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 CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE

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MessageSujet: LE REPAIRE DE L'HISTORIEN   Dim 1 Juil - 12:45

Un parfum d'Extrême-Orient avec les farouches samuraï...
Le samouraï est le membre d'une classe de guerriers qui règnèrent littéralement sur le Japon féodal. Ces hommes formaient une caste à part et vivaient selon des règles strictes. De guerriers solitaires cherchant à se mettre au service d'un seigneur, ils formèrent au fil du temps une véritable caste qui influait grandement sur la politique du pays et les intrigues de la cour impériale. Ils furent le premier corps d'élite créé, l'armée japonaise étant jusque là composée de conscrits. Ces guerriers étaient astreints à une philosophie de vie bien particulière...
Le samouraï était soumis à une discipline très stricte dès l'enfance. Tout plaisir oisif était rigoureusement mesuré et tout confort proscrit, sauf en cas de maladie. Le devoir était le seul guide de son existence, le contrôle de soi sa première règle de conduite.
Cette éducation austère était destinée à développer une impassibilité totale dont le samouraï ne devait jamais se départir, hormis dans l'intimité de la maison. Il ne devait manifester aucune émotion, en toutes circonstances. Le jeune samouraï devait apprendre à se prémunir contre toutes les peurs et la plus parfaite maîtrise de soi était exigée.
Sur le plan physique, une batterie d'exercices redoutables devaient former le futur guerrier : art du sabre, lutte, art équestre, tir à l'arc... Pour le domaine spirituel, le jeune homme apprenait à vénérer les dieux anciens et les esprits de ses ancêtres. On l'initiait à la foi et à la philosophie bouddhique et on lui enseignait l'éthique chinoise où se croisaient shintoïsme, bouddhisme ou confucianisme.
Le samouraï apprenait son métier au sein d'écoles anciennes dispensant une formation aux armes, à la stratégie, au renseignement et aux divers aspects de l'art de la guerre.
Ces redoutables guerriers disposaient d'un équipement spécifique qui leur était réservé.
- le katana, grand sabre.
- Le wakizashi ("la lame d'honneur") qui ne quittait jamais son côté. Le samouraï dormait avec sous son oreiller et l'emmenait avec lui quand il entrait dans une maison et devait laisser ses armes principales dehors.
- Le tanto, petit poignard, en principe réservé au seppuku, le suicide rituel.
- le yumi (l'arc). Il ne sera détrôné que par l'apparition des armes à feu.
D'autres armes comme la lance complétait l'équipement. Sans oublier l'armure, largement supérieure aux lourdes cuirasses médiévales de l'occident. Constituées de lamelles cousues sur du tissu, elles offraient la particularité de céder sous les coups contrairement aux armures occidentales. D'une grande légèreté, le samouraï pouvait la plier pour la transporter dans une boîte prévue à cet effet. On pouvait également la réparer facilement en cousant de nouvelles lamelles.

Le code des samouraï était trés proche de l'ordre féodal médiéval : tout samouraï était lié à un seigneur par serment et l'obéissance à son maître était la règle absolue. Les seigneurs, quand à eux, étaient liés (en principe) à l'empereur. A la mort du seigneur, certains samouraï n'hésitaient pas à se suicider afin de l'accompagner et le servir dans l'au-delà. Un grand classique du théâtre japonais, Chunchingura, raconte le suicide de 47 samouraï à la mort de leur maître en 1703 ! Le suicide rituel est le Seppuku, connu en Occident sous le nom de Hara-Kiri, littéralement "ouverture du ventre". Ce suicide réservé aux guerriers était trés codifié avec une entaille au poignard horizontale de gauche à droite et le coup fatal en un mouvement vertical tandis qu'un "assistant" procédait alors à la décapitation. A noter que les femmes, elles, s'ouvraient la gorge et les marchands s'empoisonnaient.

Socialement, les samouraï formaient une classe à part, improductive, ne pouvant commercer sous peine de déroger (déchoir de son rang) et bénéficiant d'une certaine immunité. Certains étaient considérés comme de vulgaires aventuriers, d'autres comme des héros. Mais il n'y avait pas que la guerre : ces farouches guerriers avaient un côté spirituel trés développé également. Ces machines à tuer furent profondément influencés par le mouvement zen et le bouddhisme. Le souci de pureté, de simplicité du zen était trés important chez eux et ils furent à l'origine de la fameuse cérémonie du thé, moment de calme et de sérénité enseignant le respect des choses simples dans un Japon plutôt agité.

Les samouraï finirent par entrer en déclin, certains se firent ouvertement brigands, se taillèrent de petits fiefs et domaines, travaillèrent pour leur compte ou cédèrent à la corruption et à l'argent facile. Ce fût l'empereur Meiji (1867-1912) qui leur porta le coup de grâce : cet homme réformateur bouleversa le Japon en le faisant entrer dans la modernité, s'inspirant du modèle occidental. Sous son règne, le pays fît un formidable bond en avant dans tous les domaines et devînt une puissance avec laquelle il fallait compter. La société s'occidentalisa massivement et l'idéal chevaleresque des farouches samouraï n'y résista pas.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Dim 1 Juil - 13:44

Oui, enfin ce portrait des samouraïs mérite quelques nuances…

Le meilleur ouvrage sur le sujet reste Le monde à l'envers de Pierre Souyri

Disons pour résumer que le modèle féodal seigneur/vassaux/samouraï de base, avec fidélité au seigneur, était surtout celui des provinces extérieures et un legs de la lutte contre les peuplades barbares ( ou peut-être imité de ces peuples ), dans le cœur du Yamato les samouraï étaient généralement les descendants de serviteurs spécialisés de l'Empereur ou de paysans montés en grade. On avait donc de très petits fiefs voire simplement le règne d'une famille sur un village. Souvent ils étaient aussi le 'bras armé' de riches monastères bouddhistes. Ce sont ces hommes qui furent l'épine dorsale de la résistance finalement vaincue des Empereurs face aux Shoguns…

D'autre part, il faut se garder de surévaluer la fidélité des samouraïs à leur seigneur À L'ÉPOQUE OÙ ON SE BATTAIT: leur objectif premier était certes de se signaler son service, mais dans le but d'être grassement récompensés. La chute du shogunat Hôjô a été provoquée par les ivasions mongoles de Kubilaï Khan: comme ils n'avaient pu et pour cause donner de nouvelles terres à ceux qui s'étaient battus, nombreux furent les seigneurs à se retourner contre eux quand l'Empereur Go-Daïgo essaya de recouvrer la réalité du pouvoir.

Pour en revenir aux provinces du Yamato, les petits samouraïs indépendants se groupaient assez souvent en ligues qui affrontaient, souvent victorieusement, les armées des seigneurs toujours prêtes à envahir et piller. Ils affrontaient également les paysans révoltés.

Les mouvements paysans pour faire reculer leurs seigneurs, allant jusqu'à la révolte, sont en effet une caractéristique du Japon, et surtout du XIV° au XV° siècle au Japon. Ils étaient en effet exaspérés par le passage d'armées ravageuses et s'armaient parfois pour s'en défendre, d'autre part une partie croissante de ces armées était justement faite de paysans ( ashigaru ) et non plus de samouraï ce qui leur permettait d'atteindre de très gros effectifs ( 90.000 hommes contre 150.000 dans la guerre d'Onîn p.e. ).
Et un mouvement particulièrement intéressant furent les "sectes ikkô". C'étaient des communautés regroupant paysans et samouraïs d'une région, se défendant conte toute agression extérieure, sous l'égide d'une variante du bouddhisme prêchant la réalisation sur terre du "Domaine du Bouddha". Si dans les faits on en est vite revenus à une situation où les moines étaient les seigneurs, la condition des paysans était véritablement améliorée et par les impôts plus légers et par la défense en commun; ces communautés vainquirent plusieurs fois des armées seigneuriales envoyées mater le mauvais exemple qu'elles donnaient à d'autres paysans.
Ce fut Oda Nobunaga qui parvint à les écraser, et seulement parce qu'il avait acquis de très nombreux mousquets et avait créé des unités spécifiquement entraînées au tir par salve qui purent faucher leurs armées, encore fallut-il souvent de longs sièges pour abattre leurs forteresses.
L'insurrection chrétienne d'Amakusa au XVII° siècle présente des caractères extrêmement semblables.

La fidélité inconditionnelle à son seigneur était une idéologie affichée et une occasion d'effets rhétoriques, mais de peu de valeur réelle jusqu'au moment où les samouraïs ont perdu l'essentiel de leur valeur parce qu'il n'y avait plus de guerre, i.e. sous les Tokugawa. Elle est alors devenu une partie du carcan qui a immobilisé la société japonaise pendant plus de deux siècles, avec des conséquences extrêmement graves…
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MessageSujet: AUTRES CIVILISATIONS   Dim 1 Juil - 18:02

< pour reprendre mon post antérieur >

Il ne faut pas oublier que les samouraï ont duré longtemps et que la situation historique a évolué… ainsi la stratification du Japon en castes immuables et l'interdiction aux paysans et autres castes de porter les armes sous peine de mort ne date que de la prise du pouvoir par Toyotomi Hideyoshi, un aventurier pourtant d'origine paysanne, à la fin du XVI° siècle…

Les samouraï perdant leur rôle majeur avec la fin des guerres, il s'agissait de les contrôler et de les encadrer au profit des seigneurs et pour la seule mission qui leur restait, assurer la stabilité du régime ç-à-d décourager ou écraser tout mouvement paysan. Cette même volonté de stabilisation du régime a entraîné l'arrêt rapide de presque toutes les relations avec l'extérieur, en particulier des contacts avec les Européens hormis les Hollandais soigneusement isolés sur l'îlot de Deshima en face de Nagasaki ( et une des raisons pour lesquelles eux sont restés est qu'ils avaient collaboré avec le régime pour abattre la révolte des chrétiens d'Amakusa )

Il faudrait aussi en savoir plus sur les samouraï chrétiens qui ont quitté le Japon à la suite de la victoire des Tokugawa, certains s'établissant aux Philippines au service des Espagnols ( souvent comme troupes embarquées pour défendre les navires ), on sait aussi qu'à la fin du XVII° siècle encore des samouraï chrétiens formaient un des régiments de la garde des rois de Siam… comme tu le disais VS, être samouraï représentait un plus sur le CV.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Dim 22 Juin - 10:36


SU SONG & LE SECRET DE L'HORLOGE

Su Song, un ingénieur chinois du XIe siècle, est le créateur de la première horloge mécanique fabriquée au monde.

Mais il dut en garder jalousement le secret, car le cycle des mondes et la fixation du calendrier étaient du ressort de l'Empereur et de lui seul. Quand, en 1126, les Song durent quitter Pékin, ils ne purent emporter leur horloge, qui resta entre les mains des Jin.
En dépit de leurs connaissances, les Song du Sud furent incapables de retrouver le secret de l'horloge, quoiqu'ils eussent fait venir le fils de Su Song.

Lorsque les Yuan prirent le pouvoir en 1279, l'horloge n'était plus entretenue et l'on perdra sa trace sous les Ming, à partir du XIVe siècle.

Cette histoire explique pourquoi les Chinois n'ont pas réussi à garder leur formidable avance technologique sur l'Occident.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Dim 22 Juin - 13:50

Voyageur Solitaire a écrit:

Là encore, l'Orient et principalement les chinois avaient une longueur d'avance avec la clepsydre, sorte d'horloge hydraulique avec une colonne graduée emplie d'eau qui marquait les heures. Mais le génie antique avait ses limites : l'évaporation de l'eau en période de forte chaleur venait fausser la donne...

C'est pourquoi l'horloge de Su Song était d'une précision absolue pour l'époque. Oui, les Chinois avaient pris une avance considérable sur le reste du monde.

Mais seuls les Empereurs avaient le droit de calculer le temps et de fixer le calendrier. A cause de cela, le secret s'est perdu après la mort de son inventeur.

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MessageSujet: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Dim 22 Juin - 15:51

Calculer le temps a longtemps eu un aspect sacré. Celui qui est maître du temps dans le domaine pratique l'est également, par allégorie, dans le domaine temporel.
A Rome, c'était le grand pontife, haute autorité religieuse, sorte de grand-prêtre, qui déterminait le calendrier et les dates des différentes fêtes religieuses. César, devenu grand pontife, instaura le calendrier julien, retouché plus tard par un pape pour devenir le calendrier grégorien actuel.
En Chine, effectivement, c'était le privilège du Fils du Ciel.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Mer 29 Juin - 14:54

Où l'on apprend que le bushido, le code de l'honneur des samouraïs, est l'invention d'un auteur japonais de la toute fin du XIXe siècle (Inazo Nitobe, livre publié en 1899) pour donner aux occidentaux une vision idéalisée de son pays, invention récupérée par le gouvernement japonais nationaliste et fasciste, puis par Hollywood.

Rich, « Bushido: Way of total bullshit », Tofugu.com, 8 décembre 2014

Rich a écrit:

[…]

Oleg Benesch explique que la plupart des érudits japonais considéraient que le travail de Nitobe n'était pas sérieux :

« Lors de sa publication, le livre de Nitobe Bushido: The Soul Of Japan a reçu un accueil mitigé de la part de ceux qui ont lu la version anglaise. Tsuda Sokichi publia une critique cinglante en 1901, rejettant les principaux arguments de Nitobe. Selon Tsuda… l'auteur en savait peu sur son sujet. L'identification du terme bushido avec l'âme du Japon était biaisée, car le bushido ne concernait qu'une unique classe… Tsuda accusait Nitobe de ne pas prendre en compte les diverses périodes historiques. » (155)

De nombreux contemporains de Nitobe adhéraient à un bushido orthodoxe fondé sur l'Histoire ancienne du Japon. Cette forme de bushido purement japonaise était considérée comme unique et supérieure à toutes les idéologies étrangères. L'écrivain orthodoxe Tetsujiro Inoue écrivait même que la chevalerie européenne n'était « que des croyances de bonnes femmes » et ridiculisait le confucianisme qui n'était qu'un produit d'importation chinois de mauvaise qualité (Benesch 179). Cette école orthodoxe a rejeté la version « corrompue », christianisée du bushido de Nitobe.

Pour compliquer les choses, à l'époque de la parution de Bushido: The Soul of Japan, peu de japonais connaissaient le terme bushido. Dans Musashi: The Dream of the Last Samurai, Mamoru Oshii explique que le terme « Bushido était inconnu des Japonais… Il apparaissait dans la littérature, mais n'était pas un mot couramment utilisé. »

[…]

Histoire d'empirer la situation, le livre de Nitobe a donné une vision romantique d'un système démodé d'exploitation que tous, sauf les samouraïs, étaient content de voir disparaître. […]

Avec tant d'injustice, les classes inférieures ne montraient sans surprise aucun amour pour l'élite du Japon. Benesch écrit que « le dédain que la plupart des gens du peuples éprouvaient envers les samouraïs était légendaire » (27).

[…]

Quoi qu'il en soit, Nitobe a écrit pour des lecteurs occidentaux et n'a jamais eu l'intention que Bushido: The Soul of Japan soit lu par des japonais.

[…]

À l'inverse des autres contemporains spécialistes du bushido, Nitobe habitait à l'extérieur de son popre pays et de sa culture. Il grandit en étudiant l'anglais, à Hokkaido qui était une région séparée de la culture japonaise [NdT : c'était à l'époque une région peu colonisée, coupée du reste du Japon]. Puis Nitobe parti vivre à l'étranger, épousa une étatsunienne et se dévoua au christianisme.

[…]

En fait, Nitobe, un des premiers érudits à utiliser le terme bushido, pensait en 1900 qu'il avait lui-même créé le mot.

« Des termes comme budo (la voie martiale), bushi no michi (la voie du guerrier), et yumiya no michi (la voie de l'arc et de la flèche) étaient bien plus courants, » écrit Benesch (7). Bien que ces termes prouvent que l'idéal guerrier avait sa place dans les consciences japonaises, il serait inexact d'en faire des équivalents du terme bushido.

[…]

Des écrits anciens sur le sujet montrent bien que la notion de valeur était bien vague au sein de la classe de guerriers. « Si l'on regarde les sources et les études plus tardives concernant la moralité des samouraïs, on ne voit apparaître à aucun moment de l'Histoire japonaise pré-moderne un système éthique unique et largement accepté » (Benesch 14). Par ailleurs, les guerriers s'intéressaient à la victoire et à la survie — la bataille ne donne guère l'occasion de s'occuper de codes de l'honneur contreproductifs.

Les lois et codes de l'honneur ont été mis en place durant la période Edo afin de dompter la classe guerrière indisciplinée qui avait été transplantée des champs de bataille vers des occupations administratives. […]

Privé de batailles, le gouvernement de Tokugawa relégua les sabres au range d'ornement, dernier symbole du statut de la classe. Les samouraïs devinrent une classe supérieure de bureaucrates ayant du temps libre pour s'intéresser à la philosophie. Les idées d'honneur et d'étiquette prirent le pas sur la déloyauté et la violence insensée, contribuant à la stratégie du gouvernement Tokugawa pour rester maître d'un Japon unifié.

[…]

Comme pour tous les êtres humains, la morale des samouraïs dépendait des individus.

[…]

Selon Timon Screech, « Ce dont on parle ne sont que des mythes. La croyance que le samouraï se battait jusqu'à la mort ne résiste pas à l'étude du sujet, pas plus que l'idée qu'ils s'éviscéraient pour expier. Le slogan selon lequel la voie du samouraï est celle de la mort a été inventé longtemps après que la mort eu cessé d'être le quotidien des samouraïs… C'étaient alors des bureaucrates. »

Bien que décrit comme une pratique courante par Nitobe, le seppuku n'était pas le pilier du samouraï. « Cela fait trop mal, » explique Screech. « Le suicide était en fait un simulacre d'éventration fait avec un sabre en bois ou un éventail de papier, et qui servait à donner le signal à l'assistant de couper la tête par derrière, de manière propre et indolore. »

Benesch indique que le seppuku était « limité aux situations désespérées dans lesquelles le guerrier défait était certain d'être torturé, une pratique courante à l'époque » (16).

Et qu'en est-il du sabre, la soi-disant âme du samouraï ? Selon Charles Sharam, « Avant [la période Tokugawa], les samouraïs étaient en fait des archers montés qui étaient très habiles au tir à l'arc, mais n'utilisaient les autres arme qu'épisodiquement et seulement si nécessaire. Durant la majeure partie de leur Histoire, le sabre était une arme secondaire pour les samouraïs. »

[…]

De plus, le samouraï avait le privilège et l'avantage de combattre à cheval. […] Le fait de tirer et de sabrer les fantassins depuis une position montée favorable ne colle pas avec l'image de l'honorable combattant à pied popularisée par les représentations modernes.

[…]

« On peut affirmer sans exagérer que les batailles les plus cruciales du Japon médiéval se sont décidées par la défection — c'est-à-dire la déloyauté — d'un ou plusieurs vassaux du général vaincu. » (517)

[…]

Qui dit loyauté dit paiement. La réciprocité était de mise à chaque étape… et la plupart des samouraïs auraient considéré que leur propre vie valait bien plus que celle de leurs supérieurs… (par ailleurs) les pillages répétés de Kyoto montrent l'absence d'éthique, et l'importance que les guerriers accordaient à leur apparence (représente) l'antithèse de l'image populaire du samouraï austère et frugal. (19-21)

[…]

[Durant la période Tokugawa] Les samouraïs disposaient de beaucoup de temps libre, qui leurs permettaient de s'adonner à des passions comme la cérémonie du thé ou la calligraphie. Certains fréquentaient plutôt les quartiers de plaisir.

Tandis que les paysans trimaient dans les champs pour nourrir la nation et payer les taxes et que les marchands se démenaient pour conserver une position acceptable dans la société, les samouraïs vaquaient à des tâches administrative contre un traitement sous forme de dotation en riz.

[…]

Les samouraïs de statut inférieurs ne touchaient qu'une faible dotation qui leur permettait à peine de vivre. Contraints par les lois strictes de la période Tokugawa qui leur interdisait de travailler en dehors, certains renonçaient à leur statut pour devenir artisans ou fermiers.

[…]

Comme l'explique Don Cunningham dans  Taiho-jutsu: Law and Order in the Age of the Samurai, « En raison du chômage et ayant un rôle mal défini dans la nouvelle société, de nombreux samouraïs se sont tournés vers des activités criminelles […] » (Cunningham). Avec peu de perspective et une frustration croissante, ces samouraïs s'habillaient et parlaient de manière flamboyante, harcelaient les classes inférieures, rejoignaient les gangs et se bagarraient dans les rues.

[…]

Pour le bonheur de Nitobe, l'honneur est dans l’œil de celui qui regarde, un concept ouvert à l'interprétation. Par exemple, Nitobe cite l'histoire des 47 Ronin comme l'exemple ultime de la loyauté, alors que d'autres l'interprètent comme une lâche attaque par surprise. Le Japon célèbre Miyamoto Musashi comme étant le sabreur le plus doué, mais il arrivait en retard à ses duels et attaquait « lâchement » par surprise. Nitobe décrit la rébellion de Satsuma [de 1877, qui a inspiré le film Le Dernier Samouraï] comme une bataille pour l'honneur, plutôt qu'une rébellion pour conserver le statut de sa classe.

[…]

Dans The Samurai: Myth Versus Reality, Charles Sharam écrit que « Le samouraï était une charge superflue à la nation japonaise… qui contribuait peu à la société mais accaparait une quantité considérable de richesses. Ainsi, leur élimination durant la restauration de Meiji a été un bien durable pour la nation. »
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MessageSujet: Re: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Ven 18 Nov - 16:11

Les précieuses ridicules du Shogun

Japon médiéval. L'archipel est politiquement éclaté, l'empereur n'est qu'un symbole, les shogun s'enferment dans leurs châteaux fortifiés avec leurs samouraï et leur cour. Ils y développent alors un art de vivre qui n'a rien à envier au futur Versailles...

L'apparence d'abord. A l'époque, on considère qu'une jeune femme est particulièrement belle si sa chevelure, une fois défaite, est plus longue qu'elle. On empile plusieurs robes, de couleurs différentes, les unes sur les autres. Les manches de chacune sont de longueurs différentes afin de révéler le vêtement de dessous. Les belles créent ainsi un subtil dégradé de couleurs, un joli effet de manches si l'on ose dire... A la promenade, les élégantes laissent pendre leurs bras par la fenêtre de leur litière afin que chacun puisse admirer ce dégradé subtil et noter ainsi le goût exquis de la dame. Hommes et femmes se laquent les dents de noir (leur blancheur passant pour éblouir et enlaidir) et se poudrent le visage de blanc. Les deux sexes portent chignon, éventail et ombrelle. La façon de se vêtir d'un seigneur est une carte d'identité à elle seule : le choix des couleurs, la façon de porter ses sabres, de draper son kimono traduisent ses goûts, son caractère, voire ses idées politiques.

La poésie est reine. Si les équipages de deux seigneurs se croisent, il est de règle de se saluer par un assaut d'amabilités que l'on peut même déclamer en vers, comble de la politesse. Une dame reçoit-elle un visiteur étranger à sa famille ? Ce dernier ne verra d'elle que le paravent derrière la belle a pris place. Même chose pour son médecin. Au besoin, on montrera à ce dernier une figurine d'ivoire marquée à l'endroit où la dame a mal. Comme toujours au Japon, la façon dont un cadeau est présenté est plus importante que le cadeau en lui-même. Si l'on écrit, le choix du papier, sa texture, son en-tête, la façon de plier la lettre sont de première importance. Ces farouches seigneurs vont jusqu'à se faire seppuku (Hara-Kiri) pour un compliment mal tourné ou un cadeau mal présenté. Le déshonneur ne pardonne pas, le ridicule tue.
Comme en Europe, interdiction de "déroger", c'est à dire d'exercer une activité indigne de son rang, autrement dit de travailler.

Les farouches samouraï ne sont pas en reste. En cas de victoire au combat, le vainqueur félicitera son adversaire pour sa vaillance, en vers si possible, avant de le décapiter. Certains n'hésitent pas à brûler de l'encens dans leur casque afin que, s'ils finissent décapités, leur tête puisse sentir bon. Mourir d'accord, mais avec classe.

A la cour de l'empereur, cet art de vivre atteint son apogée. L'empereur, réduit à l'état de symbole vivant, passe son temps en rites interminables et cérémonies fastidieuses. De son côté, l'impératrice se voit contrainte par le protocole de changer six fois de vêtements par jour. Pendant ce temps, un des Maires du Palais arpente consciencieusement les couloirs pour veiller à ce que les bouquets de fleurs, agencés selon l'art ancestral de l'Ikebana soient disposés selon les règles.
En général, les courtisans, habitants de la "Résidence Céleste" n'en sortent jamais et tous les gens extérieurs à leur petit monde ne sont à leurs yeux que de vulgaires homoncules, sans aucun intérêt.
La grande vie quoi...


Dernière édition par Voyageur Solitaire le Lun 21 Nov - 15:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Lun 21 Nov - 11:24

Mmmm, il faudrait préciser à quelle époque tu fais référence. Il y a eu deux shogunats, et le raffinement m'évoque plutôt le second shogunat, celui des Tokugawa, puisque c'est l'époque où les samouraïs ont été privés de guerre, ce qui leur a permis de se tourner vers le raffinement. Le raffinement était plus ou moins imposé par le shogun. C'était à la fois une manière de détourner les guerriers de la bellicité (ça se dit ?), pour maintenir la paix, mais aussi d'épuiser leurs ressources financières pour éviter qu'ils ne s'arment pour fomenter une révolte. Par exemple, les daimyo (seigneurs) devaient entretenir une coûteuse résidence à la capitale Edo (future Tokyo) et y résider la moitié du temps, et y laisser une partie de leur famille (à portée de main du shogun, des otages en quelque sorte).

Et concernant le seppuku, le texte Bushido: Way of total bullshit mentionné ci-dessus indiquerait que c'était plutôt un suicide destiné à échapper à la torture que véritablement un acte pour préserver l'honneur.

Concernant l'interdiction de déroger, à cette époque, de nombreux samouraïs, ou plutôt ronin (samouraï sans maître) étaient désargentés et devenaient professeurs d'escrime, garde du corps (yojimbo) voire passaient dans le brigandage. Dans Les Sept Samouraïs, qui certes se déroule entre les deux shogunats, on voit même un ronin couper du bois contre le gîte et le couvert. Bref, il n'était pas rare qu'ils renoncent à leur statut pour pouvoir simplement vivre.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Lun 21 Nov - 15:16

Effectivement, je me référais au Shogunat Tokugawa.
En tous cas, tes précisions renforcent l'impression d'un "Versailles" nippon avec une noblesse turbulente domestiquée, mise sous bonbonnière, ses humeurs belliqueuses altérées, diluées dans le raffinement et la vie de cour. Louis XIV n'a rien inventé semble-t-il, à des siècles et des milliers de kilomètres de distance.

Quant aux samouraï, devant par définition si j'ose dire appartenir à un seigneur, ceux qui n'en trouvaient pas n'avaient guère le choix, il faut bien manger... On avait la même chose en Occident avec une petite noblesse, souvent désargentée, qui n'avait pour elle que son nom et le droit de porter l'épée et qui devait travailler, loin des grands seigneurs et des riches familles.
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MessageSujet: Re: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Lun 13 Mar - 17:18

Yenool, « Portrait de ces rares femmes samouraï », Japanization.org, 24 novembre 2016

Citation :
La société japonaise est connue pour avoir conservé une forte pression patriarcale, autant dans ses principes familiaux que dans ses relations hiérarchiques. […] la délimitation entre le rôle de la femme, confinée à ses casseroles, et celui de l’homme se veut présente depuis de nombreux siècles dans l’archipel : moines, empereurs, samouraïs, tous sont représentés par des figures masculines depuis la période Jōmon. Pourtant, même si leur présence fut beaucoup plus rare, certaines figures féminines extrêmement influentes ont existé, et leurs épopées ont été retranscrites dans des contes, des poèmes ou des dessins inspirants. Au-delà des divinités féminines présentes dans le shintoïsme, comme Amaterasu, la grande déesse du soleil, ou l’impératrice Jingu, dont leurs existences n’ont été relatées que dans des légendes communes, c’est dans un domaine plus terre-à-terre, là où la présence des femmes demeure la plus infime, que l’on trouve les plus inspirantes d’entre-elles : les femmes samuraï, présentes sur le champ de bataille, appelées onna-bugeisha.

Femmes de l’ombre et d’exception

[…]
Tout en s’évertuant à apprendre et perfectionner toutes les techniques de combat de l’époque féodale, elles allaient parfois jusqu’à dépasser leurs homologues masculins sur le terrain. Les premières onna-bugeisha pratiquaient vertueusement l’archerie équestre, mêlant équitation et tir à l’arc, domaines pour lesquels aucune différence n’existe dans sa pratique, vis-à-vis du genre. Néanmoins, le symbole guerrier des femmes samouraïs est le plus souvent représenté par une autre arme, équivalent du katana des hommes samouraïs : le naginata.


Peinture représentant un entraînement au naginata

Proche de la pratique du kendo, ce sabre à lame courbée en son bout peut mesurer jusqu’à deux mètres de long. Cette caractéristique présente un avantage de taille face à l’ennemi, puisque ce dernier reste maintenu à distance, en permanence, et peut être tout autant déstabilisé à pied qu’à cheval. Pour arriver à de telles fins, cette arme nécessite alors une maîtrise beaucoup plus longue et fastidieuse qu’un katana qui, par définition est plus court, plus léger et peut se porter à la ceinture pour engager un combat au corps-à-corps.

Ces femmes guerrières, dignes et valeureuses, n’en restaient pas moins humbles malgré tous les domaines dans lesquels elles excellaient, et il a fallu beaucoup de temps pour que les chefs de guerre masculins laissent place aux onna-bugeisha agir sur les champs d’honneur. Pendant de nombreuses décennies, les femmes samouraïs ne furent cantonnées qu’à servir les hommes de leurs rangs, ne participant tout au plus qu’à protection de sa famille et sa maison : ici, nous sommes loin des batailles épiques et des destins singuliers que narrent les écrits ou que bon nombre d’œuvres cinématographiques dépeignent…


Photographie d’une onna-bugeisha (1870)

[…]

Tomoe Gozen, l’icône absolue des samouraïs


Tomoe Gozen / Shitomi Kangetsu (1770)

Selon les historiens et les japonologues, le nom de Tomoe Gozen serait devenu le synonyme de l’image de la femme guerrière dans l’histoire culturelle du Japon. Alliée intimement fidèle du général Kiso no Yoshinaka du clan des Minamoto, ils vécurent ensemble jusqu’à ce que la mort ne les sépare durant la guerre civile de Genpei, opposant leur clan à celui des Taira, à la fin du XIIe siècle. Son courage, sa bravoure et ses multiples prouesses ont poussé Yoshinaka à la nommer capitaine des troupes (Ippō no Taishō en japonais) dès le début du conflit, devenant ainsi la première femme à ce poste, respectée de tous.

Ses aptitudes hors normes lui valurent la réputation symbolique de détenir « la puissance de combat de 1 000 hommes ». Une liste non exhaustive de ses faits d’armes (que certains estimeront romancés) permet de mieux se rendre compte de sa force. En 1181, durant la bataille de Yokota-Kawara, elle tue et décapite à elle-seule l’intégralité des chefs des troupes du clan Taira, menant le clan Minamoto à la victoire. Deux ans plus tard, pendant la bataille de Kurikara, elle commande plus d’un millier de cavaliers bushi et mène les troupes de Yoshinaka une nouvelle fois à la victoire.

Au début de l’année 1184, la guerre fait rage pour prendre le trône à Kyoto, mais les 300 guerriers qui composent le clan Minamoto ne sont pas assez nombreux face aux troupes ennemies de 60 000 personnes : c’est encore Tomoe Gozen qui mènera ses troupes dans un combat perdu d’avance, jusqu’à la bataille de Awazu. Malheureusement, il ne reste que 5 survivants du côté Minamoto. Yoshinaka, mortellement touché, demande à sa bien-aimée de quitter les lieux, pour, dit-il : « ne pas avoir honte de devoir mourir auprès d’une femme ». Face à cet affront, tout en essayant de rester fidèle à ses convictions, Tomoe Gozen retourne au combat dans un nouvel élan de courage, toujours seule, face à 30 hommes, pour les pourfendre jusqu’au dernier et finalement décapiter le capitaine ennemi. Sans jamais retourner voir son amour de toujours, qui succombera seul à ses blessures. Elle prend finalement la fuite en emportant la tête de son adversaire en guise de trophée.


Tomoe Gozen / Chikanobu (1898)

Un héritage important dans la culture japonaise

[…]

À la même époque, Hōjō Masako du même clan Minamoto, ne connut jamais de défaite sur le champ de bataille. Plus encore, elle fut la première femme à partager les pouvoirs de Shogun après la guerre de Genpei.

Même si l’avènement des armes à feu, lié à la pensée du confucianisme, venait à rendre par la force des choses l’utilisation du Naginata quelque peu obsolète, des exemples de femmes samouraïs plus récents sont à relever. On pensera notamment à Nakano Takeko.


Nakano Takeko (1865)

Pendant la guerre civile de Boshin au XIXème siècle, elle commanda une troupe de 30 personnes, exclusivement composée de femmes, et créa ainsi l’Armée des Femmes appelée Jōshitai. Interdites de combat par l’armée officielle japonaise (toujours très patriarcale), ces femmes courageuses prennent tout de même part à l’offensive durant la bataille d’Aizu, le naginata au poing.

Malheureusement, les armes à feu étant légion à l’époque, Nakano Takeko est touchée d’une balle dans la poitrine lors d’une charge fatale, et demanda à sa sœur de l’achever en lui tranchant la tête afin qu’elle ne puisse pas tomber aux mains de l’ennemi : elle n’avait alors que 21 ans. Sa sœur l’enterre sous un pin près du temple Hokai-ji, où une tombe en son nom et en son honneur fut érigée.

Bien que ces femmes renommées appartiennent toutes à la noblesse, toutes étant issues de la haute société dès la naissance, il est bon de savoir que certaines onna-bugeisha n’ont pas eu les mêmes facilités au départ : c’est le cas des sœurs Miyagino et Shinobu. Filles d’un père paysan, les jeunes sœurs âgées de 11 et 8 ans respectivement, voient sous leurs yeux leur père assassiné par un bushi (guerrier gentilhomme). Afin de se venger, elles apprennent toutes deux les arts martiaux de nombreuses années, ainsi que l’art du naginata, et exécutent leur vendetta sur l’assassin de leur feu père en 1649. Avec toute l’admiration que le peuple japonais a pour ses deux jeunes guerrières, elles ont pu prendre part à la rébellion de Keian deux ans plus tard, marquant un tournant décisif dans le rôle du rōnin au sein de la société japonaise.


La vengeance des sœurs Miyagino et Shinobu / Utagawa Kunisada I (1847)

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MessageSujet: Re: CIVILISATION INDIENNE/CHINOISE/JAPONAISE   Jeu 10 Aoû - 14:35

Florent, « Retracez l'histoire de l'ukiyo-e, cet art ancestral qui a popularisé la culture japonaise en Europe », Daily Geek Show, 27 juillet 2017

Cet article retrace l'histoire des estampes japonaise (gravures sur bois permettant une reproduciton en masse d'images), les « images du monde flottant » (ukiyo-e). Initialement art vulgaire (les pornos de l'époque), il évolue rapidement à l'ère Edo pour devenir un art de représentation du quotidien, des paysages, des portraits.
Asai Ryoi (1665) a écrit:
Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable… ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo.
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