éteint à 101 ans. Quelques mois plus tôt, elle avait demandé le renouvellement de son passeport... A sa demande, ses cendres sont dispersés dans le Gange.
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MessageSujet: Re: LES GRANDS EXPLORATEURS/AVENTURIERS   Dim 3 Juil - 15:53

Commençons par les premiers...

LES CONQUISTADORES



Hernan Cortès plantant la croix au sommet du temps du Soleil parmi les ruines fumantes de Tenochtitlan, Atahualpa capturé traîtreusement par Pizarro, des flots d'or et d'argent se déversant dans les galions en partance pour l'Espagne, telle est l'imagerie que l'historiographie retient aujourd'hui à l'évocation des conquistadores... leur action, mal connue, fut diversement jugée, mais l'on peut tirer de leur prodigieuse aventure certains traits communs.

D'humble origine et souvent très jeunes, ces aventuriers, fascinés par les richesses et les opportunités que leur offrait le Nouveau Monde, quittaient sans regrets leurs pauvres terres espagnoles d'Estrémadure et de Castille pour tenter leur chance et trouver leur Eldorado. Si certains ont connu la réussite, nombreux furent ceux qui échouèrent et sombrèrent dans l'oubli.

En effet, il était déjà hasardeux de partir à la conquête de terres inexplorées et inhospitalières dont le climat était souvent malsain. Mais il était plus périlleux encore d'opposer quelques centaines d'hommes à d'immenses empires parvenus à un haut degré de civilisation. Dans ce combat inégal, les conquistadores ne pouvaient compter que sur eux-mêmes, car l'entreprise était strictement individuelle. Les capitaines devaient recruter leurs hommes et financer eux-mêmes leur expédition, comme de nos jours les navigateurs vont chercher des sponsors. De là naquirent de nombreuses rivalités, parfois sanglantes, entre commanditaires et les capitaines. Le roi d'Espagne, de sa lointaine cour de Madrid, se contentait d'accorder des "encomedias", c'est-à-dire le droit de bénéficier du tribut de la guerre et du travail des Indiens.

Pourtant, les conquistadores partaient confiants dans leurs maigres avantages : quelques chevaux, de rares canons et des armes à feu. Ces aventuriers cruels et sans scrupules, mais audacieux et courageux, surent admirablement se servir auprès des populations indigènes du mythe qui avait entouré leur arrivée sur le continent américain. Ils utilisaient aussi la ruse, tirèrent parti des haines qui divisaient souvent les peuples autochtones, misant souvent sur la chance.

A l'action des conquistadores, succéda l'oeuvre organisatrice du gouvernement central qui confia les territoires à deux vice-rois. Mais l'autorité de Madrid fut difficilement acceptée, et une révolte éclata lorsque Charles Quint voulut supprimer le régime des encomedias. Ce système, surtout motivé par l'exploitation de richesses exportables vers la mère-patrie, fut à l'origine d'une sous-administration du pays : le sort des populations indigènes, réduites en esclavage et cruellement traitées, resta toujours précaire.

En Europe, les expéditions de conquête eurent un impact considérable : de grands ports, comme Cadix ou Lisbonne, se développèrent. Une immense quantité de produits nouveaux envahit les marchés européens, donnant au commerce une impulsion nouvelle. L'arrivée d'or et d'argent provoqua une dépréciation de la monnaie et l'inflation. La noblesse terrienne dut s'endetter et les grands patrimoines fonciers finirent par tomber aux mains des marchands puis des bourgeois.
La structure sociale de l'Europe se trouvait devant une crise de vastes proportions dont elle ne pouvait sortir que profondément transformée.
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MessageSujet: Re: LES GRANDS EXPLORATEURS/AVENTURIERS   Ven 9 Déc - 19:29

Cecil Rhodes, le bâtisseur d'empire


Longtemps admiré, adulé, encore incroyablement présent dans l'inconscient collectif de l'Afrique Australe, son histoire et son héritage sont soumis depuis quelques années à de violentes critiques.

Explorateur, aventurier, financier, homme politique visionnaire, l'homme ne peut laisser indifférent.

Né en 1853 en Angleterre, intelligent, brillant mais de santé fragile, il est envoyé à 17 ans en Afrique du Sud pour y soigner ses problèmes respiratoires, le climat du continent noir paraissant plus bénéfique aux médecins. Installé chez son frère, fermier dans les plaines, Rhodes a un coup de foudre pour le continent noir. Sa vie sera ici, il le sait.
Se refaisant une santé, il participe à la ruée diamantifère de l'époque, suite aux fabuleux gisements découverts dans le nord. Il ne trouve pas de diamants mais vend du matériel, des bêtes et de la nourriture aux prospecteurs. Doué, rusé, habile, il va alors faire rapidement fortune. Alors qu'il n'a pas 20 ans, il rachète progressivement les concessions de diamants, tisse des liens avec les diamantaires les plus réputés... En 1885, toutes les mines de diamants lui appartiennent, il crée une société qui, trois ans plus tard, contrôle 90% de la production mondiale de diamants !

Désormais à la tête d'un empire, fabuleusement riche, Rhodes ne s'arrête pas là : visionnaire, profondément attaché à l'empire britannique, il rêve d'un empire africain, du Caire à l'Afrique du Sud. Après le business, la politique. De retour après un séjour en Angleterre pour peaufiner ses études (et au passage dîner avec la reine Victoria), à 28 ans, il se fait élire député puis Premier Ministre de la colonie du Cap. Il favorise alors les grands groupes miniers, crée des routes, des chemins de fer (dont le pont qui enjambe les chutes Victoria, reliant le Zambèze au Zimbabwe) et ne tarde pas à entrer en conflit avec les royaumes noirs. Il s'oppose aussi à la République Afrikaner, état blanc, issu des premiers colons hollandais et allemands. Il s'entend néanmoins avec eux, étant comme eux tenant de la "supériorité" anglo-saxonne et germanique sur les locaux. Dans le même temps, il finance explorations et expéditions pour défricher de nouveaux territoires. Certains porteront d'ailleurs son nom, Rhodésie du Nord et du Sud, actuels Zambie et Zimbabwe.

Jouant ses adversaires les uns contre les autres, il négocie personnellement avec le roi Matabélé Lobengula et obtient une concession sur son royaume. Dans les faits, Rhodes devient le maître de 195 000 kilomètres carrés... Mais Lobengula, conscient de s'être fait flouer proteste, menace d'entrer en guerre contre les anglais et envoie une délégation à Londres, pour protester auprès de la reine. Inquiet, Rhodes rassemble tous ses soutiens et obtient gain de cause : la Concession est validée pour 25 ans sous son autorité, au nom (et au profit...) de la couronne britannique. Rhodes contrôle désormais un véritable empire, de l'Afrique du Sud au Niger et au Mozambique. Ayant les pleins pouvoirs, il aboli l'esclavage, interdit la vente d'alcool aux indigènes et maintient les traditions locales.
Lobengula, furieux, lui déclare alors la guerre, guerre qu'il va perdre avant de s'enfuir.
Mais après les Matabélés, ce sont les Ndébélés qui entrent dans la danse, déclenchant un soulèvement de grande ampleur, massacrant, pillant et incendiant les fermes des colons, aidés par les Shona. Les anglais décident de réagir par une expédition massive et planifient froidement l'extermination des peuples noirs en révolte. Mais Rhodes s'y oppose et part négocier, complètement seul, dans les montagnes, avec les rois noirs. Un armistice est conclu et la paix signée.

Eclate alors la guerre avec les Boers, colons blancs du Transvaal, richissime région aurifère et agricole érigée en République indépendante. Cette fois, Rhodes est en sérieuses difficultés face à son ennemi, Paul Kruger (oui, celui qui a donné son nom au célèbre parc). Deux guerres meurtrières et sanglantes... Au cours de la seconde, Rhodes lui-même est assiégé dans la ville de Kimberley.
Notre homme est vainqueur, l'Etat libre d'Orange (où naîtra un certain Tolkien...) et le Transvaal sont intégrés à la couronne britannique. Mais la roue tourne... Ses problèmes de santé resurgissent avec force, l'obligeant à se retirer, son frère est inculpé pour haute trahison... Rhodes voit s'éloigner ses rêves d'empire, il doit démissionner de tous ses mandats, se reposer, bientôt s'aliter... Il meurt, épuisé, d'un cancer à 49 ans en 1902. Il n'a pas d'héritier, ne s'étant jamais marié ("Pas le temps, j'ai trop de travail" disait-il). Depuis quelques années, de nombreux historiens et universitaires pensent d'ailleurs qu'il aimait les hommes, dont son secrétaire personnel à qui il avait prévu dans son testament de léguer sa colossale fortune, mais le jeune homme mourût avant lui.

Que reste-t-il aujourd'hui de l'histoire de Cecil Rhodes ? En Afrique Australe, il est aussi connu que Washington aux USA, on ne compte plus les statues, bustes, monuments, villes baptisées à son nom en son honneur.
Les Afrikaners le considèrent encore aujourd'hui comme un géant, l'homme qui s'est taillé un empire.
La population noire, elle, éprouve des sentiments plus mitigés... Car Rhodes n'a jamais caché qu'il rêvait d'un empire britannique et pour de nombreux peuples, il n'est qu'un colonialiste comme un autre, un conquérant étranger. Mais pourtant, Rhodes a eu d'autres aspects : c'est lui qui a empêché l'extermination des Ndébélés après leur soulèvement, il a aboli l'esclavage dans les territoires qu'il contrôlait, interdit la vente d'alcool aux indigènes (vente qui faisait des ravages chez les noirs), et créé une bourse d'études pour tous, "sans distinction aucune de race ou de religion", permettant d'étudier gratuitement à Oxford. Une bourse qui existe toujours et dont a bénéficié par exemple un certain... Bill Clinton. Certaines dispositions présentes dans son testament sont encore d'actualité, gérées par... la fondation Nelson Mandela.

Aventurier, homme d'affaires, homme politique, génie visionnaire pour les uns, colonisateur pour les autres, fabuleusement riche à 20 ans et discutant d'égal à égal avec les plus grands, ambigu, secret, rien ne manque à Cecil Rhodes pour rester dans l'histoire.
Celui qui rêva d'un empire africain de l'Afrique du Sud au Caire et fût  proche de réaliser son rêve reste très présent dans la littérature, le cinéma, la télévision... En Afrique Australe, il est incontournable. L'écrivain sud-africain Wilbur Smith l'a incorporé à sa saga des Ballantine (voir le sujet consacré dans La bibliothèque).

Laissons à Cecil Rhodes lui-même le mot de la fin :"Toutes ces étoiles… Ces mondes immenses qui restent hors d'atteinte... Si je le pouvais, j'annexerais les autres planètes".
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MessageSujet: Re: LES GRANDS EXPLORATEURS/AVENTURIERS   Ven 9 Déc - 20:29

Citation :
La population noire, elle, éprouve des sentiments plus mitigés...

Oui, c'est le moins qu'on puisse dire... puisqu'il me semble que même le pays auquel il avait donné son nom, la Rhodésie, s'est vu effacé des Atlas pour devenir le Zimbabwe...

Mais comme tu l'as rappelé, il a su s'opposer à l'extermination des "sauvages" - comme on les appelait à cette époque - et faisait preuve, d'une certaine manière, d'humanité.
Il fait partie de ces rares colonialistes qui, comme Savorgnan de Brazza, avaient malgré tout un coeur profondément humain.

Ceci dit, son aventure reste exceptionnelle. Même si son bilan, son action, peut faire l'objet de critiques. L'histoire n'est jamais ni blanche ou noire, mais toute en nuances. Après tout, rien ne sert de juger avec nos yeux du XXIème siècle. Restons dans le contexte de cette époque. Wink
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MessageSujet: Re: LES GRANDS EXPLORATEURS/AVENTURIERS   Ven 9 Déc - 20:49

Il reste difficile à cerner... Il ne cachait pas qu'il croyait sincèrement en la supériorité "anglo-saxonne et germanique" pour imposer son empire en Afrique.
Paradoxalement, il intervînt souvent en faveur des noirs et connût ses revers les plus sanglants contre d'autres blancs, ceux d'Orange et du Transvaal... Il s'est montré très humain avec les populations noires mais il a quand-même spolié ces dernières de territoires entiers et de fabuleuses richesses...

Son épopée donne le vertige en tous cas. Parti de rien, il s'est forgé un empire, une fortune colossale et son rêve d'unifier l'Afrique sous pavillon britannique du Cap au Caire a bien failli se réaliser, il en avait les moyens. Fabuleusement riche mais vivant de manière très simple, dînant avec la reine Victoria mais partant seul dans les montagnes pour négocier avec les rois noirs en révolte, l'homme reste paradoxal et fascinant. Sans parler de ce qui ne s'appelait pas encore l'Afrique du Sud, immense contrée sauvage avec les britanniques, les hollandais, les royaumes noirs (Matabélés, Ndébélés, Shonas, Zoulous...), la fièvre des diamants et de l'or, les premiers chemins de fer, les colons, les missionnaires...

Je l'ai découvert par les romans de Wilbur Smith. Ce dernier fait d'ailleurs partie de ceux qui affirment que Rhodes était homosexuel, ce qui lui a valu de violentes critiques et injures, détail qui montre combien le personnage reste important et "sensible", encore aujourd'hui.
Au cours de mes longs séjours en Afrique du Sud, j'ai pu constater cette importance, surtout en visitant sa tombe, sur la "colline aux esprits" et le Rhodes Mémorial, érigé en son honneur : beaucoup, beaucoup de monde...
Qu'il ait été longtemps encensé en Afrique du Sud se comprend, vu que le pays était entièrement dirigé par la minorité blanche. Maintenant que la population noire a repris ses droits est venu le temps de la critique... En tous cas, les Afrikaners, sud-africains blancs, issus des colons hollandais et germaniques d'autrefois, le considèrent encore aujourd'hui avec grand respect, sans pour autant être racistes. D'un autre côté, en septembre 2015, la statue de son mémorial a été vandalisée. Longtemps après sa mort, Cecil Rhodes continue de déchaîner les passions...
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