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 LE REQUIN

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Warlock

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 17 Juil - 18:09

Youpi l'alchimiste a écrit:
Certain spécialistes considère qu'à l'époque des dinosaures un mégalodon adulte

Le Megalodon ne vivait pas à l'époque des dinosaures mais entre 23 et 4 millions d'années Av JC, dans les périodes du Miocène et du Pliocène. Donc il n'a pas connu les dinosaures qui ont disparu il y a 65 millions d'années.
A noter aussi que l'ancêtre du Megalodon descend du requin taupe et le grand blanc aurait pour ancêtre un autre géant du Miocène aussi, le requin mako géant.
Ainsi le Megalodon et le requin blanc n'ont pas le même ancêtre, sachant que le Megalodon a côtoyé le Grand blanc.
Pour l'hypothèse de la disparition du Megalodon, le fait est qu'une grande glaciation entraîne de profonds bouleversements sur un écosystème. Il se peut très bien qu'une partie de la chaîne alimentaire ait disparu. L'adaptabilité pour une espèce est vitale lorsque son environnement est modifié.
Ainsi au Pliocène, un isthme se forma entre les deux Amériques. Cela bloqua les courants chauds de l’Atlantique et du Pacifique.
La mer se refroidit et les espèces durent s’adapter aux eaux froides. Ce fut le cas de la baleine qui, grâce à son épaisse couche de graisse, put migrer vers les eaux glacées.
Privé de sa proie favorite, le Megalodon s’éteignit.
Mais bien évidemment ce ne sont que des hypothèses.


Dernière édition par Warlock le Mer 17 Juil - 20:05, édité 1 fois
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Gorak

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 17 Juil - 18:16

Warlock a écrit:
La mer se refroidit et les espèces durent s’adapter aux eaux froides. Ce fut le cas de la baleine qui, grâce à son épaisse couche de graisse, put migrer vers les eaux glacées.
Privé de sa proie favorite, le Megalodon s’éteignit.

Pourquoi "s'éteignit" ? Le carcharodon carcharias est sans doute son descendant. Donc l'espèce ne s'est pas éteinte, elle a évolué en s'adaptant aux changements climatiques et environnementaux.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 17 Juil - 19:01

Le grand blanc et le Megalodon sont "cousins" mais rien de plus, et ils se sont côtoyés pendant quelques millions d'années. Sachant comme je l'ai dit auparavant qu'ils n'avaient pas le même ancêtre commun.
Donc le grand blanc n'est pas le descendant du Megalodon.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 17 Juil - 19:36

Warlock a écrit:
Le grand blanc et le Megalodon sont "cousins" mais rien de plus, et ils se sont côtoyés pendant quelques millions d'années. Sachant comme je l'ai dit auparavant qu'ils n'avaient pas le même ancêtre commun.
Donc le grand blanc n'est pas le descendant du Megalodon
.


Pourtant ils ont la même forme ... study 

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 17 Juil - 19:50

Ce ne sont que des suppositions, du Megalodon on a retrouvé que des dents fossilisées.
Toutes les reconstitutions effectuées l'ont été grâce aux dents fossilisées. Ce sont les seules parties du corps d'un requin qui perdurent à travers les siècles.
Alors après on ne peut pas être sur à 100 % de son apparence physique.
D'ailleurs la plupart des spécialistes classent le Megalodon dans les charcarocles et non dans les charcarodons, pour bien le différencier du grand blanc.
Enfin bon c'est un vieux débat.


Dernière édition par Warlock le Sam 8 Nov - 0:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 17 Juil - 19:53

Est-ce que plus le requin est gros, plus le fantasme l'est aussi ? Razz 

Très intéressantes tes explications Warlock, merci. C'est le genre d'éclaircissement que j'ai toujours beaucoup de plaisir à lire. Mais, culture Jurassik Park oblige, je croyais que la disparition des dinosaure remontait à 65 millions d'années. Une révision récente ou une erreur du film ?
Un truc que je ne comprends pas :  tu dis que les eaux se sont refroidies. D'accord. Que les baleines étaient mieux adaptées pour survivre en eaux froides, O.K. Mais pourquoi est-ce qu'elles auraient migré alors vers des eaux encore plus froides et ne seraient simplement pas restées dans leurs eaux, rafraîchies mais pas glacées ?

Gorak, un peu de patience, ne montre pas déjà tous les films, ils arrivent très bientôt sur nos écrans à nous ^^. Remarque que ton extrait est franchement amusant ; prochain extrait Shark Attak 4, le Super-Mégalodon qui peut d'un coup avaler le France. (Et oui, la France, c'est pour le #5^^).
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 17 Juil - 20:14

Non c'est bien 65 millions d'années, et le fameux astéroide de 10km de long, et pas 85 ,erreur de frappe, désolé Neutral 

Pour les baleines et bien les eaux froides sont plus riches en planctons et en nourritures pour les cétacés, c'est pour ça qu'aujourd'hui la majorité des baleines se nourrissent dans les eaux froides.
Le fait de vivre dans les eaux tempérées, fraiches voir chaudes serait insuffisant niveau nourritures pour des animaux aussi imposants.



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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 17 Juil - 21:32

Warlock a écrit:
Ce ne sont que des suppositions, du Megalodon on a retrouvé que des dents fossilisées.

Oui, ça change tout, en effet.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Lun 22 Juil - 18:37

Présentation de deux des plus anciens requins, et ancêtres de nos requins actuels.


Le Stethacanthus



Le stethacanthus était un requin primitif, qui vivait dans les eaux douces du dévonien il y a 360 millions d'année. Ce requin mesurait entre 70 cm et 2 mètres de long.
Le mâle stethacanthus possédait une exroisssance sur son dos ressemblant à une enclume que la femelle n’avait pas, c’est pourquoi l’on pense que sa nageoire dorsale devait servir à la parade nuptiale ou à effrayer les prédateurs potentiels.
Ce requin avait tendance à patrouiller dans les eaux côtières peu profondes à la recherche d'alimentation. Il se nourrissait de petits poissons, de crustacés et de céphalopodes.
Le principal prédateur du stethacanthus était le dunkleosteus.
Les fossiles de Stethacanthus se conservent mal car celui-ci était cartilagineux. On en trouve principalement en Europe, en Amérique du nord et en Asie du nord.



L'hybodus


L'Hybodus était l'un des ancêtres du requin actuel, il mesurait 2 mètres de long et vivait à l'époque du Jurassique il y a 155 millions d'années.
C'était un requin remarquable, familier de la plupart des mers de la planète pendant des dizaines millions d'années. Il avait la silhouette fuselée caractéristique des requins, ornée de deux nageoires dorsales qui lui permettaient de se diriger avec dextérité.
Sa gueule n'était pas très grande et il se nourrissait d'une grande variété d'aliments sans s'acharner à chasser impitoyablement les mêmes grandes proies. Il avait des dents pointues pour saisir des proies lisses, comme certains poissons ou les calmars, et relativement plates et solides pour broyer des animaux à coquilles, comme les mollusques ou les oursins.
On trouve ses fossiles en Asie, Europe, Afrique et en Amérique du Nord.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mar 23 Juil - 20:02

Est-ce que l'on connait la/les causes de leurs disparitions ?
Ce qui semble pour moi vraiment dingue, après avoir lu tes explications, c'est que cette espèce soit apparue avant les dinosaures, ait réussi à coexister avec ces mastodontes ou assimilés tel le plésiosaure ou le mosasaure (merci Wiki) et soit finalement parvenue à leur survivre ... Je me demande comment tout cela cohabitait ^^ .

L'image pour l'Hybodus est très chouette, j'aime beaucoup. Il y a un petit je-ne-sais-quoi d'anthropomorphique avec la moue de l'hybodus qui semble, un peu, faire la gueule Very Happy .
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mar 23 Juil - 23:16

Ils ont évolué avant tout, plus que de parler de disparition pour ces requins on va parler d'évolution.

Les requins sont sur Terre depuis plus de 400 millions d'années, c'est une espèce qui a su s'adapter à son environnement, devenant progressivement à partir de l'air tertiaire le principal prédateur des Océans.

Ces deux requins étant à la base des prédateurs ils étaient aussi à leur tour des proies, face à des reptiles marins ou poissons bien plus gros qu'eux.
Le stethacanthus avait face à lui l'immense poisson cuirassé dunkleosteus long de 10 mètres. Quand à l'hybodus il avait face à lui le redoutable et gigantesque liopleurodon long de plus de 10 mètres, c'était un combat permanent pour la vie.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 11 Sep - 20:31

La peur, l'homme et le requin - 1re partie



84- « Sky Sharks » par Aubrey9001


Cette partie aurait dû normalement aborder le thème du requin au cinéma... Oui mais voilà, pour en parler convenablement, pour en comprendre l'évolution et l'emprunte que ce support va imprimer à notre conception du requin, il m'a paru nécessaire de rechercher les origines du squale dans les recoins lointains de la mémoire occidentale. C'est pourquoi cette partie et sa suivante seront en fait des introductions au message consacré au cinéma, message qui correspondra à la troisième partie de l'imaginaire moderne.
Comme cette entrée en matière est particulièrement développée - ce qui m'oblige d'ailleurs à la scinder en quatre « posts » successifs bien qu'ils ne forment le corps que d'un seul et même texte -, il y aura quelques pauses de-ci, de-là, indiquées par un chiffre romain en exposant. Il s'agit de citations ou d'extraits de textes, plus ou moins longs qui - pour des raisons d'homogénéité - sont ainsi renvoyés en fin de message. Le reste des renvois : liens directs, notes, sitographie et iconographie reste inchangé dans sa forme.

...

Pendant que sous la mer profonde
Les cachalots et les requins
Ces écumeurs géants de l'onde
Libres dévorent le fretin
Nous autres cloués à la rive
Où la bourrasque a rejeté
Notre barque un instant rétive
Nous pleurons notre liberté.

(Pierre Dupont, Le chant des transportés, extrait, 1848)

...


I- Le requin … de peur et de papier


85- « Origami Shark » de Marc Fichou

Ici, bien que le sujet puisse s'y prêter, nous n'aborderons pas le requin tel qu'il est présenté dans la littérature, que la référence en soit lointaine, comme avec Moby Dick de MelvilleI ou proche avec par exemple Le vieil homme et la mer d'HemingwayII ou encore Le K de Dino BuzzatiIII (même si ce dernier est un cas à la marge que j'aurais pu tout aussi bien faire figurer ici).
Ce que j'aimerais plutôt vous proposer, c'est un point de vue : celui de dire qu'une étrange alchimie s'est opérée au fil des ans, celle de la rencontre d'une peur et d'un savoir pour créer le monstre nouveau d'un mythe moderne. Nous allons donc essayer dans les lignes suivantes de comprendre comment l'imaginaire du requin a évolué dans le monde occidental depuis l'Antiquité jusqu'au début du XXe siècle pour tenter de savoir s'il faisait vraiment aussi peur que dans nos légendes actuelles.


A - Une crainte du fond des âges

« L'émotion la plus forte et la plus ancienne de l'humanité c'est la peur, et la peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l'inconnu. »9

L'origine de cette angoisse du requin est difficile à discerner et il est probable qu'elle soit liée au milieu naturel dans lequel il évolue : l'eau, un élément qui ne nous est pas naturel. Or, chez l'être humain, l'une des causes majeures de l'effroi, ce sont les immensités inconnues. Cet infini dont on ignore où il se termine et même s'il se termine, et dans lequel nous allons inconsciemment déverser tous nos fantasmes. L'un de ces infinis, c'est l'océan, un lieu qui pour le monde occidental cristallise les angoisses. Victor Hugo a écrit dans Les travailleurs de la mer :

« Voir le dedans de la mer, c’est voir l’imagination de l’Inconnu. C’est voir du côté terrible. »

86- « Shark Engine Enigma : Death » de Jonesray

Il semble que c'est la route des origines que nous devons suivre si nous voulons avoir un début d'éclaircissement non seulement sur la peur qu'engendrent les requins, mais, comme corollaire, sur la fascination qu'ils exercent. Car bien souvent, les deux vont de pair : « L'angoisse est un certain état convulsif composé de deux attitudes diamétralement opposées : l'exaltation désireuse et l'inhibition craintive. » (Chevalier et Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, éd. Robert Laffont, 1969,1982,1996, p. 645).

Dans cette tentative d'éclaircissement, j'utiliserai de manière indifférenciée les mots « peur » et « angoisse », car il me semble que le comportement irraisonné à l'égard des requins procède des deux acceptions. De plus, je ne prétends pas ici apporter la moindre réponse ou faire une quelconque preuve de ... en ce qui concerne notre sujet. Je ne fais que tenter de réunir des informations éparses, de donner des arguments, de les organiser selon un raisonnement logique et de les soumettre à votre sagacité, accompagnées de mes propres réflexion sur la question. À vous, ensuite, de vous faire une opinion.

Je cite pour commencer une très belle étude, celle de Jean William Cally, de l'Université de La Réunion : La peur des eaux en littérature fantastique, 2006. Je procède au sein de cette brève analyse à de très nombreuses coupes claires ; aussi je ne les ferai pas figurer par les crochets habituels pour ne pas alourdir l'ensemble. Je vous renvoi plutôt à la sitographie (n° 67) afin de consulter le texte dans son entier. Par contre, je ferai systématiquement apparaître via ces crochets mes modifications au texte d'origine, afin de bien respecter l'œuvre de M. Cally.

« L’espace océanique engageait, dans la pensée de l’Occident médiéval, l’idée des lieux lointains, méconnus et, en ce sens, supposés hostiles. Il représentait des régions extérieures à l’enclave de la civilisation, des zones extrêmes, situées hors du lieu habité. Les océans participaient d’une vision aussi angoissante que merveilleuse du monde et suggéraient l’itinéraire périlleux que se devait d’accomplir le navigateur, en défiance des monstruosités marines et des peuplades indigènes décrites massivement dans les cosmographies et les récits de voyage d’autrefois. Aussi l’aire océanique tendait-elle à constituer un lieu indissociable de la peur.

87- « Dark Waters » de Pete Bruhn

Il semblerait, au regard de certaines œuvres fantastiques, que cette sentimentalité négative et cette angoisse relatives aux étendues aquatiques ne se soient nullement évanouies dans l’imaginaire de l’homme moderne. Même si ce dernier peut parfois participer d’une fascination poétique pour la mer, il n’en demeure pas moins que l’appréhension hostile des eaux est parvenue, en dépit du progrès des connaissances, à se perpétuer. L’homme se trouve toujours soumis, bien malgré lui, à l’horreur aquatique.
[Cette] peur obsédante des eaux ou [cette] horreur fascinée de la mer, bien qu’il ne soit pas possible d’affirmer qu’il s’agisse là d’une matrice indispensable à la création de monstres aquatiques, contribue cependant, de façon générale, à accroître, sous les pinceaux d’une écriture sensibilisée à de telles angoisses, l’impact terrifiant des bêtes imaginées. On observe ainsi plusieurs écrivains fantastiques dont l’œuvre se manifeste comme profondément empreinte de cette sentimentalité négative pour les étendues d’eau.
Les eaux, entendues comme un lieu où l’homme se retrouve hors de son élément naturel et donc sujet à la pesanteur de ses angoisses voire de sa solitude, représente [alors] un autre monde. Or, la peur qui s’insinue en nous devant toute altérité constitue une peur dont l’essence même est de provenir de notre incapacité de détermination ou d’identification. Les eaux d’un océan, d’un lac ou d’un fleuve, dissimulent, sous leur surface, l’origine profonde de cette peur qu’elles inspirent aux hommes. L’être humain peut ressentir de l’angoisse face à l’immensité marine, du seul fait qu’elle se dévoile comme un lieu privilégié de l’indéterminable, du non-identifiable ; on ne sait pas ce qu’il y a en-dessous ; on ne voit pas son dedans.

88- Cthulhu de SHadoW-net

On peut [donc] dire qu’il existe une peur archaïque de l’eau. La mer est un abîme où l’eau, qui dissimule son gouffre béant, s’apparente à un piège tendu à l’être humain, afin le faire sombrer vers la mort ou la folie.
L’appétit carnassier et le caractère prédateur prêtés à la mer [qui seront analysés plus loin par la hantise de se faire dévorer] auront trouvé, en aval de cette peur générée par l’élément hydrique, nombre d’incarnations tératologiques [(les monstres)] à travers des créatures à l’origine légendaire. Divers rites superstitieux de conjuration en témoigneraient :
« Polyphème, Scylla, Circé,


89- Polyphème Aveugle d'Alexander Daniloff

90- « Circé Invidiosa » de John William Waterhouse

les sirènes, Léviathan, Lorelei : autant d’êtres menaçants qui vivent dans l’eau ou en bordure de l’eau. Leur but commun est de happer les humains, de les dévorer ou du moins, comme Circé, de leur faire perdre leur identité d’homme.

91- Léviathan - Gravure de Gustave Doré (1865)


92- Lorelei de Wilhelm Kray

Aussi pour conjurer la mer faut-il lui sacrifier des êtres vivants qui rassasieront – peut-être ? – son appétit monstrueux. Des ex-voto napolitains de la fin du XVIe siècle présentent des navires qui portent à leur proue une peau de mouton. C’était un rite de conjuration de la mer. Au lancement du navire, on tuait un mouton blanc, on arrosait le bateau de son sang et on conservait sa peau à l’avant du bâtiment. » (La Peur en Occident de Jean Delumeau, éd. Fayard, 1978)10.
Pourraient également être convoqués, dans cette optique, quelques-uns de ces monstres lacustres ou marins peuplant l’imaginaire et la mythologie des hommes. [« L’horreur du contact visqueux de ces créatures de cauchemar nées de l’eau noire et montées du monde chaotique des cavernes ténébreuses sollicite les poètes du XVIIe siècleIV :] le Dragon, l’Hydre de Lerne, le Kraken – décrit par l’évêque danois Éric Pontoppidan, en 1752, dans son Histoire naturelle de Norvège – ou bien encore les grands serpents de mer.

93- Kraken - Artiste inconnu

La peur des eaux, force est de le constater, se situe, en règle générale, à la genèse et à la base de tout monstre aquatique exploité sur un mode fantastique, tant et si bien qu’il est possible d’affirmer que le premier des monstres marins n’est autre que la mer elle-même. »

Rapidement, on peut dire de ce texte que la mer, par sa capacité à résister à notre connaissance, à demeurer inconnue, génère et cristallise notre peur. L'océan est producteur d'angoisse. Et parce qu'il fait peur, il devient dans nos esprits la métaphore de cette peur, image qui va se mettre à engendrer quantité de monstres dont le plus abouti sera la mer elle-même, monstre symbole de mort, la plus grande des peurs.
Il va de soi que la mer possède des représentations multiples. Protéiforme, elle est aussi un lieu de vie et un lieu de passage, une lieu de renaissance dont bien souvent les monstres sont les gardiens, les passeurs, les réjuvénateurs. L'eau nous offre la possibilité de concevoir un cycle de vie, de mort, de franchissement et de retour à la vie. Mais ici, nous ne nous intéresserons qu'à son seul aspect mortifère.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 11 Sep - 20:32

B- Un requin au temps des hommes

94- Watson et le requin de John Singleton Coplay (1778)V

Or dans tout cela, parmi tous ces monstres, toutes ces créatures, de requin, point. Pas l'ombre d'un seul.
C'est qu'en Occident, l'animal est peu connu et qu'il ne participe donc pas du folklore populaire, des mythes et des légendes. Remontons le temps et, à travers les époques, cherchons les traces de notre chien des mers.
 

1- L'Antiquité

Comme nous l'avons vu dans la première partie sur l'étymologie du mot, l'Antiquité ne fait qu'assez peu référence à l'animal.
Je cite ici principalement le site Corsica - requins de Méditerranée dans sa section histoire ancienne. Mais je mélange cette source avec d'autres (indiquées en sitographie) et je la complète avec des extraits plus développés et des corrections personnelles mineures (transitions, coquilles, etc...).


a- Le naufrage de la flotte perse
La première mention historique consacrée aux requins est due au grand prosateur Grec, Hérodote d'Halicarnasse (Ve siècle av. J.-C.), honoré comme « Père de l’Histoire ». Ses « Histoires » décrivent la lutte des Grecs contre l’empire Perse. Il rapporte ainsi (Histoire d'Hérodote, Livre VI – Érato, chap. XLIV) qu’au tout début de la Première Guerre Médique, en 492 av. J.-C., la flotte des trières perses conduite par le gendre de Darius fût frappée par une tempête :
« Tandis qu’elle le doublait, il s’éleva un vent du nord violent et impétueux, qui maltraita beaucoup de vaisseaux et les poussa contre le mont Athos. On dit qu’il en périt trois cents [navires] et plus de vingt mille hommes : les uns furent enlevés par les monstres marins [les requins11] qui se trouvent en très grand nombre dans la mer aux environs de cette montagne, les autres furent écrasés contre les rochers ; quelques uns périrent de froid et quelques autres parce qu’ils ne savaient pas nager. Tel fut le sort de l’armée navale. »

95- Trière grecque

Avec l’auteur, on croira difficilement ces chiffres, peu réalistes, mais il n’en demeure pas moins que la zone semblait bien être fréquentée par des requins responsables d’attaques mortelles sur des soldats. Cette passe est toujours considérée comme dangereuse à la navigation du fait des courants et des vents très violents, mais nullement aujourd’hui pour un quelconque risque avec les squales.


b- Le cratère du naufrage
Ce vase de stockage qui servait au mélange du vin et de l’eau est archéologiquement complet. Il proviennent des fouilles de la Pithécusa grecque, menées à Lacco Ameno, sur l’île napolitaine d’Ischia. La scène qui orne la panse et l’épaule est interprétée comme étant celle d’un naufrage. Stylistiquement, le peintre se rattache à l’école attique, au Géométrique Tardif, caractérisé par l’introduction de profils noirs qui apparaissent au milieu du VIIIe siècle avant J.-C.


96- Vase de stockage

Les spécialistes de l’architecture navale pensent que l’embarcation représentée n’est pas l’une des galères ayant conduit les colons Eubéens de la mer Égée à Ischia, vers 770, mais plutôt un navire utilisé par leurs descendants sur la mer Tyrrhénienne. Le navire a chaviré ; des marins sont à la mer, parmi les poissons. Le plus énorme d’entre-eux dévore un homme, dont la tête est à l’intérieure de la gueule.

97- Représentation du naufrage

c- L’Hydrie au monstre de Troie
Un élégant vase de Caere (l’antique Cerveteri, en Étrurie, au nord-ouest de Rome) destiné au service de l’eau a été révélé lors de l’exposition consacrée en 1995 à la collection de l’armateur Stavros Niarkos. Façonné par les mains d’un potier originaire d’Ionie, vers 530-520 av. J.-C., son décor de style Archaïque, aux couleurs vives et aux figures noires, représente une scène mythologique. Un Héraclès, tout en muscles et fermement muni d’un hameçon, s’attaque à un kêtos (monstre marin) à qui Poséidon, dieu de la mer, a ordonné de dévorer les habitants de Troie et de dévaster leurs terres en vomissant de l’eau. Le traitement de la terrible bête n’est pas aussi fantaisiste qu’il peut paraître au premier abord. Selon nous, elle peut être identifiée ici comme étant un grand requin à la gueule béante puissamment armée de dents pointues, avec une série de trois branchies, deux ailerons dressés sur un dos épineux, deux pectorales, une nageoire anale, un ventre clair, un corps ondulant et une queue composée de deux lobes. Diverses autres créatures l’entourent, plus réalistes : un phoque moine, deux dauphins et un poulpe. L’histoire rapporte que le héros entre dans la gorge d’où il ne sort que trois jours plus tard, victorieux !


98- Héraclès et le monstre marin, hydrie du VIe s. av. J.-C., ancienne collection privée Stavros S. Niarchos

Ce vase et son commentaire posent ici quelques soucis car les faits rapportés ne le sont que de la part de deux mythographes. Un autre présente Héraclès mettant le monstre en fuite et à peu près tous les autres auteurs antiques ne font qu'évoquer le sujet en une ou deux lignes. Or, en lisant tous ces auteursVI, on est à peu près convaincu qu'il s'agit ici d'un authentique monstre marin et non d'un requin, même très gros. Par contre, il est tout à fait envisageable que par la suite, l'artiste de l'hydrie s'inspire d'un requin pour évoquer ce monstre. Néanmoins, ce vase date du VIe siècle avant J.-C. Or, les légendes les plus anciennes sont justement celles qui décrivent le mieux le monstre. On voit mal un requin provoquer les ravages décrits par ces mythographes. Alors... ?
L'ensemble des textes que j'ai pu réunir sur ce sujet sont fournis dans la note VI des Extraits de textes où je vous livre quelques réflexions.


d- Des sciences naturelles
Au IVe siècle av. J.-C., le philosophe Aristote (384-322) consacre le tiers de son œuvre à la biologie. Il se fait naturaliste et son bilan ichtyologique s’avère d’une grande pertinence. Il engage ses recherches zoologiques sur la voie de l’anatomie comparée avec une sérieuse hauteur de vue, ce qui ne l’empêche toutefois pas de commettre des erreurs bien pardonnables pour cette lointaine époque. C'est donc en 342 avant Jésus Christ., que commence enfin l’étude des requins et que, par l'entremise d'Aristote, deviennent accessibles les premières connaissances sur ces animaux. Grâce à ses dissections, Aristote décrit les trois types de développement chez les requins : oviparité, ovoviviparité et viviparité (Aristote, Histoire des animaux, Livre V, Chapitre IV, § 1). Cette description qu’il fait de leur mode de reproduction a été confirmée bien plus tard, en 1842. Il distingue également plusieurs espèces : Grand blanc, Requin renard, Requin marteau, Peau bleue Aiguillat, Milandre, Roussette ainsi que certaines raies qui lui sont connues, à l’instar de la Pastenague ou de la Torpille.

99- « Man & Shark »

Puis Pline l'Ancien, en 77 après Jésus Christ, auteur d’une Histoire naturelle en 37 volumes, décrit des attaques de requins contre des hommes (Naturalis Historia, Livre IX, chap. XL et surtout LXX). Je cite :
« Une multitude de canicules (squales) infeste les mers où sont les éponges, au grand danger des plongeurs. Ces hommes disent qu'une espèce de nuage, semblable pour la forme aux poissons plats, s'épaissit sur leur tête, les presse et les empêche de remontera la surface, que pour cette raison ils se munissent de stylets très aigus attachés à des lignes et que le nuage, s'il n'était percé de la sorte, ne s'écarterait pas. Tout ceci n'est, je crois, que reflet de l'obscurité et de la peur : personne n'a jamais parlé d'un animal-nuage, d'un animal-brouillard (c'est le nom qu'ils donnent à cet ennemi). Mais, ce qui est vrai, c'est un combat terrible avec les canicules ; elles attaquent les aines, les talons et toutes les parties blanches du corps : la seule ressource, c'est d'aller au-devant d'elles et de prendre l'offensive ; en effet, elles ont autant peur de l'homme qu'elles lui font peur. Sous l'eau la partie est égale, mais à la surface de l'eau le danger est imminent ; le plongeur perd la ressource d'aller en face de la canicule du moment qu'il s'efforce de sortir de la mer ; son seul espoir est en ses compagnons, qui tirent la corde attachée sous ses bras. Pendant le combat il secoue de la main gauche cette corde, en signe de péril ; de la droite, armée d'un stylet, il soutient la lutte. On le tire d'abord avec assez de lenteur ; mais dès qu'il est dans le voisinage du navire, on le voit mettre en pièces, si on ne l'enlève avec une rapidité extrême ; et souvent, déjà tiré hors de l'eau, le plongeur est enlevé aux mains de ses compagnons, si lui-même, ramassant son corps en forme de boule, ne seconde leurs efforts. D'autres, il est vrai, brandissent des tridents ; mais le monstre a l'instinct de se placer sous le navire, et de là il combat en sûreté. On met donc le plus grand soin à guetter l'approche de ce poisson redoutable (XLVII.). La meilleure garantie est de voir les poissons plats ; ils ne se trouvent jamais dans les endroits où sont des bêtes malfaisantes : pour cette raison les plongeurs les appellent sacrés. »
Pline l'ancien, Histoire naturelle, livre IX, traduction de Dubochet, éd. d'Émile Littré, 1848-1850.


2- Le Moyen Âge


100-  Jonas, jeté à la mer par ses compagnons, avalé par le Kêtos, de Georges Trubert, enluminure (détail du Diurne de René II de Lorraine, Nancy, 1492-93)

L’homme médiéval évoque peu les grands requins. Il les rencontre pourtant, à la faveur de ses navigations ou de ses pêches, mais il reçoit l’héritage des Anciens sans chercher à approfondir ses connaissances. [Je ne souscris pas à cet analyse du Moyen Âge, un peu dépassée.] C'est ainsi que pour lui, par exemple, les dents de requins fossiles sont des glossopètres, des « langues de pierres » pétrifiées provenant de dragons ou de serpents. Broyées en poudre, elles sont un remède contre d'éventuels poisons. Portées en talismans, elles délivrent de mauvais sorts. Pline l'Ancien pensait qu'elles tombaient du ciel durant les éclipses de lune :
« La glossopètre, semblable à la langue de l'homme, ne s'engendre point, dit-on, dans la terre, mais tombe du ciel pendant les éclipses de lune ; elle est nécessaire à la sélénomantie; mais nous avons été rendus incrédules par la vanité d'une promesse comme celle-ci, à savoir que cette pierre fait cesser les vents. »  (Histoire naturelle, livre XXXVII, traduction de Littré ; source de la citation : Wikipédia).
Au Moyen Âge, les hommes pêchent davantage en rivière qu'en mer, si bien qu'on fini par en oublier l'existence du requin qui ne fait plus partie du bestiaire animal de l'époque. Ce sont les espagnols et les anglais qui rencontreront à nouveau les premiers grands spécimens lors de leurs expéditions vers l'Amérique.


a- Après le temps des croisades
Sur la route de Terre-Sainte, des clercs embarquent à bords de vaisseaux emmenant les croisés. Leurs récits évoquent les péripéties du voyage, de part en part de la Méditerranée. Avec les tempêtes on trouve aussi mention de la rencontre de monstres marins.


101- Combat d'Olivier de Bourges contre le montre des mers - Miniature, gouache sur vélin tirée d'un manuscrit de la BNF

Venant de Westphalie, le chapelain Ludolf de Sundheim fit la traversée en 1336 et en 1341 ; il passe au près des côtes de la Corse. Dans son De itinere Terre sancte, il évoque les morsures dévastatrices des requins, rapportant les témoignages collectés à bord :
« Un très respectable marin m’a dit que, dans sa jeunesse, il était sur un petit navire ainsi menacé par ce poisson. Il y avait sur le navire un jeune homme réputé audacieux et dur ; quand le poisson approcha, il ne voulut pas lui donner du pain, mais, avec l’audace qu’il croyait avoir, il se jeta dans l’eau au bout d’une corde, comme on en a l’habitude, pour regarder le poisson d’un air furieux. Mais il fut si effrayé à la vue du poisson qu’il appela ses compagnons pour qu’ils le retirassent avec la corde. Le poisson vit la frayeur de l’homme et, tandis qu’ils le retiraient de l’eau, dansant au bout de sa corde, d’un coup de gueule il le coupa en deux jusqu’au ventre, puis il s’éloigna du navire. »

La geste de ces gens de mer fait même parfois référence à des attaques de bateaux :
« Ce poisson n’est ni très gros, ni très long, mais sa tête est énorme et tous les dommages qu’il cause aux bateaux sont le fait de ses morsures.
Un autre danger, mais qui ne menace que les petits bateaux, est celui des grands poissons. Il y a en mer un poisson que les Grecs appellent truie de mer, que les petits bateaux redoutent beaucoup. Ce poisson ne fait aucun mal aux bateaux, sauf s’il est pressé par la faim. Si les marins lui jettent du pain, il s’en contente et s’en va. S’il ne veut pas s’en aller, il faut qu’un homme le regarde aussitôt d’un air irrité et terrible, alors il s’enfuit effrayé. Mais il faut que l’homme qui le regarde prenne bien soin de n’avoir pas peur du poisson et le fixe avec une audace qui l’horrifie. Si le poisson sent que l’homme a peur, il ne s’en va pas, mord le navire et le lacère. »
(Source : Croisades et pèlerinages : récits, chroniques et voyages en Terre Sainte - XIIe-XVIe siècle, de Danielle Régnier-Bohler (sous la dir. de.), éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, paris 1997).VII


b- La représentation du Mal
En Sicile, une grotte littorale a été aménagée en chapelle, placée sous le vocable de Santa Margherita (Sainte-Marguerite d’Antioche), dont la Légende Dorée veut qu’elle sortit du ventre d’un monstre qu’elle transperça d’une croix après avoir été avalée. [Cette légende ne vous rappelle rien ?] L’accès au lieu de culte, proche du village médiéval de Scopello (« Castellammare del Golfo », sur la côte nord-occidentale de l’île), se situe à une cinquantaine de mètres au-dessus de l’eau, sur une falaise escarpée ; il se fait plus facilement par mer que de façon pédestre. Un ensemble de fresques orne les surfaces rupestres ; pour les plus anciennes, les spécialistes avancent les XIIIe et XIVe siècles, avec des superpositions plus récentes en certains points, courant du XVIe au XVIIe siècle.

102- « La grotta di Santa Margherita a Castellammare del Golfo »

Au fond de la grotte, sous une partie voûtée, apparaît une représentation qui, dans ce contexte religieux, peut être assimilée à une évocation du Mal et, a contrario, être parée d’une vertu protectrice, apotropaïque [de ce qui conjure le mauvais sort]. Le corps est recouvert par un triptyque destiné à honorer la sainte martyre et autres personnages nimbés, désormais non identifiables. La partie la plus lisible correspond manifestement à une tête assez naïve : celle d’un grand requin menaçant, aux dents pointues et à la langue pendante.

103- Détail de la fresque, gueule de requin

D’après Aldo Occhipinti, La grotta di Santa Margherita a Castellammare del Golfo, sur le BlogSicilia, 2009 (Voir la sitographie n° 93).
Il existait, à proximité, une tonnara [madrague]. On peut raisonnablement songer que la communauté des pêcheurs qui exploitait ce piège à thon était attachée à cet oratoire ; un tel monstre marin a pu constituer une prise accessoire mémorable.


3- Les Temps Modernes


104-  Un étrange poisson (une raie ?) au secours d'un homme assailli par des squales (« Carta marina », détail, 1539).
Nous sommes à la toute fin du Moyen Âge et au début des Temps Modernes. C'est à cette époque, en 1539 que la Carta marina du suédois Oläus Magnus (1490-1557) est imprimée à Venise. Les monstres marins qui agrémentent sa carte seront copiés de nombreuses fois. (Vous pouvez retrouver un texte explicatif sur cette carte dans le sujet : Les plus belles cartes anciennes, par VIC.) Cette carte nous montre, si besoin était, à quel point la mer est peuplée de créatures gigantesques, écrasant les navires de leur masse, monstres de toutes sortes, parfois démoniaques, comme celui dont le corps s'orne d'yeux rougeoyants. C'est ici le gargantuisme qui domine, des bêtes massives dissimulées par les eaux noires de la mer et de l'inconnu.

105- « Carta Marina » d'Oläus Magnus (1539)

106- Représentation médiévale des requins [??], par Oläus Magnus, aux alentours de 155012

Mais cette fantaisie va bientôt devoir s'effacer. Car cette époque est marquée d'un réel renouveau scientifique, par l'imprimerie, la diffusion du savoir et les découvertes géographiques importantes ... Bref, le monde se redécouvre. Et bien que chez les marins, la peur de la mer et des monstres abyssaux reste très présente, elle n'affecte pas vraiment l'homme ordinaire. Ce qui a pour effet de n'apporter que fort peu de nouvelles légendes ou de nouvelles peurs sur le requin, bien au contraire. On classifie l'animal, qui ce faisant quitte la sphère de l'inconnu pour peu à peu pénétrer dans celle de la sphère naturelle, de la zoologie, du monde représentable et appréhendable, du connu. C'est ainsi que le requin va se montrer de plus en plus au travers des livres d'histoire naturelle. Mais les fantasmes ne cessent pas non plus automatiquement. Le soucis du réel, mélangé à une vérité encore approximative et une sorte de besoin irrépressible de faire de la bête un monstre, finissent par accoucher d'illustrations surprenantes, où la vérité qui s'éveille et le fantasme qui s’assoupit se disputent une place nécessairement restreinte. Comme cet aspect de l'animal s'éloigne quelque peu de l'imaginaire qui est notre fil rouge, il ne sera que très rapidement évoquée, principalement au moyen d'illustrations de l'époque. Les liens présents dans la sitographie et l'iconographie permettront à ceux que le sujet intéresse de poursuivre plus avant une lecture de l'histoire scientifique du squale.

Commençons avec Guillaume Rondelet (1507-1566), médecin et naturaliste montpelliérain, qui se forge une grande réputation avec ses travaux sur les poissons, au point qu’on le considère comme le « père de l’ichtyologie moderne ». Il fait de larges emprunts à Aristote et à d’autres auteurs antiques mais il va bien au-delà de leur travaux, en se fondant notamment sur les dissections, et rectifie ainsi un bon nombre d’erreurs ou d’idées fausses.
En 1554, il publie un ouvrage sur les poissons de mer, qui reçoit un large succès, grâce principalement à ses figures gravées sur bois mais aussi aux témoignages recueillis parmi les pêcheurs : De piscibus marinis, libri XVIII, in quibus veræ piscium effigies expressæ sunt (L'histoire entière des poissons) où il écrit :
« Ce poisson mange les autres, il est très goulu, il dévore les hommes entiers, comme on a connu par expérience ; car à Nice et à Marseille on a autrefois pris des Lamies, dans l'estomac desquelles on a trouvé homme armé entier. »

S'en suivront une importante série d'ouvrages sur le sujet. Citons pêle-mêle :
Aquatilium animalium historiae, liber primus, cum eorumdem formis, aere excusis (1554), du  médecin italien Ippolito Salviani ; La Nature et diversité des poissons (1555) par le français Pierre Belon ; Historiae animalium (1558), livre quatre Piscium & aquatilium animantium natura du suisse Conrad Gessner ; De glossopetris dissertatio (1616), article du botaniste italien Fabio Colonna ; Histoire naturelle et morale des îles Antilles de l'Amérique (1658), de César de Rochefort ; La Table des poissons (1666) du britannique Francis Willughby ; étude sur les torpilles (1678) par Stefano Lorenzini ; De Historia Piscium Libri Quatuor (1686) par Francis Willughby et complété par le naturaliste John Ray ; Recherche sur les usages du grand nombre de dents du Canis carcharias (1749), mémoire de François-David Hérissant ; Systema Naturæ (1758), 10e édition, œuvre collective publiée par Carl Von Linné ; Traité général des pêches et histoire des poissons (1772) par Henri Louis Duhamel De Monceau ; Allgemeine Naturgeschichte der Fische (de 1783 à 1795) par le naturaliste allemand Marcus Elieser Bloch ; Histoire naturelle des poissons (1798) par le zoologiste français Bernard Germain de Lacépède.

Je vous propose maintenant pour illustrer cette liste d'ouvrages, principalement issu des sites nous présentant le requin et son histoire, une série de dessins et de gravures qui permettent de nous figurer la manières dont nos ancêtres cultivés se représentait les squales :


107- « Canis carcharias » dans la version latine du livre de Belon : « La nature et la diversité des poissons » (1555)


108- La « lamie » dans l'édition française du livre de Rondelet : « L'histoire entière des poissons » (1558)


109- « Canis carcharias », une gravure d'après un spécimen asséché, dans : « Piscium & aquatilium animantium natura » (1558)


110- Tête de requin illustrant « De Piscibus » par Ulisse Aldrovandi (1613)
Aldrovaldi arrive parfois à combiner un réalisme impressionnant (ici un requin parfaitement reconnaissable) avec de parfaites chimères.


111- « Tiburao », tel que le nommait les portugais, aquarelle (1634)


112- « A sharke fish » : « A description of the Persian Monarchy » (1636)


113- Lamiae Piscis Caput. par Niels Stensens (1667)

Aussi étrange que cela puisse paraître selon nos normes actuelles, cette image d'une tête disséquée d'un requin blanc géant a réellement été un progrès important en biologie marine. Pendant des années (voir ci-dessus), les dents de requins fossilisées ont été considérées comme des langues de pierre ou glossopètres. Or, on trouve de nombreuses glossopètres dans l’île de Malte. Une légende populaire veut que saint Paul, au cours de son voyage à Rome, ait fait naufrage sur les côtes de Malte et, réfugié sur cette île, qu'il ait été mordu à la main par un serpent mais qu'il ne lui soit rien arrivé. Il priva alors de venin tous les serpents de l’île en transformant leur langue en pierre. C'est ainsi que de simples « langues de pierre », les dents de requins fossilisées, sont devenues des langues pétrifiées de serpents. Niels Stensen (1638 - 1686) a donc correctement identifié les glossopètres comme étant des dents de requins, mais il ne fut pas la première personne dans l'histoire à le faire. En fait, l'image de Stensen a été tirée d'une œuvre inédite du XVIe siècle réalisée par le médecin papal Michele Mercati.

114- Tête de requin illustrant « Vain Speculation Undeceived by Sense » de Agostino Scilla (1670)
Bien que la représentation d'une tête de requin disséqué par Stensen (aussi dénommé Steno) ait été un pas en avant dans la précision scientifique, Scilla (1629 - 1700) sentait qu'il pouvait améliorer le travail de Steno. Scilla était un peintre accompli et un numismate. Il croyait - et il en a informé ses lecteurs - que son expérience en ces domaines lui procurait une perspective sur les fossiles et les divers spécimens naturels que les autres artistes ne possédaient pas. Rares sont les pièces de monnaie antiques représentant le même empereur et provenant de la même monnaie. De même, rares sont les visages humains se ressemblant. Là où d'autres voyaient l'uniformité des requins et de leurs dents, Scilla y voyait une individualité. Il a ainsi produit des représentations détaillées de différents types de requins, dont le requin-marteau, allant encore un peu plus loin que Steno dans le travail de précision.

115- Arran, le site d'une chasse au requin en 1770


116- « Squalus carcharias », issu de « Allgemeine Naturgeschichte der Fische », gravure (1795)


117- « Le requin », gravure pour la nouvelle édition du livre de Lacépède (1798) : « Histoire naturelle » (éd. 1881)

Un fait est tout de même à signaler :
Durant l’une des nombreuses expéditions autour du monde du célèbre Capitaine Cook, une attaque de requin est pour la première fois précisément relatée. Alors que le Discovery était ancré face à l’île d'Hawaï, Thomas Edgar, maître d’équipage, assiste et relatera dans son journal de bord daté du 23 décembre 1778 l'événement suivant :
« À 11 heures 30, un très grand requin attaqua un homme dans l’eau. Dès que l’indigène le vit ouvrir la bouche et se tourner sur le côté pour lui saisir la cuisse, il le frappa sur le museau avec la main. Immédiatement, le requin s’éloigna... »
Le début d'une très longue liste des attaques de requins.

118- Le voilier du capitaine Cook dans la baie de Kealakekua (Hawaï)

4- Le XIXe siècle

Un siècle étonnant pour le requin. Étonnant en ce sens que les découvertes scientifiques et les données ichtyologiques ne cessent de s'accumuler, quoiqu'avec lenteur. De 1770 à 1870, les publications scientifiques s'accélèrent et on assiste ainsi à l’émergence de données scientifiques fiables. Un exemple : les grandes campagnes océanographiques du XIXe siècle (H.M.S. Challenger autour du monde, du Travailleur et du Talisman dans le golfe de Gascogne, campagnes du prince Albert 1er de Monaco) permettent enfin d’étudier les requins avec une vraie rigueur scientifique. Peu à peu, la fiction paraît quitter les récits des naturalistes. Le squale devient dans la pensée de la plupart des gens, un animal, un grand prédateur au même titre que le lion. Or, ce changement d'état, lentement, subtilement, va - de façon paradoxale - faire naître une peur nouvelle, une angoisse précise, ciblée et finalement très ancienne : celle de se faire dévorer.


119- Le Petit Buffon illustré : histoire et description des animaux extraites des œuvres de Buffon et de Lacépède

C'est ainsi que, jouant sur cette peur de l'ogre mangeant les enfants, nous retrouvons dans les années 1800, des années enclin à l'approximation et à l'exagération, comme le montre ce passage de 1876, tiré du Petit Buffon illustré des enfants, le requin qui est décrit de manière terrifiante :
« Cet être vorace est le tigre de la mer. Il atteint quelquefois dix mètres de longueur ; sa gueule et son gosier sont très larges et lui permettent d’avaler un homme avec beaucoup de facilité, aussi en a-t-on trouvé maintes fois dans leur corps ; on cite un requin, dans le ventre duquel on trouva deux hommes, dont l’un avait des bottes et l’épée au côté. [...] En somme, cet animal, armé pour la bataille, ne redoute que bien peu d’ennemis et il ravagerait le monde de la mer, sans le cachalot qui l’arrête dans son œuvre de destruction, en le détruisant lui-même. Le requin montre une grande avidité pour la chair humaine ; une fois qu’il en a goûté, il ne cesse de fréquenter les parages où il espère en trouver. »
Très clairement, ce passage fait d'un animal connu, un monstre. Il y a ici une exagération réelle, voulue, alors que les connaissances et les savants de l'époque permettraient de démontrer le contraire. Le Petit Buffon illustré pour les enfants donne au requin le rôle de monstre amateur et avaleur de chair humaine !
Un ventre, une gueule, des mâchoires tueuses, donc... La légende du requin, prédateur sanguinaire commence à se répandre. Mais à l'époque, elle a encore de la concurrence. Pourtant, des images et des histoires commencent à le mettre en scène. Nous sommes en 1868 et :

120- Dessin provenant du Harper's Weekly (1868)

« Le Harper's Weekly est un magazine hebdomadaire politique américain publié à New York par la maison d'édition Harper & Brothers de 1857 à 1916. Ses centres d'intérêts sont l'actualité étrangère et domestique, la fiction, la publication d'essais sur les sujets les plus divers et l'humour. » (Source : Wikipédia)
Et ce « merveilleux poisson » qui y est alors décrit a plus tard été identifié comme étant un requin pèlerin. La représentation est assez précise si l'on ignore les jambes, mais il est assez difficile de ne pas le faire. Ce requin avait été partiellement décomposé par le temps lorsqu'il a été esquissé. On peut y voir la source de l'erreur, mais aussi la vie dure des monstres marins. La taille colossale n'est pas une erreur : les requins pèlerins sont parmi les plus gros poissons vivant aujourd'hui et peuvent mesurer jusqu'à 12 mètres de long.

Au XIXe siècle, Jules Verne met en scène quelques requins dans ses romans comme dans Les enfants du capitaine GrantVIII qui, fait amusant, sort la même année où notre dessin de requin pélerin voit le jour dans les pages du Harper's Weekly. Reprenant l'imaginaire de Lacépède, un naturaliste du XVIIIe siècle, le romancier prête au requin un présage de mort, il décrit l'animal comme un cercueil vivant. Mais c'est encore le Kraken, le terrible poulpe géant ou Moby Dick (1851) qui jouent alors le rôle de monstre marin tueur d'hommes. Plus pour très longtemps, car bientôt, le requin va frapper très fort et relayer l'immense pieuvre et la baleine tueuse au rang de créatures de livres pour enfants.


S'il fallait un conclusion

Avec le XIXe siècle, le nouveau requin est en gestation. Il n'est définitivement plus un monstre marin - ceux-ci ne sont plus que des illusions que la Recherche a évacuer de sa réalité - et il n'est pas encore devenu un monstre moderne. Mais paradoxalement, l'empiétement du monde scientifique dans le domaine des croyances et le recul de l'ignorance (chez les scientifiques et les personnes ayant fait des études) n'entament en rien la propension humaine à la peur et au fantasme. Cela ne fait que décaler un phénomène complexe.
Car durant l'Antiquité et le Moyen Âge, on ne décrit pas vraiment le requin comme un monstre, mais plutôt comme un prédateur : ce n'est pas une créature mythique, fantasmée ou devinée. Ce n'est qu'une bête qui rarement se métamorphose ou se mélange avec les monstres. Il réside à la frontière car si son existence est vérifiable, elle véhicule nombre d'inconnus et de conclusions mortelles. Mais ce n'est pas un serpent de mer, ni un kraken, ce n'est ni un noyé ou une kelpie, encore moins une tempête ou des récifs se déplaçant. Le requin peut donc éventuellement effrayer, comme avec le supplice de la planche chez les pirates, mais il ne crée pas d'angoisse.
Or, de nos jours, le monstre marin en tant que tel a moins de prise sur nos frayeurs et nos peurs profondes qu'auparavant. Les chercheurs, la science moderne se sont chargés de démêler le vrai du faux et ont essayé de faire la part de ce qui est du domaine de la superstition, des croyances, de celui du simple fait scientifique. C'est ainsi qu'avec le temps et les générations, l'emprise du monstre des abysses recul et que nous sommes assez peu enclin à croire vraiment au Léviathan des mers, aux sirènes envoûtantes ou à l'axolotl démesuré et monstrueux. Cela ne déclenche plus la moindre peur profonde. Mais l'angoisse de l'inconnu, de l'infini, de non maîtrisable - lui - existe toujours. D'autant plus fortement qu'il n'a plus rien pour le combler, le satisfaire. Et voilà qu'ainsi la fonction des créatures réelles mais dangereuses, particulièrement celles résidant dans des régions hostiles à l'homme, augmente dans notre inconscient. Nous nous tournons vers quelque chose qui, tout en faisant écho à nos peurs primaires, ne heurte plus nos esprits devenus confortablement cartésiens.
Il nous faut donc abandonner les oripeaux de nos anciennes superstitions pour nous en inventer de nouvelles... Et en l'occurrence, le fait divers associé aux nouveaux outils de communication va, peut-être, réaliser cette alchimie étrange : la création d'un monstre moderne.


À suivre ...



121- Nuit - Artiste inconnu
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 11 Sep - 20:32

Extraits de texte
Lorsque dans la sitographie ou l'iconographie, vous rencontrez une astérisque (*), cela signifie que la référence concerne aussi cette section, celle des Extraits de textes.
De plus, les références sitographiques et iconographiques suivent la « logique » de progression du texte : cela veut dire que ces références en annexe ne sont pas renvoyées en fin de liste, mais bien incorporées là où elles apparaissent dans le cours du texte, ceci afin, je l'espère, dans facilité l'accès, vu leur nombre.


I-
« - Débordez ! cria Achab en secouant l'étreinte de son second. Paré, l'équipage !
En un instant la pirogue eut débordé près de la poupe.
- Les requins ! les requins ! cria une voix du hublot bas de la cabine, ô maître, mon maître, revenez !
Mais Achab n'entendit rien car à ce moment-là il élevait la voix et sa baleinière fila.
Pourtant la voix disait vrai. À peine la pirogue s'était-elle éloignée du navire, que de nombreux requins, émergeant semblait-il des eaux sombres sous la quille, vinrent méchamment mordre les pelles des avirons, chaque fois qu'elles plongeaient dans l'eau et c'est ainsi qu'ils accompagnèrent de leurs dents la baleinière. Ce n'est pas chose inhabituelle dans ces mers qui en sont infestées ; les requins parfois semblent avoir la même prescience que les vautours qui planent au-dessus des étendards des armées de l'Est en marche. Mais c'étaient les premiers squales vus par le Péquod depuis que la Baleine blanche avait été signalée. Était-ce dû à l'équipage des barbares à peau jaune tigre de l'équipage d'Achab, leur odeur musquée flattait-elle davantage l'odorat des requins, il est reconnu qu'ils y sont sensibles, était-ce pour une autre raison, toujours est-il qu'ils suivaient sa seule pirogue sans s'attaquer aux autres. »

Herman Melville, Moby Dick, Chapitre CXXXV, p. 564, traduction de Henriette Guex-Rolle, Garnier-Flammarion, 1851, 1989.

122- Moby Dick - Artiste inconnu

II-
« Quelques pêcheurs parmi les plus jeunes, ceux qui emploient des bouées en guise de flotteurs pour leurs lignes et qui ont des bateaux à moteur, achetés à l'époque où les foies de requin se vendaient très cher, parlent de l'océan en disant « el mar », qui est masculin. Ils en font un adversaire, un lieu, même un ennemi. »
« Il avait vu la seconde nageoire percer près de la première, et reconnut deux requins-marteau à leur nageoire triangulaire marron et au mouvement d’ondulation de leur queue. Ils avaient repéré la trace et étaient excités, et dans la stupidité et l’excitation de leur énorme faim ils ne cessaient de perdre et de retrouver la trace. Mais chaque fois d’un peu plus près. […]
Il pouvait voir leur tête large et aplatie et le museau en forme de marteau maintenant, et leurs nageoires pectorales aux extrémités plus claires. C’étaient les pires des requins, à l’odeur de pourri, tuant ou vidant les charognes, et quand ils avaient faim ils mordaient tout ce qui bougeait sur le bateau, avirons ou gouvernail. De ces requins qui mangeaient les pattes des tortues ou leurs nageoires quand elles dormaient à la surface, et, s’ils avaient faim, attaquaient un homme qui se baignait, même s’il n’avait pas d’odeur de poisson ni d’odeur de sang sur lui. »

1er extrait : Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer, 1951 (sans référence de page, d'éditeur, de traducteur) ;
2e extrait : Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer, p. 124-125, traduction de François Bon, Publie.net édition, 1951, 2012.


123- L'attaque des requins - Artiste chinois inconnu

III-
«  Ce que tu vois émerger de l’eau et qui nous suit n’est pas une chose, mais bel et bien un K.
C’est le monstre que craignent tous les navigateurs de toutes les mers du monde. C’est un squale effrayant et mystérieux, plus astucieux que l’homme. Pour des raisons que personne ne connaîtra peut-être jamais, il choisit sa victime et une fois qu’il l’a choisie, il la suit pendant des années et des années, toute la vie, s’il le faut, jusqu’au moment où il réussit à la dévorer. »
« Il n’eut pas à ramer longtemps. Tout à coup le mufle hideux du K émergea contre la barque.
« Je me suis décidé à venir à toi, dit Stefano. Et maintenant, à nous deux ! » Alors, rassemblant ses dernières forces, il brandit le harpon pour frapper.
« Bouhouhou ! » mugit d’une voix suppliante le K. »

Dino Buzzati, Il colombre, traduction de Jacqueline Remillet, Le K, éd. Laffont, 1966, 1967.


124- Le K - Artiste inconnu

IV-
« L'époque classique, à de rares exceptions près, ignore le charme des plages de la mer [...]. Une chape d'images répulsives gêne l'émergence du désir du rivage. La cécité comme l'horreur s'intègrent à un système global d'appréciation des paysages naturels, des phénomènes météorologiques et des impressions cénesthésiques dont la configuration se dessine peu à peu depuis la Renaissance. Bien comprendre la genèse des lectures et des pratiques nouvelles du paysage littoral qui s'opère vers 1750 implique de saisir au préalable la cohérence du faisceau de représentations qui fonde la répulsion.
[...]
La Genèse impose la vision du « Grand Abyme », lieu de mystères insondables ; masse liquide sans repères, image de l'infini, de l'insaisissable sur laquelle, à l'aube de la Création, flottait l'esprit de Dieu. Cette étendue palpitante, qui symbolise, mieux, qui constitue l'inconnaissable est en soi terrible. Il n'y a pas de mer dans le jardin d'Éden. L'horizon liquide à la surface duquel l'œil se perd ne peut s'intégrer au paysage clos du paradis. Vouloir pénétrer les mystères de l'océan, c'est frôler le sacrilège, comme vouloir percer l'insondable nature divine ; saint Augustin, saint Ambroise et saint Basile se sont plu à le répéter.
[...]
L'océan constitue la relique de cette substance primordiale indifférenciée qui avait besoin, pour devenir nature créée, de se voir imposer une forme. Ce règne de l'inachevé, vibrant et vague prolongement du chaos, symbolise le désordre antérieur à la civilisation. [...] Il inspire du même coup une profonde répulsion. [...]
Plus prégnant encore, le récit du déluge. L'océan apparaît alors, selon les auteurs, comme l'instrument de la punition et, dans sa configuration actuelle, comme la relique de la catastrophe.
[...]
La Théorie de la Terre de Thomas Burnet [de 1680, qui est une tentative d'expliquer de manière géologique l'apparence physique du globe, tout en le conciliant avec les écrits bibliques et notamment le Déluge, suppose que] la mer actuelle n'est que ce grand abîme à nouveau enchaîné par Dieu ; son bassin, ses littoraux, les montagnes qui le délimitent datent du déluge ; ils constituent « le plus effroyable spectacle offert par la Nature ».
De ce fait, selon toute probabilité, le fond de la mer revêt un aspect chaotique [...]. Si ce sol horrible et monstrueux venait à se découvrir, les hommes verraient se déployer sous leurs yeux la cavité la plus difforme de la terre. « Si profonde, creuse, énorme ; si fracturée, si désordonnée, si déformée et monstrueuse en tout. De quoi stimuler notre imagination. De quoi nous demander, avec étonnement, comment tel phénomène advint dans la Nature [...].
À en croire Richard Kirwan [médaille Copley en 1782] l'air qui infecte la terre résulte, lui aussi, du déluge ; il constitue le malodorant vestige du méphitisme qui régna lors du retrait des eaux, tant que la surface de la terre resta couverte de la chair morte et putréfiée des animaux noyés. Pour échapper à ces émanations, assure Kirwan, les hommes continuèrent longtemps d'habiter les montagnes. Cette intéressante conviction, suscitée par la hantise de l'infection inscrite dans la tradition néo-hippocratique, conforte l'image répulsive du rivage.

125- Le Déluge de Joseph Mallord William Turner (1805)
[...]
Cette cosmologie sacrée, évoquée ici à trop grands traits, impose de la mer et des créatures qui l'habitent certains schèmes d'appréciation et leur confère une prégnante valeur symbolique. Par la figure du Léviathan, « le monstre qui est dans la mer », la Bible a consacré le caractère tératologique du poisson. Celui-ci découle d'ailleurs logiquement du récit de la Création. C'est de la mer que surgit le dragon que vient pourfendre l'archange saint Michel. Les périples des moines irlandais du Moyen Age, notamment celui de saint Brandan sont venus conforter cette interprétation. Selon le récit de Benedeit, il fallut toute la sainteté du héros pour apaiser les horribles bêtes montées des profondeurs de l'abîme. Beowulf doit plonger dans le loch ténébreux pour tuer la femelle innomée qui a engendré le monstre Grendel ; autre légende qui témoigne de la terreur inspirée par les créatures marines apparues sur les bords de l'océan septentrional. Au XVIe siècle, l'évêque suédois Olaus Magnus accorde un grand crédit aux monstres de la mer. En 1751, à l'issue d'une enquête minutieuse auprès des marins, Erich Pontoppidan consacre encore un long chapitre de son Histoire naturelle de la Norvège à ce serpent de mer que les pêcheurs appellent le Kraken. L'horreur du contact visqueux de ces créatures de cauchemar nées de l'eau noire et montées du monde chaotique des cavernes ténébreuses sollicite les poètes du XVIIe siècle. Spenser, établi en Irlande, dit comment le saint pèlerin, compagnon de Sir Guyon en route vers l'Ile des Délices, a su, en touchant les flots de son bâton, calmer et obliger les bêtes menaçantes à s'en retourner dans les profondeurs de l'océan. Milton, en une saisissante image, fait camper et s'accoupler les monstres marins dans les palais submergés par les eaux du déluge. L'océan, liquide repère des monstres, est un monde damné dans l'obscurité duquel s'entre-dévorent les créatures maudites.
L'océan chaotique, envers désordonné du monde, séjour des monstres, agité des puissances démoniaques, se dessine [aussi] comme l'une des figures insistantes de la déraison ; la violence imprévisible de ses tempêtes hivernales atteste sa démence. Jean Delumeau souligne combien est fréquente l'association établie entre la mer et la folie ; il évoque à ce propos l'image de Tristan rejeté par les mariniers sur les côtes de Cornouailles, et la nef, instrument flottant de l'exclusion des fous, confiés à l'élément qui s'accorde à leur fantasque comportement.
[...]
Les rivages de la mer et les populations qui les habitent participent de toutes les images répulsives précédemment évoquées. La ligne du contact des éléments constitutifs du monde est aussi celle de leur affrontement et de leur folie ; c'est là que le précaire équilibre qui s'établit entre eux risque de se défaire ; c'est d'abord sur ce limes que s'accomplira la submersion, que débutera la chaîne des cataclysmes. C'est sur ce bord mieux qu'en tout autre lieu que le chrétien peut venir contempler les traces du déluge, méditer sur l'antique punition, éprouver les signes de la colère divine. Seul le port, théâtre du désir, de la nostalgie et de la liesse collective, échappe à ce schème répulsif. »

Alain Corbin, Le territoire du vide : L'Occident et le désir du rivage, page 11 à 20, extraits, éditions Flammarion, 2010.


126- Les Âges de la vie (détail) de Caspar david Friedrich vers 1834

La quatrième de couverture :
« À l’aube du XVIIIe siècle, les colères de l’océan accentuent la répulsion inspirée par les grèves désertes et lugubres. Nulle part, excepté dans l’œuvre de rares individus, ne se dit l’admiration pour l’espace infini des flots ; nulle part ne s’exprime le désir d’affronter la puissance des vagues, de ressentir la fraîcheur du sable. C’est entre 1750 et 1840 que s’éveille puis se déploie le désir collectif du rivage. La plage alors s’intègre à la riche fantasmagorie des lisières ; elle s’oppose à la pathologie urbaine. Au bord de la mer, mieux qu’ailleurs, l’individu se confronte aux éléments, jouit de la sublimité du paysage. Le long des grèves septentrionales, l’alternance du flux et du reflux, le spectacle d’un peuple de « petits pêcheurs », simple, héroïque et redoutable, conduisent l’errance et la rêverie. Dans le saisissement de l’immersion, qui mêle le plaisir et la douleur de la suffocation, s’élabore une façon neuve d’appréhender son corps. »


V-
« L'œuvre relate un accident qui est arrivé au commanditaire du tableau lorsqu'il avait 14 ans à Cuba, en 1749. Orphelin il servait comme membre d'équipage sur un navire marchand. Alors qu'il nageait seul dans le port, il est attaqué par un requin. Ses compagnons, qui attendaient à bord pour accompagner leur capitaine à terre lancèrent un canot à la mer pour le secourir. Il fut sauvé par son courage et celui de ses amis mais sa jambe fut arrachée par un requin. À l'arrière-plan, est représenté le port de La Havane. Brook Watson, riche armateur, a commandé ce tableau à Copley pour l'exposer dans son école. »
Attention, il ne s'agit bien évidemment pas de la gravure ci-dessus, présente uniquement pour illustrer notre propos.

Source : Arpoma, voir lien iconographique 94.


127- Le matelot et le requin de T. Ruhierre (1837)

VI-
Bienvenue dans cette partie consacrée à Héraclès et Hésioné.
Je vous présente d'abord les textes originels dans ce que j'espère être l'ordre chronologique. Puis je vous propose des commentaires sur ces mêmes textes et leurs compilations éventuelles, afin de les éclairer et de mieux comprendre cet aspect de la légende. Seul Hygin (Caius Julius Hyginus, né en 67 av. et mort en 17 ap. J.-C.), dont je n'ai trouvé ses Fables qu'en latin (celle qui nous aurait intéressé est numérotée 89), ne sera pas mentionné ci-dessous. Et c'est avec le dernier auteur, Valerius Flaccus que l'histoire est la plus longue et la plus développée.

128- Hercule sauve Hésioné d'un monstre marin - Gravure par un artiste inconnu

α- Homère : fin VIIIe s. av. J.-C.
« Ayant ainsi parlé, le dieu aux cheveux d'un bleu sombre les conduisit sur le terrassement du rempart circulaire, sur les hauts remparts que les Troyens et Pallas Athéna avaient édifié au divin Héraclès, afin qu'il pût échapper en courant au monstre marin, lorsqu'il était par lui, loin du rivage, poursuivi dans la plaine. »
L'Iliade, chant XX, traduction de M. Meunier, éd. Le livre de poche, p. 450, 1956, 1972.

β- Hellanicos de Lesbos : aux alentours du Ve s. av. J.-C.
Pas de source ici. Il n'a laissé que des fragments. Celui qui nous intéresse est consultable en allemand dans la somme encyclopédique « Die Fragmente der griechischen Historiker » en quinze volume, sous la référence 4F26b Jacoby.


129- Héraclès et Hésioné

γ- Lycophron de Chalcis : aux alentours du début du IIIe s. av. J.-C.
« Hélas ! hélas ! malheureuse nourrice, livrée aux flammes, comme autrefois par la flotte et l'armée du lion des trois nuits, qui disparut dans la large gueule du chien de Neptune ! Là, vivant, tandis qu'il hachait les entrailles du monstre, brûlé dans le ventre de cette marmite, sur ce fourneau sans feu, il vit tomber la chevelure de sa tête, lui, le meurtrier de ses enfants, le fléau de ma famille. C'est lui qui frappa à la poitrine d'une flèche acérée sa belle-mère, invulnérable déesse, et qui, au milieu du stade, porta dans ses bras le corps de son père le Lutteur, près de la haute colline de Cronos où se trouve la tombe du géant Ischène qui effarouche les chevaux ; c'est lui, qui tua sur sa grotte la chienne sauvage, nageant comme un poisson autour des baies et des détroits de la mer d'Ausonie, lionne qui lui mangeait ses taureaux, et que de nouveau son père [Phorcys], en brûlant ses chairs avec des torches, rendit à la vie, ne craignant plus Proserpine, la déesse des enfers. Enfin, sans épée et par ruse, un mort l'a tué, lui qui avait étreint jadis Hadès lui-même dans ses bras. »
Cassandre, vers 33 à 51, traduction de F.D. Dehèque, éd. Durand et Klincksieck, 1853. Lycophoron suit la version d'Hellanicos.

130- Hercule et Hésione de Bartolomeo Salvestrini (1630)

δ- Diodore de Sicile : Ier siècle av. J.-C.
« Ils partirent ensuite du port d'Iolcos ; ils avaient déjà dépassé le mont Athos et Samothrace lorsqu'une tempête les jeta sur le cap Sigée, dans la Troade. Là ils firent une descente, et trouvèrent, dit-on, sur le bord de la mer une fille qui y était enchaînée pour les motifs suivants : selon le récit mythologique, Neptune, irrité contre le roi Laomédon, au sujet de la construction des murs de Troie, envoya un monstre marin qui enlevait subitement les habitants de la côte et les laboureurs des campagnes voisines. En outre, une maladie contagieuse désolait la population, et détruisait même les récoltes en sorte que tout le monde fut épouvanté de l'immensité du fléau. Le peuple s'étant assemblé pour chercher un remède à ces maux, le roi envoya consulter Apollon. L'oracle répondit que la cause de ces maux était la colère de Neptune, et qu'elle cesserait dès que les Troïens auraient exposé en pâture au monstre celui de leurs enfants que le sort aurait désigné. Tous les sorts ayant été jetés, on tira celui d'Hésione, fille du roi. Laomédon fut donc obligé de livrer sa fille ; elle venait d'être enchaînée sur le bord de la mer, lorsque Hercule descendit à terre avec les Argonautes. Dès que cette fille lui eut appris son infortune, Hercule brisa les chaînes qui la tenaient attachée, et, entrant dans la ville, il promit au roi de tuer le monstre. Laomédon accueillit cette offre, et promit en récompense ses juments invincibles. Hercule tua le monstre. On laissa à Hésione le choix de suivre son libérateur ou de demeurer auprès de ses parents, dans sa patrie. Hésione, qui préférait son bienfaiteur à ses parents, et qui craignait que ses concitoyens ne l'exposassent de nouveau si le monstre venait à reparaître, aima mieux vivre avec l'étranger. Comblé d'honneurs et de présents, Hercule confia à Laomédon la garde d'Hésione et des juments promises, jusqu'à son retour de la Colchide, et il se rembarqua avec les Argonautes, poursuivant ardemment leur entreprise. »
Bibliothèque historique, Livre IV, chapitre XLII, traduction de F. Hoefer, éd. en quatre volumes chez Delahays, Paris, 1851.

ε- Strabon : vers 64 av. J.-C. et mort entre 21 et 25 après J.-C.
« Peut-être bien qu'aussi les Iliéens s'excuseraient en disant que ces derniers faisaient à Troie une guerre juste et Hercule, au contraire, une guerre injuste, dans le but uniquement de se rendre maître des coursiers de Laomédon. Mais à cela même il serait facile d'opposer le témoignage de la Fable ; car, suivant la Fable, les coursiers de Laomédon ne furent pour rien dans les violences d'Hercule, dont le seul motif fut le déni qui lui fut fait de la récompense solennellement promise à l'occasion d'Hésione et du monstre marin. »
Géographie, livre XIII, 1, 32., traduction d'A. Tardieu, éd. Hachette, Paris, 1867.


131- Héraclès délivrant Hésione de François le Moyne (1700)

ζ- Ovide : né en 43 av. J.-C. et mort en 17 ou 18 ap. J.-C.
« Ainsi vengé, Phébus quitte le Tmole, et s'élevant dans les airs, vole, en deçà de l'étroite mer d'Hellé, vers les plaines de Laomédon. Entre les deux promontoires de Sigée et de Rhétée, s'élève un autel antique consacré à Jupiter Panomphée. C'est de là que le dieu voit Laomédon édifiant une ville nouvelle ; difficile entreprise et qui demandera d'immenses travaux et d'immenses richesses. Apollon prend la forme d'un mortel, et avec l'aide de Neptune, élève les murs pour un prix convenu. L'œuvre achevée, le tyran en refuse le prix, et pour comble de perfidie, il ose renier sa promesse : «Ton parjure ne restera pas impuni», s'écrie le dieu des mers ; et il incline ses eaux sur le rivage de la cité perfide. La contrée n'est plus qu'une vaste mer ; l'espoir des laboureurs est détruit ; les flots ont recouvert les moissons. Ce châtiment serait trop doux encore : la fille du roi parjure est dévouée à un monstre marin et enchaînée aux rochers du rivage. Hercule la délivre, et réclame les chevaux promis en récompense. Laomédon refuse le salaire d'un si grand service, et le héros s'empare de Troie deux fois parjure. Télamon, qui, dans ces combats, a partagé la gloire et les dangers d'Alcide, reçoit pour prix la main d'Hésione : déjà Pélée, autre compagnon d'Hercule, est l'heureux époux d'une déesse. Il ne s’enorgueillit pas moins de son gendre que de son beau-père : car, si beaucoup ont pu se vanter d'être du sang de Jupiter, lui seul a pour épouse une immortelle. »
Métamorphoses, Livre XI, 194 sqq, traduction de Louis Puget, Th. Guiard, Chevriau et Fouquier, 1876.

η- Pseudo Apollodore : Ier ou IIe siècle ap. J.-C.
« En ces jours, la cité était affligée par un grave fléau, à cause de la colère d'Apollon et de Poséidon. Les deux dieux, en effet, pour mettre à l'épreuve l'outrecuidance du roi Laomédon, avaient pris l'apparence de deux mortels, et s'étaient accordés avec lui de fortifier les murs de la citadelle de Pergame, en échange d'une rétribution. Mais quand ensuite ils eurent achevé le travail, Laomédon refusa de les payer. Alors Apollon envoya une épidémie et Poséidon un monstre marin ; ce dernier, sortant des eaux avec la marée, s'aventurait sur la terre ferme et causait des ravages parmi les hommes. Les oracles avaient révélé que ce grand malheur prendrait fin si Laomédon exposait sa fille Hésioné en pâture au monstre : aussi la jeune fille était-elle enchaînée à un rocher près de la mer. Héraclès vit la jeune fille exposée sur le rocher, et promit qu'il la libérerait si Laomédon lui cédait les juments que Zeus lui avait données en échange de l'enlèvement de Ganymède. Laomédon lui donna sa parole, Héraclès tua le monstre et sauva la jeune fille. Mais le roi refusa de lui donner la rétribution promise : alors Héraclès menaça de faire la guerre à Troie, puis il repartit. »
La Bibliothèque, Les travaux d'Héraclès, Livre II, 5, 9. ; sur le site d'Ugo Bratelli, 2001.

132- Parce que Hercule ne reçoit pas son dû, il détruit les murs de Troie, de Virgil Solis (1581)
θ- Valerius Flaccus - Ier s. ap. J.-C.
« Tandis qu'Hercule et Télamon suivent les contours escarpés et onduleux de ce pittoresque rivage, une voix plaintive, semblable au murmure expirant des flots, vient frapper leurs oreilles. Étonnés, ils pressent le pas ; ils s'avancent dans la direction de la voix ; bientôt ils en distinguent parfaitement les sons : c'était celle d'une jeune fille abandonnée, dévouée à la mort, et qui invoquait les dieux et les hommes. Sûrs de la secourir, ils redoublent d'ardeur. Tels, quand, terrassé par un lion qui le déchire, le taureau remplit l'air de ses mugissements sauvages, on voit les bergers accourir en foule de leurs cabanes, et les laboureurs se rassembler, poussant des cris confus. Hercule s'arrête, lève les yeux, et aperçoit, en haut d'un rocher, une femme les mains étroitement enchaînées, le visage pâle, et les regards tournés avec anxiété vers les premiers flots du rivage. On eût dit une statue d'ivoire que l'artiste força de s'attendrir, un marbre de Paros révélant les traits, le nom de ceux qu'il représente, une peinture vivante.
« Jeune fille, dit Hercule, quel est ton nom, ta naissance ? pourquoi cette mort ? pourquoi ces fers ? apprends-le-moi ». Celle-ci tremblante, et les yeux pudiquement baissés : « Je n'ai point mérité mon malheur ; cet or, ces vêtements de pourpre que tu vois étalés sur ces rochers, sont les présents funèbres de mes parents. Nous sommes les descendants de l'antique Ilus ; mais la fortune jalouse a abandonné le palais de Laomédon. Ce furent d'abord les maladies, la peste produite par l'infection de l'air, les incendies de nos campagnes, vastes bûchers sans cesse renaissants. Tout à coup un bruit part de la mer ; les flots, le mont Ida, ses forêts, ses antres, en sont ébranlés ; du fond de l'eau monte et sort, en rampant, une bête, un monstre hideux. Nulles montagnes, notre mer même, ne sauraient t'en donner une idée. Une troupe de jeunes filles ravies aux pleurs, aux embrassements de leurs parents, est livrée à sa fureur : ainsi l'ordonne Jupiter Ammon, dont l'oracle nous a dévouées à ce sacrifice ; et le sort qui désigne les victimes m'a fixée à mon tour à cet affreux rocher. Mais si les dieux redeviennent favorables aux Phrygiens, et que tu sois ce héros annoncé par les destins et par nos augures, pour qui mon père nourrit des chevaux blancs dont il fit vœu de payer ma délivrance, viens à mon aide ; sauve-moi, je t'en conjure, sauve Pergame de ce monstre. Tu le peux ; car je ne vis pas cette large poitrine à Neptune quand il éleva jusqu'aux nues nos murailles, ni à Apollon ces épaules et ce carquois ».

133- Hercule et Hésione de Jacob Toornvliet (1704)
Ces lieux, le sombre aspect de ce rivage resserré, ces tombeaux, cette atmosphère qui pèse sur la ville, confirment la vérité de ce récit, et rappellent à Hercule les campagnes désolées d'Érymanthe et de Némée, et les marais empestés de Lerne. Mais Neptune a donné de loin le signal ; les flots mugissent, à l'approche du monstre ; le fléau de Sigée soulève leurs masses amoncelées. Ses yeux étincelants percent à travers la nappe azurée ; ses mâchoires, garnies d'une triple rangée de dents, s'entrechoquent avec le fracas de la foudre ; sa queue se déroule, puis revient sur elle-même ; et sa tête redressée en traîne après soi les replis. La mer, qu'il écrase de son poids, obéit au choc de ses élans sinueux et jaillit autour de ses flancs ; sa marche est une tempête qui, plus terrible que celles de l'orageux Auster, plus furieuse que l'Africus ou qu'Orion menant à pleines guides les coursiers paternels sur l'onde gonflée par leur souffle, le précipite enfin et l'échoue sur le rivage.
La perspective d'un combat qui lui plaît enflamme Hercule. Télamon, frappé de stupeur, voit déjà le héros soulever ses bras et grandir sa taille ; il entend ses flèches retentir sourdement au fond de son carquois. Hercule, invoquant son père, les dieux de la mer et ses armes, s'élance sur le rocher ; il frémit à l'aspect de l'onde agitée jusqu'en ses abîmes, et de l'espace immense que le monstre couvre de ses replis. Tel Borée, emportant les nuages des froides vallées de la Thrace, les précipite par delà les monts Riphées, et en obscurcit le ciel presque tout entier ; tel, déployant son corps gigantesque et sa croupe squameuse, le monstre projette une ombre immense. L'Ida tremble, ses forêts s'entrechoquent, et les tours d'Ilion chancellent sur leurs bases. Hercule saisit son arc, et décoche une nuée de traits contre le monstre, aussi inébranlable que le mont Éryx quand les torrents semblent vouloir l'entraîner dans les vallées. Déjà l'espace qui l'en sépare se raccourcit ; ses traits ailés n'ont plus d'essor. Alors en proie à la colère, au dépit, à une muette honte, et voyant pâlir d'effroi la jeune fille, il jette son arc, porte les regards sur les rochers qui l'environnent ; et celui que le temps, secondé par les orages ou les lames de la mer, n'eût pu détacher, il l'ébranle jusqu'en ses fondements et l'enlève. Déjà, rassemblant ses replis sur la rive, le monstre, la gueule entr'ouverte, est près de sa victime. Debout sur un écueil, Alcide le prévient, et d'abord lui écrase la tête de son quartier de roc ; ensuite il le frappe à coups redoublés de sa noueuse massue. L'animal, refoulé dans les flots, roule et disparaît au fond de leurs abîmes. Cybèle pousse un cri d'allégresse ; les Nymphes, les Naïades y répondent du haut de leurs collines ; les bergers quittent leurs montagnes, leurs sombres vallées, et, transportés de joie, courent en toute hâte vers la ville.
Télamon appelle ses compagnons qui frémissent, et voient avec horreur leur vaisseau nager dans le sang. Hercule, sans perdre de temps, vole au haut de l'âpre rocher, détache les mains de la jeune fille, reprend ses armes, remonte, d'un pas triomphant, le rivage affranchi par sa victoire, et marche au palais de Laomédon. Tel, à travers les prairies, s'avance, la tête haute et grandi par la victoire, un taureau qui a reconquis les étables, les bois de sa patrie, et vengé ses amours. Cependant accourent au-devant de lui la foule des Phrygiens si longtemps prisonnière dans ses murs, et Laomédon, suivi de sa femme et de son fils, mais triste, et déjà regrettant les chevaux qu'il doit au vainqueur. Le reste des Troyens borde le haut des remparts, d'où ils admirent Alcide et cette armure qui leur est inconnue. Le roi le regardant d'un air farouche, et masquant ses desseins d'une joie hypocrite et d'une fausse tendresse paternelle, l'aborde en ces mots : « Ô le plus grand des Grecs, vous que le hasard seul, et non la pitié pour les maux de Troie, a conduit vers ces rivages, si ce qu'on dit est vrai, si vous êtes le fils de Jupiter, soyez des nôtres, soyez le bienvenu ; car moi aussi, malgré l'espace qui sépare nos deux patries, je suis un rejeton du même sang. Mais, après tant de larmes, après une si cruelle expiation, que vous arrivez tard ! et que la gloire de cet exploit en est amoindrie ! Mais allons, amenez vos compagnons dans ces murs fraternels, et demain vous verrez les chevaux dont je dois récompenser le libérateur de ma fille ».
Il dit, et machine en silence le complot perfide d'immoler Hercule pendant son sommeil, et d'éluder les prédictions de l'oracle, en lui enlevant ses flèches, qu'il savait devoir être deux fois fatales à la ville de Troie. Mais qui pouvait changer la destinée du royaume de Priam ? Elle est irrévocable cette nuit promise aux Grecs, aux descendants d'Énée, à une autre Troie plus puissante. « Nous allons, dit Hercule, aux extrémités du Pont-Euxin ; bientôt nous serons de retour, et alors je recevrai vos présents ». Laomédon prit les dieux à témoin qu'il en augmenterait encore le nombre ; mais les Phrygiens pleuraient déjà le parjure de leur roi et les malheurs de leur patrie. »
Les Argonautiques, II, 451-578, traduction Nisard, 1850.


134- Héraclès sauve Hésione - Raoul Lefèvre, Histoires de Troyes, Miniature médiévale

Et maintenant deux commentaires pour éclairer l'ensemble :

ι- Commentaire de M. Prioux (Les termes techniques sont explicités dans les notes 1 à 4) :
« L'histoire d'Hésionè se présente comme un leitmotiv parcourant l'Alexandra [dénommé ci-dessus chez Lycophron : Cassandre] du début à la fin. L'importance exceptionnelle que Lycophron confère à Hésionè s'explique probablement par la volonté de mettre en valeur la première ruine de Troie, et donc de mettre en perspective la guerre de Troie en rappelant qu'elle est une nouvelle manifestation d'un conflit préexistant. Hésionè fait en outre partie d'une longue série d'héroïnes qui passent d'Asie en Europe ou d'Europe en Asie dans le cadre des relations conflictuelles des deux continents et qui sont pour certaines appelées à donner le jour à des personnages qui pourraient représenter une forme de sungeneia1 entre les deux terres. Le premier passage où l'on rencontre Hésionè explique la première ruine de Troie par une double rupture de la kharis2 entre Laomédon, roi de Troie, et les dieux: Laomédon aurait en effet refusé de rétribuer les services d'Apollon et de Poséidon qui avaient bâti les murailles de Troie et Poséidon aurait donc envoyé le kêtos3 pour ravager Troie, événement qui débouche sur l'exposition d'Hésionè. Héraclès libère Hésionè mais Laomédon se fait une deuxième fois parjure en ne lui remettant pas l'attelage qu'il lui avait promis en échange de cette libération. C'est alors qu'Héraclès dévaste Troie en déclenchant un incendie (sur cette expédition d'Héraclès contre Troie voir ID 212). On retrouve donc ici le thème de la kharis dont la rupture semble mettre en cause l'ordre du monde. Ce premier traitement du mythe d'Hésionè lie aussi de manière explicite, au seuil du poème, l'Ilioupersis4 à venir à la première ruine de Troie : Cassandre rapproche les deux incendies consumant la cité.
Les vers cités rappellent précisément la première ruine de Troie et l'incendie provoqué par Héraclès qui venait de libérer Hésionè. La version de Lycophron se distingue en outre par le fait que le poète décrit Héraclès cuisant dans le ventre du monstre où il se serait introduit suivant une version remontant à Hellanicos de Lesbos (4F26b Jacoby).
Rédacteur du commentaire : É. Prioux, texte n°262 dans Callythea ; première version : 08/01/2010,  et date de mise à jour : 14/11/2012

Notes :
1- La sungeneia : la sungeneia correspond à une région de parenté qui est contiguë à cet espace étroit de relation directe qu'est le genos, la lignée. Des droits (la saisine légale) et des devoirs (nourrir ses ascendants) sont réservés à ceux qui se trouvent dans une même lignée, tandis que la position de collatéral comporte un éloignement dans l'accès à la succession comme dans les obligations d'assistance. La puissance de la voie lignagère est si forte pour la transmission du patrimoine que le mari d'une héritière, rappelle le plaideur, n'entre pas en possession des biens de sa femme. Ces biens reviennent aux enfants issus du couple, du vivant des géniteurs, deux ans après la puberté. (La famille dans la Grèce antique et à Rome, par Aline Rousselle et Yan Thomas, aux Éditions Complexe, 2005)
2- La kharis : ici, une faveur imméritée.
3- Le kêtos : « monstre marin », qui désigne tout animal énorme vivant dans l'eau (baleine, crocodile, hippopotame). Kêtos, dont l'étymologie est inconnue, donnera « cetus » en latin d'où, probablement (mais cela reste incertain), cétacé en français.
4- L'Ilioupersis : ou « Iliou persis », c'est-à-dire, le Sac de Troie.

κ- Commentaire de M. Graves
« La délivrance d'Hésioné par Héraclès, semblable à la délivrance d'Andromède par Persée, provient très clairement d'une représentation très répandue en Syrie et en Asie Mineure ; la conquête par Marduk du monstre marin Tiamat, émanation de la déesse Ishtar, dont il neutralisa la puissance en l'enchaînant à un rocher. Héraclès est avalé par Tiamat et disparaît pendant trois jours avant de réussir à sortir en combattant. De même, selon un conte moral hébreu, certainement basé sur la même représentation, Jonas passa trois jours dans le ventre de la baleine ; de même, le représentant de Marduk, roi de Babylone, faisait une retraite tous les ans durant laquelle il était censé combattre Tiamat. Le cheval solaire blanc de Marduk ou de Persée [Pégase], devient ici la récompense pour la délivrance d'Hésioné. La perte des cheveux d'Héraclès souligne le caractère solaire de son personnage. Les cheveux, qu'on rasait au roi sacré lorsque l'année finissait, symbolisait l'abolition de sa puissance magique, comme dans l'histoire de Samson. Lorsqu'il réapparaissait, il n'avait pas plus de cheveux qu'un nouveau-né. »
Les mythes grecs, tome II, de Robert Graves, p. 171, éd. Hachette littérature, 1967.

135- Hercule libère Hésione d'Eric Morris


Alors ? De tout cela, il semble que la légende d'Héraclès et d'Hésioné soit bâtie sur des fondements mythologiques assez anciens et dont les thèmes ne cessent de se renouveler : héros solaire, pouvoir magique du roi, renouvellement de son pouvoir, renaissance et déesse de la mer. Ishtar est ici Hésioné, « reine de l'Asie » qu'Héraclès va sauver ; ainsi que d'un témoignage sur les conflits existants à ces époques.
Je ne fais maintenant que livrer une impression, bien qu'il est probable qu'elle soit complètement erronée : il me semble, à lire tous ces textes, qu'après plus de 700 ans (entre Homère et Valérius Flaccus), le fond mythologique se soit estompé (le héros solaire) pour laisser la place à une légende, à histoire, celle d'un sauvetage dans un monde en conflit perpétuel. Et comme, techniquement parlant, pour une bonne histoire, il n'est pas très intéressant de laisser un héros disparaître trois jours dans le ventre d'un monstre, lentement, la narration gagne en théâtralité, le monstre en surdimensionnalité et Héraclès, restant sur la rive ne fait plus que le mettre en fuite, bien qu'il soit probablement blessé à mort - pour sauver l'honneur du héros et pour montrer à quel point la bête était puissante, elle qui a tenu tête à Héraclès. Bien sur, il manque nombre de textes, mais pour faire simple et résumer l'ensemble, au fur et à mesure que l'histoire gagne en détails et en descriptions, elle voit sa trame et son fond narratif se resserrer.
Et ici, pas de requin, mais un vrai monstre marin issu, probablement de Tiamat (plus proche des vastes serpents et des dragons). Si jamais requin il y eut, ce ne peut être que comme modèle très éventuel d'inspiration pour l'artiste qui a peint son décor sur l'hydris. Ce qui quelque part nous ramène à la question - fondamentale : comment ceux de l'Antiquité se représentaient les requins ? Comme des animaux, des poissons, tel qu'Aristote les décrit, où comme la frontière, celle qui s'opère à la surface de l'eau, celle des premiers messagers du monde des abysses, des presque monstres qui effrayaient, interrogeaient et que l'on convoquaient - peut-être - pour représenter et figurer les bêtes marines des profondeurs.


VII-
Quatrième de couverture
« Au Moyen Age, l'Orient fasciné : il est le lieu d'insatiables désirs, il représente l'utopie du raffinement et des richesses, l'espoir du butin, la convoitise d'un luxe inconnu. Sacralisé, il s'offre à la prouesse et à la piété fervente. Dès la fin du XIe siècle, les croisés partent pour arracher aux infidèles les Lieux saints. Les pèlerins s'engagent à leur suite et relatent patiemment le parcours de leur rédemption : la mer Rouge, le Sinaï, Le Caire et Alexandrie, le chemin du Golgotha, sur les traces de la Passion du Christ et des précieuses reliques. A l'horizon se profilent les murs de la Ville sainte, prise puis perdue, qui fait rêver à la Jérusalem céleste. D'autres lieux brillent encore - Constantinople, Antioche, Edesse, Acre, Tripoli auxquels sont attachés les grands lignages, Bouillon et Lusignan, Richard Coeur de Lion et le roi Saint Louis. La chevalerie occidentale y arbore ses emblèmes et fait claquer ses oriflammes. Mais l'enthousiasme de la cause sainte ne fait pas oublier les larmes des adieux : les femmes d'Occident s'inquiètent du départ, tandis qu'apparaissent, furtives et inquiétantes, les Sarrasines bientôt converties. Echo des grandes entreprises qui mirent en branle la chrétienté, les chansons de geste de la croisade mêlent l'Histoire au merveilleux, l'imaginaire aux personnages fondateurs des Etats latins. Quant aux voyageurs juifs, ils cherchent la terre de leurs pères, et leurs récits de voyage parlent des retrouvailles attendues et d'une curiosité intense. Portée par les chansons et récits des croisades, par les relations de voyages réels ou fabulés, la mémoire culturelle illustre les réalités et les rêves de l'homme médiéval. »


136- Croisades et pèlerinages en Terre Sainte

VIII-
Le 26 juillet 1864, par une forte brise du nord-est, un magnifique yacht évoluait à toute vapeur sur les flots du canal du nord. Le pavillon d’Angleterre battait à sa corne d’artimon ; à l’extrémité du grand mât, un guidon bleu portait les initiales E. G., brodées en or et surmontées d’une couronne ducale. Ce yacht se nommait le Duncan ; il appartenait à Lord Glenarvan, l’un des seize pairs écossais qui siègent à la chambre haute, et le membre le plus distingué du « Royal-Thames-Yacht-Club », si célèbre dans tout le Royaume-Uni.
Lord Edward Glenarvan se trouvait à bord avec sa jeune femme, Lady Helena, et l’un de ses cousins, le major Mac Nabbs.
Le Duncan, nouvellement construit, était venu faire ses essais à quelques milles au dehors du golfe de la Clyde, et cherchait à rentrer à Glasgow ; déjà l’île d’Arran se relevait à l’horizon, quand le matelot de vigie signala un énorme poisson qui s’ébattait dans le sillage du yacht. Le capitaine John Mangles fit aussitôt prévenir Lord Edward de cette rencontre. Celui-ci monta sur la dunette avec le major Mac Nabbs, et demanda au capitaine ce qu’il pensait de cet animal.
« Vraiment, Votre Honneur, répondit John Mangles, je pense que c’est un requin d’une belle taille.
— Un requin dans ces parages ! s’écria Glenarvan.
— Cela n’est pas douteux, reprit le capitaine ; ce poisson appartient à une espèce de requins qui se rencontre dans toutes les mers et sous toutes les latitudes. C’est le « balance-fish » [un requin-marteau] , et je me trompe fort, ou nous avons affaire à l’un de ces coquins-là ! Si Votre Honneur y consent, et pour peu qu’il plaise à Lady Glenarvan d’assister à une pêche curieuse, nous saurons bientôt à quoi nous en tenir.
— Qu’en pensez-vous, Mac Nabbs ? dit Lord Glenarvan au major ; êtes-vous d’avis de tenter l’aventure ?
— Je suis de l’avis qu’il vous plaira, répondit tranquillement le major.
— D’ailleurs, reprit John Mangles, on ne saurait trop exterminer ces terribles bêtes. Profitons de l’occasion, et, s’il plaît à Votre Honneur, ce sera à la fois un émouvant spectacle et une bonne action.
— Faites, John, » dit Lord Glenarvan.
Puis il envoya prévenir Lady Helena, qui le rejoignit sur la dunette, fort tentée vraiment par cette pêche émouvante.

137- Troisième image, par Édouard Riou (1868)
La mer était magnifique ; on pouvait facilement suivre à sa surface les rapides évolutions du squale, qui plongeait ou s’élançait avec une surprenante vigueur. John Mangles donna ses ordres. Les matelots jetèrent par-dessus les bastingages de tribord une forte corde, munie d’un émerillon amorcé avec un épais morceau de lard. Le requin, bien qu’il fût encore à une distance de cinquante yards, sentit l’appât offert à sa voracité. Il se rapprocha rapidement du yacht. On voyait ses nageoires, grises à leur extrémité, noires à leur base, battre les flots avec violence, tandis que son appendice caudal le maintenait dans une ligne rigoureusement droite. À mesure qu’il s’avançait, ses gros yeux saillants apparaissaient, enflammés par la convoitise, et ses mâchoires béantes, lorsqu’il se retournait, découvraient une quadruple rangée de dents. Sa tête était large et disposée comme un double marteau au bout d’un manche. John Mangles n’avait pu s’y tromper ; c’était là le plus vorace échantillon de la famille des squales, le poisson-balance des anglais, le poisson-juif des Provençaux.
Les passagers et les marins du Duncan suivaient avec une vive attention les mouvements du requin. Bientôt l’animal fut à portée de l’émerillon ; il se retourna sur le dos pour le mieux saisir, et l’énorme amorce disparut dans son vaste gosier. Aussitôt il « se ferra » lui-même en donnant une violente secousse au câble, et les matelots halèrent le monstrueux squale au moyen d’un palan frappé à l’extrémité de la grande vergue.
Le requin se débattit violemment, en se voyant arracher de son élément naturel. Mais on eut raison de sa violence. Une corde munie d’un nœud coulant le saisit par la queue et paralysa ses mouvements. Quelques instants après, il était enlevé au-dessus des bastingages et précipité sur le pont du yacht. Aussitôt, un des marins s’approcha de lui, non sans précaution, et, d’un coup de hache porté avec vigueur, il trancha la formidable queue de l’animal.
La pêche était terminée ; il n’y avait plus rien à craindre de la part du monstre ; la vengeance des marins se trouvait satisfaite, mais non leur curiosité. En effet, il est d’usage à bord de tout navire de visiter soigneusement l’estomac du requin. Les matelots connaissent sa voracité peu délicate, s’attendent à quelque surprise, et leur attente n’est pas toujours trompée.
Lady Glenarvan ne voulut pas assister à cette répugnante « exploration » , et elle rentra dans la dunette. Le requin haletait encore ; il avait dix pieds de long et pesait plus de six cents livres. Cette dimension et ce poids n’ont rien d’extraordinaire ; mais si le balance-fish n’est pas classé parmi les géants de l’espèce, du moins compte-t-il au nombre des plus redoutables.
Bientôt l’énorme poisson fut éventré à coups de hache, et sans plus de cérémonies. L’émerillon avait pénétré jusque dans l’estomac, qui se trouva absolument vide ; évidemment l’animal jeûnait depuis longtemps, et les marins désappointés allaient en jeter les débris à la mer, quand l’attention du maître d’équipage fut attirée par un objet grossier, solidement engagé dans l’un des viscères. [...]

Jules Verne, Les enfants du capitaine Grant, Première partie, chapitre I : Balance-fish (éd. Hetzel, 1868)


On remarquera comment dans ce court extrait Jules Verne traite l'animal : comme un homme du XIXe siècle où toute bonne grosse bête est ou un bête de somme ou du gibier potentiel. Le requin n'y fait pas exception. Mais au-delà de l'aspect cynophile, le squale se drape de souffre et de répulsion : « terrible bête ; convoitise ; vorace ; monstre » et les actions de l'équipage bénéficient du ton le plus éloquent : « une bonne action ; la vengeance des marins ». Le requin est donc bien un animal, terrible, redoutable, part bien des aspects, effrayant et qui donc mérite de mourir. Mais l'homme n'a pas à le redouter en tant que monstre. Il en a la maîtrise et sa domination ne craint aucune bête. Pourtant, quelques quarante années plus tard, les requins - pour leur plus grand malheur - sauront restaurer leur aura de peur et donner aux balnéistes toujours plus nombreux, les angoisses les plus sourdes et les plus profondes.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Mer 11 Sep - 20:33

Notes suite

9- Comme la citation sert d'exergue au paragraphe, pour ne pas déséquilibrer l'ensemble, je vous en donne les références ici :
H.P. Lovecraft, Épouvante et surnaturel en littérature, 1927, éd Robert Laffont, coll. Bouquins, tome 2, p 1065, 1991 ;

10- Le nom de Jean Delumeau revient ici à plusieurs reprises : il est cité par MM. Cally et Corbin ; ce n'est pas un hasard. « Jean Delumeau est historien. Spécialiste de l'évolution de la conscience religieuse, il a notamment travaillé sur la peur et la culpabilisation en Occident, avant de se pencher sur l'histoire de la représentation du paradis. Son dernier ouvrage La seconde gloire de Rome, XVe-XVIIe siècle, est paru chez Perrin en avril 2013. Ses principales œuvres seront rassemblées en octobre 2013 dans un volume de la collection Bouquin ». (Source : Les cahiers de Science&Vie : Paradis et Enfer, n°139 - août 2013, p.12) ;

11- Les requins sont ici spécifiquement qualifiés de monstres, ce qui contredit ma remarque du premier message lors de l'un des Travaux d'Hercules ; je reprend mes propos : « Il faut d'ailleurs noter que « requins » et « monstres marins » ne sont pas utilisés de manière commune ; il y a bien distinction des deux. Ce qui peut nous laisser supposer que les requins étaient pour les anciens assimilés à des animaux - peut-être dangereux comme toute bête sauvage - et non pas à des créatures fantastiques. »
Alors monstre ou pas monstre pour le monde Antique ? Le texte du premier message ne présente pas un caractère d'origine ou de traduction, mais plutôt de compilation. Il ne peut donc être réellement utilisé pour le savoir. La question reste entière.
Néanmoins, je trouve cette interrogation vraiment intéressante et légitime, car elle se situe exactement sur la ligne de séparation entre la réalité concrète et palpable et la réalité supposée du monde, impalpable, mystérieuse où l'homme est dominé par des forces qui le dépassent et dont il essaie de s'affranchir ou du moins d'en contrôler la compréhension, notamment au moyen de mythes, de légendes et de monstres. Le requin est en suspension dans ce deux univers, à la fois présent à la surface de l'eau, limite physique séparant la terre et la mer, et dans ce surmonde où il semble revêtir l'apparence d'un pseudo-monstre, l'ancre réelle que l'imagination déforme pour concevoir les terreurs des profondeurs. D'où la nécessité d'appréhender la conception des anciens par rapport aux animaux mal connus, afin de dresser les limites du réel et de l'imaginaire, si tant est qu'elles existent.

12- Plus probablement Sea monsters, tirée peut être d'un ouvrage (ou d'un chapitre) s'intitulant De Prodigiis & oftentis.


Sitographie suite

U- Corsica - requins de Méditerranée : sur l'histoire ancienne des requins dans ces eaux ;
V- *Callythéa : base de textes hellénistiques sur le cnrs ;
W- Wikipédia : citation de Pline l'Ancien ;
X- Les plus belles cartes anciennes : un sujet de VIC ;
Y- Wikipédia : sur le Harper's Weekly.

60- René Merle : Le chant des transportés ;
61- Exposition bnf : Moby Dick, extraits ;
62- Livres pour tous : Moby Dick en PDF ;
63- Open time, Écume d'hiver : extraits du Vieil homme et la mer et de Moby Dick ;
64- Marie-Cosnay : Le vieil homme et la mer ;
65- Botgeo - texte PDF : Le K ;
66- BeQ Ebooks gratuits : Les travailleurs de la mer (1866) ;
67- Equinoxes : l'analyse de M. Cally ;
68- Techgnotic sur Deviant Art : Cthulhu is still Calling ;
69- Norwich : sea, sex and fear : Du temps et des lieux, chez W. G. Sebald (essayiste et écrivain allemand) et quelques autres, site en français ;
70- Wodka : Le territoire du vide. Alain Corbin et le désir de rivage 1750-1840 : où d'autres perspectives de la mer et du rivage vous sont proposées et dont je cite la page 17 du livre sus-mentionné ;
71- Eden Livre : Le territoire du vide - l'Occident et le désir du rivage d'Alain Corbin, les pages 1 à 22 en PDF, sur Eden Livres ;
72- *La conchiglia di venere : parce qu'il serait indigne de laisser tant de Vénus loin des yeux (tableaux), en rapport avec la Lorelei ;
73- Monstres marins : petit passage en revue des principales créatures fantastiques marines ;
74- Karura et les requins : pour en savoir plus sur les requins ;
75- *Remacle : Remacle est le site de Philippe Remacle, consacré à l'Antiquité grecque et latine, au Moyen Âge, avec beaucoup de traduction ;
76- *Remacle : Hérodote, Livre VI : Erato, chapitre XLIV.  ;
77- Iliade : d'Homère, traduction de meunier, livre XX, au paragraphe 11 (environ) ;
78- Les Fragments pour Hellanicos : ce site offre une présentation de ce que sont Les Fragments, ainsi que deux liens à des sites de références, Cfr et BMCR, pour ceux qui souhaiteraient retrouver cette source ;
79- *Remacle : La Cassandre de Lycophron (1853) ;
80- *Méditerranée : consacré l'Antiquité, le Moyen Âge, la Catalogne et le Roussillon, et le Méditerranée. Un très bon site ;
81- *Méditerranée : Bibliothèque historique de Diodore de Sicile, livre IV, chapitre XLII ;
82- *Méditerranée : Géographie de Strabon, livre XIII, 1, 32., traduction d'A. Tardieu, éd. Hachette, Paris, 1867 ;
83- *Méditerranée : Les Métamorphoses d'Ovide, Livre XI, 194 sqq, traduction de Louis Puget, Th. Guiard, Chevriau et Fouquier, 1876 ;
84- *Ugo Bratelli : La Bibliothèque d'Apollodore, Les travaux d'Héraclès, Livre II, 5, 9 ;
85- *Nimispauci : le site d'Ugo Bratelli, dont qu'il serait infamant de passer sous silence. Textes en français, du latin, du grec, de l'italien (un peu)... et du français ;
86- *Méditerranée : Les Argonautiques de Valérius Flaccus, Livre II, traduction de Nisard, 1850 ;
87- *Bibliotheca Classica Selecta : Les Argonautiques de Valérius Flaccus, Livre II, Hercule délivre Hermione enchaînée à un rocher et tue le monstre marin à qui elle était destinée [2,451-549], traduction de M. Nisard, extrait de « Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus », coll. des auteurs latins, Paris, 1857, université catholique du Louvain ;
88- *Maicar : sur Hésione, en anglais ;
89- *Book Open edition : Héraclès entre animaux et monstres chez Apollodore, collectif sous la dir. de Paulo Scarpi, extrait des p. 231 à 240, presse universitaire de Liège, 1998 (si l'on clique sur les pages blanches symbolisées au-dessus du texte, on peut se rendre compte que le livre est disponible en entier) ;
90- *Remacle : Aristote, Histoire des animaux, tome deux, livre V, traduction française de Barthélemy Saint-Hilaire, éd. Hachette, 1883 (?) ;
91- *Remacle : Pline l'ancien, Histoire naturelle, livre 9, traduction de Dubochet, éd. d'Émile Littré, 1848-1850 ;
92- François-Xavier de Villemagne : À pied jusqu'à Jérusalem, sur Ludolph de Sudheim ;
93- Blog Sicilia : en italien, « La Grotta di Santa Margherita a Castellammare del Golfo », document en trois parties et c'est la dernière qui est mise en lien ;
94- Photo bucket : image proposée par Megalthor ;
95- Strange science : petite biographie d'Oläus Magus et analyse de sa Carta Marina, en anglais ;
96- Bibliothèque numérique du patrimoine : Histoire entière des poissons, de Guillaume Rondelet, éd. Mace Bonhome, 1558 ;
97- Book Google : Histoire entière des poissons, de Guillaume Rondelet, éd. Mace Bonhome, 1558 ;
98- Globule et télescope : Le père de la stratigraphie à l'honneur, article de Fabienne Gallaire sur Niels Stensen ;
99- Le garde-mot : le glossopètre et la légende de saint Paul ;
100- Shark Alley : Hommes et requins...  a Great (White) Shark timeline ; Chronologie du requin - incontournable ;
101- Tpe grand blanc : le grand requin blanc, un reprise synthétique des principaux éléments historique ;
102- Oatao université de Toulouse : Les requins dangereux dans le monde, étude bibliographique, thèse pour obtenir le grade de docteur vétérinaire, de M. Arnaud, 2002. Je me suis servi des pages 15 à 17 ;
103- Gallica bnf : Le Petit Buffon illustré pour les enfants, p. 257-258 ;
104- JV Gilead : Les enfants du capitaine Grant de Jules Verne : Première partie, Chapitre I, Balance-Fish, éd. Hetzel, 1868.


Iconographie  - suite

84- Deviant Art : image d'Aubrey9001 ;
85- Artcards Review : les gagnants d'un concours de photos 2011 ;
86- Shadowness : galerie d'images ;
87- Pete Bruhn : site privé de ce photographe amateur ;
88- Lukerfaq : une page pleine de créatures monstrueuses, sanglantes, dans des univers improbables, quasi glauques ... C'est parfois très cruel, alors méfiez-vous !
89- Wallery : l'art de Davidoff ;
90- El rincón de Alejandría : « Le coin d'Alexandrie », site en espagnol ;
91- Dans l'antre du Léviathan : « Bruits & Tumultes », blog d'opinions et billets d'humeur ;
92- Iment : Antique reproductions ;
93- Lorcan : Monstres mythiques ;
94- Arpoma : Euroclès - Art, actualité, histoire et lieu : Copley ;
95- Redpepper Wallpaper : du papier peint électronique ;
96- Voir la Sitographie, lettre U ;
97- Voir la Sitographie, lettre U ;
98- Sarasuati : les monstres classiques de « La colère des Titans », en espagnol ;
99- Clip Art ETC : the Educational Technology Clearinghouse, Digital resources for Florida's schools, Clip art collection, « d'alphabet » à « moyens de transport »  ;
100- Shark Alley : Hommes et requins...  a Great (White) Shark timeline ; Chronologie du requin - incontournable ;
101- De l'art en branche : Autour de la mer de l'Antiquité à nos jours ;
102- Blog Sicilia : en italien, première partie de l'article consacré à la grotte de Castellammare del golfo ;
103- Voir la Sitographie, au lien n° 93 ;
104- Voir l'Iconographie, au lien n° 100 ;
105- Wallpaperus : pour avoir la carte en très très grande résolution et vous permettre d'admirer ses moindres détails ;
106- Shark Attacks : en anglais, sur l'évolution de l'idée des requins ;
107 à 109- Voir l'Iconographie, au lien n° 100 ;
110- Strange science : Sea Monsters. Et contrairement à ce que son titre laisse supposer, ce site semble très pointu et ne pas avancer de faits tarabiscotés ou bizarres, mais juste les étrangetés de la science via ce que l'on croyait en être et sa représentation... à l'ancienne ;
111 et 112- Voir l'Iconographie, au lien n° 100 ;
113 et 114- Voir l'Iconographie, au lien n° 110 ;  
115- The Guardian : le mystère du meurtre de Goatfell ;
116 et 117- Voir l'Iconographie, au lien n° 100 ;  
118- 7th Grade Hawaiian History : cours pour apprendre l'histoire des îles d'Hawaï, en anglais ;
119- Antik Book : vente de livres anciens ;
120- Voir l'Iconographie, au lien n° 110 ;
121- Mxstatic : tout plein de papiers peints à coller sur l'ordinateur;
122- *Fluctuat.première : Moby Dick m'a sauvé la vie, article ;
123- *Université de Lyon 2 : Critique du Vieil homme et la mer ;
124- *Clair Obscur : blog, article sur Le K de Dino Buzzati ;
125- *The squeeze : diaporama de différents peintres ;
126- *Numilog : des livres électroniques ;
127- *Antique-print : « Le voyage en papier » - Antique prints, maps und rare books, Marine ;
128- *Wellcome image : Hercules rescuing Hesione from a sea-monster, engraving ;
129- *Limc-France : Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae, cratère à colonnettes ;
130- *Artic.edu : the art institute of Chicago ;
131- *Personal Utulsa : la tragédie Hésione, parole de Danchet, musique de Campra (1700) ;
132- *Latein pagina : Les Métamorphoses d'Ovide, richement illustré par de célèbres artistes de l'Europe occidentale, en latin, anglais, allemand et italien ;
133- *Robert Simon : fine art ;
134- *Hellenica world : la mythologie, en image et en anglais, intéressant ;
135- *Koxkollum : mythologie woordenbök, en néerlandais ;
136- *Décitre : librairie en ligne ;
137- *JV Gilead : Zvi Har’El’s Jules Verne Collection, forum, études, livres, illustrations.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Jeu 26 Déc - 17:49

Cet article d'Astre*Solitaire est vraiment une tuerie. Il y a des images belles à couper le souffle (La Nuit, le Kraken, etc ...)

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Jeu 26 Déc - 17:59

Oui, c'est impressionnant et digne d'éloges !
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Lun 30 Déc - 9:51

Merci bien à vous deux (image de l'homme qui s'incline).

Je suis ravi que vous ayez pu le lire jusqu'au bout car je reconnais qu'il est assez long et un peu difficile.
Ce qui est pour moi regrettable, c'est que je n'ai matériellement plus le temps de poursuivre : il reste au moins trois articles en préparation sur le sujet, dont, et c'est vraiment agaçant, le suivant (qui est un peu à la Pierre Bellmare) est fini d'écrire. Mais il me faut faire la recherche d'images et des références et c'est souvent le plus long ...
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Lun 30 Déc - 13:07

Tu aurais de quoi écrire un guide Gallimard sur le sujet. Merci déjà pour tout ce que tu nous a appris.
J'aime beaucoup le tableau sur Moby Dick (artiste inconnu également), ou dans un autre registre, le Cthulhu de SHadoW-net est aussi intéressant.

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Lun 30 Déc - 17:42

Ce qui est terrible avec les images, c'est qu'il me faut faire des choix. J'en ai encore plein mes cartons. C'était d'ailleurs une idée : celle de proposer une fois la série d'articles terminée, toutes celles que je n'ai pu inclure. Mais bon, vu mon rythme actuel de travail, il va vous falloir être prêt à patienter de 4 à 6 ans... Ce que j'espère surtout, c'est que les sitographies diverses permettent d'aller explorer l'internet gigantesque pour que tous les visiteurs puissent, comme moi, découvrir ce que nous offre ce bel outil en matière d'artistes et de créations.

Pour les remerciements, sans VS, pas de site, et sans site, pas d'article : c'est lui en premier - pour son abnégation malgré le peu de membres - qu'il faut remercier. Et un "pondeur" d'articles, sans lecteur ... Aussi, du fond du cœur, à tout ceux qui lisent mes messages et qui y trouvent un peu d'intérêt, c'est moi qui vous dit merci, merci de suivre ces modestes billets (bien souvent incomplets) et surtout de faire connaître le site de VS !!!

En tous les cas, si mon travail de compilation à permis d'étendre et de modifier la manière de voir et d'appréhender ce qui nous entoure, j'en serais le premier réjoui, toute modestie mise à part. Un grand grand merci à toi VIC, donc, qui me fais tes retours et par qui, finalement je suis ici, non ? ^^
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Dim 12 Jan - 15:04

Paizo qui a poursuivi le D&D classique 3.5 en y apportant de nombreuses améliorations et simplifications avec son JDR Pathfinder, édite également des figurines. Il semblerait que les figurines D&D aient été assez pauvres sur le thème de la piraterie. Paizo vient de sortir des livres pour une campagne sur ce thème, appelée Skull & Shackles. Ils en ont profité pour combler ce vide en proposant des figurines de celle-ci, dont deux figurines hommes-requins.

Référence : Pathfinder Battles—Skull & Shackles:

Attention, ce sont des "minis" :


Captain Riptooth



WeresharkPirate

_________________
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Voyageur Solitaire
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Jeu 17 Mai - 15:59


Visite surprise pour un groupe de plongeurs et un photographe animalier en plongée à 12 mètres de profondeur : le seigneur des océans (ou plutôt la reine car il s'agit ici d'une femelle requin blanc "large comme une camionnette" selon le photographe) est venu leur faire un petit coucou, du long de ses six mètres.
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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Jeu 17 Mai - 17:53

Voyageur Solitaire a écrit:

Pas envie de faire le mariole là... pale

Du moment que tu restes bien dans la cage et que tu ne bouges pas, je ne pense pas que le requin va te repérer. Il va attaquer la cage s'il perçoit du mouvement à l'intérieur.

C'est vrai que c'est plutôt impressionnant comme situation :

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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Ven 18 Mai - 17:24

Warlock a écrit:





Ben comme je n'ai parlé dans un précédent message on peut nager sans cage avec un grand blanc.

Si l'individu est calme y'aura pas de problème, comme le montre cette vidéo et cette femme nageant avec ce grand blanc.



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MessageSujet: Re: LE REQUIN   Sam 19 Mai - 15:03

Très belle vidéo qui me touche beaucoup et qui aide, je pense, à ôter cette image désastreuse que possède aujourd'hui le requin blanc. Cela ne veut pas dire que ce n'est pas sans risque. Le requin, au même titre que le tigre, est un prédateur. Il en a donc le comportement. Mais c'est aussi une créature vivante qui n'a pas de raison particulière de s'attaquer à l'homme. Normalement, dans de bonnes circonstances et en ayant le comportement adéquat, cela doit bien se passer. Mais ce n'est évidemment pas à conseiller à tout le monde et cela doit se faire avec un maximum de sécurité possible - le risque n'étant jamais nul que le requin change soudainement de comportement.

Sinon, petite aparté : je reprendrais peu à peu les images manquantes sur les sujets que j'ai postés ici. Comme depuis, j'avais édité mes articles en PDF, il y aura aussi un très important travail de réécriture. J'en profiterais alors pour poster les deux autres articles, de taille similaire, pour finaliser ce projet. Ces articles sont intégralement écrits. Mais il faut faire la mise en page, mettre les liens, les photos, les références, partie au moins aussi longue, si ce n'est plus, que de se documenter et d'écrire les articles.
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