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 PENNY DREADFUL (série TV)

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Long John Silver



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MessageSujet: PENNY DREADFUL (série TV)   Mar 14 Juin - 11:03

J'ai du  mal à croire connaissant le propriétaire des lieux et certains habitués que nul n'ait parlé de cette série. Je n'ose imaginer qu'elle vous ait échappée. Peut être gardez vous pour vous ce petit bijou, vilains cachotiers...

Le nom tout d'abord, Penny Dreadful, est celui de petits fascicules vendus dans le Londres de l'époque victorienne. Ils coutaient 1 penny et on y trouvait des histoires horrifiques.

Les auteurs : La première saison est écrite en 2013 par John Logan et réalisée par Sam Mendes. Oui oui les types qui ont fait Skyfall et Spectre et d'autres bonnes choses (et certaines beaucoup moins bonnes) au cinéma.

Brisons tout de suite la cruche où se trouve la clé du coffre. On ne m’enlèvera pas de l'idée même si je n'ai strictement rien lu pouvant me permettre d'affirmer une telle chose que John Logan à lu la Ligue des Gentlemen Extraordinaire de Moore et O'Neil et qu'il s'est dit que ça ferait une putain de bonne série. Il a peut être même vu l'adaptation cinématographique et s'est dit "C'est bon je peux y aller !" en se marrant à gorge déployée. Je ne peux donc pas m’empêcher de comparer de ci de là l’œuvre et la série lorsque je la regarde.

On a donc la même idée de départ que dans la ligue. C'est à dire réunir des personnage de la littérature victorienne pour lutter contre une menace qu'ils ne pourraient vaincre seuls. Les personnage sont bien entendu très différents de ceux du comics et pourtant pas tant que ça.

Une équipe se constitue donc autour de Sir Malcom Murray riche aventurier et surtout père d'une certaine Mina Harker et de Vanessa Ives l'ex meilleure amie de Mina. On trouve dans cet équipe Sambene le major d'homme (et bien plus) africain de Sir Malcom, le docteur Victor von Frankenstein et Ethan Chandler un cow-boy transfuge du cirque de Buffalo Bill.
Le but de cet improbable assemblage de "héros", libérer Mina des griffes de vous savez qui...
Parallèlement à cela des histoires secondaires sont développées. Celle des créatures du docteur cité plus haut. Celle de Dorian Gray qui croise occasionnellement nos personnages. Mais surtout celles des personnages eux même qui sont bien plus complexes qu'on ne le croit et surtout très ambigus et torturés (à part peut être Sambene).
(Sir Malcom et Vanessa ressemblent énormément au couple Mina et Alan de Moore en plus torturés peut être.)

Bon déjà j'ai du en convaincre quelques uns de sauter le pas et de rattraper leur retard. (La saison 3 est en cours de diffusion et je n'ai parlé que de l'amorce de la une). Mais j'en rajoute un peu : La série est vraiment exceptionnelle de part son scénario et la profondeur des personnages certes mais les acteurs sont magnifiques.
Sir Malcom est incarné par Timothy Dalton qui restera à jamais pour moi l'excellent James Bond de Permis de Tuer. Il fait partie de ces acteurs qui en vieillissant gagnent en charisme (comme Sean Connery) et qui nous campe un personnage solide mais qui semble pouvoir s’effondrer à n'importe quel instant.
Vanessa Ives est jouée par Eva Green... Non stop ! J'en vois certains qui la dénigrent ! Oui c'est vrai moi le premier je trouve que le cinéma ne lui a donné que des rôles fadasses et qu'on ne peut la considérer comme une grande actrice. Détrompez vous hommes et femmes de peu de foi ! Elle est magnifique ! Que dis-je sublime dans ce rôle ! Elle est habitée par le personnage tout comme par les forces occultes auxquelles elle se confronte. Je ne l'ai jamais vu si belle, si dangereuse, si fragile que dans cette série. C'est une grande actrice, je l'affirme et la défendrai à jamais pour ce rôle même si elle ne fait que de la merde par la suite au cinéma ! D'ailleurs les auteurs ne s'y sont pas trompés puisque la saison 2 fait une belle part à l'histoire de Vanessa.
Les autres acteurs se débrouillent très bien eux aussi et ont fort à faire devant les performances de ces deux là.

Jusqu'à maintenant je me suis régalé devant cette série parfois un peu violente et sanglante certes. Si vous aimez l'époque victorienne (les décors et les costumes sont magnifiques), si les personnages de la littérature anglaise vous manquent, si vous adorez être surpris, avoir peur... Franchement allez-y !!!!!!

Allez un petit spoiler sans incidence : Dans la saison 3 apparait un certain docteur Jekill... quant à Mister Hide...
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VIC



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MessageSujet: Re: PENNY DREADFUL (série TV)   Mar 14 Juin - 21:17

Jamais entendu parlé. Ta critique donne envie. Je note.
En passant le coup de mélanger plusieurs personnages de fiction de l'ère Victorienne est bien antérieur à Moore et à sa Ligue, nous avons en des exemples en SF.
Dés ébauches existaient aussi dans les films : Holmes contre X, Frankenstein contre Dracula, etc.
Mais aujourd'hui, depuis que le steampunk est devenu à la mode, et que les super héros ont une grosse cote, la constitution d'une super équipe de célébrités littéraires, tombées dans le domaine public, est monnaie courante.

_________________
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MessageSujet: Re: PENNY DREADFUL (série TV)   Mer 15 Juin - 10:37

Long John Silver a écrit:
J'ai du  mal à croire connaissant le propriétaire des lieux et certains habitués que nul n'ait parlé de cette série. Je n'ose imaginer qu'elle vous ait échappée.

Ben pourtant... Neutral
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MessageSujet: Re: PENNY DREADFUL (série TV)   Mer 15 Juin - 20:31

Inconnu au bataillon. Mais elle est à présent sur ma liste, merci LJS.
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Astre*Solitaire



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MessageSujet: Re: PENNY DREADFUL (série TV)   Dim 19 Juin - 17:21

O.K. Je viens de voir la première saison - 8 épisodes - et je suis mi-figue mi-raisin.

Je vais commencer par ce que je n'ai pas trop apprécié.
Tout d'abord, le manque d'ampleur de l'histoire. La fille de Sir Malcom a été enlevée par ce qui semble être une créature non-humaine et le premier épisode nous plonge dans cette enquête pour la retrouver, ce que le dernier épisode de cette saison va assez naturellement résoudre. Or, comme le dit très bien dans sa critique Ju sur le site à suivre pErDUSA : « si vous regardez le premier épisode de la série, et que vous enchainez directement sur le dernier épisode de la saison 1, vous comprendrez tout. L’histoire aura du sens. Vous ne serez pas du tout perdu. », avis avec lequel je suis absolument d'accord. C'est franchement très très linéaire et ne propose pas beaucoup d'émotions scénaristiques : on suit la progression, assez laborieuse d'ailleurs, d'une équipe qui, par manque d'élément, ne sait vraiment pas par quel bout enquêter pour parvenir à retrouver Mina. D'ailleurs, j'ai trouvé que certaines mises en scène de l'histoire, au lieu de nous plonger dans des abîmes de perplexité et d'incompréhension, nous indiquaient clairement quel rôle ou quelle fonction allait avoir tel ou tel personnage
Spoiler:
 
Ensuite, afin qu'il y ait des liens à divers degrés entre les protagonistes, coïncidences et rencontres fortuites se multiplient, le summum étant la soirée au spectacle où, comme par hasard, quasiment tout le monde s'y retrouve... Admettons. Puis, si le casting est particulièrement excellent, il demeure un personnage avec lequel ça ne passe vraiment pas, c'est la créature de Frankenstein. Outre le fait que lorsque je la vois, j'ai l'impression de regarder Didier Bourdon dans une parodie de The Cure, sa représentation à l'écran n'impressionne pas, on ne ressent pas, mais alors pas du tout ce mélange de puissance primaire dévastatrice et de déchirement absolu. Il le dit, pleure, minaude, récite des poèmes, mais c'est finalement assez creux. Rajoutons que d'un point de vue personnel, je n'ai pas du tout apprécié l'environnement sonore de la série. La musique est très peu présente - pourquoi pas - mais les rares moments où on l'entend, on se demande vraiment à quoi elle sert. Pour finir, je ne suis pas parvenu à aimer le traitement que l'on a donné aux vampires, créatures muettes, bestiales, qui ne m'ont pas arraché le moindre frémissement. Ils sont complètement inexistants, absolument "in-inquiétants", sans épaisseur, sans une personnalité qui leur donnerait le rôle d'opposant... Un assez gros ratage puisque c'est bien souvent l'adversaire qui défini les enjeux, les risques et l'intérêt du spectateur : peut-être donc l'erreur la plus importante, dans cette série très esthétique.

Pourtant, et malgré ce qui précède, je rejoins l'avis de JLS, qu'il serait dommage de se priver de cette série, car les écueils que je viens de citer sont largement compensés par le traitement de fond qui lui est apporté. On pourrait schématiser en disant que l'axe scénaristique est délaissé au profit de l'axe paradigmatique. C'est l'univers de cet fin du XIXe siècle qui nous est proposé, avec ces magnifiques personnages pour l'habiter. Ceux-ci sont formidablement servis par des acteurs pour la plupart confirmés qui, loin de surjouer, offrent au contraire toute une palette de sentiments, des émotions toutes en nuance, et qui ne peuvent que séduire, que dis-je, ravir le spectateur. Seul Reeve Carney (Dorian Gray), est pour moi un peu trop lisse ... mais cela peut tout à fait se justifier par la nature de son personnage. Ces derniers évoluent dans une ambiance sombre, malsaine à souhait, où les souffles de la luxure, du tragique et de la souffrance se mêlent harmonieusement. C'est rouge, noir, joliment glauque et l'esthétisme, jamais appuyé, permet de rehausser la narrativité, comme si le parti-pris artistique était un personnage à part entière de l'histoire. Cette narrativité est d'ailleurs servie par la multiplicité des thèmes abordés dont la différence occupe bien sur le haut du pavé, et par des dialogues matures, efficaces, voire redoutables, qui savent habillement alterner entre silence et explications. Je ne l'ai pas prise en défaut sur ce sujet. Reste enfin les différentes scènes qui émaillent les épisodes et qui permettent surtout d'étoffer la connaissance que nous avons des personnages, leur psychologie, leurs relations. Il y a des moments simplement jubilatoires comme la séance de spiritisme, l'ennui de Dorian Gray au milieu d'une partie fine raffinée à plusieurs, le personnage de Ferdinand Lyle - juste fabuleux -, ou, carrément génial
Spoiler:
 
Cela nous implique dans leur existence et nous permet de relativiser le minimalisme scénaristique. On peut d'ailleurs rajouter à son crédit ces clins d'œils légers aux spectateurs, cette intertextualité cinématographique, où la créature de Frankenstein nous donne à voir le Fantôme de l'opéra, où l'on nous entraîne sur la piste de Jack, où certaines références au Dracula de Coppola sont discernables, comme à L'exorciste de Friedkin (1973), et qui parviennent à impliquer plus profondément encore le spectateur au sein d'un univers riche, dense et captivant.

Alors oui, c'est à regarder, davantage comme la mise en place d'un monde pour préparer la suite que comme une histoire trépidante où les anormaux combattent les monstres. C'est subtil, envoutant et particulièrement dépaysant... En route donc pour la saison deux.


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Astre*Solitaire



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MessageSujet: Re: PENNY DREADFUL (série TV)   Jeu 30 Juin - 20:54

Penny Dreadful - Saison 2



Je viens donc de terminer la saison deux, légèrement plus longue, puisque nantie de 10 épisodes. On peut dire que grosso modo, on prend les mêmes ingrédients et on recommence, mais en s'aventurant plus loin et plus profond dans la psyché et dans le passé des personnages. Très clairement, ce sont eux le moteur de la série et non pas les histoires qu'ils vivent, le scénario de fond pouvant être traité sans problème en deux épisodes. De quoi s'agit-il cette fois-ci ? Des sorcières qui font leur apparition et qui tentent de faire en sorte que Vanessa s'abandonne au Diable. Pour ce faire, elles envoutent, pratiquent une sorte de vaudouisme, manipulent, séduisent, génèrent des meurtres. L'enquête de cette Ligue qui ne dit pas son nom va tourner autour du Verbis Diablo, la langue du diable, employée par les sorcières - langue qui serait porteuse d'une terrible prophétie, jusqu'à la confrontation finale.



Alors une fois de plus, je trouve que le scénario, c'est-à-dire ici les développements de l'histoire, les mystères, les rebondissements, son évolution jusqu'à sa conclusion, est vraiment léger - pour ne pas dire simpliste. La preuve en est que les meilleures épisodes de la série sont ceux où elle fait du sur place - un épisode de réminiscence et un autre de retraite à deux. Cela pourrait être compensé par les trois histoires parallèles qui sont développées en second plan : les amours de Dorian Gray - franchement, d'un ennui... - la quête d'amour de Caliban, à peine mieux - et le passé d'Ethan, sincèrement la meilleure des trois, où l'enquêteur Bartholomew Rusk joué par Douglas Hodge est épatant. Il est même dommage que cette relation n'ait pas été davantage développée. Et donc au final, l'histoire d'Ethan va venir se greffer sur la trame principale et celle de Dorian va rejoindre, indirectement dirons-nous, celle de Caliban. Ce qui signifie que, de fait, Caliban, Lily, Angélique et Dorian Gray pourraient être ôtés de l'intrigue, de Penny Dreadful, on y perdrait rien. C'est franchement, franchement regrettable. À cela se rajoute les éternelles décisions imbéciles de personnages qui décident - seuls, toujours seuls - d'aller affronter un mal puissant et ancien - juste pour pouvoir être ensuite bien dans la panade. Au moins trois fois sur 10 épisodes, ça fait beaucoup. Par ricochet, non seulement nous avons du mal à y croire, à adhérer à ce qui se passe, mais de manière concomitante on a l'impression que c'est le seul moyen qu'ont trouvé les scénaristes pour justifier les événements qui en découlent - qui auraient parfaitement et donc avec bien plus de tension et d'émotions, être amenés autrement. C'est gâcher une matière précieuse.



Car oui, Penny Dreadful reste magnifique et captivant à regarder. L'esthétisme demeure et je leur tire mon chapeau pour les sorcières, magnifiquement représentées. On y croit, elles font peur, et je n'aimerais franchement pas me retrouver en face d'elles. D'ailleurs, cette fois-ci, l'opposant est réussi : Evelyn Poole, incarnée par Helen McCrory est un ennemi redoutable, dangereux, mortel. Elle est une véritable adversaire qui va empoisonner leur vie et les précipiter dans les drames les plus glauques, tout en sachant attirer la sympathie du public pour sa perversité, sa duplicité, sa malévolence. On adhère moins à la triade qui l'accompagne, plutôt en retrait et au final, fort peu développée - sauf dans le final, vaguement crédible. Les scènes intimistes sont sublimes. Les peurs, les angoisses, les folies, les délires, fort bien représentés et les personnages, dans leurs tourments, leur passé, leurs afflictions et les affres qu'ils traversent, encore une fois, élégamment mis en scène. On plébiscite complètement la maison de la sorcière sur la lande et les deux épisodes qui s'y déroulent - rien que pour ces deux moments la série vaut le coup d'être regardée. Les acteurs restent superbes, anciens comme nouveaux et les mêmes critiques que précédemment demeurent valables. Si malheureusement cela confirme mon impression sur Dorian Gray, je suis enchanté de la prestation de Billie Piper, excellente en Lily. Et, ô joie, Simon Russell Beale en Ferdinand Lyle, devient un personnage principal - pour moi le meilleur caractère de la série (même s'il n'est pas toujours traité de la manière qui convienne). Les dialogues restent de très bonnes factures (dont je décerne la palme à la toute dernière tirade du prêtre que j'ai particulièrement bien aimée). Ils permettent enfin d'apprécier Sembené. Je mettrais un bémol à Caliban, qui ne délivre qu'un aspect de la créature - quel dommage!, encore - dans des dialogues surfaits, digne d'un précieux du XVIIe siècle (j'exagère, évidemment - c'est juste pour donner le ton ^^). La musique commence à gagner en importance, sait se faire entendre. Un autre point positif.
Dernière précision : il y a tout de même deux trois scènes un peu éprouvantes - non pas que les âmes sensibles doivent s'abstenir - mais juste qu'elles soient prévenues qu'elles auront à les supporter - et aussi deux trois scènes de nus - rien de bien méchant - mais cela se signale.

Au final, une série qui demeure égale à elle-même mais qui de mon point de vue a su renforcer ses atouts de départ - toujours au détriment de l'intrigue et des ressorts dramatiques. À savourer pour le plaisir de sa sombre délicatesse.
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Astre*Solitaire



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MessageSujet: Re: PENNY DREADFUL (série TV)   Ven 8 Juil - 19:30

Penny Dreadful - Saison 3




C'est donc en juin de cette année (2016) qu'a été diffusé le dernier épisode de la série Penny Dreadful, via une saison 3 de 9 épisodes, pour un total de 27 – soit quasiment l'équivalent d'une série classique – c'est dire si les trames narratives furent ici resserrées.
À la fin de la saison deux, c'est l'éclatement, physique, géographique – Amérique, Afrique, Antarctique – comme mental, individuel – claustration ou repli obsessionnel. Un changement salvateur de décors et d'ambiance qui va permettre à la série de trouver un second souffle et de développer sa ligne scénaristique sur la reconstruction de l'identité. Vanessa part à l'exploration de sa psyché et de ses souvenirs disparus, Caliban lui – comme par opposition – retrouve des bribes de souvenirs qui l'incitent à rechercher sa famille réelle. Ethan est confronté cette fois-ci directement à sa famille et à son passé, qu'il voudrait bien oublier, alors que Frankenstein cherche par tous les moyens à reconquérir son amour perdu, à retrouver l'état fusionnel et complet qu'il venait de découvrir. Nous avons donc un peu ici l'impression de n'avoir à faire qu'à un seul personnage qui tente de se dépêtrer de ses émotions et de sa mémoire, afin de permettre à lui-même (et donc au groupe) de réunifier son identité, son moi. D'ailleurs, comme un clin d'œil, parmi les 6 nouveaux personnages à apparaître dans la série – petite bouffée de renouvellement pas désagréable – quatre sont des docteurs, mais des docteurs de l'esprit, de l'âme (psychanalyste – même si le personnage n'est pas ainsi présenté ; somnoliste et chercheur en pathologie mentale ; thanatologiste et historien) ou de l'évolution (zoologiste avec une prédilection pour la taxidermie). Il y a bien l'idée, en filigrane dans la série, de soigner – de n'être plus malade de ce mal qui ronge chaque être de Penny Dreadful.



L'ensemble se développe comme d'habitude, en suivant plusieurs histoires de front – cinq cette fois-ci : Caliban va-t-il retrouver sa famille ? ; Frankenstein avec l'aide de Jekyll, saura-t-il modifier les comportements ? ; Dorian Gray et Lily mèneront-t-ils à bien leur révolution féministe ? Que va-t-on découvrir sur la passé d'Ethan ? ; Et pire que tout, Vanessa saura-t-elle lutter contre le terrible et puissant
Spoiler:
 
? Comme nous connaissons tous les personnages, mêler ces cinq intrigues de front n'est pas gênant. On s'y retrouve et cela permet de générer un certain rythme, lorsqu'une situation n'a plus rien à dire – autorisant ellipse (les voyages) ou scène (un épisode entier). Mais comme d'habitude, le problème vient de la substance des intrigues où une seule parvient à vraiment tirer son épingle du jeu : celle du western sorcellerie avec Ethan confronté à son père, incarné par le terrible Brian Cox (bon, un titre au hasard, Troie). Tout y est : poursuites, dunes arides, atmosphère lourde et oppressante, mélange de sorcellerie (Hécate), de chamanisme (indiens) et de malédiction sous le soleil du désert, vengeance, haine et j'en passe. Un très bon moment pour la série, loin des vapeurs délétères d'un Londres oppressant. Car pour les autres fils de l'histoire, c'est du déjà-vu. Je mets de côté celle de Caliban, ennuyante à mourir. C'est du non événement. Quand au trois autres, elles fonctionnent sur le même schéma et aboutissent finalement pour le spectateur, malgré les promesses du départ, à une impression de vide, voire de légère entourloupe. Car c'était prometteur ! Surtout Dorian Gray dont les « aventures » me semblaient enfin devenir intéressantes. Mais non. Au final, il ne se passe rien.



Est-ce donc si mauvais ? Pas du tout, pas du tout. Au sein de chaque intrigue, les scènes sont toujours réjouissantes, sombres, presque dérangeantes – avec franchement une mention spéciale à Dorian Gray qui se teinte de rouge carmin et qui enfin prend de l'épaisseur. La nouvelle venue, Justine (adorable Jessica Barden) forme avec Lily un couple ivre de violence et de meurtres. L'ensemble est vraiment bien réalisé et la conclusion superbe (le dénouement, pas la portée narrative). Frankenstein joue dans le même registre, mais deux tons en dessous. Reste l'intrigue avec Vanessa. Et là, pour la première fois, je dis non. Non, non et encore non. Redite (hôpital psychiatrique), coïncidences improbables – c'est tellement énorme, et en plus il y en a deux, trois avec le Dr Seward – que l'on y croit pas du tout. On voudrait, mais non, la ficelle est trop grosse et moi, je n'avale pas les cordages de marine. Abstraction faite de ces improbabilités géantes, le reste est comme toujours superbement réalisé. La fameuse redite, hors son aspect redondant, est passionnante : un huis clos immersif, à trois acteurs, dans les entrailles de la psyché, redoutablement bien joué. Un mini film à elle toute seule. Mais cela ne suffit pas à sauver une histoire que se traîne... nantie d'un retournement de situation peut-être un peu prévisible : je n'y avais pas pensé au long de l'intrigue, mais cela ne m'a pas surpris, comme si finalement je m'y attendais.


Parmi le casting, deux acteurs de stature internationale font donc leur apparition, Brian Cox et Wes Studi. Bon, rien que pour eux, oubliez toutes les critiques et foncez. Cela assoit encore davantage la profondeur émotionnelle de l'ensemble. Jessica Barden (Justine) est parfaite, Shazad Latif (Dr Jekyll) très convaincant, mais j'ai trouvé Christian Camargo (le grand méchant) assez fade et pour la malheureuse Pedrita Weeks, à la limite du ridicule – la faute à un rôle mal bâti (Catriona Hartdegen), qui n'est présent que sur 3 épisodes malgré son importance, et auquel on n'accroche ni ne croit une seule minute. Dommage – surtout en regard de la perte occasionnée : elle remplace Simon Russel Byle (Ferdinand Lyle). Mais ces petites fautes de goût ne suffisent pas à éclipser la panoplie exceptionnelle d'acteurs que Penny Dreadful a su s'attacher : Thimothy Daldon, Eva Green, Josh Hartnett. Il aurait suffi d'un Luke Evans pour le rôle du grand méchant et alors là …
Pour le reste, rien à dire, c'est toujours du très très bon : de vrais personnages qui tiennent normalement la route, des dialogues efficaces – ô mon dieu qu'ils sont efficaces – et savoureux. Une très bonne réalisation, des décors, une ambiance, l'ensemble est simplement somptueux. Et enfin une musique qui semble se mettre au diapason – ou bien est-ce moi qui au bout de 20 épisodes, parviens enfin à l'entendre et l'apprécier ? Sûrement un peu des deux.

Je ne peux donc que vous recommander Penny Dreadful, car tout est formidable sauf le cœur des intrigues... Et pourtant... Et pourtant... À bien y réfléchir : et si cela était parfaitement voulu et assumé. En fait, le cœur des intrigues n'est pas du tout sans rythme, inefficace et non conclusif, comme je l'ai écrit – si on décide d'analyser la série en profondeur. C'est même tout le contraire. Pour ceux qui le désire, la suite, sous forme de Révélateur – forcément, on analyse – vous donnera peut-être une autre vision de la série.


Attention spoiler : Penny Dreadful analysée



Car de quoi s'agit-il, en fait ? De Miss Ives, de Sir Malcom Murray, de Frankenstein, de la Ligue ? Pas du tout. Il s'agit de conter des figures d'immortalité, Dorian Gray, la créature de Frankenstein et Dracula, et de les confronter à leur propre vide, à leur propre néant. Ils existent, mais ne vivent pas, ils agissent, mais n'accomplissent pas, à l'exacte image des histoires qui les habitent et dont aucune ne se résout. La créature de Frankenstein voulait une femme à son image pour ne plus être seul : échec, car celle-ci va le quitter pour tenter d'accomplir sa propre destiné. Puis il essaie de reconstruire sa famille. Mais son fils meurt de la tuberculose. Or sa femme sait que son époux a été ramené à la vie. Dans sa douleur, elle lui impose un ultimatum : ou bien il fait revenir leur enfant en ce monde, ou il disparaît de sa vie à tout jamais. Et voici donc la créature à nouveau seule... Ce constat de l'échec touche d'ailleurs ceux qui les côtoient. Frankenstein a réussi : il a le sérum qui lui permet de contrôler Lily, il est parvenu à capturer Lily. Plus qu'une injection. Mais il ne la fera pas. Lily le quitte et le laisse seul, comme avant, en vide, alors que tout avait été conçu pour la réussite. Dracula subit absolument le même traitement. Il réussit tout, parvient à tout et transforme finalement Vanessa en sa reine des vampires. Celle-ci n'explique pas vraiment son geste, mais les images sont criantes : le rien. On la sent encore plus seule et plus vide que jamais. Éteinte au milieu des flammes. Elle cherchera donc la mort, seule voie encore possible pour qui est vraiment en vie – laissant l'immortel Dracula plus solitaire que jamais. Et pour le coup, le meilleur de tous, le mieux amené, le plus réussi, peut-être parce que c'est lui qui donne la sensation d'être le plus en vie : Dorian Gray. Sa quête incessante de sensation, de nouveauté, d'étrange, d'inconnu, sera comme de boire à une coupe de nectar qui après deux gorgées se transformerait en eau. Supérieur à tout ce qui l'entoure, Lily inclut, les voluptés de la révolte le laissent indifférent. Et son personnage est mis en contrepoint par celui de Justine, si farouche, vivante, entière, qui en quelques semaines brûle toutes les années de sa vie, préférant la mort au retour dans son néant d'avant. Ces deux figures qui s'opposent sont magnifiquement rendues dans leur confrontation finale et dans ce dernier plan, en clair-obscur, qui s'éloigne d'un Dorian Gray plus solitaire que jamais. Penny Dreadful explore la non-vie, ses scénarios devenant des mises en abyme de leur vacuité.



Néanmoins, malgré l'indéniable réussite du procédé qui oblige à reconsidérer la créature, Dracula et Dorian Gray, elle laisse un très léger goût d'inachevé, perceptible dans la narration même. Le plus flagrant est Ethan Chandler – lycanthrope malgré lui – mais dont la malédiction en fait l'élu, le Lupus Dei, celui qui doit sauver le monde. Sauf que c'est l'homme et non le loup-garou qui tue Vanessa et ainsi sauve le monde. On pourrait le justifier en disant que s'il n'avait été loup-garou, il n'aurait pas survécu jusque là. Raisonnement spécieux puisque sans lycanthropie, pas de drame au Far-West et donc pas d'aventures londonniennes. Nous retombons sur une aporie de l'intrigue (et par la même du personnage) où l'état de loup-garou ne permet pas la résolution attendue de l'histoire. C'est cette fois-ci difficile à justifier car l'ensemble des questionnements moraux qui animait le personnage trouvait ici sa justification ; et devient vain, acculant le personnage à l'absurde ou au renoncement au « bien » (la question ne se pose plus pour eux – les personnages – de savoir si Dieu existe ou non, mais bien de l'accepter ou non). À l'image d'Ethan, les autres protagonistes repartent  anéantis. Sir Malcolm  a tout perdu – sa femme, sa fille, sa haine, Vanessa, sa vengeance. Victor Frankenstein sait l'échec qu'il y a à ranimer les morts, et perd ainsi le seul amour de sa vie – étonnante métaphore de son travail et de la (sa) science – qui interroge sur la recherche et l'esprit scientifique et en donne une vision particulièrement pessimiste : la mal à l'état pur, la violence déchaînée, et finalement le renoncement, l'abandon. On peut plus simplement y lire l'interrogation d'un homme démiurge : avons-nous les épaules pour porter une telle responsabilité ? Clairement, Frankenstein ne les avait pas – d'où son échec absolu.



Ce traitement de la perte se retrouve, assez malheureusement, dans celui des quelques personnages secondaires. Est-ce lié au format de la série – très court – qui empêche leur développement ? À une volonté d'insister sur le principal et non ce qu'alors on peut qualifier de superfétatoire ? Toujours est-il que c'est regrettable car ils subissent tous mort ou disparition. Disparaissent ainsi notre égyptologue – Ferdinand Lyle – misérablement exilé, Lily qui juste s'en va, et le Dr Seward, Kaetenay, le Dr jekyll, Catriona Hartdegen, dont absolument rien ne nous est dit sur leur devenir, leur implication après avoir tout de même combattu une horde de vampires – ce qui souvent vous fait réviser votre jugement. D'autres meurent, mais sans panache, sans gloire, comme sans intérêt : je pense ici surtout à Hécate Poole et à Bartholomew Rusk (l'inspecteur de Scotland Yard). La première, magnifique tentatrice, aurait redonné du sens à ces problématiques de moral au moment de la mort de Vanessa Ives. Et le second était le seul personnage « normal », le seul qui nous permettait de juger à l'aune de notre monde, celui vécu par les différents protagonistes. Il était un repère, une perspective que je qualifierais ici d'hétérodiégétique (léger abus de langage) en ce qu'il est extérieur, que ses préoccupations sont terrestres, temporelles, comme les nôtres. Éliminer ce contrepoint, c'est balayer toute possibilité d'ancrage de la narration dans un concret, même hypothétique et ainsi enlever de la force au message prodigué par la vacuité des immortels puisqu'ils ne se définissent plus que selon des normes qui leur sont internes.



Cette brève analyse montre toute l'importance des personnages dans Penny Dreadful qui en sont le moteur, le catalyseur, la justification – ce qui explique aussi ce casting impressionnant.
Une série superbe donc, dont il serait vraiment, vraiment dommage de se priver.
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