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 LE CERCLE DES POETES

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Gorak



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MessageSujet: LE CERCLE DES POETES   Lun 18 Mai - 20:09


Que vous soyez amateur, confirmé ou éclairé, laissez-donc s'exprimer votre âme et votre coeur sans réfréner les mots ou les idées. Rejoignez le cercle et exprimez vos désirs, vos craintes, vos joies ou vos colères.
Laissez la plume suivre le courant de vos pensées
.
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Gorak



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MessageSujet: Re: LE CERCLE DES POETES   Lun 18 Mai - 20:10

Le Rêveur impénitent - par Gorak

Je ne suis pas fait pour ce monde
Ni pour cette vie que je trouve moribonde,
Et je suis cloué au sol, mes ailes sont plombées,
Mais je rêve, chaque instant, de pouvoir m'envoler;

Rêver, c'est un devoir, mieux une nécessité,
Mon esprit, fécond, reste toujours avide de curiosité,
Et j'aimerais colorer en bleu les pages noires de l'existence
Pour mieux donner à cette vie absurde, un sens;

Par le poésie et les mots, je m'élève loin
Et haut, je quitte la réalité par tous les chemins,
J'ai besoin, un instant, de me retrouver
Ailleurs, sous d'autres cieux, loin de cette médiocrité;

Cette vie m'exaspère, j'ai peur des lendemains,
Le quotidien m'ennuie, rien ne suffit à apaiser ma curiosité,
Je suis nu, sourd et aveugle, à deux pas du ravin
.
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Henri



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MessageSujet: Re: LE CERCLE DES POETES   Jeu 22 Oct - 23:25

Très beau poème. J'aime particulièrement le dernier vers : Je suis nu, sourd et aveugle, à deux pas du ravin.

Dommage que cette section n'ait pas plus de succès. On va essayer de l'étoffer un peu.
Il y a quelque temps, pour un livre de photos que j'avais en préparation, je cherchais des poèmes sur la forêt de Brocéliande, ou sur la forêt en général, ou sur les légendes du Graal et apparentées. Et j'ai découvert notamment les poèmes du poète breton Guillevic, qui ne sont pas de manière explicite en rapport avec Brocéliande et tout ça, mais dont l'atmosphère m'a paru coller tout-à-fait avec les photos que je voulais mettre dans le livre. Voici les quelques fragments que j'ai mis.

Ce qui n'est pas dans la pierre
Ce qui n'est pas dans le mur de pierre et de terre,
Même pas dans les arbres,
Ce qui tremble toujours un peu,
Alors, c'est dans nous.
(Sphère, Poésie/Gallimard)

Pas d'aile, pas d'oiseau, pas de vent, mais la nuit,
Rien que le battement d'une absence de bruit.
(Sphère, Poésie/Gallimard)

Je connais l'étrange
Variété du noir
Qui a nom lumière.
(Sphère, Poésie/Gallimard)

La terre est sous nos pieds,
Solide, indifférente,
Heureusement.
(Sphère, Poésie/Gallimard)

Il suffit de tremper
Les pieds dans le ruisseau
Pour être regardé par le soleil.
(Sphère, Poésie/Gallimard)

Ce sont des fragments de poèmes plus long mais je trouve qu'ainsi isolés du reste ils sont comme des haïkus.
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Gorak



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MessageSujet: Re: LE CERCLE DES POETES   Ven 23 Oct - 1:01

Il est temps, en effet, de raviver le Cercle.

J'ai d'ailleurs quelques vers inspirés par la nuit qui me châtouille l'âme :

MUSA NOCTIS

Ma reine de la nuit
Ô belle ténébreuse !
Un regard suffit
A combler l'heure vaniteuse

Et te chanter, à tes pieds,
Cette oraison singulière
A seul fin de t'envoûter,
T'emporter hors de la Terre

Loin de ces miasmes morbides
Où l'imagination, rendue stérile,
Laisse des rêves creux et vides
Au goût amer de bile

Sans se mentir, rapprochons-nous,
Sois ma muse, ma toute divine,
Je t'emporterais, de Cythère à Corfou,
A l'heure où fleurissent les aubépines
.
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Voyageur Solitaire
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MessageSujet: Re: LE CERCLE DES POETES   Ven 23 Oct - 15:23

Bon, j'y vais aussi de mes piètres petits vers amateurs...

Chaque soir...

Chaque soir à la nuit tombée
Lorsque les étoiles éclairent le couchant,
Sur les toits sombres tu vas te promener.
Et chaque soir je t'attends.

La nuit est lourde et brûlante
Dans la chaleur remonte des acacias
l'odeur forte et entêtante
du santal et du mimosa.

A l'ombre mauve des arbres odorants,
Ton corps engourdi et paresseux
Vient chercher le doux délassement.
Et chaque soir, je te dévore des yeux.

L'odeur de ta peau tiède, le parfum de tes cheveux
Se mêlent aux senteurs du lilas
Et tes bracelets d'or et de pierres bleues
Glissent lentement le long de tes bras.

Un sourire las sur ton visage assoupi,
Tu t'allonges avec paresse sur la pierre du toit.
Ton corps souple et doux s'étire dans la nuit
Et chaque soir, je ne vois que toi.

Tel un espion aux aguets,
Derrière le grillage de bois sombre,
Je m'enivre de ta beauté dévoilée
Où se jouent la lumière et l’ombre.

Lorsque montera dans la nuit
Le son d'un lointain tambourin
Berçant tes premiers rêves alanguis,
Je t'observerai jusqu'au matin.

A chaque soupir qui franchira tes lèvres,
A chaque mouvement de ton corps endormi,
Brûlant d'amour et de fièvre,
Je t'observerai jusqu'au bout de la nuit.

La flamme de la lampe grésille et meurt,
Les ombres s'étendent sur les dunes et les toits,
Que vienne l'aube, que sonne l'heure.
Chaque soir, je ne pense qu'à toi.


La complainte du voyageur

Je marchais seul dans le désert sous la lune,
Cherchant sur le sable la trace de tes pas,
Un millier d'étoiles éclairaient le ciel nocturne,
Comme pour mieux me guider vers toi.

J'ai suivi la piste très ancienne,
J'ai longé les ruines de cités oubliées,
J'ai arpenté les dunes jusqu'au lever du soleil,
Comme une flamme courant sur le sable embrasé.

Et à chaque oasis soudain dévoilée,
Partout où m'a mené chacun de mes pas,
Dans ce silence au parfum d'éternité,
Je n'ai cessé de penser à toi.


Le géant et la nymphe

Tel un dieu surgi des nues,
Il s'avance, lourd et imposant.
Le poitrail large et velu
Et les poings d'un géant.

Ses reins forts et musclés,
Ses membres souples et puissants
Eclatent d'une mâle vitalité,
Colosse enfanté par le néant.

Un dieu primitif et grondant
Né aux premiers matins du monde,
Brisant le moule originel et païen
Empli d'une force formidable et féconde.

Telle une nymphe née de l'aurore,
Elle s'avance, souple et lumineuse.
Le teint clair et les cheveux d'or,
Elle vibre et rayonne, radieuse.

De ses pieds menus et blancs,
A l'éclat aveuglant de ses cheveux,
Son corps admirable et rayonnant,
Blesse le regard, éblouit les yeux.

Elle ouvre alors ses bras blancs,
En un geste ample et sensuel,
Et d'un regard terrasse le géant,
Elle, la femme éternelle.
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Gorak



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MessageSujet: Re: LE CERCLE DES POETES   Ven 23 Oct - 16:14

Voyageur Solitaire a écrit:
Bon, j'y vais aussi de mes piètres petits vers amateurs...

Il n'y a pas de vers qui seraient "amateurs" ou "professionnels". Il y a ce que l'on écrit et c'est ce qui compte. Tu écris avec ton coeur et avec ton âme; tu laisses juste parler tes sentiments.

Merci pour tes rimes, VS. Elles sont très belles.
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Henri



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MessageSujet: Re: LE CERCLE DES POETES   Sam 24 Oct - 17:55

Toujours pour la préparation de ce livre de photos sur Brocéliande dont j’ai parlé plus haut, à la recherche de poèmes pour accompagner les photos, j’ai voulu en mettre quelques uns d’Emily Brontë. Bien qu’elle n’ait jamais rien écrit en rapport avec les légendes de Brocéliande, son roman “Les Hauts de Hurlevent”, qui fut l’une des plus grandes passions littéraires de ma jeunesse, me semblait parfaitement dans l’atmosphère que je voulais pour mon livre. Je supposais qu’il devait en être de même pour ses poèmes. La plus grande partie ce ceux-ci provient du  “Cycle de Gondal”, si l’on peut appeler ainsi cette saga romanesque inachevée dans laquelle il est sans doute vain d’espérer trouver une suite chronologique d’épisodes dont l’ensemble conteraient une histoire avec un début, un développement et une fin. Les histoires de Gondal étaient à l’origine un jeu littéraire partagé par les trois soeurs Brontë et leur frère. Elles se déroulaient en deux royaumes, le royaume d’Angria que Charlotte partageait avec Patrick Branwell, et l’île de Gondal qu’Emily partageait avec Anne. Emily a écrit ainsi plus d’une centaine de poèmes dans lesquels on retrouve un certain nombre de personnages récurrents mais qu’il est très difficile de cerner tant ils se fondent parfois l’un dans l’autre, se dédoublent, voire même changent de sexe. Leur existence ne semble justifiée qu’en tant que narrateurs par lesquels Emily Brontë exprime ses passions et ses rêves sous le couvert d’une fiction “gothique” faite de conspirations et de luttes, de vengeances, de rivalités, de trahisons amoureuses qui pourraient n’avoir jamais de fin. C’est aussi par eux qu’elle exprime son amour pour ce pays rude et sauvage des landes et des collines de Haworth dont elle ne sera jamais sortie de toute sa courte vie, et qui constitue également le décor des “Hauts de Hurlevent”.
Une vingtaine des poèmes d’Emily (n’appartenant pas tous au “cycle de Gondal”) ont été publiés de son vivant. Après sa mort, Charlotte en publia dix-sept autres, en se permettant de nombreux remaniements. La première édition complète et critique de l’ensemble des poèmes fut celle que C. W. Hatfield publia en 1941 à New-York. Dans mon livre j’ai utilisé des fragments des traductions de Pierre Leyris, de Jacques Blondel, de Claire Malroux et de Patrick Reumaux. J’en reproduis ici quelques uns dans leur intégralité.



Emily Brontë, poèmes

À A.G.A.*

— Tu te tiens maintenant sous la feuillée,
C’est le même lieu, la même heure,
Les jeunes feuilles étincellent,
Et, tout au fond, le lac se ride
De vaguelettes qui flamboient.

La brise chante comme le chant
D’une brise au ciel de l’été,
Les rochers tels des tours, les arbres, tabernacles
Splendides sont dressés.

— Mais où donc est-il aujourd’hui ?
— Oh ! ne me le demande pas.
— Mais dis seulement, demoiselle,
Où peut bien être ton amant ?

Est-il sur quelque rive au loin
Ou bien est-il en mer,
Ou bien le coeur que tu adores
Ne t’est-il pas fidèle ?

— Aussi fidèle que la tombe
Est ce coeur mien, quoiqu’il advienne ;
Ni terre étrangère, ni vagues
N’ont pouvoir de nous séparer.

— Pourquoi donc le chagrin assombrit-il ce front
Et les pleurs voilent-ils les yeux ?
Réponds cette fois : est-ce toi
Qui envers lui fus infidèle ?

— Je contemplais la lune claire
Et je l’aimai toute la nuit,
Puis vint l’aube et l’ardent midi,
Alors j’oubliai sa lumière —

Non, non, je n’ai pas oublié,
Son souvenir est éternel ;
Mais si la nuit était sereine,
Le jour me semblerait-il sombre ?

Je pleure, car il n’en est qu’un
Pour éclairer demain mon ciel,
Dût périr au soleil de flammes
L’éclat lunaire de ma vie.

non daté
(Traduction de Jacques Blondel)

* Initiales de Augusta Geraldine Almeda, Princesse d’Alcona, une province de Gondal, plus tard reine de Gondal, épouse successivement Alexander, Lord d’Elbë, Lord Alfred S. du Château d’Aspin, et Julius Brenzaida.

————————————————————

DE QUI PINÇAIT TES CORDES ÉTRANGÈRES

De qui pinçait tes cordes étrangères,
Ce cœur, autant qu’il semble, n’a plus cure
D’où vient dès lors l’émoi que tu réveilles
En mon esprit chagrin, vieille guitare ?

C’est comme si le chaleureux soleil
S’attardait encore au fin fond du val
Après que des nues d’orage et de nuit
En auraient offusqué le globe père.

C’est comme si le miroir du ruisseau
Toujours retenait l’image des saules
Encor que la hache eût de longue date
Couché leurs cheveux d’argent dans la poudre.

Pareillement, guitare, ta magie
A fait jaillir les pleurs, éveillé le soupir,
Enjoint à l’ancien torrent de couler
Quand la source même en était tarie !

30 août 1838
(Traduction de Pierre Leyris)

————

CHANT DE JULIUS BRENZAIDA À G. S.*

Geraldine, le clair de lune
Est si doux, si radieux ;
Le soir déclinant, semble-t-il,
A précédé un jour plus beau,

Tandis que seul le vent murmure
Bien loin, apporté par les eaux
Solitaires en ce silence, asseyons-nous
Sous l’antique buisson d’épine.

Âpre et morne et triste est la route,
Aride est la lande alentour,
La couche est dure aux membres las,
Roc de mousse et sol de bruyère.

Mais lorsque s’amassaient les tourmentes d’hiver
Sans lune, à minuit dans le ciel,
Prêtions-nous garde alors aux coups de la tempête
Hurlant autour de la demeure de nos âmes ?

Non, cet arbre aux branches fendues,
Blanchissant sous le tourbillon,
Qui se tordait contre le ciel,
Servit d’asile à d’heureux cœurs.

Quand reviendra le calme automne,
Saurons-nous trouver le chemin ?
Au matin d’argent de Cynthie,
Geraldine, tarderas-tu ?

17 octobre 1838
(Traduction de Jacques Blondel)

* Julius Brenzaida, Prince d’Angora, sur Gondal, plus tard roi d’Almedore, sur Gaaldine, et empereur de Gondal et de Gaaldine.

————————————————————

Dehors, au ciel pâli d’automne,
Du vent mugissait la clameur :
Les froides pluies en cataractes
Annonçaient les hivers d’orage.

Comme ce soir leur ressemblait !
Lugubre il exhalait sa peine ;
Il soupira, mais peu de temps —
Douce, combien douce jaillit
L’antique chanson éperdue
Aux mots indécis et sans nom.

« C’était le printemps car l’alouette chantait. »
De ces mots il surgit un sortilège
Qui libéra les eaux d’une source profonde
Que ne peuvent calmer
Absence ni Distance.

Dans les ténèbres de novembre,
Ils étaient musique de mai ;
Ils embrasèrent le tison
D’un feu qui ne périrait plus.

Réveillez sur mes landes chères
Le vent superbe et glorieux !
Oh ! appelez-moi des vallées
Et des plateaux vers le torrent !

La neige l’a déjà gonflé ;
Les rochers sont blancs et glacés
Et la longue bruyère ondule plus obscure,
Le soleil a fui la fougère.

Plus d’achillée à la montagne ;
Les jacinthes ont disparu,
Sur les bords moussus des fontaines,
Au versant hivernal des monts.

Mais plus beau qu’une onde des blés,
Émeraude, écarlate et or,
Sont les versants où le vent du nord se déchaîne,
Les vals où j’errais autrefois.

« C’était le matin et le soleil rayonnait ».
Quel doux rappel ce fut pour moi
Du temps où ni peine ni rêve
Ne réveillaient quiconque était heureux et libre !

Quand le ciel noir tournait à l’ambre,
Au bleu, joyeux nous nous levions ;
Ailés et prompts étaient nos pas
Pendant que nous foulions les prés pleins de rosée.

Vers la lande, la lande où l’herbe courte
Nous serait couche de velours !
Vers la lande où chaque col
S’ensoleillerait au ciel pur !

Vers la lande où la linotte
Chantait au vieux granit usé,
Où l’alouette, la sauvage alouette,
Versait au fond du cœur une même allégresse !

Quelle langue pourrait traduire
Mon sentiment, quand en exil,
A genoux, sur la crête solitaire,
Je vis que poussait la bruyère brune.

Éparse et rabougrie, elle disait
Qu’elle-même bientôt ne serait plus
Et chuchotait : « les murs farouches m’emprisonnent ;
J’ai fleuri au soleil de mon dernier été. »

Mais le chant bien-aimé dont les accords s’éveillent,
Où s’abîme pâmée une âme d’Helvêtie,
N’est sortilège plus adoré, déchirant,
Que ne l’était celui des clochettes flétries.

Combien, courbé sous sa puissance,
L’esprit brûlait, impatient d’être libre !
Si j’avais pu pleurer alors,
Ces pleurs auraient été le paradis pour moi.

Allons, triste est la marche des instants,
Pourtant lourds de douleur et de chagrin ;
Un jour, de nouveau sur les monts
Se retrouveront l’amant et l’aimée.

11 novembre 1838
(Traduction de Jacques Blondel)

————————————————————

ADIEU A ALEXANDRIA.*

J’ai vu ce val au clair juillet
Aussi charmant qu’un rêve d’ange :
Là-haut, le ciel d’un bleu divin,
Là-bas, le soir au rayon d’or.

J’ai vu sous mainte pierre usée
Percer la bruyère empourprée ;
J’ai vu la vague d’harmonie,
Ces cols frémir sous ses aigus —

Si doux, mais combien pénétrants,
Si bas, mais si nets à l’oreille,
Je suspendais mon souffle et mes yeux se mouillaient
Et sur le vert gazon mes pleurs étaient rosée.

Je m’attardais un jour d’été
Sans souci des heures rapides,
Sans voir le soleil déclinant
Dans sa gloire, triste sourire.

Alors j’aurais pu te coucher,
Et croire ton sommeil paisible
Et chère, je t’aurais quittée,
Et cru que Dieu te garderait !

Mais plus de clarté fugitive
Ni rayon, signe d’un Dieu proche :
Rude est maintenant ta berceuse,
Et froide est ta couche de neige.

Et les forêts sur elle ondoient,
Haute bruyère aux bras noirs,
Et leur chanson doit t’apaiser
Protéger mon enfant aimé !

Hélas ! les flocons épaissis
Ont vite recouvert les crêtes,
Et leur blanc suaire enveloppe
Tes membres glacés, ton coeur froid.

Plus furieuse est la tempête,
La neige là-haut s’amoncelle —
Adieu, enfant que nul n’aima,
Je ne saurais te voir mourir !

12 juillet 1839
(Traduction de Jacques Blondel)

* Fille en bas âge d’Augusta Geraldine Almeda et du roi Julius Brenzaida.

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MessageSujet: Re: LE CERCLE DES POETES   Ven 30 Oct - 1:41

LA COCCINELLE

de Victor Hugo, mai 1830.

Elle me dit : "Quelque chose
"Me tourmente." Et j'aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J'aurais dû - mais, sage ou fou,
A seize ans, on est farouche, -
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir,
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche fraîche était là :
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s'envola.

"Fils, apprends comme on me nomme,"
Dit l'insecte du ciel bleu,
"Les bêtes sont au bon Dieu ;
"Mais la bêtise est à l'homme."
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MessageSujet: Re: LE CERCLE DES POETES   Jeu 31 Mar - 19:38

La Poésie des Choses -- par Gorak

Cours, vole, comme si ta vie était la lumière d'une bougie
Sur la proposition de payer de tes peines
Alors favorisé es-tu par la fortune des choses bien étranges.

Et si j'avais été suivi par un peloton de fil dans mon labyrinthe ?

Contrairement aux auteurs, je ne me tire jamais de mes réflexions lorsque j'entends les pas d'un godemiché.

Ô, même pour moi, chante mon âme !

Consolez, consolez mon peuple frémissant sous le joug
et l'enthousiasme d'un poète.

Transportons-nous en tout,
empruntons ce petit escalier sombre et fétide,
incapables de faire ce voyage
admirez donc la longueur des heures
qui repoussent la souveraineté du malheur.

Celui où la vertu se trouvera
aura cet assaut de coquetterie qui le gagnera.
Neuf heures moins vingt... de l'échafaud de l'orchestre, il descendra
quand, entre ses doigts, une feuille de chou poussera.

Heureusement, qu'il s'y admirait
comme son père, il se laissa tomber
dans le plus bref des possibles.

Clamant sa haine des chrétiens et des païens;
Nos yeux languissent après son salut.

L'idée de voler pour vivre, complètement impossible,
n'ayant pour guide d'ange au ciel qui en ordonnait ainsi,
devrions-nous rester debout jusqu'à ce que...

Cours, vole, comme si ta vie était la lumière d'une bougie
.
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MessageSujet: Re: LE CERCLE DES POETES   Aujourd'hui à 21:29

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LE CERCLE DES POETES
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