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 SIBELIUS

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Henri



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MessageSujet: SIBELIUS   Ven 18 Déc - 21:10


Je l’ai loupé de 10 jours. J’étais persuadé que c’était un 18 décembre, et j’avais donc prévu de poster cet article aujourd’hui 18 décembre, et voilà qu’en vérifiant au dernier moment je m’aperçois à ma grande honte que c’était un 8 décembre. De l’art de rater ses effets !... Tant pis, je le poste quand même. On fera comme si.

Aujourd’hui (aujourd'hui 8 décembre, donc), il y a exactement 150 ans que naissait Jean Sibelius, un des symphonistes les plus intéressants de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle.

Johan Christian Julius Sibelius, second de trois enfants, est né le 8 décembre 1865 à Hameenlinna (ou Tavastehus selon son ancien nom suédois), une petite ville de garnison au nord d’Helsinki. Son père mourut quand Johan n’avait que deux ans, laissant femme et enfants aux soins de la grand-mère maternelle. Les enfants Sibelius, tous passionnés de musique, avaient formé un trio dans lequel Johan tenait le violon, son frère Christian le violoncelle et sa sœur Linda le piano. Johan était particulièrement doué pour la composition et se mit rapidement à écrire des pièces pour le trio.

En 1885, ayant terminé sa scolarité, il emménagea à Helsinki pour y étudier le droit à l’université et la musique à l’Institut de musique. Rapidement, il se consacra exclusivement à la musique et commença à étudier la composition avec Martin Wegelius en 1887. C’est pendant ces années d’études qu’il décida de changer son prénom pour celui de “Jean”, ayant découvert qu’un de ses oncles décédés se prénommait ainsi. Il rencontra également et tomba amoureux de celle qui devait devenir sa femme, Aino Järnefelt, sœur du futur chef d’orchestre et compositeur Armas Järnefelt. Dans son cercle d’amis figuraient aussi les écrivains Adolf Paul et Juhani Aho, le compositeur et chef d’orchestre Robert Kajanus et le pianiste et compositeur italien Ferruccio Busoni.

En 1889, il poursuivit ses études à Berlin, puis à Vienne en 1890, où il prit goût... aux vins raffinés et aux cigares. C’est à Vienne qu’il commença à s’inspirer de l’épopée finlandaise du Kalevala et à écrire des œuvres plus ambitieuses pour grand orchestre, notamment sa première symphonie, avec chœurs et solistes (qui n’est toutefois pas répertoriée comme symphonie) : Kullervo, du nom de l’un des héros de cette épopée que l’on peut comparer à l’Œdipe grec. Sibelius dirigea lui-même la première de Kullervo à Helsinki en avril 1892, avec un succès qui lui pava le chemin de son mariage avec Aino en juin de la même année.

Les années qui suivirent, Sibelius devint, sur le plan musical, le chantre du nationalisme finlandais. Une saga, Karelia, La Nymphe des bois, la Suite de Lemminkaïnen (avec le célèbre Cygne de Tuonela) et les Musiques pour la célébration de la presse (dont fait partie Finlandia) datent de cette époque.

Il se distingua également avec la musique de scène du Roi Christian II, d’Adolf Paul, en 1898, et celle de Kuolema (La Mort), de son beau-frère Arvid Järnefelt, en 1903, d’où est tirée la célèbre Valse triste.

En avril 1899 sa Symphonie n° 1 fut créée à Helsinki sous sa propre direction. Il en composera 7 en tout, sans jamais abandonner le poème symphonique comme moyen d’expression privilégié.

Le début du vingtième siècle vit la composition de la Symphonie n° 2, créée le 8 mars 1902 à Helsinki. A l’instar de Finlandia, elle fut bientôt considérée par les Finlandais comme un chant de combat contre l’oppresseur russe et l’expression musicale de leurs aspirations nationalistes. Elle fut suivie du Concerto pour violon en 1903, révisé en 1905 pour être créé en octobre de la même année sous la direction de Richard Strauss.

Ces premières années du siècle ne furent toutefois pas fort heureuses chez les Sibelius : sa fille Kirsti mourut du typhus en 1900, et l’année suivante la même maladie faillit emporter sa seconde fille. De plus, sa vie sociale intense à Helsinki lui causant de nombreux problèmes personnels et professionnels, ils décidèrent de quitter la ville et s’installèrent en septembre 1904 à Jarvenpaa dans une villa qu’il nomma Ainola en l’honneur de sa femme. C’est là qu’il commença la composition de sa Symphonie n° 3. Elle ne fut achevée qu’en 1907, et entre-temps Sibelius composa la musique de scène de Pelléas et Mélisande et le poème symphonique La fille de Pohjola inspirée d’une légende du Kalevala.

Peu après la création de la Symphonie n° 3, Sibelius fut soigné pour une tumeur à la gorge et le compositeur dut s’abstenir de ses chers cigares et verres d’alcool pendant plusieurs années. 1911 fut celle de la sévère Symphonie n° 4, très mal accueillie, qualifiée de « Musique cubiste », de « Musique du XXIe siècle », et qui, 100 ans après, n’est toujours pas la plus appréciée de ses sept symphonies.

En 1914, Sibelius fit un séjour triomphal aux États-Unis où il dirigea la création du poème symphonique Les Océanides au festival de musique de Norfolk. L’université Yale lui remit un doctorat honorifique, ce que celle d’Helsinki s’empressa de réitérer pour ne pas perdre la face.

La 1ère Guerre mondiale eut pour conséquence pour Sibelius une perte conséquente de revenus car sa musique était publiée par les éditions allemandes Breitkopf & Hartel et Lineau. Obligé de rester en Finlande, ses principales rentrées d’argent furent redevables à des commandes des éditeurs locaux qui lui demandaient continuellement de petites œuvres pour violon et piano ou pour piano seul qu’il fournissait fidèlement. Durant l’année 1915 il put quand même mener à bien la composition de la Symphonie n° 5 qui fut créée à Helsinki le 8 décembre de la même année, jour du 50e anniversaire de Sibelius. Mais cette première version fut retirée par son auteur qui en fit une version révisée l’année suivante. Celle-ci ne le satisfaisant toujours pas, il en fit une troisième version qui fut publiée en 1919 et qui est celle que l’on joue aujourd’hui, et la seule que l’on connaisse car Sibelius a détruit les deux versions précédentes. Elle demeure l’une de ses symphonies les plus appréciées avec la n° 2.

À cette époque, Sibelius était une figure culturelle déjà légendaire en Finlande, et hautement respectée dans le reste du monde, mais cela ne l’empêchait pas d’avoir des dettes. Il reçut même la visite des huissiers qui tentèrent de saisir le piano qu’il avait reçu en cadeau de son cinquantième anniversaire. Son statut n’empêcha pas non plus les Gardes rouges de perquisitionner sa maison, et la famille Sibelius dû chercher refuge à Helsinki pendant la guerre civile qui suivit la révolution russe de 1917 et la déclaration d’indépendance de la Finlande. Dans ce conflit, Sibelius prit le parti des Blancs, et sa Marche du bataillon de chasseurs finlandais, composée clandestinement, fut un symbole convaincant de son allégeance.

Alors qu’il achevait la troisième et dernière révision de sa Symphonie n° 5, en 1919, Sibelius traçait l’esquisse de sa Symphonie n° 6. La partition n’en fut toutefois terminée qu’en 1923, et la création eut lieu le 19 février à Helsinki. Peu jouée de nos jours, l’œuvre n’offre à l’auditeur qu’une « eau pure » (selon le mot du compositeur) sans couleurs violentes ni effets orchestraux étonnants.

La Symphonie n° 7 fut composée l’année suivante et crée le 24 mars 1924 à Stockholm. Les Finlandais ne purent l’entendre qu’en 1927. Intitulée d’abord Fantasia sinfonica, elle est en un seul mouvement qui résume et couronne la production symphonique de Sibelius. Après celle-ci, il composa deux autres grandes œuvres, la musique de scène pour La Tempête de Shakespeare en 1925, pour une production de Copenhague, puis le poème symphonique Tapiola en 1926, commande de la Symphony Society de New York qui créa l’œuvre le 26 décembre sous la direction de Walter Damrosch.

Après ces deux dernières œuvres, Sibelius arrivé à la soixantaine se concentra sur la composition de sa huitième symphonie. Mais une autocritique de plus en plus rigoureuse lui fit finalement renoncer à cette œuvre pourtant déjà programmée dans les salles de concert. On sait qu’en 1945 il brûla de nombreux manuscrits, et ceux de la Symphonie n° 8 étaient probablement du nombre. Il n’aura donc plus rien composé depuis Tapiola en 1926 jusqu’à sa mort en 1957. Trente ans de silence sur lesquels on a émis de nombreuses hypothèses sans jamais en élucider les vraies raisons. Dans le journal qu’il écrivit de 1909 à 1944, il ne s’est pas exprimé sur ses efforts avortés dans l’écriture de sa huitième symphonie, et on peut juste supposer que cet échec est à l’origine d’un refus de continuer à composer. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne travailla plus car il continua à faire des révisions et des arrangements de ses œuvres.

______________________________


Voilà pour la biographie. Il me faut à présent parler de l’œuvre mais je ne veux pas le faire en me référant à ce qui a été écrit par les spécialistes. Ce serait prétentieux de ma part, n’ayant pas les connaissances en théorie et en analyse musicale qui pourraient justifier que je prenne à mon compte les commentaires et exégèses qui en sont faits dans les livres. Je vais donc juste évoquer mon ressenti à l’écoute de la musique de Sibelius.

Le premier disque que j’ai écouté, c’était la Suite de Lemminkäinen.

J’ai tout de suite adhéré à cette musique qui me semblait exactement faite pour moi. Musique d’atmosphères, de forêts profondes, de lacs sombres, d’étendues austères, pleine de mélodies qui entraient en résonnance avec une part importante de moi-même. La mélodie sibélienne est particulière et n’appartient qu’à lui. Sibelius est à mon avis un des meilleurs mélodistes du monde musical d’hier et d’aujourd’hui. Elle a souvent un caractère de rêverie, de mélancolie, parfois de tristesse poignante.  Son orchestration n’est jamais agressive, avec une prédominance des cordes et peu de cuivres, créant des ambiances mystérieuses et oniriques, sans outrances romantiques, sans tutti tonitruants dont trop de compositeurs abusent, à mon goût. Les passages violents chez Sibelius ne sont jamais insupportables aux oreilles. Il sait faire passer une violence qui n’agresse pas physiquement mais qui atteint plus sûrement... ce qu’on appelle l’âme, mot dont je ne sais pas trop ce qu’il recouvre, mais quel autre terme utiliser ? Dans la Suite de Lemminkäinen, qui  tire son thème du Kalevala, j’aime particulièrement la longue mélopée du cor anglais dans le deuxième mouvement, Le signe de Tuonela, sous un accompagnement des cordes qui peignent un décor d’une limpidité absolue, telle celle d’un lac de Finlande aux eaux calmes et froides sur lesquelles évolue un cygne magnifique et hautain. Le mouvement qui suit, Lemminkäinen à Tuonela, débute dans une ambiance particulièrement sombre, avec des trémolos glaçants de cordes basses. Le morceau ne quitte jamais cette atmosphère oppressante et évolue lentement vers un climax de terreur, dans un crescendo de tout l’orchestre qui s’étend sur plusieurs minutes et se termine par une soudaine et violente chute dans les gammes qui ramène à un silence angoissant. C’est pourtant de ce silence que naît une petite mélodie champêtre, un petit air sans prétention et presque gai qui semble vouloir ramener un peu de bonheur dans la musique. Soudain elle s’interrompt, comme effrayée par un danger. Ce n’était qu’une fausse alerte car elle reprend bientôt sa petite danse insouciante. Mais à nouveau elle s’interrompt, et cette fois l’ambiance angoissante du début revient, s’installe, et avec elle le crescendo d’orchestre, plus rapide et décidé que la première fois, jusqu’à une nouvelle chute brutale dans les profondeurs des graves. On comprend que cette fois c’est la fin.
Mais comme il s’agit d’une légende, le héros mort est ressuscité, et le mouvement suivant nous raconte son retour chez lui. Musique triomphale, cuivres éclatants, cordes sautillantes de joie de vivre, orchestre fou de bonheur, ivresse totale et jaillissements de cymbales.

Sibelius écrivait à sa femme Aino, le 26 décembre 1890 : « Le Kalevala est à mes oreilles pure musique, thèmes et variations. Les histoires qu’on y trouve ont bien moins d’importance que les climats et les atmosphères transmis. » Pour lui, les histoires de l’épopée finlandaise ne sont qu’un prétexte à une évocation de la nature, de ces étendues vierges hantées par les divinités de l’eau et de la forêt. La musique est expression de la nature. Elle est la nature.

Un autre de ses poèmes symphoniques est particulièrement significatif à cet égard, il s’agit de Luonnotar, basé sur le mythe du Kalevala qui raconte la création du monde par l’union de Luonnotar (la fille de l’air) avec le vent et la mer. La pièce fait une part importante à un texte chanté qui est une adaptation de la légende par Sibelius lui-même. On peut le résumer ainsi : la vierge Luonnotar, lasse de sa solitude “dans le vide immense de l’espace”, se posa un jour sur la mer où elle “fut portée par les vagues pendant sept-cents ans”. Pendant une violente tempête elle implore Ukko, le dieu suprême. Alors arriva un canard qui cherchait où bâtir son nid. Luonnotar leva son genou hors des vagues et le canard y fit son nid et commença à couver ses œufs. Sentant une chaleur intense, la vierge étendit sa jambe et les œufs tombèrent à l’eau. La dernière strophe peut se traduire ainsi :

Et des œufs s’éleva la Beauté:
Du morceau supérieur de la coquille
S’éleva la grande arche du ciel;
La partie supérieure du blanc
Devint la lune brillante,
Et la partie tachetée
Devint les étoiles dans les cieux,
Les étoiles dans les cieux.

L’orchestre est extrêmement dépouillé, avec des cordes qui ne sont qu’un long frémissement pianissimo, parfois à la limite de l’audible. La ligne mélodique est assurée par la voix, dont la partie est extraordinairement difficile, avec une étendue dépassant deux octaves, des brisures, des syncopes, de larges écarts et plusieurs entrées à découvert (orchestre silencieux). Cette extrême difficulté explique pourquoi Luonnotar est rarement donné en concert, peu de chanteuses pouvant assumer en “live” cette périlleuse partie vocale. Sibelius l’avait écrit pour la soprano finlandaise Aino Ackté. Celle-ci rechigna d’abord devant les difficultés de l’œuvre, puis s’en déclara enchantée dès qu’elle l’eut essayée : « La variété et l’accentuation des syllabes, ainsi que la hauteur des mots eux-mêmes, étaient si naturels que j’avais l’impression d’une simple récitation ». Elle créa la pièce à Gloucester le 10 septembre 1913, et Sibelius nota : « Cette œuvre fut composée dans mon style propre, grâce auquel je reçois une très petite estime en dehors de mes amis. »
Pour moi qui ne suis pas un grand amateur de chant lyrique, cette composition est absolument sublime, et dans la version que j’ai — je n’en veux surtout pas d’autre ! —, chantée par Phyllis Bryn-Julson, dans l’interprétation du Scottish National Orchestra conduit par Alexander Gibson, c’est un moment de pure beauté !

Luonnotar

Tous les poèmes symphoniques de Sibelius sont d’une inventivité mélodique extraordinaire et évoquent en moi des paysages sublimes et des émotions très fortes. Je trouve dans ses compositions les mêmes qualités d’évocation que chez Rimski-Korsakov. Dès les premières mesures on est transporté dans la légende, le rêve, le merveilleux, mais à la différence du Russe, qui reste relativement extérieur à son récit, il y a chez Sibelius une implication personnelle de la sensibilité de l’auteur, comme s’il était lui-même le personnage dont il raconte l’histoire. J’ai en tout cas l’impression de ressentir des émotions, des sentiments que je peux pratiquement prendre pour ceux de Sibelius, comme si sa musique me faisait pénétrer dans sa tête, ou si elle faisait pénétrer sa personnalité dans la mienne.
L’un des derniers que j’ai découvert était La Nymphe des bois. Il n’est pas parmi ses plus connus et ne semble pas être considéré comme l’un de ses meilleurs, et pourtant il est l’un de ceux qui provoque en moi les émotions les plus intenses, surtout dans sa deuxième partie où un long crescendo sur un motif lancinant, sans cesse répété dans des modulations ascendantes, crée une tension émotionnelle extraordinaire qui me donne le frisson à chaque fois que je l’écoute.

La nymphe des bois

Je disais plus haut que son orchestration utilise beaucoup les cordes. L’orchestre à cordes de Sibelius possède, grâce à l’utilisation fréquente des sourdines, un velouté qui n’appartient qu’à lui. C’est le notamment le cas dans le deuxième mouvement de la Suite de Leminkaïnen dont j’ai parlé plus haut, intitulé Le Cygne de Tuonela. C’est vrai aussi dans l’Impromptu pour orchestre à cordes dont la magnifique et mélancolique mélodie semble prête à accueillir les paroles d’une chanson romantique. On s’étonne d’ailleurs que cela n’ait pas encore été fait. Quoique... Peut-être en Finlande ?...

Impromptu pour orchestre à cordes

Parmi mes préférées des œuvres de Sibelius je veux encore citer sa première grande œuvre symphonique, Kullervo, qui n’est par répertoriée dans ses symphonies mais qui en possède toute l’ampleur. Il s’agit d’un long poème symphonique, en cinq mouvements, avec chœurs et solistes dans deux mouvements, qui raconte l’histoire de l’un des héros du Kalevala, Kullervo. Maltraité dès l'enfance, il devient un homme sans foi ni loi, ignorant et violent. Ayant violé celle qu'il découvre être sa sœur, il finit par se suicider avec son épée.

Kullervo

Il y a encore les poèmes symphoniques :

En saga

Tapiola

La fille de Pohjola

Il est l’auteur également de plusieurs musiques de scène, parmi lesquelles Kuolema (la Mort) où figure sa célèbre « Valse triste », ou encore Pelléas et Mélisande, Rakastava. Sans oublier la musique pour la pièce de Shakespeare La tempête, dans laquelle le Prélude est peut-être une des scènes de tempête les plus « réalistes » jamais écrite en musique, et sans doute aussi l’une des plus violentes des pièces de Sibelius. Dans la vidéo ci-dessous, la scène de la tempête commence à 19:09. Je préfère l’interprétation de Neeme Järvi avec le Gothenburg Symphony Orchestra mais je ne la trouve pas sur youtube.

La Tempête

Et pour finir, il y a bien sûr ses sept symphonies. Ce ne sont pas ses œuvres  que j’ai le plus écoutées, et il n’y en a pas que j’aime sans réserve et en totalité. Je trouve qu’elles manquent de ce souffle « épique » que l’on trouve dans ses poèmes symphoniques et qui nous emporte d’un seul élan du début jusqu’à la fin. De nombreux silences y cassent souvent l’élan, ou l’atmosphère qui commençait à s’installer. Il est possible qu’il fut moins à l’aise dans ce genre mais ce n’est pas particulier à Sibelius ; j’ai souvent trouvé ce « problème » chez de nombreux compositeurs dont l’inspiration semble beaucoup plus libre et débridée dans le poème symphonique, ou la musique dite « à programme », que dans la symphonie considérée comme un exercice de musique pure. Cela dit, le problème, s’il y en a un, peut aussi venir de moi qui me sent plus à l’aise dans l’écoute d’une musique qui « raconte une histoire » (même si je me fiche éperdument de cette histoire, ou si c’est celle que je m’invente et qui n’a rien à voir avec celle qu’elle est censée porter) que dans celle qui ne se justifie que par elle-même.

La Symphonie n° 1 est celle à laquelle j’adhère le plus complètement. Le premier mouvement commence dans une atmosphère très sibélienne, avec une ténébreuse mélodie de clarinette qui se détache sur un grondement de timbales lointain. Clarinette et timbales se taisent au bout d’une minute pour laisser les cordes s’emparer de la symphonie dans un tout autre registre. On ne sait pas ce qu’annonçait cette brève introduction, mais elle laisse comme le souvenir d’une inquiétude qui risque de renaître bientôt. En attendant, la musique nous raconte une « histoire » qui va son train Andante ma non troppo puis Allegro energico, avec ruptures, rebondissements et crescendos, pour se clore par un roulement de timbales cette fois bien présent, suivi de deux accords des cordes en pizzicatos, comme une sorte de double point final.
Le deuxième mouvement, Andante, rappelle par moments l’ambiance tragique du troisième de Leminkaïnen. Après l’introduction par les cordes en sourdine, on entre dans une atmosphère de forêt ensorcelée (on a même l’impression d’entendre une chouette hululer). Puis la musique s’anime franchement avant de s’apaiser soudain, peu avant la fin empreinte d’une grande douceur.
Troisième mouvement incisif et décidé, un scherzo tour à tour guilleret et martial, faisant alterner flûtes pastorales, cuivres militaires et martellements de timbales. Bref épisode central aux cordes sensuelles, puis reprise du double thème martial-pastoral. Conclusion dans le registre martial.
Le quatrième mouvement installe tout de suite une ambiance inquiétante par la répétition d’un doublet du même accord aux cuivres, selon une formule qui a fait ses preuves, notamment chez Wagner dans la musique funèbre de La mort de Siegfried dans Le Crépuscule des dieux. Un silence lourd de menace se fait presque aussitôt, que l’orchestre s’emploie timidement à rompre, réussissant finalement à se lancer dans un développement à partir de la phrase jouée par la clarinette du début du premier mouvement, cette fois reprise par l’ensemble des cordes dans un sentiment plus pathétique. Le mouvement s’anime, se lance dans un crescendo qui s’éteint bientôt pour laisser parler à nouveau la clarinette, rejointe par les autres bois et les cordes dans une cantilène romantique où les trompettes prennent peu à peu une part importante, pour aboutir à une brève coda culminant sur de puissants accords des bois et des cuivres appuyés par un long roulement de timbales.

La Symphonie n° 2 illustre bien ce que je disais plus haut à propos des nombreux silences qui cassent l’élan et empêchent toute atmosphère de s’installer. C’est particulièrement net dans le premier mouvement où de brèves cellules mélodiques se succèdent, le compositeur semblant refuser tout développement susceptible d’instaurer un climat, quelque chose qu’on pourrait prendre pour une histoire sous-jacente à la musique. Il n’y a que dans le quatrième mouvement qu’il se trouve enfin disposé à développer un finale où l’orchestration prend plus d’ampleur, dans un crescendo qui culmine par une coda triomphale digne d’un épisode du Kalevala.

La Symphonie n° 3 dégage une impression de sérénité, de lumière, d’optimisme, elle apporte un vaste sentiment de paix intérieure, d’harmonie avec la nature. On a pu la surnommer la “Pastorale du Nord”. Je l’écoute avec un peu plus de bonheur mais il m’y manque toutefois ce petit frisson de mystère et ce sentiment de mélancolie, ainsi que le sens du drame que j’aime chez Sibelius. Allez ! Tout ne peut pas être toujours tragique dans la vie, ni donc dans la musique.

Symphonie n° 4. Un début très anxiogène, où les violoncelles énoncent une mélopée qui s’élève avec peine depuis de sombres profondeurs, semble annoncer une symphonie austère, qui ne déploiera pas de grands effets d’orchestre ni de belles envolées romantiques. Cela se confirme dans la suite de l’écoute. Ce n’est pas ici le Sibelius des sagas finlandaises aux multiples rebondissements, ni celui des grands paysages nordiques. La musique extrêmement froide nous subjugue toutefois par sa beauté sévère, dure, impitoyable. Le quatrième mouvement apporte un moment de chaleur humaine, avec une orchestration un peu plus colorée, une succession d’épisodes où s’animent divers personnages dans une « histoire » assez obscure qui se termine toutefois dans une ambiance cafardeuse, sans espoir.

Symphonie n° 5. Après le diamant noir de la 4ème, peu aimée du public, la cinquième est devenue la plus appréciée, même encore de nos jours. Ce n’est pourtant pas mon cas. Je la trouve pour ma part assez inconsistante, inaboutie, faite de bribes d’idées qui se succèdent sans jamais développer une atmosphère ni véhiculer la moindre émotion (toujours le même « problème », qu’il soit celui du compositeur ou le mien). Avant sa version définitive, Sibelius en avait fait deux premières versions qui ne le satisfaisaient pas. Pour ce qui me concerne, je pense que s’il en avait fait une quatrième, elle ne m’aurait toujours pas satisfait.

Dans la Symphonie n° 6, à l’orchestration basée essentiellement sur les cordes, j’aime bien la véhémence du quatrième et dernier mouvement, en particulier dans son deuxième épisode. Elle se termine par un rapide retour au silence qui laisse comme une interrogation en suspens.

En un seul mouvement d’environ 22 minutes, la Symphonie n° 7 est une œuvre dans laquelle je ne parviens pas à trouver mon bonheur non plus. A aucun moment je n’arrive à “entrer” dedans. Ou plutôt, quand je pense que ce moment est enfin arrivé, au bout d’une minute ou deux je m’aperçois que j’ai déjà recommencé à m’ennuyer. Et le final arrive sans que j’aie pu déterminer quand la symphonie avait vraiment commencé.

Symphonie n° 1 : https://www.youtube.com/watch?v=H6mXXRvPUDE

Symphonie n° 2 : https://www.youtube.com/watch?v=VfTeQrIWrNk

Symphonie n° 3 : https://www.youtube.com/watch?v=lnRY4aLVdlI

Symphonie n° 4 : https://www.youtube.com/watch?v=OXN8ANZ1mSs

Symphonie n° 5 : https://www.youtube.com/watch?v=H-WIo6OB_fI

Symphonie n° 6 : https://www.youtube.com/watch?v=nsEnC3oduo0

Symphonie n° 7 : https://www.youtube.com/watch?v=EpkbCUd16PU


Dernière édition par Henri le Mar 29 Mar - 14:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: SIBELIUS   Dim 20 Déc - 9:56

Je ne connaissais pas, merci pour la découverte et pour nous avoir offert une présentation si détaillée !
Je découvre progressivement, car il y a énormément à découvrir justement...

Tes commentaires m'ont porté assez naturellement vers la symphonie n° 4 : le début est franchement prenant, sombre, puissamment tragique. La suite est épurée, froide et mélancolique et l'on en n'est que plus surpris de certains passages plus enjoués, plus orchestrés et entraînants, inattendus... L'impression un peu étrange de quitter abruptement les profondeurs d'une forêt brumeuse pour se retrouver dans des salons dorés au rythme d'une valse... Mais l'ensemble reste d'une mélancolie puissante, tragique. L'impression d'être perdu au milieu d'un monde gris de forêts et d'eau, noyé dans une brume épaisse, étouffante...

La 5 me paraît également décousue par moments. Elle est quand-même nettement plus vive et enjouée, plus printanière : là, il y a un rayon de soleil, de lumière, qui traverse cette brume cotonneuse et vient nous éclairer, nous réchauffer. Il y a une progression évidente, on quitte l'hiver froid, solitaire et glacé pour aller vers la lumière, une lumière encore froide, mais riche de promesses. Mais le rythme est un peu étrange, il y a des cassures entre moments "grandioses" et d'autres, presque primesautiers et enjoués.

En tous cas, pour ce que j'en ai découvert jusqu'ici, c'est très évocateur, envoûtant par moments. On a des images en tête, images de paysages nordiques, brumeux, saturés de vapeur d'eau, de profondes et vastes forêts nimbées de silence... On avance, seul, sur le sentier couvert de neige et on s'attend à croiser un barde jouant de sa harpe à l'orée d'une clairière ou à surprendre une nymphe au coin d'un bois, fugitive apparition dans un rai de lumière...
Et c'est une mine d'or pour un réalisateur de film épique ou historique qui cherche une musique !
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MessageSujet: Re: SIBELIUS   Dim 20 Déc - 11:42

Bonjour Voyageur. Heureux de t'avoir ouvert un monde nouveau à découvrir. Je vois que tu n'as pas commencé par le plus abordable de son oeuvre, tu as donc toutes les chances d'apprécier le reste (les poèmes symphoniques notamment).
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