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 XVIIème ET XVIIIème SIECLES

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cdang

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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Jeu 29 Sep - 9:34

La vente des épouses dans l’Angleterre des XVIIIe et XIXe siècles.


Scold’s Bridle (vers 1649)

« Nombre de documents attestent cette pratique qui voyait un homme apporter au marché son épouse tenue par une bride afin de la vendre au plus offrant, en général pour une faible somme. Ce rituel humiliant est une manifestation extrême de l’autorité possessive que s’arroge l’homme sur la femme, jusqu’à la traiter comme du bétail. La bourgeoisie anglaise ne s’est pas fait faute d’y voir un signe supplémentaire de la bestialité des classes populaires.

Thompson souligne cependant la complexité de cette vente illégale, qui n’a de valeur pour la population que si elle suit un rituel précis, très machiste, mais avec une dimension publique et surtout l’accord de la femme. Il observe aussi que dans la plupart des cas, l’acheteur était déjà connu, il s’agissait en fait de l’amant de l’épouse.

Ce rituel de la vente était donc un divorce déguisé à une époque où ce dernier était impossible ou trop coûteux pour les classes populaires. »

http://next.liberation.fr/livres/2015/12/16/les-coutumes-habiles-de-la-plebe-anglaise_1421242
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Gorak

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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Mer 23 Nov - 18:05

Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche font leur entrée à Paris, le 26 août 1660.


Toutes les rues que devait emprunter le cortège royal étaient tapissées, les portes des maisons couronnées de fleurs et de verdure, les fenêtres garnies d'étoffes de soies et de tapisseries, le pavé couvert de sable fin et semé d'herbes odorantes.

La milice alla au-devant de Leurs Majestés, dans le plus bel ordre, conduite par son colonel-général, le président de Guénégaud, monté sur un cheval caparaçonné. Le Roi et et la Reine prirent place sous un haut-dais, installé à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine, au milieu de la place nommée de nos jours place de la Nation, ex-place du Trône.

Louis XIV était vêtu d'un bel habit tout brodé d'argent, mêlé de perles et de rubis et coiffé d'un chapeau orné d'un bouquet de plumes blanches.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Mer 21 Déc - 18:29

Un internaute a trouvé cet acte lors de recherche généalogique :

http://earchives.le64.fr/img-viewer/FRAD064003_IR0001/Bayonne/3E4494/viewer.html?ns=FRAD064004_3E4494_0877.JPG

Minutes notariales de Me Dhiriart, notaire à Bayonne, en 1768, la vente d'une "négresse" nommée Marie Rose. Acte peu banal (mais qui a l'époque devait être monnaie courante)
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Mer 21 Déc - 18:51

En effet, l'esclavage était pratiqué et largement au XVIIIème et pas que dans les îles. Dans les grandes villes portuaires, Nantes, Liverpool, Lorient, les dames avaient parfois une esclave noire ou un "négrillon" qui leur servait de page. Madame du Barry, dernière favorite de Louis XV, s'était vue offrir un petit "nègre", Zamor (qui, à la Révolution, dénoncera et vendra sa maîtresse aux révolutionnaires...).
Mais en général, on trouvait les esclaves dans les plantations des "îles à sucre", Isle de France (actuelle île Maurice), île de Bourbon (actuelle île de la Réunion), Guadeloupe, Martinique, Saint Domingue, la Grande Ile (Madagascar)...

La "traite" des noirs était un commerce lucratif, très bien organisé et qui suscitait un vif débat en France et ailleurs, surtout chez les philosophes. Cela faisait partie des sujets à éviter à table si on ne voulait pas voir le dîner se terminer en pugilat. Du côté des grands négociants, certains s'y adonnaient sans états d'âme, d'autres refusaient d'avoir des "parts de nègre" dans leurs affaires, par principe ou par peur des risques... Car il fallait bien s'organiser pour ce genre de commerce, avec des hommes habiles, fiables et débrouillards, des aventuriers éprouvés. La Révolution verra d'ailleurs la naissance du club des Amis des Noirs, demandant l'abolition de l'esclavage (rétabli par Napoléon plus tard...). Et nos colonies, bien que très lointaines, n'échapperont pas à la fièvre révolutionnaire avec soulèvements, mutineries, plantations incendiées et pillées...


Dernière édition par Voyageur Solitaire le Mer 21 Déc - 19:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Mer 21 Déc - 19:01

Il n'y avait pas une maison bourgeoise qui n'avait pas son "nègre". Tous les magistrats (Parlementaires, présidents de Chambre des comptes, jusqu'au simple greffier, etc.) aimaient avoir un "négrillon" attaché à leur service.

C'était d'ailleurs un trafic tout ce qu'il y avait de plus juteux.

Et Voltaire n'était pas le dernier à y prendre part...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Sam 28 Jan - 19:32

L'appétit monstrueux de Louis XVI (et de la cour...)


Un poulet entier, huit côtelettes, des oeufs et une bouteille de vin. Le déjeuner du roi ? Non, son petit-déjeuner...
Son repas habituel, pris souvent en public aux côtés de la reine, comme le veut la tradition ? Cinquante plats en moyenne. Le tout pour deux personnes dont l'une ne mange rien... Car non seulement Marie-Antoinette avait l'appétit léger mais la cérémonie du repas en public lui coupait l'appétit. Le plus souvent, elle ne faisait qu'assister au défilé des plats, gardant ses gants et ne dépliant même pas sa serviette, pressée d'en finir pour se retirer dans ses appartements pour un repas léger avec ses amis. Quand elle en avait vraiment assez, elle jetait des boulettes de mie de pain au roi pour lui faire comprendre d'accélérer le mouvement ou elle ordonnait qu'on active le service. Une fois chez elle, la reine ne mangeait qu'un peu de volaille ou de viande blanche, un potage léger et ne buvait que de l'eau.

Lui, il dévore. Louis XIV et Louis XV avaient un bon coup de fourchette mais il leur arrivait souvent de laisser passer plusieurs plats sans y toucher (des plats refroidis d'ailleurs vu la distance des cuisines à la table royale... Louis XV, agacé, fera installer des "réchauffoirs" à proximité). Louis XVI, lui, prend une large portion de tout ce qui lui est servi. Evidemment, il y a des restes. Des restes qui sont l'objet d'un véritable trafic au château : les domestiques, après avoir prélevé leur dû, revendent les meilleurs morceaux aux courtisans qui n'ont plu qu'à les faire réchauffer...
Un gaspillage qui n'est pas le privilège de la table royale : frères et sœurs du roi sont nourris avec la même abondance. Et pas qu'eux d'ailleurs : Arthur Conte nous apprend que le repas de la gouvernante de Madame Royale, fille du roi et de la reine, comprend un potage, trois entrées, un plat de viande, entremets et desserts... Les gardes royaux ont droit à deux potages, deux grosses pièces de viande, trois entrées, deux plats principaux, entremets et desserts. Valets, palefreniers, cochers, femmes de chambre ? Un plat de viande, un de volaille, un riche potage et quatre entremets... Un en-cas de nuit de viande, pain et œufs est même prévu pour la petite Madame Royale alors qu'elle tête encore le sein de sa nourrice... Chaque matin, les valets le revendent. Toujours pour la nuit, les sentinelles à la porte du roi ont droit à quatre bouteilles de bon vin et deux gros pains avec jambon.

Bien sûr, le roi "très chrétien" observe les jours maigres. Mais bon, avec 20 soles, 44 carrelets, 44 merlans, 23 esturgeons, 6 carpes, 4 raies, 2 morues, un brochet, 2 anguilles, une truite, 50 écrevisses et 500 huîtres pour le repas de midi et du soir, Louis XVI n'a pas à s'inquiéter...

Pas étonnant que les ministres ou parlementaires, surpris, découvrent l'après-midi venu un roi qui dort et ronfle dans son fauteuil... De santé fragile, grand et mince à l'adolescence, le roi s'est bien rattrapé. D'une taille exceptionnelle, surtout pour l'époque (1,92m), sa force est herculéenne : il peut soulever à bras tendus un valet assis sur une pelle. A la cour, il est le seul à ne pas tomber quand il tire avec une ancienne arquebuse qui a le recul d'un petit canon.
Très grand chasseur (il chasse un jour sur deux), bon cavalier (il n'est tombé de cheval que cinq fois au cours de son règne), il se dépense beaucoup en galopant comme un fou toute la journée. Malgré cette dépense physique, la graisse l'envahit : il ne peut bientôt plus monter à cheval sans qu'on l'aide et sa mobilité se réduit, il se dandine "comme une perdrix" lorsqu'il marche. Ce sera pire une fois la famille royale emprisonnée aux Tuileries, à Paris : privé de cheval et d'activité physique, il sombrera alors très vite dans une obésité évidente que même sa carrure et sa grande taille ne pourront plus masquer...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Dim 29 Jan - 17:35

Au niveau de la taille des rois de France Louis XIV et son 1m84, était pas mal non plus. Il était décrit jeune comme "vigoureux, solide au corps d’athlète, aux larges épaules, au visage régulier, à l’abondante chevelure châtain foncé" par contre niveau dents c'était pas terrible. Et c'était loin d'être un monstre de beauté.


Quand au roi le plus grand c'était François Ier qui culminait à 1m98, une taille impressionnante qui en faisait un géant à l'époque. Une force de la nature lui aussi.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Dim 29 Jan - 20:00

Pour Louis XIV, niveau dents, ce fût vite l'épouvante à partir de ses 38 ans : douleurs violentes dérivant en maux de tête, complications dans toute la sphère ORL, abcès purulent...
Mais ce sont aussi les "soins" des médecins qui aggravèrent la chose. On l'a signalé plus haut, suite à plusieurs extractions et interventions ratées, ils lui avaient fracassé le palais... Du coup, il arrivait au Roi-Soleil de recracher eau et nourriture par le nez... Ces plaies et abcès étaient souvent cautérisés au feu. Un certain jour, on lui appliqua dans la bouche 14 fois la cautérisation... pale
Conséquence plus accessoire mais pas très glamour, surtout pour ce grand amateur de femmes : une haleine épouvantable.
Chose étrange : Louis XIV ne fît jamais remplacer ses dents manquantes alors qu'il existait à l'époque des "implants", quoique sommaires. Mais bon, à mon avis, il en avait déjà tellement bavé dans ce domaine qu'il a dû préféré arrêter les frais...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Mer 15 Mar - 8:02

15 mars 1738, naissance d'un grand esprit des Lumières : Cesare Beccaria


D'origine milanaise, le marquis Cesare Beccaria publia, sous le manteau, à l'âge de 26 ans, un ouvrage qui allait changer la pensée juridique du monde moderne : "Des Délits et des Peines".

Homme des Lumières, francophone et francophile, grand admirateur de Montesquieu, il posa les principes d'une justice humaine et efficace.

Ces principes furent repris dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et sont adoptés aujourd'hui par tout État civilisé digne de ce nom : présomption d'innocence, peines proportionnées au délit ou au crime, peines modérées mais sûres (pour Beccaria, rien n'est pire qu'une loi sévère mais inappliquée ou inapplicable).

« Pour que n'importe quelle peine ne soit pas un acte de violence exercé par un seul ou par plusieurs contre un citoyen, elle doit absolument être publique, prompte, nécessaire, la moins sévère possible dans les circonstances données, proportionnée au délit et déterminée par la loi », écrit-il.

Et à propos de la peine de mort, il affirme : « L'État n'a pas le droit d'enlever la vie. La peine de mort est une survivance de rigueurs antiques et un anachronisme dans une société policée. Elle n'est pas seulement inutile parce que sa valeur d'exemple est nulle, elle est aussi nuisible ».
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Sam 18 Mar - 10:00

Octobre 1789 : Versailles est envahi, Marie-Antoinette échappe de peu à la mort

Nuit du 06 octobre 1789. Il pleut à verse, le ciel est noir d'encre. La foule est là, les "femmes" de Paris, venues demander du pain au roi, vites rejointes par une foule indéfinissable, menaçante, qui rôde devant les grilles du palais, sous les fenêtres...
Après une journée de vive tension, tout semble enfin se calmer. Dans sa fastueuse chambre, Marie-Antoinette s'est endormie, vers 02h00 du matin. Elle a rassuré ses femmes de chambre, leur a dit d'aller se reposer également, tout ira bien. Ces quatre dames dévouées préfèrent rester et, sans rien dire à leur souveraine, s'installent du mieux qu'elles peuvent dans l'antichambre avant de s'endormir à leur tour. Agissant ainsi, elles vont sauver la vie de la reine.

04h30 du matin. Un mouvement confus, des ombres, des silhouettes qui se glissent le long des grilles, des murs... Soudain, des cris, des coups de feu ! Les femmes de chambre sont réveillées en sursaut, que se passe-t-il ? Des coups à la porte, frénétiques... L'une d'elles va ouvrir et recule avec horreur : un des gardes royaux, le visage ensanglanté, blessé, s'encadre dans le chambranle :
- Sauvez la reine Madame ! Ils viennent pour la tuer !
La suivante referme la porte, pousse le verrou et court vers la chambre où les autres sont en train de réveiller Marie-Antoinette en sursaut.
- Sauvez-vous chez le roi Madame !
Epouvantées, les cinq femmes quittent la chambre par un passage dissimulé qui communique avec la chambre de Louis XVI. Passage installé autrefois en secret pour permettre au roi de rejoindre sa femme s'il le désirait en toute discrétion, évitant ainsi les regards indiscrets. Marie-Antoinette chancelle dans l'obscurité, terrifiée, ses femmes l'entendent murmurer :
- Mes amis, mes chers amis, sauvez-moi !
Derrière, un vacarme épouvantable, les panneaux dorés volent en éclats, des jurons, des cris de haine éclatent... La porte qui donne sur la chambre du roi. Fermée. Les femmes paniquent, l'une d'elles tambourine à la porte :
- Au nom de la reine, ouvrez !
Un valet du roi, réveillé par les clameurs, les entend, ouvre et referme précipitamment, poussant le verrou. La chambre est déserte. Réveillé par son valet de chambre personnel, Louis XVI s'est précipité vers les appartements de sa femme par un autre passage... Apprenant qu'elle est sauve, il court à la chambre de son fils pendant que Marie-Antoinette se précipite dans celle de sa fille. Le roi trouve son fils endormi, enroulé dans une couverture, dans les bras d'une femme de chambre terrifiée. Il récupère son fils, prend la main de la brave femme et rejoint sa chambre à travers les couloirs envahis par l'obscurité. Ils sont tous réunis, enfin, alors que le jour se lève.

Des pavés volent dans les vitres, des cris retentissent... Puis un bruit assourdissant : les gardes nationaux chargent enfin et dégagent une partie du château, faisant refluer la foule. Dans la chambre, tout le monde est livide, terrifié. Autour du couple royal, quelques membres de la famille, les rares courtisans n'ayant pas encore fui le royaume, les serviteurs... La foule est massée sous les fenêtres, haineuse, hérissée de piques, des coups de feu éclatent. Le roi paraît à la fenêtre et, acclamé, parvient à faire baisser la tension d'un cran. Et soudain, un cri :
- La reine ! La reine au balcon !
Silence de mort dans la chambre. Marie-Antoinette s'est cependant reprise : elle repousse ses femmes qui veulent la retenir, prend son fils contre elle, sa fille par la main :
- Je paraîtrai.
- Pas d'enfants ! Sans les enfants ! Hurle la foule en la voyant apparaître.
La reine repousse doucement ses enfants, les confiant à ses femmes. Elle est seule, exposée, offerte comme une cible. Blanche, tremblante, les yeux rougis, dans ses vêtements de nuit froissés, les cheveux défaits. Elle va entrer dans l'Histoire. Un homme la met en joue, on entend :"Tire ! Tire !"
Marie-Antoinette s'incline, plongeant dans une de ses révérences dont elle a le secret. Silence stupéfait, le temps s'est figé. Au bout de quelques minutes où rien ne bouge, un immense :"Vive la reine !" résonne dans la cour. La souveraine regagne lentement la chambre, livide, luttant pour ne pas s'effondrer. Derrière elle, on crie :
- A Paris ! A Paris !

Une heure de l'après-midi. Il fait beau, le soleil fait luire les ors et les marbres du château rincé par la pluie. Les voitures sont prêtes dans la cour. La famille royale, suivie de ses fidèles, enjambe les corps des gardes massacrés, descend les marches éclaboussées de sang et monte en voiture. Le cortège s'ébranle, entouré d'une foule vociférante, brandissant des têtes tranchées sur des piques. Certains parviennent jusqu'à la voiture, se hissent sur le marchepied pour hurler derrière la vitre.
- On t'emmène à Paris pour te pendre, putain !
- A la lanterne !
Six heures de trajet pour rejoindre la capitale. A la barrière de Chaillot, le maire de Paris, l'astronome Bailly (qui finira guillotiné lui aussi...) déclare, sans rire :
- Quel beau jour Sire que celui où les parisiens vont posséder dans leur ville Votre Majesté et sa famille !
Louis XVI répond :
- Je viens toujours avec plaisir et confiance en ma bonne ville de Paris.
Marie-Antoinette ne dit rien. Elle n'est plus reine, elle n'est plus qu'une pauvre femme qui vient d'entrer dans l'Histoire par une porte sanglante, une femme qui frémit quand on lui lance :
- Allez ma belle ! On t'en fera voir bien d'autres !

Sept heures du soir, la nuit tombe. Versailles est désert, éteint. Le "plus beau château du monde" n'est plus qu'une immense carcasse de pierre vide qui s'enfonce doucement dans une longue nuit.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Sam 18 Mar - 14:18

La propagande révolutionnaire a toujours présenté cette épisode comme la "colère du peuple". Le "peuple", vraiment ? Quel "peuple" ?

Nous le savons aujourd'hui, par des études sociologiques qui ont été faites, que la plupart des "insurgés" étaient en réalité des agitateurs payés par une poignée de bourgeois qui voulaient créer une situation de chaos afin de mieux convaincre les autorités que les temps étaient venus de procéder à des réformes et surtout mettre en place un nouveau système où ils auraient joué le premier rôle.

Rien de plus simple, au fond. Une crise socio-économique, née de mauvaises récoltes, frappait la France depuis 1787. Des fabriques fermaient les unes après les autres et Paris se retrouvait avec une masse incroyable de personnes au chômage qui s'entassaient dans les faubourgs et côtoyaient des individus peu recommandables. Il suffisait de prendre quelques enragés et contre quelques écus sonnants et trébuchants, les amener à pousser des gens au désordre. Et d'ailleurs, à ce titre, le duc d'Orléans, cousin du Roi, qui ne cachait pas ses ambitions personnelles, s'est beaucoup servi de la populace : sa résidence, le Palais-Royal, était devenu le rendez-vous de toute la "canaille" de Paris, des prostituées aux trafiquants de toutes sortes ; ce n'est pas un hasard si les journées chaudes des 13 et 14 juillet 1789 sont parties de ses jardins.

Réécoutez la conférence donnée par l'historienne Marion Sigaut le 3 octobre 2015 où elle explique, justement, tout le fil des événements révolutionnaires, bien loin de l'image édulcorée et romantique que l'on a appris à l'école :


Je suis historien aussi - pas professionnel mais de formation - et j'ai moi aussi, beaucoup étudié l'histoire, entre autres, du XVIIIe siècle. C'est même l'une de mes périodes préférées. Et je peux dire, pour avoir eu en mains différents documents, différentes archives, des mémoires, rien ne laissait augurer de mouvements insurrectionnels dans les rues de Paris ou au château de Versailles.

Moi, je l'affirme : la Révolution a été instrumentalisée entre les mains d'une poignée, d'une clique de petits bourgeois factieux et qui ne voyaient que leurs propres intérêts. Ils ont de même instrumentalisé la canaille pour arriver à leurs fins mais cela, au final, s'est retourné contre eux.

Par contre, je ne rejette pas la Révolution en tant que telle. C'est vrai que le système d'Ancien Régime était devenu obsolète, grippé et qu'il était urgent de le modifier. Ce que je rejette, c'est précisément la récupération de la Révolution par quelques-uns, l'instrumentalisation de la violence de la racailles des faubourgs qu'on a lâché dans les rues de Paris et qui n'a servi, au final, qu'à déverser des flots de sang dans la capitale et dans la plupart des grandes villes de France.

Je ne suis pas un réactionnaire, VS. Ni un sympathisant monarchiste borné.

Je cherche simplement à regarder la Révolution sous un autre angle, comprendre ce qui a pu "merder" pour que Paris ait pu plonger dans une violence à laquelle elle n'a jamais été habituée.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Sam 18 Mar - 14:46

L'Ancien Régime, héritier du système féodal, était devenu figé, sclérosé, inadapté aux profonds changements sociétaux, idéologiques, économiques du royaume. Il ne s'agissait plus de réformes mais d'une totale refonte à effectuer et ni le brave Louis XVI ni la pauvre Marie-Antoinette n'en étaient capables. Ils n'ont rien compris à ce qui se passait et ont été rapidement balayés par le tourbillon.

Le plus paradoxal, c'est que, comme l'a souligné Arthur Conte : " la société la plus anxieuse de ruiner toute discipline contraignante, de se libérer des entraves ecclésiastiques, d'affirmer sa foi dans le progrès, la science et l'Encyclopédie, de secouer le joug des préjugés et des superstitions, de montrer son goût pour la liberté, de multiplier les réformes, c'est bien la haute noblesse, le haut clergé, la magistrature, la finance..." Des révolutionnaires de salon,  en dentelle, vite débordés par de vrais révolutionnaires... En ajoutant à cela la détresse sincère du peuple, qui a faim.

Pour l'invasion du château, le mouvement de départ, aller demander du pain au roi, était sans doute honnête. S'y est greffée très vite une masse mal identifiée et dangereuse, peut-être soigneusement manipulée. Certains affirment que parmi les émeutiers se serait trouvé le cousin du roi, le duc d'Orléans (qui votera la mort du roi avant, juste retour des choses, de passer lui aussi sous le couperet) et qui aurait montré aux émeutiers là où se trouvaient les appartements de la reine. Un certain flou entoure encore cette attaque du château, il faut rester prudent.

Quant à Marie-Antoinette, elle concentrait toute les haines, toutes les rancoeurs, les fantasmes. Et pas qu'en 1789... En 1782 déjà, sifflée à l'opéra, elle demande à son page, le baron de Tilly :
- Mais que leur ai-je donc fait ?
Soucieux de l'apaiser, le jeune homme minimise :
- La reine accorde trop d'importance à...
Marie-Antoinette le coupe, les larmes aux yeux :
- De belles paroles pour un étourdi ! Hé bien tant pis pour le peuple de Paris. Il n'empêche, quand l'on a rien à se reprocher, cela fait bien mal.
Louis XVI resta longtemps populaire malgré les émeutes et les insultes, aidé par sa bonhomie naturelle, la cassure ne se faisant vraiment qu'après la fuite manquée à Varennes. Mais il a quand-même une grande part de responsabilité avec son indécision chronique, ses hésitations, son incapacité à décider, à trancher, le fait d'avoir laisser tomber tous ses ministres réformateurs, Turgot, Malesherbes, Calonne, après les avoir soutenus au départ.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Sam 18 Mar - 18:53

Le malheur pour un roi de France fut certainement d'épouser une princesse de Habsbourg. Les Français ne l'ont jamais accepté, surtout à Paris, tant dans le peuple qu'à la Cour. Les vieilles haines contre l'Autriche se sont réveillées.

D'ailleurs, c'est vrai que Louis XV a misé le mauvais cheval en s'alliant avec l'Autriche. Il aura tout perdu et à commencer par le Canada.

Bon, en même temps, c'est vrai qu'il y avait un parti anti-français très virulent au cabinet de Londres. Notamment autour des Pitt. William Pitt, père et fils, qui étaient farouchement francophobes et jaloux de la puissance coloniale de la France.
Et leur francophobie ne s'est jamais apaisée, même au moment et après la Révolution... on dit même qu'ils souriaient aux malheurs des Bourbons. Des études ont révélé qu'il y avait des agitateurs anglais à Paris pour y attiser le chaos.

Dans la Révolution, l'Angleterre y a vu l'opportunité de voir une rivale de poids affaiblie. C'est d'ailleurs pourquoi 1/ elle n'a pas mis un grand enthousiasme à aider les armées royalistes de l'Ouest et de la Vendée et 2/ a pris en grippe Napoléon Bonaparte dès le moment où celui-ci avait commencé à relever la puissance française.

Certains historiens parlent, au sujet des relations franco-anglaises entre 1715 et 1815, d'une "seconde guerre de Cent Ans". Et effectivement, il y a eu un basculement de puissance entre l'Angleterre et la France, dans lequel vient s'inscrire la guerre d'indépendance d'Amérique et la Révolution française.

Les Français ont réussi à se venger de la perte du Canada par l'aide victorieuse qu'ils ont apporté aux insurgés Américains, mais les Anglais ont eu leur revanche en contribuant un peu au déclenchement de la Révolution. D'ailleurs, le duc d'Orléans était très anglophile et entretenait des relations d'affaires avec des négociants anglais ; il n'y a pas de hasard, tout est lié...

La France se relèvera avec Napoléon Bonaparte, et à un point que jamais les Anglais n'auraient imaginé. Ce qui fit que ces derniers n'acceptèrent évidemment jamais l'Empire, eux qui avaient tout fait justement pour voir leur principale rivale abattue : ils attisèrent donc la haine des peuples contre l'Empereur, notamment des Espagnols et des Tyroliens, puis des Allemands, furent l'âme de toutes les coalitions contre la France... jusqu'au désastre de Waterloo, le 18 juin 1815.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Sam 18 Mar - 19:17

Les anglais avaient une revanche à prendre sur la France qui avait aidé les américains en révolte.
Quant à Marie-Antoinette, n'oublions pas qu'elle fût adorée dans ses premières années en France avant d'être objet de haine. Mais effectivement, on pourrait dire que Louis XV avait misé sur le mauvais cheval en s'alliant à l'Autriche, alliance concrétisée par ce mariage prestigieux entre son petit-fils et la jeune archiduchesse : Marie-Thérèse, impératrice d'Autriche, mère de Marie-Antoinette et surtout vieux renard de la politique en récolta quasiment tous les bénéfices. Le roi soutînt pourtant cette alliance contre vents et marées mais son successeur prendra très vite ses distances avec l'allié autrichien... Marie-Antoinette n'était qu'une gamine, manipulée sans vergogne par les siens pour imposer les vues de l'Autriche à un Louis XVI que l'on croyait imbécile et influençable. Les autrichiens se retrouvèrent vite loin du compte...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Sam 18 Mar - 21:34

Moi ce qui m'étonne le plus dans ce XVIIIe siècle, c'est le grand intérêt que portait toute l'élite française pour le roi de Prusse, Frédéric II, qui, bien que francophile et francophone, a agi contre la France ! Shocked

Il suffit de regarder son attitude au cours de la guerre de Sept Ans. Il n'a pas hésité une seule seconde à prendre le parti des Anglais contre la France. Frédéric II, c'était "la Prusse d'abord", le reste, il n'en avait rien à faire.

Et les Français restaient admiratif d'un prince qui, au final, a contribué à l'abaissement politique de la France.

Cela ne m'empêche pas, à titre personnel, d'être intéressé par ce personnage qui reste un grand chef d'Etat.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Sam 18 Mar - 21:48

D'où la fameuse expression :" Se battre/faire quelque chose pour le roi de Prusse " puisqu'effectivement, pendant la Guerre de Sept Ans, c'est nous qui avons morflé et lui, notre "allié", qui a tiré les marrons du feu.
Après, toute l'intelligentsia française de l'époque portait aussi aux nues Catherine II de Russie, despote "éclairé", pas franchement un modèle de liberté des peuples pour autant... Ce qui n'empêchait pas nos philosophes d'aller lui servir la soupe pendant que Voltaire fonçait ventre à terre chez Frédéric II pour ramper dans ses antichambres...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Lun 20 Mar - 7:43

Voyageur Solitaire a écrit:
D'où la fameuse expression :" Se battre/faire quelque chose pour le roi de Prusse " puisqu'effectivement, pendant la Guerre de Sept Ans, c'est nous qui avons morflé et lui, notre "allié", qui a tiré les marrons du feu.

Et ce ne fut que le début de relations ambiguës et difficiles entre la France et la Prusse jusqu'à la guerre de 1870...

D'ailleurs, d'un point de vue géopolitique, l'ascension de la Prusse et celle, plus expansive, de la Russie indiquent là encore un basculement de l'équilibre des forces en Europe.

Les alliées traditionnelles de la France : Pologne, Suède et Turquie deviennent la proie des deux ogres de l'Est. La Pologne, notamment, qui sera découpée en 1772, puis en 1795 et qui ne reparaîtra plus en tant que nation qu'en 1918. Pour la Turquie, c'est carrément le reflux : la Russie, se mettant en tête de libérer les peuples chrétiens orthodoxes, ambitionne de reprendre Constantinople. C'est une idée fixe qui ne quittera jamais les tsars tout au long du XIXe siècle et qui sera l'une des causes de la guerre de Crimée en 1854-1856.

Ce XVIIIe siècle finissant met en place de nouvelles bases pour un XIXe siècle dont les relations inter-Etats seront très compliquées parfois, ou la diplomatie tiendra un grand rôle et où les nationalismes et le libéralisme, héritage des idées de la Révolution française, y auront une part très importante.

Napoléon Bonaparte aura quand même réussi, au moins pendant un temps, à endiguer la marée montante russe et prussienne et su redonné à la France son éclat d'autrefois.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Ven 24 Mar - 7:58

Marie Lezsczynska, une Polonaise devenue reine de France


Plus âgée de six ans que son époux, le roi Louis XV, Marie Leszczynska vivait modestement auprès de son père à Wissembourg, lorsqu'un caprice imprévu de la politique et des intrigues de la marquise de Prie la firent asseoir sur le trône dont on voulait barrer la route à la maison d'Orléans. Elle était plutôt modestement jolie, mais un gracieux sourire venait éclairer sa physionomie grave et son regard pensif. Très cultivée, elle parlait couramment plusieurs langues, avait une vaste culture, notamment en histoire et appréciait la musique et la peinture. Vive, enjouée, elle avait la répartie toujours prête et sa plume était aussi alerte que sa parole. Très douce, très bonne, elle se fait remarquer par sa modestie et sa dignité.

Sacrifiée aux favorites, mais toujours remplie d'attention pour le roi, elle s'efforça d'oublier ses tristesses au milieu d'une société d'amis intimes, comme le président Hénault, le comte de Maurepas, Tressan, Moncrif, le duc et la duchesse de Luynes ou encore le comte d'Argenson.

A Metz, en 1744, Louis XV, qui était tombé gravement malade au point de croire qu'il allait succomber, lui demanda pardon pour ses fautes : "Je vous ai donné, Madame, bien des chagrins que vous ne méritez pas ; je vous conjure de me pardonner...
- Eh, ne savez-vous pas, Monsieur, répondit-elle, que vous n'avez jamais eu besoin de pardon de ma part ? Dieu seul a été offensé ; ne vous occupez, je vous prie, que de Dieu."

Après la mort de la duchesse de Châteauroux (décembre 1744), la reine fut complètement abandonnée : la résignation, fondée sur une piété un peu farouche, remplira désormais sa vie.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Ven 24 Mar - 15:05

J'en profite pour indiquer la prononciation polonaise de son nom : lèch-tchèn-ska (en français, on prononce lég-zin-ska).

Quand on connaît un peu, ça se prononce facilement le polonais : sz = ch, cz = tch, rz = j (dommage qu'on n'ait pas droit aux noms propres au Scrabble ^_^).
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Ven 24 Mar - 15:33

Merci de cette précision, cdang.

Je pense qu'à cette époque, ils devaient savoir comment prononcer son nom aussi, vu que les règles diplomatiques étaient bien plus formelles et égratigner un nom propre aurait constitué un impair.

De toute façon, le peuple ne devait pas vraiment l'occasion de prononcer le nom de sa reine, pour, lui, c'était seulement "Madame", "Sa Majesté" ou "Votre Altesse"... Razz
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Ven 24 Mar - 15:44

On peut presque la comparer à celle qui la précéda, épouse de Louis XIV : assez effacée, douce, discrète... Louis XV l'aima sincèrement et lui resta fidèle les premières années, il n'y a qu'à voir la régularité des naissances royales qui se succèdent. A tel point que la reine elle-même s'énerve :"Hé quoi ! Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher !"
Mais elle n'était pas le genre de femme à retenir un Louis XV à la sensualité impérieuse, homme à femmes, bel homme racé de surcroît. Elle était trop sage, très pieuse, ennuyeuse pour un époux jeune et ardent. Elle était bonne aussi, au point d'accueillir aimablement Mme de Pompadour, maîtresse du roi, lors de sa présentation à la cour. Au contraire des enfants royaux qui surnommaient la marquise "Maman putain"... Elle s'entoura de gens sages, posés, réfléchis. Rien qui puisse retenir un jeune roi enjoué.

Le peuple l'a beaucoup aimé. Quand elle tomba malade et que le roi ordonna des prières publiques, les gens se bousculèrent dans les églises. A Versailles, touché de voir les courtisans de tous bords piétiner dans l'antichambre de la reine pour avoir de ses nouvelles, Louis XV s'exclama :"Oh, voyez comme elle est aimée !"
Lui succéda une adorable, fraîche et ravissante jeune autrichienne, "une odeur de printemps", "un frais bouquet de fleurs", Marie-Antoinette, acclamée et adorée. Pas pour longtemps...

Au point de vue du protocole, on s'adressait à la reine en disant "Madame". On utilisait également la troisième personne du singulier, genre "Sa Majesté a-t-elle décidé" ou "la Reine croit-elle que..."
A sa table, les seuls hommes autorisés étaient ceux de la famille royale. Lorsque le roi voulait passer la nuit avec la reine, c'est toujours lui qui se rendait chez elle, jamais l'inverse. Comme toutes les reines, la souveraine accouchait en public.
Le roi était appelé "Sire" et on utilisait aussi la formule "Sa Majesté" ou "Le Roi". La reine était la seule à pouvoir appeler le roi "Monsieur".
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Ven 24 Mar - 18:41

Gorak a écrit:
Je pense qu'à cette époque, ils devaient savoir comment prononcer son nom aussi
Rien n'est moins sûr. Je suppose que même à la cours, peu de gens parlaient des langues étrangères, et ce n'est pas pour rien qu'on a hérité de francisation de noms propres comme Londres (London), Cantorbéry (Canterbury), Varsovie (Warszawa), Pékin (Beijing)…
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Ven 24 Mar - 18:44

Voyageur Solitaire a écrit:

Le roi était appelé "Sire" et on utilisait aussi la formule "Sa Majesté" ou "Le Roi". La reine était la seule à pouvoir appeler le roi "Monsieur".

Je me suis toujours demandé si, dans le privé, ils se tutoyaient ou non en s'appelant par leurs prénoms ? scratch

Bon, pour Louis XIV, c'est plutôt râpé, vu que jamais ni le roi ni la reine ne se retrouvaient jamais seuls à un seul moment.

Mais Louis XV ou Louis XVI aimaient avoir leurs moments d'intimité... après, ce n'était pas non plus dans les usages... et même, finalement, dans les familles bourgeoises on se vouvoyaient dans les couples, avec ses enfants ou entre parents.

En fait, le tutoiement est venu avec la Révolution française pour donner une touche de romanité, vu que c'était alors la République romaine le modèle...
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Ven 24 Mar - 19:12

cdang a écrit:
Cantorbéry (Canterbury)

Personnellement j'ai toujours lu , vu et entendu Canterbury, et jamais Cantorbéry, du moins pas que je m'en souvienne.

Pour en revenir à Louis XV, contrairement à son épouse, il n'a été vraiment que populaire et aimé de son peuple qu'au début de son règne. Surnommé le bien aimé il l'était surtout de ses nombreuses maîtresses. Au crépuscule de son règne le peuple n'a plus que mépris pour Louis XV. Un peuple qui accuse ce roi de l'avoir plongé dans la misère.

Quand Louis XV meurt le 10 mai 1774 c'est dans la quasi indifférence générale. Sa mort ne suscitera guère qu'ironie et pamphlets stigmatisant sa vie licencieuse. A tel point qu'on ne lui fera pas de funérailles publiques.

Le parlement critiquait sa politique étrangère jugée désastreuse, ainsi que les nombreuses crises économiques récentes. Il était désigné (comme souvent en pareil cas) comme le grand coupable, débauché et amoral. Le ver était déjà dans le fruit annonçant 15 ans plus tard la Révolution française.
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MessageSujet: Re: XVIIème ET XVIIIème SIECLES   Ven 24 Mar - 21:44

Louis XV a été beaucoup noirci sur sa vie amoureuse, plutôt chargée il est vrai. On a raconté qu'il possédait une femme chaque jour, que la Pompadour, devenue maquerelle, lui fournissait des filles... Certains auteurs et historiens ont font une sorte de satyre lubrique coureur de filles.
Il n'en reste pas moins qu'il était doté d'une sensualité impérieuse, qu'il avait du mal à contrôler. Et comme en plus il plaisait aux femmes...

Je ne pense pas que le roi et la reine se tutoyaient et s'appelaient par leurs prénoms. Le vouvoiement était la règle partout et les mariages, même parmi le peuple, étaient des unions arrangées, souvent par les parents, l'amour n'y avait guère sa place. Encore plus vrai au sommet de l'échelle où l'union royale était politique.
N'oublions pas non plus que le roi et la reine ne se voyaient guère... A Versailles, chacun a ses appartements, son entourage, ses occupations et, sauf les nuits où le roi rejoint sa femme, chacun dort de son côté. Les rares moments où ils se voyaient étaient la messe, certains repas en public et certaines soirées.
Encore plus vrai pour Louis XVI et Marie-Antoinette qui avaient deux styles de vie diamétralement opposés : lui se couchait sans faute à 22h00 et se levait aux aurores. Il chassait quasiment un jour sur deux et partait donc de grand matin pour ne revenir qu'assez tard. Elle, de son côté, cumulait les fêtes, les bals et les nuits blanches, n'émergeant du sommeil que vers 10h30, 11h00 du matin.
Le phénomène ne fait que s'accentuer quand Louis XVI lui offre le Petit Trianon. Au début, Marie-Antoinette y passe la journée avant de rentrer au château le soir. Mais quand elle attrape la rougeole, elle reste au Petit Trianon pour éviter la contagion et découvre alors que son petit château peut être un lieu de vie. A partir de ce moment, elle y passe régulièrement plusieurs jours d'affilée, voire une semaine, elle y habite même pendant les mois d'été. Elle y est vraiment chez elle, grilles et serrures y portent ses initiales seules, il n'y a aucun cérémonial, le personnel est réduit au strict minimum. Louis XVI vient la voir régulièrement, y mange parfois mais n'y dort jamais bien qu'elle lui ait fait faire une chambre qui sera en fait attribuée à Elisabeth, la jeune sœur du roi.
Pas de quoi susciter le rapprochement... Encore plus après la naissance de leur dernier enfant en 1786 où Marie-Antoinette demande au roi de cesser toute relation conjugale, demande qu'il accepte.


Dernière édition par Voyageur Solitaire le Ven 24 Mar - 21:49, édité 1 fois
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